Tempus fugit -3- Souvenirs d’outre-tombe

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Titre : «Tempus fugit » -3- Souvenirs d’outre-tombe
Disclaimers : l’univers de « moonlight, Josef et Mick  appartiennent à Ron Koslow etTrevor Munson.
L’histoire de Josef étant entièrement de mon cru, les personnages de la partie concernée sont à moi.
Genre : Drama– Friendship Mick-Josef
Classification : R (violence)

Souvenirs d’outre-tombe

– Quoi?

– Non, rien… En fait, je…

– Accouche!

– Eh bien, tu ne m’as jamais réellement parlé de toi, de ta transformation, de ton passé… Il a fallu la tentative d’assassinat de John Witley pour… J’avais pensé que peut-être… Mais je ne veux pas…

Josef, qui semblait pétrifié, avait brusquement blêmi, Mick appréhendait sa réaction, mais il sembla se reprendre un peu.

– Non! Tu as raison, je sais tout de toi, tu es mon seul véritable ami, je n’ai pas vraiment été loyal… mais, tu sais, enfin, j’ai toujours eu du mal à… et puis c’est tellement vieux, tellement… Il se tut, et avala difficilement sa salive en tournant brusquement le dos à son ami.

Mal à l’aise, Mick se taisait, cette attitude était tellement éloignée de l’habituelle assurance désinvolte de Josef! Il ressentait presque physiquement le dilemme et la brusque souffrance morale du jeune homme, et commençait à regretter son indiscrétion.

Bien que le connaissant depuis plus d’un demi-siècle, il n’avait jamais osé lui poser cette question. Instinctivement, il sentait qu’il valait mieux ne pas remuer un passé qui pouvait s’avérer très sombre, mais l’affaire Sarah Witley avait changé la donne. Josef avait accepté de soulever un coin du voile pour lui et Beth, laissant entrevoir de lui une face inattendue, habituellement bien dissimulée sous une apparence décontractée et faussement insouciante, et il avait envie d’en apprendre un peu plus sur cet être à la complexité déroutante.

Un long moment passa, et soudain, Josef se remit à parler, comme on se jette à l’eau :

- Je suis né en Hongrie, en 1599. J’ai été baptisé Jozsef, Karoly, Charles en hongrois. Ce sont les deux prénoms que j’ai le plus utilisés au cours des siècles, le seul héritage que je veuille conserver d’un passé depuis longtemps enterré.

Mon nom véritable est celui d’une grande lignée, que ne citerai pas par respect pour la mémoire de mes ancêtres.

Ma famille faisait partie de la plus ancienne noblesse, le sang de Saint Etienne coulait dans nos veines, notre pouvoir était immense.

…Tu pourrais effectivement m’appeler Monseigneur!

Tenta t-il d’ironiser, un sourire crispé au coin des lèvres.

» Nous étions trois enfants, mon frère Mihály était l’ainé de plusieurs années, il était adolescent, mais en ce temps-là, on était déjà considéré comme un adulte à son âge, lorsque ma mère, seconde épouse de notre père, mourut en mettant au monde des jumeaux, ma sœur Gizella et moi. J’ai rencontré la mort en naissant, elle allait devenir ma compagne la plus fidèle.

Il ne faut pas s’imaginer que la vie était facile, même pour les classes dominantes, à cette époque. C’était une période sombre, trouble, les guerres et les conflits internes se succédaient et les épidémies de peste décimaient les survivants des carnages, tuant sans distinction puissants ou misérables. Ma sœur et moi étions très proches, seuls enfants dans un entourage d’adultes, elle fut emportée très jeune par la maladie, mon frère, qui avait succédé à notre père était un homme violent et cruel, obsédé par la religion. Je ne trouvais un peu de réconfort que dans la famille de mon unique ami Konstantin, le fils du forgeron. J’allais avoir 19 ans lorsque qu’éclata la guerre qui allait enflammer l’Europe toute entière d’une folie fanatique et destructrice pendant trois décennies.

Je faisais ce qui m’avait été inculqué comme mon devoir vis à vis de ma terre et de ma foi, mais plus le temps passait et plus je me posais de questions. La mort régnait partout en maîtresse absolue, et ce Dieu pour lequel nous combattions ne semblait jamais vouloir reconnaitre les siens.

Son regard se perdait dans le vague. Il y eut de nouveau un long moment de silence.

» J’avais 25 ans lorsque je rencontrai pour la première fois ma cousine Erzsébet, qui devait épouser mon frère. Au premier regard, j’en tombai éperdument, follement amoureux, et compris que le sentiment était partagé. Nous décidâmes de nous enfuir ensemble, bravant la fureur de Mihály. Nous trouvâmes refuge en Roumanie, dans un petit village de Transylvanie, au pied des Carpates, ou nous réussîmes nous cacher pendant trois ans. Malgré tout ce que nous dûmes affronter alors, ce furent les trois années les plus heureuses de ma vie humaine, mais mon frère n’avait pas renoncé à laver son honneur, et il finit par nous retrouver.

Une nuit, il nous surprit pendant notre sommeil, Erzsebet était enceinte, malgré mes supplications, il l’égorgea sous mes yeux, l’éventra et arracha le « fruit du péché » de ses entrailles pendant que ses sbires m’obligeaient à regarder, puis, d’un coup de lance, il me cloua au sol et me regarda agoniser pendant une éternité, avant de mettre le feu à notre maison et de partir, abandonnant nos dépouilles aux charognards. Mais je n’étais pas mort, pas tout à fait. Lorsque je repris conscience, je fus d’abord aveuglé par les rayons du soleil naissant, puis une silhouette s’interposa devant la lumière. Je crus que Mihály était revenu pour m’achever, mais l’homme brun qui se pencha sur moi pour vérifier si j’étais encore vivant m’était inconnu.

– Tu ne dois pas mourir, me dit-il. Je peux te donner la possibilité de te venger… de les venger. Je peux t’offrir la vie éternelle. Si tu acceptes, il te suffit de cligner des yeux et je ferai de toi un être à la puissance infinie.

» Ma vision se voilait, j’étais comme engourdi, je ne sentais plus la douleur, la mort était proche. Je pensais à mon amour perdu, à mon enfant perdu, j’aspirais à les rejoindre, et pourtant, quelque chose tout au fond de moi me disait que je devais les venger, même si c’était la dernière chose que je ferais au monde, je ne savais pas si je croyais vraiment l’homme dont la voix me semblait de plus en plus lointaine, ni même s’il n’était pas une hallucination engendrée par le délire, mais je clignai des yeux. Aussitôt, une douleur fulgurante me transperça la gorge, et je perdis connaissance. Lorsque je me réveillai, un liquide chaud coulait dans ma bouche, en l’avalant, je sentis la vie renaître en moi, et instinctivement, je plantai mes dents dans les veines du bras que l’homme me tendait. Lorsque je fus rassasié, il se releva et arracha le pieu qui me clouait au sol.

–Ridică-te şi normele lume ! (lève toi, et règne sur le monde) prononça-t-il en roumain.

» A ma grande stupeur, mes plaies se refermaient et guérissaient, et une force de vie que je n’avais jamais ressentie auparavant s’emparait de mon être, je ressentais chaque particule de l’air autour de moi, chaque bruit, chaque odeur, seule la chaleur m’avait quitté à tout jamais. Je me levai, rempli d’une sensation de puissance nouvelle, un instinct sauvage s’éveillait en moi et je poussai un grondement qui n’avait rien d’humain, je me sentais en parfaite harmonie avec la nature qui m’entourait, avec l’univers tout entier. L’homme me regardait, ses yeux noirs étaient devenus blanchâtres et deux crocs sanglants ornaient sa mâchoire supérieure. Pendant toute mon enfance, j’avais entendu des histoires sur ces êtres légendaires, elles faisaient partie du folklore de notre pays, mais j’avais maintenant sous mes yeux la preuve vivante, ou plutôt non-vivante, que les vampires existaient réellement… Et je compris brusquement que je venais de devenir l’un d’entre eux. Il me tendit la main.

– Sois le bienvenu parmi nous, mon ami, tu vas pouvoir accomplir de grandes choses, mais auparavant, tu vas aussi devoir apprendre beaucoup. Suis-moi.

» Il n’y avait hélas plus rien à faire pour Erzsébet et pour notre enfant. Il m’aida à enterrer leurs corps suppliciés, et nous nous mimes en route.

Le château où il me conduisit se dressait sur un éperon rocheux qui semblait jaillir de la forêt épaisse qui l’entourait, à quelques lieues du village ou nous avions vécu. Dumitru Dragos, c’était son nom, y vivait avec ses deux sœurs, Elisabeta et Ecaterina. J’appris par la suite qu’ils avaient tous les trois été transformés un siècle auparavant, par un voyageur de passage à qui ils avaient donné l’hospitalité.

Ils ont été mes mentors pendant les difficiles premiers temps de mon nouvel état. Tu sais ce que l’on ressent, la faim perpétuelle, la pulsion irrésistible, l’appel du sang qui peut faire de nous les pires des prédateurs.

Ils avaient établi une sorte de « code d’honneur ». Les règles qu’ils avaient définies étaient certes bien différentes de celles d’aujourd’hui, à cette époque ou les humains même, pouvaient se montrer les pires des monstres assoiffés de sang. Si nous n’hésitions pas à tuer pour nous nourrir, au moins choisissions-nous nos victimes parmi ceux qui méritaient le plus de mourir, ou qui, comme je l’avais été moi-même étaient déjà à l’article de la mort, et cela ne manquait pas! Grâce à eux, je ne suis pas devenu une bête sauvage livrée à elle-même, comme c’était alors fréquemment le cas avec les « nouveau-nés » abandonnés par des géniteurs inconscients du fait qu’en agissant ainsi ils allumaient eux-mêmes le bûcher pour se brûler; et je n’ai jamais transformé quelqu’un contre sa volonté.

Ils m’ont appris la prudence, comment réfréner mes instincts pour pouvoir passer inaperçu parmi les humains, ils m’ont donné la première véritable instruction que j’ai jamais reçue, étant eux-mêmes de fins lettrés. Avec eux, j’ai découvert le vrai sens du mot « famille ». Lorsque je les quittai, j’étais prêt à exercer froidement et lucidement ma vengeance.

TBC

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