221B – Quatre minutes dans la tête de John

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Titre : « 221B » Quatre minutes dans la tête de John
Auteur :
Lilou0803
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock (BBC-2010-2012)
Personnages :
John
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.3/3

Quatre minutes dans la tête de John

Quatre

Le vague malaise qui avait commencé à s’emparer de lui lorsque la porte de l’avion s’était refermée sur la haute silhouette sombre grandissait de seconde en seconde. Quelque chose clochait. Qu’avait-il loupé ? Après tout, c’était normal de se sentir mal à l’aise, Sherlock avait tué un homme pour la sécurité de Mary et donc la sienne. Bien sûr, il se sentait responsable, et au moins autant coupable que lui de ce qui était arrivé, pourtant, c’était différent, c’était plus qu’un simple mal-être, c’était une véritable angoisse qui lui tordait les entrailles.
Sherlock… Il ne l’avait pas revu depuis les évènements d’Appledore et n’avait aucune idée de ce qui s’était passé depuis. Malgré son auto-proclamation de sociopathe de haut niveau, réitérée encore et encore, comme s’il voulait s’en convaincre lui-même, il était loin d’être inaccessible aux sentiments. Ce soir-là, John avait eu le temps de voir les larmes ruisseler sur son visage, avant qu’il ne soit menotté et amené vers l’hélicoptère pendant que lui-même était conduit de son côté vers une voiture aux vitres teintées et ramené chez lui où il avait retrouvé Mary. Depuis, il revoyait sans cesse le regard désespéré et l’expression d’enfant perdu, si éloignés de l’habituelle assurance arrogante du détective. Il avait compris que le geste qu’il venait d’accomplir avait anéanti son ami et il avait souffert de ne pas pouvoir être à ses côtés pour l’aider à traverser cette nouvelle épreuve.

Il était un soldat, il avait fait la guerre, il avait tué des hommes. Pas par plaisir, pas de gaîté de cœur, mais il avait été formé à cette éventualité et il l’avait fait sans plus d’état d’âme que nécessaire. Mais il se rendait compte qu’il y avait une énorme différence avec l’acte de Sherlock. Même lorsqu’il avait tiré sur le chauffeur de taxi, c’était de loin et dans le feu de l’action. Aurait-il pu abattre de sang froid, en le regardant dans les yeux, un homme désarmé ? Certes, il le menaçait avec une arme qui aurait pu s’avérer plus meurtrière pour Mary qu’un pistolet, certes il n’aurait pas hésité à l’utiliser, et comme pour tous ses autres crimes il s’en serait tiré sans une égratignure. Comme il le disait cyniquement, il n’était qu’un homme d’affaires, et rien ne pouvait lui être imputé directement. Il ne serait jamais inquiété pour les méfaits passés, présents et à venir dont il se glorifiait sans vergogne. Le pire des psychopathes qu’ils aient jamais eu à affronter avait la meilleure des couvertures.

Trois

Sherlock n’avait rien d’un tueur, il détestait la violence, il était un pacifiste convaincu. Il avait consacré sa vie à lutter contre le crime, c’était sa raison d’être, il avait tout sacrifié à sa vocation. Bien sûr, il savait se battre, il était un tireur accompli, mais il n’avait jamais utilisé ses capacités que de manière défensive. Pour Mary et lui, il avait transgressé toutes ses règles, trahi toutes ses convictions, pour eux, il avait vendu son âme au diable. John comprenait maintenant ses hésitations, son air égaré, qui l’avaient tellement exaspéré le soir du drame, son insistance à lui demander de laisser Magnussen s’amuser avec lui jusqu’à la nausée… Même s’il avait envisagé cette possibilité, même s’il s’y était préparé, il avait besoin de toutes les motivations possibles pour se résoudre à accomplir ce contre quoi tout en lui devait se révolter.

Depuis ce soir-là, John avait perdu le sommeil, un mot tournoyait sans cesse dans sa tête : lâche ! Depuis les révélations sur Mary, depuis Le soir où il avait su que la femme qu’il aimait, qu’il avait épousée, qui portait son enfant, avait froidement envoyé son meilleur ami aux portes de la mort, il s’était laissé glisser dans une sorte de léthargie égoïste. Dans un petit univers uniquement centré sur lui-même et ses problèmes conjugaux. Une fois de plus, il avait été trop lent à comprendre. Le bruit du coup de feu l’avait brusquement réveillé, cela  aurait été à lui d’accomplir ce geste, « les problèmes de ton futur sont ma responsabilité »… Tu parles ! C’était la deuxième fois que Sherlock se sacrifiait pour ses amis… pour lui. Et comme la première fois, il n’avait pas su voir plus loin que ses problèmes personnels, que son chagrin, que son orgueil blessé. Il n’avait pas compris toute la portée des paroles de Sherlock au soir de son mariage. Le connaissait-il vraiment aussi mal pour avoir ainsi sous-estimé le sens de sa promesse solennelle? Lui en voulait-il encore de l’avoir « laissé tomber » pendant deux ans ? Etait-il jaloux de la complicité qui s’était immédiatement établie entre Mary et lui, les deux êtres les plus importants de sa vie ? Pourquoi n’avait-il pas su voir à quel point la culpabilité que son ami avait commencé à éprouver en le retrouvant était bien réelle, et beaucoup plus importante que ce qu’il aurait pu imaginer. Et qu’elle le rongeait au point de se résoudre à accomplir l’acte le plus extrême, le plus insensé, pour le lui prouver et se faire pardonner ?

Deux

Le laconique appel de Mycroft, le matin même ne leur avait rien appris de nouveau, et ce n’était que lorsque la voiture s’était immobilisée, en bordure du tarmac de l’aérodrome militaire, que Mary et lui avaient compris qu’ils venaient faire leurs adieux à leur ami.

Sur le moment, il s’était dit que tout cela était déstabilisant, certes, triste, mais somme toute pas catastrophique, Sherlock s’en sortait bien, il partait en mission à l’étranger pour six mois… Rien à voir avec les adieux dramatiques de St Barth, quelque trois ans auparavant. S’il comptait sur son absence pour échapper au baptême du bébé, il en serait pour ses…

« William Sherlock Scott Holmes, au cas où vous chercheriez un prénom pour un bébé ».

Peut-être pour la première fois depuis qu’il le connaissait, Sherlock ne savait pas quoi dire. Pour une fois, il n’avait pas essayé de noyer le poisson, il était beaucoup trop sérieux. Même son expression avait changé, derrière la façade, on pouvait lire une véritable tristesse dans ses yeux. Lorsqu’il essayait de mentir, il en faisait toujours trop, il le reconnaissait lui-même. Mais là, un minimum de mots avaient été échangés, John avait même eu l’impression que son ami aurait voulu lui dire autre chose, avant de se reprendre au dernier moment, et de s’en sortir par une pirouette et une bien piètre tentative d’humour qui ne lui ressemblait pas du tout.
L’insistance sur le prénom du bébé aurait du lui mettre la puce à l’oreille. Il essayait de se souvenir. Après avoir fait ses adieux à Mary, Sherlock s’était tourné vers son frère et lui avait adressé quelques paroles auxquelles lui, une fois de plus, n’avait pas prêté grande attention « tu vois, mais tu n’observes pas, tu entends, mais tu n’écoutes pas ». Les faits, John, les détails, les mots !

Une

Les mots, les mots, les mots…

« Et maintenant ? »
« Je pars pour l’Europe de l’Est, une mission sous couverture »
« Combien de temps ? »
« D’après Mycroft, six mois… »
Une légère hésitation, comme s’il prenait le temps de choisir ses mots avec soin. « … Et mon frère ne se trompe jamais »
« Et après ? »
« Qui sait ? ».
Le regard n’était-il pas un peu trop fuyant ?

D’après Mycroft… OK, la durée de la mission était incertaine, mais après tout, ça pouvait se comprendre, un agent en infiltration doit improviser en permanence, il ne peut pas avoir un emploi du temps réglé au millimètre.
Et puis soudain un éblouissement : « Puisque c’est certainement la dernière fois que je parlerai à John Watson »
Seigneur ! Tout s’éclairait à présent, il ne partait pas pour six mois, non, il partait pour toujours. Ou plutôt, il n’espérait pas revenir un jour… Un agent du MI6 en infiltration,  qui ne peut compter sur personne pour l’aider s’il est découvert…  Six mois… Il y avait de grands risques pour que sa couverture ne tienne pas plus de six mois, et alors…
Et Mycroft… Oh, non ! Pas ça ! Pas à son frère ! Pas à cause de lui… Sherlock ! Il le savait, il n’avait rien voulu lui dire… Si !

« Aux meilleurs des moments». Mais dans quel sens : ceux que nous avons vécus ensemble, ou ceux que tu vas vivre avec Mary maintenant qu’elle ne craint plus rien ? Oh, Sherlock !

Furieux, il se retourna vers la limousine noire. Mycroft était au téléphone, le regard fixé sur une chose qu’il ne pouvait apercevoir de l’extérieur du véhicule. Pour une fois, il semblait vraiment avoir perdu son sang-froid.
Au même moment, Mary le tirait par la manche pour attirer son attention. Là-haut, l’avion semblait amorcer un virage à 180 degrés et commençait à perdre de l’altitude. L’air abasourdi de Mycroft qui descendait de sa voiture avec des allures de zombie, l’empêcha de dire quoi que ce soit. Il doutait que l’aîné des frères Holmes ait souvent affiché cette expression en public, de quoi donner à Lestrade l’envie de dégainer la caméra de son mobile ! Mais il en comprit la raison dès qu’il eut jeté un coup d’œil sur l’image affichée sur l’écran du portable qu’il lui tendait sans un mot. La même image qui s’étalait au même moment sur tous les écrans du royaume.

Quatre minutes après avoir décollé, le pilote entamait une procédure d’atterrissage.
Les roues effleurèrent le tarmac en douceur, et l’appareil continua un moment de glisser sur son erre avant de s’immobiliser.

Zéro

Une rafale de vent balaya la piste, faisant virevolter quelques flocons de neige.

FIN
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