La promesse de Rê

Les aventures d'Amelia Peabody Add comments

Titre : «La promesse de Rê»
Auteur : Lilou0803
Type : fanfic
Genre : Romance
Fandom : « Les aventures d’Amelia Peabody
 »
Personnages : Ramsès, Néfret
Rating : G
Disclaimer : L’univers et les personnages de la famille Emerson appartiennent à Elisabeth Peters

N/A : Rê était le Dieu qui permettait, chaque matin, à la barque du jour (soleil) de renaître, après avoir vaincu pendant la nuit, avec l’aide de Seth, le serpent Apophis (les forces du chaos).

Edit : Je viens tout juste de découvrir le volume dans lequel cette scène, qui avait été seulement évoquée dans d’autres tomes dont l’action se situe postérieurement, est effectivement décrite… Et il se trouve qu’elle est très passablement différente de ce texte. Donc, si quelqu’un connaissant le fandom (!!?) et l’ayant lu avant moi est tenté de me le faire remarquer, ne me jetez pas la pierre, je n’ai fait que suivre mon imagination après « le maitre des démons »…

La promesse de Rê

Accoudé à la cheminée, Ramsès était plongé dans une discussion animée avec David. L’impassibilité habituelle de son visage avait disparu pour laisser place à une exaltation qui lui laissait deviner de quel sujet ils devaient s’entretenir. Seule la fièvre de l’archéologie était capable, depuis pas mal de temps maintenant, de le rendre aussi expansif et expressif.
Il tourna la tête de son côté et leurs yeux se rencontrèrent l’espace d’un instant avant qu’il ne détourne le regard. Elle soupira. Qu’est ce qui avait changé ?

Depuis que le professeur et tante Amelia l’avaient recueillie, c’était la première fois qu’ils avaient été séparés pendant aussi longtemps. La plus longue absence de Ramsès et David n’avait pas excédé les six mois où ils avaient été tous deux les invités du cheik Mohammed, huit, ou était-ce dix, ans auparavant.
L’hiver dernier lui avait semblé interminable, malgré les péripéties venues agrémenter la saison. Privée de ses deux complices de toujours, Ramsès parti étudier la philologie en Allemagne, elle ne comprenait pas très bien pourquoi d’ailleurs, il en savait déjà bien plus que la plupart des professeurs, mais il lui avait rétorqué qu’il ne serait jamais vraiment reconnu dans la profession tant qu’il n’aurait pas obtenu un diplôme d’une grande université, en bonne et due forme (mais pourquoi en Allemagne,  n’y avait-il donc pas de bons professeurs en Angleterre ?) et David resté auprès de Lia pour préparer leur mariage, la saison de fouilles n’avait plus le même goût. Tante Amelia avait bien tenté de la divertir, multipliant sorties et réceptions au grand dam du professeur, qui détestait tout ce qui pouvait le distraire de son travail en général, et les mondanités en particulier. Elle avait été particulièrement entourée et courtisée, cet hiver là. Sa beauté, sa fortune, son intelligence et sa forte personnalité attiraient irrésistiblement les jeunes gens, qui tourbillonnaient autour d’elle comme des papillons autour d’une flamme, et ils avaient amplement profité de l’absence de ses frères adoptifs. Mais elle n’avait éprouvé aucun plaisir de ces attentions, elle avait bien flirté avec un ou deux, peut-être même trois, mais sans aucune conviction, plus pour damer le pion à ces pimbêches de la bonne société cairote qu’elle méprisait, et plus particulièrement cette langue de vipère de Sylvia Gorst, que par véritable envie. L’impression qui dominait, lorsqu’elle repensait à cette période, était le vide. Une sensation de manque inexplicable, qu’elle n’arrivait pas à définir clairement, mais qui allait bien au-delà de la simple absence de ses compagnons de toujours.
Lorsqu’ils étaient retournés en Angleterre, à la fin du printemps, elle avait retrouvé David et Lia, bien sûr, mais l’impression était restée. La vue du jeune couple formé par deux des personnes qu’elle aimait le plus au monde la rendait heureuse, et lui faisait du mal à la fois. C’était une sensation étrange et tellement nouvelle pour elle.
Après avoir obtenu son diplôme, Ramsès avait passé le reste de l’été à voyager en Europe. Il ne les avait rejoints qu’un peu avant leur départ pour l’Egypte. Pendant cette année de séparation, il ne lui avait jamais écrit, se contentant d’un mot laconique à son intention dans les lettres qu’il adressait régulièrement à ses parents. Elle ne l’avait jamais connu très expansif, mais elle en avait été inexplicablement blessée et malheureuse. En le revoyant, elle avait senti une vague de chaleur l’envahir, son pouls s’accélérer, sa respiration s’était arrêtée un instant et un  voile assorti d’un vertige était passé devant ses yeux. Elle avait alors compris.
En dépit de ses nombreux flirts, elle s’était toujours amusée et moquée de ses succès auprès de la gent masculine, elle n’était jamais tombée amoureuse.
Ramsès, elle et David étaient comme frères et sœur depuis près de quinze ans, et puis voilà que brusquement tout avait basculé. David s’était épris de Lia, sa meilleure amie et cousine de Ramsès, et maintenant…
Elle jeta un nouveau coup d’œil vers la cheminée. David n’était plus là, il avait du rejoindre sa fiancée. Ramsès avait retrouvé son visage impassible de statue et subissait maintenant le bavardage d’Anna. Elle fronça les sourcils. Bien entendu, Anna n’avait aucune chance malgré le regard adorateur qu’elle levait vers son interlocuteur, mais un pincement désagréable au niveau de l’estomac amena un léger rictus sur ses lèvres. Elle se dirigea vers le couple.

***

Il était enfin de retour chez lui. L’Égypte était son pays de cœur. L’hiver dernier, la saison de fouilles et son traditionnel cortège de péripéties en tous genres que la famille semblait irrésistiblement attirer, lui avait cruellement manqués. Tout en entretenant une conversation animée avec David au sujet de leurs dernières découvertes, il laissait parfois son regard s’égarer dans la pièce. La réception touchait à sa fin et les invités commençaient à se retirer. Sa mère semblait, comme toujours, en pleine forme, resplendissante dans une robe rouge, sa couleur préférée, son père était en grande conversation avec Cyrus Vandergelt et Howard Carter, et… Ses yeux rencontrèrent ceux de Néfret au moment où elle levait la tête. La tentation de se perdre dans leur azur était trop forte et il détourna le regard avant d’être tenté de succomber.

Ce combat l’épuisait. Depuis près de quinze ans, il s’efforçait de lutter contre cette impulsion qui le poussait vers elle. Mais elle était sa sœur adoptive, rien de plus, il ne devait rien laisser transparaitre de ses véritables sentiments. Seul David était au courant.
Qu’aurait-elle pensé si elle avait su que le premier regard que l’enfant qu’il était alors avait porté sur elle lui avait été fatal ? Il imaginait son rire moqueur et ses amicales railleries. Depuis tout ce temps, il tentait par tous les moyens de juguler cette attraction, multipliant les conquêtes féminines. Il avait même cru être définitivement guéri lorsqu’ils étaient retournés dans l’oasis perdue, mais Daria avait décidé de rester auprès de Tarek pour régner à ses côtés, tuant dans l’œuf l’amour qu’il croyait commencer à éprouver pour elle, et tout avait recommencé.
L’année précédente, il avait décidé de creuser un fossé entre elle et lui, espérant qu’une séparation clarifierait les choses. Il ne supportait plus sa présence auprès de lui, cela devenait trop douloureux. Comment pouvait-il espérer autre chose d’elle qu’une affection fraternelle, qu’il partageait d’ailleurs avec David ? Depuis toujours, ils formaient un trio inséparable, partageant les joies et les chagrins de l’enfance et de l’adolescence, la complicité des premières infractions aux règles des adultes, affrontant ensemble aventures et dangers… Ils avaient conclu un pacte : ils ne se cacheraient jamais rien et partageraient tout, sans discrimination de sexe (Néfret savait faire valoir ses arguments). Mais il n’avait pas respecté le pacte… Le secret qu’il gardait caché au fond de son cœur n’avait jamais franchi la barrière de ses lèvres. Seul David avait su le percer à jour. David, son ami, son plus que frère, qu’il en était presque venu à haïr lorsqu’il avait cru que Néfret…
Comment allait-il encore pouvoir parvenir à la côtoyer comme si de rien n’était ?
David lui avait conseillé de tout lui avouer, comme il l’avait lui-même fait avec Lia. Il avait préféré partir… fuir.

Il avait essayé, vraiment essayé. Ses études le passionnaient, et certaine petite allemande…
Il avait vraiment tout fait pour la chasser de son esprit. Quitte à passer pour un mufle, il ne lui avait jamais écrit, se contentant d’ajouter un petit mot à son intention à la fin des lettres qu’il envoyait à ses parents, et après avoir brillamment obtenu son diplôme, il avait décidé de ne pas rentrer immédiatement en Angleterre, et avait passé le reste de l’été à visiter l’Europe, ne rejoignant la famille que quelques jours avant leur départ pour l’Égypte.
Le premier regard qu’il avait posé sur elle lui avait fait comprendre que malgré l’éloignement, rien n’avait changé. Il avait lâchement espéré qu’elle aurait rencontré quelqu’un pendant son absence, provocant une fracture dans leurs relations, qui aurait fini par le guérir… Mais Néfret n’était pas Daria et l’histoire ne s’était pas répétée.

—     Ramsès ?

La voix d’Anna le fit sursauter. La fille de Katherine Vandergelt n’avait vraiment rien du charme félin de sa mère. Il s’apprêta à subir stoïquement un bavardage ennuyeux. Après tout, cela valait aussi bien que de ruminer des pensées qui ne le conduiraient de toutes façons à rien !

—     Anna ? Néfret venait vers eux. Je pense que votre mère vous cherche. Fit-elle en montrant les Vandergelt qui prenaient congé de leurs hôtes.

Ils rejoignirent tous les trois le petit groupe formé par les Emerson, David, Lia, Cyrus et Katherine.

***

La soirée avait été une réussite, comme toujours lorsque sa mère se mêlait d’organiser quelque chose, se dit-il en esquissant un sourire. Il était resté dans le salon après que tous se soient retirés, assis dans le noir pour fumer une dernière cigarette. Il se leva et se dirigea vers la porte de la véranda. Il avait besoin d’air, besoin de marcher. La main qui se posa sur son épaule le fit réagir instantanément, saisissant le poignet de l’intrus, il pivota brusquement. Néfret fit une petite grimace de douleur en se frottant le bras qu’il avait lâché en la reconnaissant.

—     Je suis désolé, mais tu n’aurais pas dû…

Elle émit un petit rire de gorge.

—     OK , autant pour moi, je vois que ton année d’études ne t’a pas ramolli, tu n’as pas perdu tes réactions !

Ils se regardèrent un instant en silence. Ce fut elle qui reprit la parole.

—     Walter Peabody Emerson, vous êtes un rustre,  vous ne m’avez pas souhaité une bonne année !

—     Oh !… Je… Désolé Néfret, j-je te souhaite la plus merveilleuse année dont tu puisses rêver.

Bafouilla t-il en se penchant pour l’embrasser sur la joue. Elle le retint par le cou et murmura à son oreille en lui montrant le plafond :

—     J’y compte bien ! Tu n’as pas remarqué où nous sommes ?

Un magnifique (bien qu’ayant une très nette tendance à se flétrir avec la chaleur ambiante) bouquet de gui s’étalait au-dessus d’eux.

Il n’avait pas le souvenir qu’il y ait jamais eu de gui au plafond, les autres années… et ou diable avait-elle (il ne doutait pas que l’initiative en revenait à Néfret) bien pu se le procurer ? Il n’eut pas le temps de se poser plus de questions, des lèvres douces et chaudes venaient de s’emparer des siennes.
Il se retrouvait adolescent, tremblant et aussi intimidé et maladroit que lors de son premier baiser. Il avait l’impression de tomber dans un rêve, mais la femme qu’il tenait dans ses bras n’avait rien d’immatériel et ses intentions étaient on ne peut plus explicites. Néfret ne faisait jamais rien à moitié. Il resserra son étreinte et gémit son prénom contre sa bouche. Ses certitudes s’écroulaient. Que s’était-il passé ? Pourquoi agissait-elle de cette manière ? S’était-il trahi en quelque façon que ce soit ? Et même dans ce cas, elle aurait logiquement du se moquer de lui, pas le provoquer ! Il avait encore quelques scrupules à profiter de cet instant qu’il attendait pourtant depuis si longtemps… N’avait-elle pas un peu trop bu ? Savait-elle bien ce qu’elle était en train de faire ? Mais elle s’accrochait à lui comme si sa vie en dépendait, alors, il rendit les armes et se laissa aller.

Elle avait eu du mal à se le procurer, mais ça en valait la peine, le stratagème du gui avait fonctionné ! Ce n’était pas la première fois que Néfret embrassait un homme. On était au vingtième siècle que diable ! Et le règne de Victoria était déjà presque un souvenir. Mais jamais avec aucun de ses flirts, un simple baiser ne lui avait procuré de telles sensations. Elle avait perçu la légère hésitation due à la surprise de Ramsès, mais la fougue mêlée de tendresse qu’il mettait dans son baiser lui fit monter les larmes aux yeux. Elle ne lui dirait jamais à quel point elle avait eu peur qu’il ne la rejette, ils se considéraient comme frère et sœur depuis si longtemps ! Mais la réaction du jeune homme lui fit comprendre dans un éclair les années de frustration de son compagnon, et elle se demanda comment elle avait pu être aussi aveugle, et ne pas comprendre plus tôt ce qu’il éprouvait pour elle…. Et ce qu’elle éprouvait pour lui.

Un long moment plus tard, ils se séparèrent, laissant leurs regards noyés l’un dans l’autre. Osant à peine croire à son bonheur, Ramsès restait immobile, et ce fut elle qui lui prit la main pour l’entrainer vers le couloir…

FIN

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