La malédiction des pharaons

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Titre : «La malédiction des pharaons»
Auteur : Lilou0803
Genre : angst
Fandom : fiction originale

Personnage : David Fitzgerald
Défi : « contes et légendes » de Méli-Mélo
Rating : G

La malédiction des pharaons

Le cœur battant d’excitation contenue, David Fitzgerald descendit l’escalier taillé à même le roc, et posa respectueusement une main sur la porte qui lui barrait le passage, marquée par les sceaux intacts de la nécropole royale. Cela ne pouvait signifier qu’une chose, l’incroyable s’était enfin produit, il avait mis à jour une tombe inviolée. Le couloir d’accès, il y avait peu encore obstrué d’énormes blocs de pierres brutes, avait été entièrement déblayé, mettant à jour les murs, décorés de magnifiques fresques représentant des processions de dieux se dirigeant vers l’entrée de la chambre funéraire.
Sur la porte, outre les sceaux, nul dessin, mais une simple inscription, qu’il n’était d’ailleurs pas rare de trouver en semblables circonstances, destinée à effrayer d’éventuels voleurs par l’appel d’une malédiction émise par l’occupant des lieux, sur quiconque violerait son repos éternel. David sourit, en bon égyptologue, il ne croyait bien entendu pas à ces légendes destinées à effrayer des âmes simples, menaces qui n’avaient d’ailleurs jamais découragé les pilleurs, de quelle époque qu’ils soient.

Une palissade, renforcée par les plus dissuasifs de ses hommes, avait été mise en place pour contenir les curieux et les journalistes, et il se retrouvait maintenant seul, avec Hassan, son fidèle raïs devant ce qui constituait le rêve et le but ultime de tout archéologue : une tombe, probablement royale, intacte. Il se saisit du burin et du marteau que lui tendait son assistant, et s’apprêta à vivre l’instant le plus important de sa vie…

Une semaine s’était écoulée depuis l’ouverture de la porte. La surprise avait été immense, à la mesure des espoirs suscités par la découverte, certes, mais aussi du fait que la découverte en question était bien différente de ce à quoi l’on avait pu s’attendre. Les trésors contenus dans la chambre funéraire, bien qu’à la hauteur des espérances des découvreurs et du service des antiquités, étaient quelque peu différents du contenu habituel des tombes royales. Des fresques magnifiques, aussi fraîches et lumineuses que si elles avaient été peintes la veille, des vases délicats contenant des offrandes, des bijoux d’une beauté jamais égalée, des objets précieux à profusion, mais une tombe rangée avec un soin méticuleux, des sols dépourvus du moindre grain de poussière, une bibliothèque contenant des centaines de rouleaux de papyrus, remplaçaient le capharnaüm habituel de ce genre de découverte. On aurait plus dit le bureau d’un érudit que la tombe d’un prince, et d’ailleurs, rien n’indiquait que la tombe fut celle d’un prince, aucun nom ne figurant ni sur les murs ni sur le sarcophage placé au centre de la pièce, seul « meuble » évoquant la destination finale de l’unique salle constituant le tombeau. Ni canopes ni ushebtis, ni aucun autre objet typiquement funéraires, à l’exception du vaste contenant de granit qui occupait le centre de la pièce, et que les ouvriers s’apprêtaient à ouvrir, après avoir disposé un dispositif de palans destiné à soulever le lourd couvercle sans dommages…

La journée avait été particulièrement épuisante, mais David n’avait pu se résigner à aller se reposer sous sa tente. Depuis l’ouverture de la porte, il éprouvait chaque jour plus fortement le désir de passer de plus en plus de temps dans la tombe, et ses hommes avaient pris l’habitude de respecter, chaque soir, les moments de solitude et de recueillement qu’il ne partageait qu’avec le propriétaire des lieux, désormais extrait de ses sarcophages multiples, et dont la momie avait été dressée contre un des murs.
La momie en question était celle d’un homme jeune, plus grand et plus athlétique que la majorité des anciens égyptiens, le corps, autant qu’on pouvait en juger au travers des bandelettes qui le recouvraient paraissait étrangement plein et intact, on devinait les contours du visage, le nez affirmé et les muscles bien dessinés. Jamais de mémoire d’archéologue on n’avait mis au jour de corps dans un tel état de conservation.

Une paix profonde l’envahissait alors, et chaque soir il lui semblait être plus proche de son compagnon silencieux, son esprit s’envolait, il essayait de comprendre qui il avait été, ce qu’avait été sa vie, et pourquoi alors qu’il avait été inhumé avec la magnificence d’un roi, il semblait ne pas avoir été embaumé et surtout pourquoi son nom ne figurait  nulle part, suggérant une volonté d’anéantissement de son souvenir, et donc la privation de toute survie dans l’au-delà.
Il lui était même arrivé une fois de se surprendre en train de lui parler à mi-voix, et chose qu’il n’aurait avoué à personne, il avait eu l’impression étrange que la momie lui répondait, non pas en paroles, mais qu’il ressentait les réponses dans sa tête. Il n’était ni superstitieux ni impressionnable, et avait mis cela sur le compte d’un rêve. Oui, il avait du s’assoupir quelques instants et imaginer tout ça.

Toutes ces étrangetés, ajoutées à celles de l’ameublement insolite du lieu, avaient contribué au fait qu’à part l’ouverture du sarcophage, absolument rien n’avait été déplacé, tout était si bien rangé que l’inventaire avait pu être fait sans changer aucun objet d’une place qui semblait lui avoir été octroyée pour l’éternité.
David ne savait pas combien de temps, il pourrait encore imposer cet état de choses, mais il ressentait une répugnance de plus en plus grande pour ce qu’il faisait, et rien ne l’aurait autant tenté que de refermer la tombe dont la découverte constituait pourtant le sommet de sa carrière. Il redoutait le jour où le directeur du service des antiquités l’obligerait  à la vider et à disperser les objets qu’elle contenait pour les exposer dans un musée poussiéreux, aux regards impies de touristes ignorants et irrespectueux.

Un vertige le saisit, et il dut s’appuyer au rebord du sarcophage de grès. Ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait alors qu’il était seul dans la chambre funéraire, il s’assit à même le sol et tenta de reprendre ses esprits, mais un engourdissement grandissant s’empara de lui, et il perdit connaissance.
Il se réveilla avec un sentiment de gêne et d’oppression, saisi par une angoisse grandissante, il posa un regard encore flou sur ce qui l’entourait, il n’était plus allongé par terre, il était debout… Comment pouvait-il être debout? S’était-il assoupi un instant, appuyé contre le sarcophage? Le sommeil est une chose étrange, une seconde peut y sembler un siècle et vice-versa. Les tempes battantes, il tenta de porter une main à sa tête, mais s’aperçut qu’il était ligoté. Il essaya de bouger, mais tout mouvement lui était interdit par les bandelettes dont il était enveloppé, il jeta un regard affolé autour de lui et pensa devenir fou. Il se vit, face à lui-même, debout près du sarcophage. Il voulut  crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il se débattait dans un cauchemar abominable… Ou bien était-ce une réalité insoutenable? Non! Les prétendues malédictions n’étaient que des légendes! Rien ne pouvait être vrai, il devait être en train de rêver, c’était la seule explication possible! Mais tout ça paraissait tellement réel… Il se regardait avec un sourire d’une tristesse infinie, et il se vit ouvrir la bouche :

— Je suis vraiment désolé, David. S’entendit-il prononcer. Mais il n’y a pas d’autre possibilité, j’ai attendu ce moment depuis tellement de temps. Je prendrai soin de ton corps, je te le promets, et je ferai en sorte que le repos de ton âme ne soit jamais dérangé. Adieu mon ami.

Se saisissant de la lampe, il, ou plutôt l’être qui habitait maintenant son corps se détourna et commença à remonter l’escalier qui menait à l’extérieur. Il entendit décroître le bruit de ses pas, et puis plus rien. La nuit s’était refermée sur lui. Bizarrement, une étrange résignation laissait place à la révolte et il se laissa peu à peu sombrer dans la torpeur qui s’emparait de lui. C’est à peine s’il perçut l’écho lointain de l’éboulement, et de la tempête de sable qui sévit pendant les deux jours suivants et effacèrent à jamais toute trace de ce qui aurait pu être la découverte du siècle, avant de sombrer définitivement dans les ténèbres.

FIN

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