Rencontres -3- Sarah

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Titre : «Rencontres » -3- Sarah
Disclaimers : l’univers de « moonlight, Josef et Mick  appartiennent à Ron Koslow etTrevor Munson.
Genre : Drama– Friendship Mick-Josef
Classification : PG

Sarah

L’explosion avait détruit tout l’étage, rien ni personne n’aurait pu survivre à un tel cataclysme. Là ou quelques minutes plus tôt se dressait le plus luxueux cadre de travail de LA, s’étalaient désormais ruines fumantes et dévastation, il n’avait pu rien faire pour ses deux amis, et n’était pas très loin de considérer comme un miracle le fait de s’en être sorti indemne, ou presque.

Les vampires ne peuvent pas, comme le prétend le folklore, se changer en chauve-souris ou en fumée, mais certains parmi les plus anciens, possèdent assez de puissance pour maîtriser la téléportation, ce qui est très certainement à l’origine de cette légende.
Josef faisait partie des rares d’entre eux à posséder cette faculté, dont il n’usait qu’avec une extrême parcimonie. Il avait toujours suivi les conseils avisés de son créateur, évitant toute ostentation de ses pouvoirs surnaturels pour mieux se fondre parmi les humains et surprendre ses ennemis, et sa longévité attestait s’il en était besoin le fondement de l’adage populaire « prudence est mère de sûreté ».

Dès leur transformation, les vampires acquièrent des sens, une vitesse et une force physique surdéveloppés, et la capacité de régénérer les parties endommagées de leur organisme, mais d’autres capacités se développent au fil du temps et plus ils avancent en âge et plus leurs pouvoirs grandissent. Après quatre siècles, Josef était l’un des plus anciens de son espèce dans le nouveau monde, et seule une poignée d’entre eux sur terre pouvaient se vanter d’avoir dépassé les cinq cents ans.
Ce soir-là, il s’en était fallu de très peu, et nombre de vampire plus jeunes y auraient laissé leur peau, à l’instar de Tim et Dan. Le feu est une des rares choses pouvant venir définitivement à bout de leur espèce, et l’explosion avait été d’une telle puissance, que dans la fraction de seconde qu’il avait mis à se dématérialiser, ses vêtements, ses cheveux et une grande partie de sa peau avaient eu le temps de brûler complètement, et lorsqu’il s’était rematérialisé chez Mick, quelques instants plus tard, il était en piteux état. L’appartement était vide, Mick était certainement en route pour les rejoindre comme convenu, il allait avoir une sacré surprise!
La douleur était intolérable et il lui avait fallu toute la force de sa volonté pour parvenir à rester assez concentré pour pouvoir atteindre son objectif. Tel un zombie calciné, il s’était trainé vers la cuisine et son « garde-manger » secret. Quelques poches de sang plus tard, il allait déjà beaucoup mieux, la souffrance devenait supportable et sa peau s’était presque entièrement reconstituée, quelques heures de repos dans le congélateur de son ami avaient fini de régler le problème physique, mais l’impact psychologique avait été plus important, et pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, il se sentait totalement désorienté.

Au travers de son sommeil, il avait perçu l’arrivée de Beth, mais il n’avait pas bougé, même lorsqu’elle avait frappé à la porte et qu’il avait ensuite compris qu’elle s’installait dans le couloir pour attendre Mick. Beth ne représentait pas un danger. Lorsqu’il avait entendu la voiture du détective s’immobiliser au bas de l’immeuble, il s’était levé et avait enfilé la robe de chambre de son ami, et cédant à son sens du théâtral, était allé s’installer derrière son bureau, afin de pouvoir jouir de sa réaction lorsqu’il entrerait dans la pièce.
La présence devant sa porte de la femme qu’il aimait avait empêché Mick de se rendre compte qu’il avait un autre visiteur, il était en outre manifestement fragilisé par les événements de la soirée et il avait laissé son désespoir s’exprimer entre les bras de la jeune femme.
Mick était son meilleur, son seul véritable ami, depuis plus de cinquante ans, depuis qu’il avait quitté New-York pour venir s’installer à Los Angeles, et il avait été beaucoup plus ému qu’il ne l’aurait jamais avoué en surprenant les quelques mots qu’il avait échangés avec Beth avant d’entrer. Le chagrin de celui-ci lui avait fait réaliser à quel point son ami comptait aussi pour lui et pour la première fois depuis si longtemps, il avait ressenti dans sa poitrine cette boule douloureuse, que les humains pouvaient au moins soulager avec des larmes. Derrière son sourire, l’émotion était encore visible sur son visage lorsque les deux jeunes gens s’étaient figés, bouche bée, en le découvrant en vie. Il avait tenté de jouer de son ironie habituelle pour dégeler l’atmosphère, mais cette fois, le cœur n’y était pas, les sentiments avaient pris le dessus pendant un instant. Même Beth, qui ne le connaissait pourtant qu’à peine, avait écrasé une larme en lui adressant un sourire soulagé alors que Mick le serrait dans ses bras, et il en avait été inexplicablement touché, il commençait à vraiment apprécier cette jeune femme aussi belle que courageuse et déterminée. Son principal défaut, en fait, était d’être humaine…

Après le départ de ses amis, il se laissa aller dans le canapé du salon. Il se sentait infiniment las. Après avoir vécu tout ce temps, traversé tous ces siècles, vécu toutes ces choses, il se sentait parfois infiniment vieux et l’envie d’en finir avec tout ça lui traversait parfois l’esprit. Alors quel était cet instinct de conservation, cette pulsion de vie propre aux êtres de son espèce qui l’avait encore une fois, ce soir, poussé à sauver cette existence qui pesait parfois tellement lourd sur ses épaules ?
La dernière fois qu’il avait éprouvé ce sentiment aussi fort, c’était en mil neuf cent cinquante cinq. Après l’échec de la transformation de Sarah, son infinie solitude, comme un poids écrasant face à cette éternité terrifiante avait fini par le terrasser. Pendant plusieurs mois, il avait disparu de la circulation, errant dans les plus infâmes quartiers de la ville, toute dignité abandonnée, ne se nourrissant plus, espérant il ne savait quel miracle qui l’aurait délivré du cauchemar permanent dans lequel il survivait malgré tout. Un jour, ses pas l’avaient ramené devant la maison qui avait naguère abrité tous ses espoirs, il avait gravi les marches du perron, sentant sa présence à travers les murs, elle était toujours là, il sentait toujours pulser la vie au-delà du coma dans lequel elle était plongée. Un étourdissement l’avait saisi, il s’était assis sur le palier et avait du s’endormir, c’est là que l’avait découvert, au matin, le majordome qui s’occupait de la maison en son absence. Personne n’avait posé la moindre question, ils étaient royalement payés pour ne s’étonner d’aucune excentricité de leur patron, c’est ce jour-là que Coraline l’avait appelé pour lui demander son aide, il y avait vu comme un signe du destin. A Los Angeles, il avait retrouvé Mick, transformé malgré lui la nuit de ses noces, le jeune homme n’arrivait pas à accepter son nouvel état, il avait perçu dans sa détresse comme un écho de la sienne et l’avait pris sous son aile, il était devenu son mentor, et l’amitié qui était née entre eux les avait aidés à surmonter leur souffrance.

Ce soir, alors qu’il attentait Mick, les souvenirs qu’il avait voulu enfouir à jamais étaient remontés en tourbillonnant à la surface de l’abîme ou il croyait les avoir ensevelis.

Grand Central Station , New York, printemps 1954

Le quai grouillait de monde, il détestait cela, trop d’odeurs mêlées, trop de sang bouillonnant dans leurs veines, même à son âge et avec le self-control qu’il avait développé depuis trois cent cinquante ans, la pulsion était encore très difficile à contenir au milieu d’une telle foule, et même s’il avait pris la précaution de se nourrir juste avant de venir, il sentait monter la Faim en lui. Il sentit le tiraillement familier dans sa mâchoire, il baissa la tête et ferma les yeux un instant, contrôlant sa respiration pour reprendre le contrôle. Lorsqu’il les rouvrit, il se sentit littéralement happé dans le gouffre du temps.  « Erzebeth ! »(1) le nom que ses lèvres formèrent silencieusement, il ne l’avait plus prononcé depuis plus de trois siècles. Son regard rencontra le sien et elle lui sourit, avec Son sourire. Les jambes en coton, il n’osait plus avancer ne serait-ce que d’un pas de peur de s’écrouler, et un vertige aussi soudain que bref faillit avoir raison de lui lorsqu’elle s’approcha de lui.

-          … feu ?

Il n’avait pas entendu le début de la question, mais il réussit à se ressaisir un peu et remarqua la cigarette au bout de ses doigts.

-          Je suis vraiment désolé, mais je ne fume pas.

-          Oh ! eh bien je suppose que ce doit être un signe.

-          Un signe ?

-          Je sais bien que c’est une mauvaise habitude, et j’avais décidé que si la personne  à qui je m’adresserais n’avait pas de feu, j’arrêterais… Voilà qui est fait. Ajouta-t-elle en jetant cigarette et paquet dans une poubelle. « Je dois aussi avouer que j’espérais que cela ne se produirait pas », poursuivit-elle avec une petite grimace.

-          Si je puis me permettre, c’est une excellente décision, puis-je vous offrir un verre pour fêter ça ?

Elle avait accepté et c’était ainsi que tout avait commencé. Il en avait même oublié le riche homme d’affaires qu’il était venu attendre à sa descente du train, qui risquait de considérer Charles Fitzgerald comme un partenaire bien peu fiable.
Elle avait apporté un vent de fraicheur et de fantaisie qu’il n’avait pas connu depuis bien longtemps dans sa vie solitaire, et lorsqu’il s’était rendu compte du danger, il était déjà trop tard. Il y avait vu un signe du destin, plus le temps passait, et plus il était persuadé que l’univers la lui avait rendue, comme une rédemption après tous ces siècles de purgatoire. Il avait voulu lui donner tout ce que Jozsef n’avait pas pu offrir autrefois à Erzebeth, la richesse, la sécurité, la douceur d’une vie facile, pour elle, qui avait accepté de tout abandonner, de tout perdre, y compris sa vie par amour pour lui, il voulait ce qu’il y avait de mieux. Son cœur se déchirait à chaque fois qu’il plongeait les yeux dans la clarté de son regard, mais il ne voulait pas penser à l’avenir qu’ils ne pourraient pas avoir ensemble, il vivait dans le présent, sa principale préoccupation était de lui cacher sa véritable nature.
Il avait cru que le bonheur était peut-être possible lorsqu’il avait découvert qu’elle savait. Elle avait tout découvert, et elle avait accepté l’inacceptable. Lorsqu’elle avait voulu le rejoindre, il avait été  comme étourdi, mais il avait trouvé la force de refuser, il connaissait le prix de l’éternité, cadeau empoisonné qu’il portait comme un fardeau depuis trois siècles et demi, elle était si jeune, si fragile, pour elle, il voulait la liberté, la possibilité de vivre pleinement, de choisir de le quitter même, si elle le désirait, mais elle avait insisté tant et tant qu’à la fin, il avait cédé, il avait promis, pensant qu’il pourrait la raisonner un peu plus tard, lui faire abandonner ce caprice. Hélas, elle l’avait pris de vitesse(2) et il n’avait pu faire autrement que de tenir sa parole, et l’univers l’avait trahi une deuxième fois.

Un frisson le secoua, il avait bien failli perdre la raison à ce moment-là, et finalement, il était heureux que l’abattement ait alors pris le dessus sur la rage, qui sait les dégâts qu’il aurait pu commettre ! Il n’était pas un ange bien sûr, et avait souvent ôté la vie, pour se défendre ou pour se nourrir, sans en éprouver plus de remords que çà, mais il n’avait jamais tué pour le plaisir, il faisait généralement en sorte qu’on lui offre volontairement ce qu’il aurait de toute façon pu prendre par la force, et au cours des siècles, il avait plus souvent semé l’amour que la haine sur son passage.

Il devait réagir, se laisser aller à broyer des souvenirs et des idées noires ne lui valait rien, Mick et Beth ne reviendraient pas avant plusieurs heures et il n’avait pas sommeil. Il décrocha le téléphone et composa le numéro de sa villa, deux ou trois de ses freshies préférées l’aideraient à passer le temps, tout en lui fournissant « à la source » le petit reconstituant dont il avait besoin pour retrouver toutes ses forces… et il pressentait qu’il en aurait besoin dans un avenir très prochain.
La vision d’un visage radieux au regard lumineux s’imposa encore une fois à lui, il devait à tout prix protéger son secret, son bien le plus précieux, il allait devoir revenir sur le lieu de l’explosion.

FIN

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(1)Voir « Tempus fugit -  Souvenirs d’outre-tombe»

(2)Voir « tempus fugit – le chemin de la rédemption »

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