Le miroir obscur

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Titre : Le miroir obscur (La part de l’ombre -2)
Disclaimer
:
Les personnages et l’univers de Startrek ne m’appartiennent évidemment pas!
Rating
: PG-13
Personnages
: Khan – Kirk
Spoilers
: Startrek Into Darkness
: Si vous n’avez pas vu le film, prenez vos responsabilités !

Le miroir obscur


*Putain, mais qui c’est, ce type ?*

Sous le regard stupéfait des trois humains quasiment réduits à l’impuissance, l’homme en noir surgi de nulle part était en train d’anéantir à lui tout seul une escouade entière de klingons bien décidés à en finir. Lorsqu’il abaissa sa cagoule, la stupéfaction se peignit sur les traits de James T Kirk, s’il n’avait déjà été assis par terre, il en serait presque tombé à la renverse : l’homme qui venait sans aucun doute de leur sauver la vie n’était autre que le terroriste qu’ils avaient l’ordre d’exécuter. Après le fracas de la bataille, le silence s’était abattu d’un seul coup cependant qu’Harrison, après un saut stupéfiant, éliminait les derniers klingons, et s’avançait vers eux comme s’il venait de descendre la dernière marche d’un escalier, sans même présenter la moindre trace d’essoufflement. Si les circonstances avaient été moins dramatiques, Kirk aurait presque éclaté de rire en entendant Spock déclarer avec son impassibilité habituelle « Jetez votre arme ! », il devait reconnaitre que le vulcain ne manquait pas d’un certain culot, manifestement, si Harrison avait aussi voulu se débarrasser d’eux, ce n’était pas l’arme qu’il pointait sur lui qui l’aurait intimidé, arme qu’il fit d’ailleurs sauter de la main de son possesseur d’un geste impatient, comme on confisque un jouet à un enfant qui vous agace, tout en répétant la question qu’il venait de lui poser.

—Les torpilles, les armes dont vous m’avez menacé dans votre message, combien y’en a-t ‘il ?

Il n’avait pas accordé le moindre regard aux deux autres. Désarmés, encore au sol et bouche-bée, il était évident qu’ils ne constituaient pas une menace. Spock le regardait d’un air perplexe, la question était tellement inattendue, que la scène en devenait presque surréaliste.

—Soixante-douze.

Il y eut un instant de flottement, avant que leur stupéfaction ne monte encore d’un cran lorsque John Harrison, le terroriste qui avait réussi à faire sauter une base stratégique secrète de la flotte intergalactique, qui s’était attaqué seul à l’état-major de Starfleet, qui venait d’exterminer un bataillon des plus féroces guerriers de la galaxie, qui les tenait à sa merci et pouvait les anéantir d’une simple pression de doigt, jeta son arme à terre à terre.

—Je me rends.

Kirk se releva péniblement et planta son regard au fond des yeux de celui qui avait tué son mentor. Il hésita un instant, les ordres de l’amiral Marcus étaient clairs : il devait éliminer Harrison, pas le capturer, et son second, en bon vulcain, avait eu beau invoquer le règlement, c’est ce qu’il avait été bien décidé à faire en atterrissant sur Kronos. Mais tuer un ennemi  dans le feu de l’action était tout autre chose qu’exécuter de sang-froid un homme qui venait de se rendre et vous regardait droit dans les yeux, et qui en outre, venait de sauver votre vie et celle de vos compagnons. De plus quelque chose d’indéfinissable l’intriguait chez cet être, peut-être son regard énigmatique, dépourvu du plus infime soupçon de crainte, qui semblait le sonder jusqu’au fond de l’âme et muettement le défier d’accomplir l’irrémédiable. Et puis surtout, pourquoi s’était-il rendu, alors qu’il maîtrisait entièrement la situation? Pendant le bref instant qui avait précédé sa décision, il aurait presque pu voir les rouages de son cerveau travailler. C’était le nombre qui l’avait décidé, mais après la démonstration de puissance à laquelle ils venaient d’assister, Kirk doutait que même soixante-douze torpilles aient pu beaucoup l’impressionner, non, il y avait autre chose, une très brève expression de surprise et… Oui d’espoir, était passée sur son visage, ces torpilles avaient une signification bien particulière pour lui. Quelque chose lui échappait, mais les armes étaient à bord de son vaisseau, si Harrison s’intéressait à elles, il devait comprendre pourquoi.

—Au nom de Christopher Pyke, mon ami, j’accepte votre reddition.

Il se retourna pour échapper au magnétisme des yeux fixés sur lui, et la colère de n’avoir pas pu accomplir le geste fatidique le submergea. Pivotant sur lui-même, il se mit à frapper le prisonnier à coups redoublés,  encore et encore, sans réussir à l’ébranler d’un pouce, jusqu’à s’en écrouler d’épuisement, les poings douloureux et les paupières brûlantes de larmes de rage et de frustration retenues. Spock et le lieutenant Uhura semblaient pétrifiés devant ce déchainement de violence primaire. La jeune femme se reprit la première.

—Capitaine !

Harrison encaissait les coups en silence, sans esquisser un seul geste, il restait debout, imperturbable, dominant de son impassibilité l’homme qui s’acharnait inutilement sur lui. La voix de Nyota réussit à tirer Kirk de sa transe, et il s’arrêta enfin de frapper. Le regard de l’homme en noir avait très légèrement changé d’expression, s’y ajoutait maintenant un soupçon de… mépris ?

—Capitaine ?!

Il avait suffi d’un seul mot, énoncé d’une voix calme et profonde, et chargée de la même nuance que le regard, pour qu’il se sente instantanément revenu  dans la peau d’un simple cadet indiscipliné, rougissant sous le reproche implicite. Un capitaine de Starfleet qui se laissait aller à perdre ainsi son sang-froid et à frapper sans retenue un homme désarmé qui ne cherchait ni à se défendre ni même à se protéger, était indigne de son rang, et les yeux et la voix de Harrison venaient de se charger de lui jeter cette vérité au visage comme une gifle. Conscient jusqu’à la nausée de la stupidité de ses paroles, il se détourna :

—Passez-lui les menottes ! Comme si après sa démonstration de force, une paire de menottes auraient pu retenir le prisonnier s’il avait décidé de s’enfuir ! Il se rendait compte avec une rage renouvelée que c’était le besoin puéril  *et tout aussi indigne d’un officier * d’humilier son ennemi après son camouflet, qui lui avait dicté ces paroles. Décidément il haïssait de plus en plus cet homme, il le haïssait, et en même temps… Non, on ne pouvait éprouver rien d’autre que du mépris pour un être ayant accompli des actions aussi abjectes !

Kirk était en proie aux sentiments les plus contradictoires, une part de lui refusait de croire ce que lui avait révélé Harrison, ou plutôt Khan, puisque tel était son nom véritable, mais d’un autre côté, l’acharnement de l’amiral Marcus à vouloir à tout prix éliminer cet homme en dépit de toutes les règles, qui avait heurté Spock depuis le début, l’intriguait aussi, maintenant. Seuls les morts ne parlent pas… Quelques minutes plus tard, il devait bien se rendre à l’évidence, la trahison de Marcus était indiscutable, c’était bien lui qui avait déclenché la réaction en chaine qui les avaient tous amenés à cet instant précis, où le devenir de la paix intergalactique se retrouvait entre les mains du plus indiscipliné des officiers de Starfleet. Et Khan tout comme lui n’avaient été que des pions dans son jeu de pouvoir. En se dirigeant vers l’infirmerie, après son entretien avec l’amiral, il savait déjà que sa décision était prise, les tentatives de Spock pour le faire changer d’avis n’y changeraient rien. Il devait conclure une alliance provisoire avec Khan, il n’avait pas le choix, quant à savoir ce qu’il adviendrait par la suite, c’était une autre histoire, à supposer qu’ils n’y laissent pas tous leur peau, ce qui était une hypothèse plus que vraisemblable.

Il avait un mal de tête carabiné et se trimballait une sacré gueule de bois. Pourtant, il ne se souvenait pas  avoir fait la bringue. Il était allongé dans un lit et des odeurs typiques d’infirmerie flottaient autour de lui, il ne se souvenait pas non plus être tombé malade, ni d’avoir été blessé, en fait, il ne se souvenait de rien, que de deux yeux sombres remplis d’une infinie tristesse. Un gémissement lui échappa, des éclairs aveuglants lui traversaient le cerveau « mon viseur … aveugle » « à mon retour, il faudra qu’on parle sérieusement de vos aptitudes sociales » « déviez à gauche … suivez-moi » un regard, un sourire esquissé « Scotty, la porte ! » «les rayons me font mal», *tiens, bon à savoir !* «occupez-vous de lui » «je croyais qu’il nous aidait» « … auriez dû me laisser dormir » oh mon Dieu, ce bruit, ce bruit, non ! « mon équipage contre le vôtre » « marcherai sur vos cadavres … récupérer mes amis » « vulcains ne mentent … sont bien les vôtres » «…sombrer sans son capitaine » « préparez-vous … explosion » « ces foutues torpilles »  «pas entrer … radiations » *désolé Scotty*, escalader, je dois  y arriver,  fatigué, tellement fatigué, la porte, «décontamination » Spock ! « aidez… rien éprouver » « j’en suis incapable » la main de Spock contre la vitre «mon ami » Le regard de Spock. Etrange. Bien trop brillant. Condensation ? Obscurité. « Khaaaannnnnnnn !!!!!!! ».
Quel drôle de rêve il avait fait : il flottait, très haut, au-dessous de lui, des gens s’affairaient autour d’un corps inerte, son corps, un tribble *que fait un tribble dans mon cauchemar* ronronnait et la voix de McCoy : « il me le faut vivant ! ». Obscurité. Noir, si noir…

Voix assourdies, mots décousus, le cauchemar recommençait ! Il devait se réveiller. En marmonnant, il ouvrit les yeux sur une silhouette floue. Il avait un goût de carton dans la bouche.

—Faut vraiment que je freine sur l’alcool !

—Sage décision ! *Bones !* Il essaya de se soulever mais retomba sur son oreiller avec un gémissement.

—Oh ! Ne sois pas si mélodramatique, c’est à peine si tu étais mort !

Il n’arrivait pas à dormir, Spock était resté avec lui un long moment, avant que le médecin ne le mette à la porte, apparemment, une résurrection ça vous épuise un homme, il avait besoin de récupérer.
Khan avait été neutralisé.
Lorsqu’il était mort… Mort ! Spock avait pété un câble, lui avait raconté McCoy, c’est lui qui s’était lancé à la poursuite de Khan, il avait réussi à le capturer et à le ramener, et le sang de ce dernier l’avait ramené à la vie. Dès qu’il avait été hors de danger, Khan avait été cryogénisé et placé dans la soute, avec les soixante-douze membres de son équipage que son second avait fait retirer des torpilles avant de les piéger.

Il avait commencé à se lever une semaine plus tard.

La soute était plongée dans l’obscurité, seules de rares veilleuses permettaient se déplacer le long  des allées sans se heurter aux objets entreposés.  Il ne tenait pas à ce qu’on le surprenne ici, s’il avait actionné l’éclairage, cela aurait déclenché une alerte et quelqu’un serait venu vérifier. Il pénétra dans le dernier compartiment, le faisceau lumineux de sa torche se déplaçait lentement, rangée par rangée, balayant une par une les capsules oblongues aux couvercles transparents qui toutes contenaient un être humain. Il s’immobilisa soudain et  posa une main sur le sarcophage qu’il cherchait. Il n’avait pas encore récupéré toute sa résistance, parfois, ses jambes se dérobaient brusquement sous lui… Enfin, il était vivant, c’était le plus important. Que diraient ses amis s’ils savaient qu’il était descendu jusqu’ici ? Il pourrait toujours leur raconter qu’il voulait se rendre compte par lui-même que Khan était bien hors d’état de nuire, après tout, il avait bien le droit de souffrir d’un petit syndrome de stress post-traumatique après sa résurrection ! Mais il préférait que personne ne soit au courant. Il se pencha un peu pour mieux distinguer les traits de l’homme endormi, et fut secoué d’un petit rire nerveux. Si Khan avait pu savoir que pendant une seconde, l’image de la belle au bois dormant lui avait traversé l’esprit !

Spock lui avait raconté son histoire, et malgré tout le ressentiment qu’il éprouvait à son égard, tout au fond de lui, la haine avait fini par s’atténuer, il ne l’aurait avoué à personne, mais sans lui trouver pour autant d’excuses pour ce qu’il avait fait, il en arrivait presque à ressentir une certaine compassion pour cet homme. Les yeux fixés sur le visage désormais figé, il fut soudain saisi d’un vertige et il eut un instant l’impression de contempler son reflet dans un miroir obscur, qui sait si dans d’autres circonstances, s’il n’avait pas rencontré les bonnes personnes sur sa route,  il n’aurait pas pu lui-aussi finir par basculer du mauvais côté ? La frontière était si mince parfois ! Qui pouvait dire comment il aurait réagi confronté à la somme de tout ce qu’avait vécu et subi cet homme? Même Spock, le demi-vulcain, en était arrivé à éprouver des pulsions meurtrières lorsqu’il l’avait cru mort ! Khan était-il entièrement responsable de ce qu’il était ? Même sa conception était une trahison envers l’humanité. Bien sûr, tout homme, même génétiquement modifié, possède un libre-arbitre, mais… Il ne se souvenait que trop bien du déferlement de violence qui s’était emparé de lui, sur Kronos, le poussant à frapper sans pouvoir s’arrêter! Et soudain, il se souvint aussi d’autre chose…

Ce fils de pute l’avait bel et bien embobiné jusqu’au trognon, manipulé d’une façon diabolique. Depuis Kronos, depuis qu’il avait compris que son équipage était toujours vivant, son unique but avait été de récupérer les siens, et sa vengeance n’était alors plus focalisée que vers le seul Marcus. Il avait sciemment donné à Kirk, le moyen de le neutraliser, dans le but de détourner de lui sa vigilance, en le croyant plus affaibli qu’il ne l’était en réalité. Il savait qu’il se laisserait fatalement aller à sa fâcheuse tendance à hésiter à éliminer son adversaire sans jugement, dès lors, Marcus serait à sa merci, à lui. Et ça avait marché, l’effet de surprise et la rapidité de l’action de Khan les avait privés de tout moyen de répliquer efficacement… Comment avait-il pu imaginer un instant que celui-ci avait laissé ainsi échapper une information aussi capitale pour sa survie, par simple distraction ?
il avait tout prévu, sauf que le vulcain ait pu avoir accès à des données que lui-même ignorait, qui allaient causer sa perte, sauf que Kirk était plus semblable à lui qu’il ne le croyait et serait lui aussi prêt à tout, jusqu’à sacrifier sa vie pour son équipage, sauf que Spock laisserait pour une fois son côté humain prendre le dessus… Mais d’un autre côté, qui pouvait savoir ? Jusqu’à quel point un être dont le sang est capable de ressusciter les morts était-il lui-même vulnérable ? Et un cerveau aussi brillant que le sien n’avait-il vraiment pas ne serait-ce qu’envisagé, cette issue? Khan avait emporté toutes les réponses, elles dormaient avec lui au fond de ce sarcophage.

—Je…

Il se racla la gorge, il se sentait complètement ridicule. De quoi pouvait-il avoir l’air, debout dans le noir, à parler à une capsule cryogénique ?

—Je viens vous rendre votre salut, Khan ! Ça-ça me fait mal au ventre de dire ça, mais… Sans vous, je serais mort sur Kronos, je serais mort lorsque mon viseur a lâché, et je serais mort sans votre sang.  Et même si vous ne m’avez sauvé que par intérêt face aux klingons, et à votre corps défendant lorsque j’étais… mort, vous l’avez fait au moins une fois sans aucune autre raison que, peut-être, la loyauté envers un coéquipier. Après tout, il vous aurait été beaucoup plus facile de vous débarrasser de Marcus sans moi qui vous tenait à l’œil, et vous auriez toujours eu Scotty et Carole comme otages pour récupérer les vôtres. Alors… même si ça m’écorche la langue : Merci ! Je voudrais pouvoir vous dire que j’aurais aimé  vous connaître dans d’autres circonstances, vraiment… Mais je mentirais, en fait, je n’aurais pas voulu vous rencontrer du tout, jamais. Vous affronter, c’était… comme affronter mes pires démons, vous aviez le don de faire ressortir ce qu’il y avait de plus mauvais en moi, d’exacerber mes pulsions les plus primitives… Un long moment s’écoula dans un silence de crypte, le froid de la vitre commençait à irradier dans tout son corps. Il se redressa en frissonnant. Avant de s’éloigner, il jeta un dernier coup d’œil au visage immobile, sur lequel on pouvait distinguer l’ombre d’un sourire, qui lui rendait toute son humanité. Il sourit à son tour : «  Vous avez tout de même réussi, hein, espèce d’enfoiré, on vous l’a finalement rendu, votre équipage !  Adieu Khan, vous ne me croirez peut-être pas, mais j’espère que vous avez trouvé la paix».

Il y eut encore le bruit de ses pas qui s’éloignaient, le chuintement du sas qui se refermait, et le silence retomba sur l’obscurité.

FIN

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