Tempus fugit -2- L’ombre du passé

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Titre : «Tempus fugit » -2- L’ombre du passé
Disclaimers : l’univers de « moonlight, Josef et Mick  appartiennent à Ron Koslow etTrevor Munson.
L’histoire de Josef étant entièrement de mon cru, les personnages de la partie concernée sont à moi.
Genre : Drama– Friendship Mick-Josef
Classification : R (violence)

L’ombre du passé

Personne au bord de la piscine, voilà qui était plutôt inhabituel, les jolies freshies en bikini faisaient tellement partie du décor, que leur absence en était presque choquante. Et ce n’était pas la seule anomalie qui avait frappé Mick en arrivant. En cette fin d’après-midi, la résidence aurait du déborder d’activité. Josef avait l’habitude de traiter ses affaires les plus délicates ou urgentes après son petit déjeuner, depuis sa villa de Beverly Hills, avant de partir pour ses bureaux, où il passait une grande partie de la soirée, jusque tard dans la nuit. La bourse ne s’arrête jamais, c’était bien pratique pour justifier que les bureaux de Josef Kostan soient actifs de jour comme de nuit, et si le patron préférait travailler la nuit, après tout, ce n’était pas l’affaire de ses employés. Ils étaient payés plus que royalement, à condition de toujours se montrer les meilleurs, d’observer une discrétion digne de l’église catholique, d’obéir au doigt et à l’œil et de ne discuter aucune décision de leur patron, et jusqu’à maintenant, tous étaient parfaitement satisfaits de cet état de chose.

Mick pouvait entendre des bribes de musique à travers le double vitrage blindé des baies, elles aussi inhabituellement closes à cette heure là. Il tendit l’oreille. Les accords de flutes, de clavecin et autres instruments anciens alternaient un air à la fois solennel et mélancolique avec des passages gais et sautillants. Rien qui ressemblât de près ou de loin aux vieux standards de jazz qu’ils avaient l’habitude d’écouter lorsqu’ils se retrouvaient pour une soirée tranquille au coin du feu.
Les baies n’étaient pas verrouillées, Mick fit coulisser une vitre et entra dans l’immense salon éclairé « a giorno » de la résidence de son ami. Josef, renversé dans un fauteuil, uniquement vêtu d’un… Jeans !  Et d’une chemise non boutonnée, un verre à-demi plein d’un liquide ambré à portée de la main, semblait profondément endormi. La musique semblait l’envelopper, déroutante et envoutante. Sans bruit, il s’approcha de la chaine Hi Fi et se saisit du boitier du CD : «Danses de Hongrie et de Transylvanie du XVIIème siècle ». Un sourcil levé, il se tourna vers son ami. Parfaitement éveillé, Josef le fixait d’un œil incisif.

–Un rafraichissement ? Sers-toi, tu sais où sont les verres.

–Qu’est ce qui t’arrive? Ce n’est pas ton habitude de t’alcooliser au réveil, et où sont passées tes freshies ?

–J’ai déjeuné plus tôt aujourd’hui, mais si tu as faim…

–Je t’en prie, ne te dérange pas pour moi ! …Sérieusement, Josef,  la nostalgie ne fait pas partie de tes vices habituels.

–Tu n’aimes pas ?

–C’est… spécial ! Pas désagréable, je dois avouer, assez envoutant.

–A une époque, c’était la dernière mode, c’était très agréable de danser là-dessus, les gens ne savent plus danser maintenant, ils se contentent de gesticuler dans tous les sens et appellent ça de la danse, quelle hérésie !

Mick sourit.

–J’avoue que j’ai un peu de mal à t’imaginer en pourpoint, dansant le menuet à la cour de Louis XIV.

–On ne portait pratiquement plus le pourpoint à cette époque-là, et j’ai très peu fréquenté la cour de Louis XIV. Par contre, j’ai séjourné pendant plusieurs mois à Versailles, à l’époque du mariage de Louis XV avec Maria Leszczyńska. Mes pérégrinations de l’époque m’avaient conduit dans l’entourage du roi exilé de Pologne, et ma connaissance des langues étrangères m’avait désigné comme l’un des interprètes faisant partie de la suite de la future reine de France. Et effectivement, j’ai bien dansé le menuet à Versailles, c’était assez plaisant, d’ailleurs, les jolies filles peu farouches n’y manquaient pas et les freshies n’étaient pas difficile à trouver, une grande partie de la noblesse française faisant partie de notre « famille »… Mais trop superficiel à mon goût, je m’en suis vite lassé.

–Le menuet…

–Et la pavane, la gaillarde, la gavotte, le passe-pied et bien d’autres. Au XVIIème siècle, la danse faisait partie de l’enseignement de base de tout gentilhomme, au même titre que l’escrime ou l’équitation… J’ai toujours été un très bon danseur, et j’adorais danser.

–Versailles, un gentilhomme, mazette ! Est-ce que je dois t’appeler Monseigneur ?… Et qu’est ce qui nous vaut cet accès de mélancolie ?

Josef se leva et se mit à marcher en long et en large, en évitant son regard.

–Tu veux la vérité, Mick ? Parfois, il m’arrive de penser que c’est toi qui as raison, d’en avoir assez de tout ça… La seule chose agréable qui subsiste, comme une écume à la surface de tous ces siècles, c’est ça : la musique, la danse, un peu de légèreté dans un monde de violence, de feu et de sang… Même l’amour engendre toujours la tristesse et la douleur.  Depuis une cinquantaine d’années, j’avais osé espérer que le monde avait un peu changé, mais la nature humaine est toujours la même, peut-être juste encore un peu plus sournoise. J’avais osé espérer connaître autre chose que l’éphémère avec Sarah, et puis…

Le disque s’était tu, Josef finit de vider son verre d’un trait, et se dirigea vers la baie vitrée, qu’il ouvrit en grand. Encore quelques pas, et il se laissa tomber tout habillé dans la piscine. Mick l’avait suivi, il attrapa une serviette de bains abandonnée sur un lit bain de soleil, et attendit un long moment que son ami remonte à la surface.

–Original, comme méthode, pour se remettre les idées en place, heureusement que tu n’avais pas déjà enfilé un des tes costumes St Laurent hors de prix !

–Armani. Jamais pour me baigner.

–Sors de là, tu vas attraper la crève !

–Très drôle, il y avait longtemps qu’on ne me l’avait pas faite, celle-là.

Il se débarrassa de ses vêtements trempés, les abandonnant en tas sur le sol, et se frictionna vigoureusement avec la serviette, avant de l’enrouler autour de ses reins comme un pagne, en rentrant dans la maison.

–Je vais me changer, j’en ai pour une minute.

–Fais comme chez toi.

Malgré le ton volontairement léger avec lequel il avait pris l’attitude de son ami, Mick était inquiet. Jamais, si on exceptait le jour où il leur avait « présenté » Sarah, à lui et à Beth, Josef n’avait montré, même devant son meilleur ami, une telle vulnérabilité, il semblait vraiment épuisé, au bout du rouleau, physiquement, bien sûr, il montrait une surface lisse, mais lui qui le connaissait bien, décelait en lui comme une fissure. Les derniers évènements avaient réveillé un passé, des blessures qui apparemment ne semblaient pas tout à fait résorbées.

L’homme qui entra dans la pièce quelques minutes plus tard, impeccable, sur de lui et souriant, tel qu’il l’avait toujours connu, n’avait plus rien de commun avec celui qui avait plongé dans la piscine tout habillé si peu de temps auparavant. Il semblait bien décidé à faire oublier son instant de faiblesse, mais Mick ne l’entendait pas de cette oreille. Son ami traversait manifestement une mauvaise passe, et il était bien décidé à l’aider autant qu’il le pouvait. Depuis qu’ils se connaissaient, à sa manière discrète et maquillée d’une ironie teintée de cynisme, Josef avait toujours été présent pour lui, prévenant même souvent les problèmes avec cette intuition fulgurante qui le caractérisait. Il avait été un guide et un mentor après sa transformation, et au fil des années, un lien indestructible s’était noué entre eux, ils étaient plus que frères et chacun aurait donné sa vie pour l’autre. Les dernières semaines avaient été difficiles, elles avaient ravivé d’anciens traumatismes dans l’esprit de son ami, il devait trouver un moyen de l’aider à surmonter son abattement.

– Désolé, je manque à tous mes devoirs… Tu voulais me parler de quelque chose ?

Il avait retrouvé son élégance presque futile de grand seigneur, cette aisance, cette fluidité de mouvements qui ne faisait que s’accentuer au cours du temps chez les vampires, et en faisaient de redoutables séducteurs auxquels nuls, hommes ou femmes ne pouvaient réellement résister… Et Josef était l’un des plus anciens d’entre eux.

– Pas spécialement, mais tu n’as plus donné signe de vie depuis plusieurs jours, je commençais à m’inquiéter de ne plus te voir surgir à l’improviste dans mon appartement, et comme tu n’étais apparemment pas non plus avec Simone…

Josef pivota vivement sur lui même pour lui faire face :

– Tu l’as vue ? Qu’est ce qu’elle t’a dit ? Elle m’en veut ?

– Je l’ai croisée, elle passe pas mal de temps avec Beth. Elle aussi, elle se fait du souci pour toi, je ne sais pas ce qui s’est passé entre vous, mais…

–  Après tout ce que nous avons traversé ces derniers temps… Je me suis rendu compte qu’elle comptait beaucoup plus que je ne croyais.
Je l’ai appelée, le soir de mon retour, elle est venue ici. On a parlé…

Il se laissa tomber dans un fauteuil.

» Je… Je lui ai parlé de Sarah, je ne lui ai rien caché, ni que rien ne pourrait jamais effacer mes sentiments pour elle, même si notre relation devait devenir plus profonde… Je pourrais très bien comprendre qu’elle soit en colère et qu’elle ne veuille plus me voir.

– Elle n’est pas en colère, elle est malheureuse. Elle craint que tu ne veuilles plus d’elle, elle n’ose pas faire le premier pas de peur de se faire rejeter.
Sarah, tu… Tu l’aimais vraiment à ce point ?

– Je renoncerais à mon éternité pour la voir rouvrir les yeux. Elle était, elle est, tout ce qui compte le plus au monde pour moi, la plus belle chose qui me soit jamais arrivée depuis…

Il se racla la gorge et se reprit.

» Après avoir vécu aussi longtemps.
Simone c’est, comment dire, comme une coupe de champagne, frais, léger, pétillant et assez addictif pour que je puisse envisager de passer du temps avec elle, mais elle ne prendra jamais la place de Sarah, et je ne veux pas la faire souffrir.

Après un instant de silence un peu gêné, Josef s’arrangea habilement pour faire dévier la discussion vers d’autres sujets, et les deux hommes continuèrent à discourir amicalement pendant quelques minutes, puis la conversation retomba. Le silence se prolongea un moment, Mick parut sur le point de commencer une phrase, mais s’arrêta aussitôt.

TBC

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