Tempus fugit -4- La voie du sang

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Titre : «Tempus fugit » -4- La voie du sang
Disclaimers : l’univers de « moonlight, Josef et Mick  appartiennent à Ron Koslow etTrevor Munson.
L’histoire de Josef étant entièrement de mon cru, les personnages de la partie concernée sont à moi.
Genre : Drama– Friendship Mick-Josef
Classification : R (violence)

La voie du sang

Sa voix s’était enrouée. Les vampires ne peuvent pas pleurer, et la sensation d’oppression n’en est que plus douloureuse. Il se saisit avec reconnaissance du verre que son ami lui tendait, sans un mot. La brûlure de l’alcool lui fit du bien. Oui, Mick avait raison, ce n’était pas de sang dont il avait besoin à ce moment précis.

» Trois autres années s’étaient écoulées depuis ma « mort » lorsque je foulai à nouveau la terre de mes ancêtres. Mihály avait épousé Zita, la sœur de ma bien-aimée Erzsébet, et en avait eu un fils.
Pendant un moment, je songeai lui faire subir la torture qu’il m’avait infligée, en m’en prenant à eux, mais le regard triste de Zita, tellement semblable à celui de sa sœur lorsque ses yeux s’étaient posés sur moi pour la dernière fois, me déchira le cœur. Déguisé en religieux, je réussis à l’approcher et à lui parler. J’appris alors à quel point elle était malheureuse auprès d’un époux tyrannique et plus dépourvu de toute humanité que je ne l’étais depuis que j’étais devenu vampire, qui ne l’avait épousée que pour avoir un héritier et la traitait de la pire des manières. Sa seule raison de continuer à vivre était le petit Miklós.

Il faut croire que tout sentiment humain ne m’avait pas abandonné, je renonçai à mon projet et décidai d’en finir le plus rapidement possible. Je conseillai à Zita de faire ostensiblement retraite dans une communauté religieuse, afin qu’elle ne puisse pas être inquiétée, et la nuit suivant son départ, je passai à l’action. Il me fut facile de m’introduire dans les appartements clos de mon frère. Cette nuit-là, il se réveilla et me trouva à son chevet, la terreur que je lus dans ses yeux fit monter une vague de jouissance au fond de moi. Je libérai le prédateur que Dumitru m’avait appris à maitriser et fit durer le plaisir jusqu’à l’aube. C’est la seule fois où j’ai laissé entièrement mon instinct et ma haine prendre le dessus, et je ne regrette rien. De nous deux, c’était lui le plus monstrueux. Je n’ai pas revu Zita, mais j’espère qu’elle a pu retrouver le sourire après la mort de son tortionnaire.

» Je chevauchais déjà vers la France lorsque le soleil s’est levé. J’en ai fait mon port d’attache pendant plus d’un siècle et demi. J’y avais fait la connaissance de plusieurs vampires, et je savais la noblesse française constituée de nombreux d’entre nous. Lorsqu’ils parlaient de lignées de sang, ce n’était pas de l’ancienneté de leur famille qu’il s’agissait ! Mais je n’ai jamais voulu me mêler de leurs intrigues, j’étais devenu un loup solitaire. Maintenant que ma vengeance était consommée, je me retrouvais face à une éternité qui me terrifiait, et je ne faisais confiance ni aux humains, ni a ces vampires aux mœurs dissolues, bien éloignés des valeurs que m’avaient enseignées Dumitru. Une poignée d’anciens tentait bien d’endiguer la catastrophe inévitable, mais ils étaient trop peu nombreux, leur combat était perdu d’avance, et les signes précurseurs de ce qui allait devenir la révolution française se faisaient déjà sentir à la fin du règne de Louis XIII.

» J’ai beaucoup voyagé pendant cette période, j’ai parcouru bien des pays, visité les berceaux des grandes civilisations, étudié auprès des plus grands érudits, je ne restais jamais bien longtemps au même endroit. J’ai appris à mieux connaitre ma nature, à maîtriser et à développer mes pouvoirs afin de les utiliser au mieux, cela m’a sauvé la vie bien des fois, et il n’y a encore pas si longtemps… J’avais perdu tout ce qui me rattachait au monde, mais je m’accrochais à la vie, si la pulsion de mort fait partie de la nature humaine, celle de vie fait partie de celle des vampires. Je me suis aussi aperçu que j’avais développé une capacité d’adaptation hors du commun, à chaque nouveau changement de pays, je me fondais dans l’environnement en quelques semaines seulement, maitrisant les langues et les cultures à une vitesse surprenante, était-ce une capacité naturelle que je n’avais jamais eu l’occasion de constater lors de ma vie humaine, ou était-ce du à ma condition de vampire ? Je ne l’ai jamais su, mais cela se révéla d’une utilité incontestable. J’avoue avoir engendré pas mal de vampires à cette époque, la solitude est parfois difficile à supporter. Je mettais un point d’honneur à les éduquer et à prendre soin d’eux, comme Dumitru et ses sœurs l’avaient fait pour moi, avant de repartir.

A chacun de mes retours en France, je pouvais constater la situation de plus en plus critique de la royauté et de la noblesse, qui continuaient à danser au bord de l’abîme, sans réaliser que leur attitude allait les mener, nous mener, au désastre.

» En 1789, la convocation des états généraux fit éclater au grand jour les conflits sous-jacents qui minaient le royaume depuis des décennies. L’aristocratie, poussée par les vampires, souhaitait en finir avec la monarchie absolue imposée par Louis XIV et incarnée par Louis XVI, et reprendre ainsi ses pouvoirs d’autrefois. Si le clergé restait relativement neutre, le peuple représenté par le tiers-état n’était plus disposé à accepter l’oppression et les brimades sans réagir. La situation me parut atteindre un point de non-retour lorsque le peuple s’empara symboliquement de la forteresse de la bastille en juillet 1789, et que les premiers nobles furent décapités par la foule en furie.

Je n’avais aucune raison de prendre fait et cause pour cette frange pourrie de notre espèce, dont je ne partageais ni les mœurs ni l’absence de morale, aussi je m’embarquai pour l’Angleterre où je demeurai encore une cinquantaine d’année, avant de me résoudre à quitter le continent qui m’avait vu naître.

J’ai débarqué à New-York au milieu du 19ème siècle sous le nom de Charles Fitzgerald, fondateur d’une dynastie dont le dernier membre, mystérieusement disparu en 1955, portait le même prénom.

» Les navires d’émigrants avaient amené beaucoup d’entre nous, une grande partie venant de France, dans ce nouveau monde qui portait tous les espoirs de nos deux espèces. Hélas, il faut croire que l’instinct de destruction est bien ancré dans nos gènes communs. J’ai assisté, le plus souvent impuissant, au massacre des populations indigènes, à l’esclavage des noirs et aux multiples exactions commises pendant la conquête de l’ouest.

Très vite, certains d’entre nous, se croyant à l’abri sur ce nouveau continent, commirent des imprudences, générant à tour de crocs des nouveau-nés laissés ensuite livrés à eux-mêmes, qui rôdaient en hordes sauvages et corrompues, commettant de véritables hécatombes, et générant à leur tour, parfois même sans s’en rendre compte, d’autres monstres assoiffés de sang. Avant que nous n’ayons pu nous organiser, le mal s’était répandu dans tout le pays. Pendant la guerre de sécession, alors que les humains se battaient pour leurs idéaux, nous nous battions pour la survie de notre espèce, et pour préserver notre secret. Ces années comptèrent parmi les plus sombres de notre histoire sur le continent américain, le klu-klux-klan ne pourchassait pas que les noirs et leurs sympathisants, les cordes étaient destinées aux humains, mais les torches étaient pour nous, et beaucoup de vampires ont terminé leur existence sur les buchers dressés par ces fanatiques.

» C’est à cette époque que nous avons mis en place les règles de notre société, constituant un véritable pouvoir parallèle avec ses lois et sa justice, et infiltrant autant que possible l’état officiel à tous ses niveaux. Nous avons réussi à sauver la situation d’extrême justesse, mais il suffirait d’un rien pour rallumer les flambeaux. La peur engendre la haine et la violence, et la soif de destruction des humains est inextinguible, ils ont d’abord fait de nous des dieux, avant de nous chasser comme des monstres… Nous partageons pourtant la même terre depuis la nuit des temps.

Plus de trois cents ans s’étaient écoulés depuis ma transformation, et je pensais avoir tiré définitivement un trait sur mon passé et ma vie en Europe, lorsque j’ai rencontré Sarah Witley. Ce jour-là j’ai reçu le plus grand choc de ma vie. Sarah était la réplique exacte d’Erzsébet, au point que j’ai alors été tenté de croire à la réincarnation, moi qui ne crois en rien. Plus je la côtoyais, plus cette sensation grandissait et plus je pensais qu’une seconde chance nous avait été accordée… Tu connais la suite.

– Josef, je… Je suis désolé de…

– Ne le sois pas. Tu m’as fait prendre conscience que je n’ai jamais vraiment complètement pu refermer la porte sur tout ça. Peut-être parce que je n’avais encore jamais réussi en parler à personne.

La douleur, la colère, la révolte… elles sont toujours là, au fond de moi. Les humains ne m’ont enseigné que la haine, l’intolérance et la méfiance, même au temps où j’étais l’un d’entre eux. Les seuls à m’avoir offert aide et compassion étaient des vampires. Tu vois, je ne suis pas parano tout à fait sans raisons, conclut-il avec un sourire plein d’amertume.

Il essayait, sans beaucoup de succès de rendosser le costume et le cynisme habituels de son personnage, mais son regard, redevenu lointain, le trahissait. On pouvait presque y deviner le reflet de la lueur des torches brandies par des meutes hurlantes. Il se renversa dans son fauteuil et ferma les yeux, perdu dans ses pensées. Mick comprit qu’il désirait rester seul, il s’apprêtait à sortir lorsque la voix de Josef l’arrêta.

» Cesse de lutter contre ta nature, Mick, peu importe ce que nous sommes, ce n’est pas une malédiction, nous ne sommes pas plus mauvais qu’eux, juste différents.

« Si peu », pensa l’intéressé en posant la main sur la poignée de la porte. Il repensa aux cinq phases du deuil, définies par Elisabeth Kübler-Ross : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Il était passé par les quatre premières depuis que Coraline l’avait transformé sans son consentement. Grâce à Josef et à Beth, il était enfin sur le point d’atteindre la dernière étape.

C’était à lui, maintenant, d’aider son ami à se mettre en paix avec lui-même.

TBC

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