221B – La genèse

Sherlock Holmes Add comments

Titre : « 221B » – La genèse
Auteur :
Lilou0803
Type :
fanfic
Genre :
Friendship
Fandom :
Sherlock (BBC-2010)
Personnages :
John, Sherlock
Rating :
G
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
N/A : Une série de petites histoires indépendantes les unes des autres, inspirées par le brillantissime « Sherlock » de la BBC. Pour ceux qui ne connaissent pas, l’histoire se passe maintenant en 2010. Les taxis londoniens ont remplacé les fiacres, les textos les télégrammes, Sherlock a un site internet : « la science de la déduction », et John ne relate plus ses histoires dans le Strand, mais dans son blog…
Spoilers : Épisode 1

La genèse

John referma son ordinateur un peu trop brusquement, et le regretta aussitôt, il n’avait vraiment pas les moyens de se permettre d’abimer l’un des rares objets de valeur en sa possession. Avec un profond soupir désabusé, il énonça le diagnostic à voix haute, tout en passant une main fatiguée sur son visage : excentrique, mégalo, prétentieux  et égocentrique… Le gros lot!
OK, il n’avait pas non plus les moyens de faire le difficile, et si cela pouvait lui permettre de rester à Londres, ça méritait bien de faire un petit effort d’adaptation. Sa pension ne lui permettrait pas de vivre à l’hôtel beaucoup plus longtemps, et les loyers dans la capitale atteignaient des sommets véritablement vertigineux, après tout, il ne coûtait rien de jeter un coup d’œil à l’appartement. Accepter l’aide de Harry avait immédiatement été hors de question, il aimait beaucoup sa sœur, mais sa tendance à céder de plus en  plus souvent aux sirènes de l’alcool l’exaspérait au plus haut point. Il avait assez de problèmes personnels à régler comme ça.
Il commençait à se résigner à l’idée d’aller s’installer ailleurs, lorsqu’il avait rencontré Stamford, et l’espoir d’avoir peut-être trouvé quelqu’un avec qui partager les frais d’un loyer, avait tendance à le pousser à l’indulgence envers ce qu’il avait pu entrevoir de la personnalité pour le moins déroutante de l’hurluberlu qu’il avait rencontré l’après-midi même à l’hôpital. Une colocation n’était pas un mariage, et de toute façon, il ne s’était encore engagé à rien.
Et puis il devait bien s’avouer à lui-même qu’il était intrigué au plus haut point par l’ individu en question. Comment avait-il pu deviner autant de détails sur lui et sa famille en quelques minutes seulement? Que faisait-il à la morgue avec une cravache? Il fallait reconnaitre que d’après  ce que lui en avait  dit Stamford après son départ, l’homme paraissait assez fascinant, et ce n’était pas la jeune Molly qui allait dire le contraire…
Son site, sur lequel il était tombé en tapant son nom dans un moteur de recherche était certes un brin spécial, certains de ses raisonnements tirés par les cheveux, mais paradoxalement, l’ensemble était cohérent et dénotait une vivacité d’esprit hors du commun. Ce Sherlock Holmes pouvait tout aussi bien être un véritable génie méconnu qu’un parfait mystificateur… mais assez génial pour monter de toutes pièces des raisonnements qui au bout du compte, finissaient par tenir parfaitement debout (en y réfléchissant, il pouvait aussi bien être les deux, d’ailleurs). Il finit d’avaler son thé et retourna se coucher. Sa décision était prise, ce soir, il irait visiter l’appartement, on verrait bien si les avantages du local compenseraient les inconvénients du locataire. Il finit par réussir à se rendormir. Pour la première fois depuis longtemps, il ne rêva pas.

***

Sherlock dévalait l’escalier quatre à quatre en sifflotant, un léger sourire flottait sur ses lèvres. Il adorait jouer à ce petit jeu, et déstabiliser ses interlocuteurs avant même qu’ils aient eu le temps d’ouvrir la bouche. En observant leurs réactions, il était comme un chat devant un bol de crème et se délectait de leur mine ahurie. En outre, cela lui donnait un avantage considérable et immédiat sur eux, dont il profitait généralement sans aucun scrupule. Il était toujours affligé de la lenteur d’esprit de la plupart des gens… S’amuser un peu à leurs dépends était tellement tentant! Cette fois, cependant, un semblant de remords le traversa fugacement, non pas par rapport à ce John Watson que Stamford venait de lui présenter, il se moquait bien de ce que les gens pouvaient penser de lui, mais si l’homme était susceptible, il pourrait avoir raté une occasion de partager le prix de son loyer, et il devait bien reconnaitre que tout génial qu’il puisse être, travailler avant tout pour l’amour de l’art, ça ne remplissait pas le portefeuille aussi rapidement qu’il mettait à se vider. La police ne le payait évidemment pas, et la clientèle privée ne se bousculait pas sur le palier de son nouvel appartement, au point qu’il en venait presque à regretter d’avoir quitté sa chambre minable de Montague street, certes dépourvue du confort le plus élémentaire, mais au loyer imbattable… Aussi détaché qu’il puisse être des plaisirs et des biens de ce monde, il fallait bien (hélas!) manger pour vivre, et vivre quelque part. Et il ne pouvait pas imaginer exercer son métier ailleurs qu’à Londres. Il avait voulu faire le fier en refusant l’aide de Mycroft, certes, la scène avait eu un certain panache, mais cela, comme tout, avait un prix!
Non qu’il ait vraiment envie de partager l’appartement, en fait, cette simple pensée le déprimait, mais c’était la seule solution pour ne pas trop se ruiner dans cette ville de dingues. Il se résignait donc à essayer de faire contre mauvaise fortune bon cœur… Après tout, la cohabitation n’est pas un mariage, il ne comptait absolument pas changer ses habitudes pour un éventuel colocataire. Si son mode de vie ne lui convenait pas, il n’aurait qu’à partir, comme on dit : le plus gêné s’en va…
Après avoir récupéré sa cravache à la morgue, il se dépêcha de quitter l’hôpital par une porte de service, avant de croiser une fois de plus le chemin de Molly. Pauvre Molly, victime consentante… Il se demandait comment il aurait pu continuer à mener ses expériences sur les cadavres sans la complicité de la jeune assistante du médecin légiste. Lorsqu’il avait remarqué son attirance pour lui, il avait sans aucune vergogne joué de son charme pour obtenir ce qu’il voulait, soufflant le chaud et le froid pour ne pas lui donner trop d’espoir, tout en maintenant une ambiguïté calculée dans leurs relations. Il se demandait si toutes les femmes étaient aussi stupides. Quelle idiotie que de se laisser guider dans la vie par les émotions! Dieu merci, il n’était jamais tombé dans ce piège, et ce n’était pas demain la veille que cela risquait de se produire, il s’y exerçait en permanence, et jusqu’ici, il n’avait pas si mal réussi.
Lorsqu’il avait pris conscience qu’il pouvait vivre de ses dons, il s’était astreint à des règles de vie draconiennes, faisant en sorte de toujours privilégier la raison et la logique, afin que rien ne puisse venir perturber la juste exactitude de ses observations et de ses raisonnements. Il tenait en respect, le plus éloignés possible de sa personne, des sentiments tels que l’amour ou l’amitié, comme s’il s’était agit de poisons violents. Il avait peu à peu développé une sorte de mécanisme de défense qui lui faisait professer une misogynie et un amour de la solitude que d’aucuns trouvaient un tant soit peu excessifs. Parfaitement conscient de ce qu’il considérait comme la plus grande de ses faiblesses, il s’efforçait, à défaut de pouvoir la tuer, de remiser au plus profond de lui une sensibilité à fleur de peau qu’il ne laissait échapper, comme par une soupape de sécurité, qu’au travers de la musique. Il évacuait par la voix de son violon le trop-plein de cette humanité que la plupart des gens lui reprochait de ne pas posséder. C’était son secret le mieux gardé. Certains, comme le sergent Sally Donovan le traitaient de sociopathe, voire de psychopathe, sans se douter qu’ils lui faisaient ainsi le plus grand des compliments, en effet, pour lui, cela signifiait qu’il avait atteint son but.

***

Son doigt se crispa sur la détente, il ferma les yeux un instant, en lâchant calmement sa respiration. Sa main ne tremblait pas. « Il ne m’arrive jamais rien« . Si la situation avait été moins dramatique, il aurait éclaté de rire. Lorsqu’il rouvrit les yeux, les deux hommes étaient sur le point de porter quelque chose à leur bouche, le mot « poison » s’inscrivit en lettres de feu dans son esprit, et son instinct prit le dessus…
En l’espace de quelques jours sa vie avait basculé dans un tourbillon insensé d’évènements aussi fous qu’imprévus. Sherlock l’avait embarqué presque malgré lui dans cette affaire de faux suicides, il avait fait la connaissance d’un mystérieux personnage qui lui avait proposé de le payer pour l’espionner, avait traversé une grande partie de Londres en courant après un taxi sans plus se soucier de sa « mauvaise jambe », Lestrade avait organisé une descente anti-drogue à Baker street dans l’espoir évident de forcer la main à Sherlock afin de l’obliger à mieux coopérer avec lui, ce dernier avait disparu, kidnappé plus ou moins de force par un mystérieux chauffeur de taxi qui s’était avéré être un redoutable tueur en série, et pour finir…
Ce n’était pas la première fois qu’il tirait sur un homme, mais jusque là, cela avait toujours été en temps de guerre et pour défendre sa vie, cette fois, ça s’était passé en plein Londres, alors que rien ne le menaçait directement. Il avait évalué le péril encouru par Sherlock et avait réagi sans se poser de questions. Il avait été entraîné à agir dans l’urgence, son ami était en danger immédiat, et l’homme un assassin cynique, le choix avait été vite fait.

Debout à côté du ruban qui délimitait la scène de crime, il hésitait sur la conduite à tenir. Sherlock, les épaules recouvertes d’une couverture orange, était en grande discussion avec Lestrade. Qu’avait-il pensé un peu plus tôt? Ami? Pouvait-on parler d’amitié après moins d’une semaine de cohabitation mouvementée, et avec un tel personnage? Et pourtant… Avec étonnement, il se rendait compte que c’était bel et bien ce qu’il ressentait à ce moment précis, et cette amitié, dont il ne savait même pas si elle serait un jour réciproque, lui était infiniment précieuse. Grâce à ce diable d’homme, il avait retrouvé le goût de la vie et la volonté d’essayer de s’en sortir. Levant les yeux, son regard rencontra celui de Sherlock qui venait de l’apercevoir. Il perçut la brusque hésitation du jeune homme, qui se mit à secouer la tête, comme pour démentir ce qu’il venait de dire, prenant abruptement congé du policier avant de se diriger vers lui, l’air préoccupé.

Sherlock n’avait guère été plus démonstratif qu’à son habitude, et pourtant quelque chose en lui avait subtilement changé. Lorsqu’il avait levé sur lui un regard à la fois reconnaissant, complice et chaleureux dans lequel brillait une lueur nouvelle qui en faisait oublier la froideur habituelle, mêlée à un soupçon d’étonnement, John avait compris qu’à la grande stupeur de l’intéressé lui-même, son amitié était acceptée… et partagée. Mais le plus surpris de tous était très certainement Mycroft Holmes. Il suivit un moment les deux hommes qui s’éloignaient côte à côte dans la rue, d’un air pensif. Un éclat de rire le fit tressaillir, et tandis que son assistante s’approchait de lui pour prendre ses instructions, il sembla se réveiller. >
Avant de retourner à la voiture qui devait le reconduire, il sortit son téléphone portable et appuya sur une touche pré-programmée.

FIN

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