L’ombre du passé -5-

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Titre : «L’ombre du passé – Chapitre 5»
Auteur :
Lilou0803
Type :
fanfic
Genre :
Général
Fandom :
Sherlock Holmes
Personnages :
Holmes
Rating :
G
Disclaimers :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle
Elisabeth appartient au film « Young Sherlock Holmes » ( »le secret de la pyramide ») de Steven Spielberg

L’ombre du passé -5-

Récit du Dr Watson -1891

Maintenant que tout est fini et que je suis de retour à Londres, auprès de ma chère Mary, j’ai du mal à réaliser que tous les évènements que nous venons de vivre aient pu se produire en aussi peu de temps, que mon destin, notre destin à tous ait pu être à jamais aussi irrémédiablement bouleversé en l’espace d’à peine quelques jours. Comment aurais-je pu imaginer, lorsque j’ai rencontré Holmes pour la première fois, que la funeste aventure que nous avions vécue alors que nous n’étions encore presque que des enfants, trouveraient son épilogue vingt et un ans plus tard d’une manière aussi brutale et tragique ?

Il y a une semaine que nous sommes rentrés de Suisse, Mycroft et moi après plus de quinze jours de recherches intensives et infructueuses pour retrouver le corps de son frère. Trois semaines depuis que Sherlock a enfin eu raison du pire criminel qu’il lui ait jamais été donné de pourchasser. Trois semaines depuis que j’ai croisé pour la dernière fois le regard de mon ami. Jamais je ne pourrai oublier son expression pendant cette fraction de seconde où ses yeux se sont rivés aux miens pour un ultime et déchirant adieu. L’amitié, la douleur, l’acceptation, la détermination, mais aussi l’immense lassitude. Il avait du renoncer à tellement de choses, cet adieu n’était que le dernier d’une liste beaucoup trop longue pour un homme de son âge. Depuis le début, il savait qu’il serait, sans aucun doute possible, amené à cette extrémité, et il s’y était préparé. De son point de vue, je suppose que c’était un aboutissement logique, Moriarty connaissait mieux que quiconque le Holmes qui se dissimulait derrière les apparences, il lui avait par deux fois pris tout ce qui comptait le plus dans sa vie en dehors de son travail, il avait aussi tenté de nous tuer, Mary et moi, juste pour le plaisir sadique de le faire souffrir et de lui démontrer sa supériorité.
Ce soir-là, à Reichenbach, sur l’échiquier de leur destinée, le jeu touchait à sa fin, et nous savions tous que cette dernière partie serait décisive, cette fois, il ne pouvait pas se permettre de lui laisser une seule chance de s’en sortir, combien de fois l’avais-je entendu dire qu’il faut parfois accepter de sacrifier une pièce maitresse afin de gagner la partie, sauf qu’ici, la pièce qu’il avait choisie de sacrifier, c’était lui-même…

Tout s’est passé tellement vite que n’ai rien pu tenter pour intervenir, et serais-je arrivé plus tôt, il aurait certainement fait tout son possible pour m’en empêcher, la croisade de Holmes contre Moriarty était plus importante à ses yeux que tout au monde, plus importante que sa vie même, et pas uniquement en raison des enjeux internationaux qui étaient en cause. Je n’en ai vraiment saisi toutes les implications qu’après le dénouement final.
Le peu qu’il a pu me révéler, parfois de son propre chef, souvent inconsciemment, et le peu que j’ai pu comprendre par moi-même, le tout confirmé par quelques notes froissées retrouvées chez lui, ont fini par ouvrir mes yeux sur une vérité tellement inconcevable que même si je me hasardais à vouloir la raconter, personne ne me croirait. Le Professeur Rathe de sinistre mémoire, avait survécu aux glaces de la Tamise, et il était devenu le Professeur Moriarty ! Il ne lui avait pas suffit d’avoir brisé la vie de Holmes une première fois, pendant plus de vingt ans il avait muri sa revanche et quelques semaines plus tôt, il avait impitoyablement abattu sa main une seconde fois sur celui qu’il poursuivait d’une haine implacable. Sherlock avait réussi à déjouer la troisième tentative, mais son ennemi l’avait finalement entrainé dans une partie aux enjeux bien plus importants que nos petites personnes, à l’issue de laquelle il espérait bien que pas un d’entre nous n’aurait survécu.
J’ai promis à Mycroft Holmes et à travers lui à la Vieille Dame, de ne rien écrire au sujet des évènements auxquels nous avons été mêlés et qui sans son frère, auraient pu jeter l’Europe, et peut-être le monde entier dans un enfer de feu et de sang, mais je ne peux me résigner à accepter le fait que cet affrontement de deux des plus grands cerveaux de notre siècle, passe finalement inaperçu aux yeux du grand public. Mon ami est sorti vainqueur de la lutte mortelle qui l’opposait au plus maléfique des criminels qu’il ait jamais rencontré, mais à quel prix ? Je dois faire connaitre à tous le sacrifice librement consenti par le meilleur des hommes qu’il m’ait été donné de connaitre, afin de sauver ses contemporains d’un désastre inéluctable. Je mentirai donc, je travestirai les fait, et au fond de moi j’entends résonner la voix moqueuse de mon ami « les faits, Watson, ne pouvez-vous pas vous contenter d’exposer les faits sans céder à vos penchants romanesques! », mais le monde saura que grâce à Sherlock Holmes ils n’a plus rien à craindre de celui qui fut le plus grand criminel de notre époque.

Nous avons vécu bien des choses pendant ces quelques jours, nous avons frôlé la mort de très près à de nombreuses reprises, mais le moment dont je me souviens le plus distinctement, reste ce court instant, sur le bateau, pendant la traversée qui nous conduisait vers la France, cet infime instant où Holmes m’a laissé entrapercevoir une parcelle de sa vulnérabilité, et de la détresse qui l’habitait, cet instant d’intense humanité pendant lequel j’ai vu passer sur lui l’ombre de l’adolescent qu’il avait enseveli vingt et un ans plus tôt dans la tombe d’Elisabeth.

ooo

Depuis que nous avions embarqué sur le ferry qui nous emmenait en France, Holmes n’avait pas desserré les dents. Il restait là, assis sur le pont, les coudes sur les genoux et le regard fixe, sans rien dire, sans un geste, sans même penser à allumer sa pipe, son sac de voyage posé contre ses jambes, comme si, l’excitation de l’action retombée, il était vidé de toute énergie.
Après notre rencontre improbable dans le train qui nous emmenait, Mary et moi à Brighton et les évènements et révélations qui avaient suivi, malgré le fait que nous avions tous failli y laisser la vie, tout cela me semblait encore irréel. Tout s’était enchaîné à une telle cadence qu’il me semblait avoir vécu ces trois derniers jours comme dans un rêve, ou peut-être devrais-je dire un cauchemar ?

En deux ans, depuis que j’avais quitté Baker Street, j’avais très peu vu Holmes, à chacune de nos rencontres, il s’était montré relativement distant et si je ne l’avais mieux connu, sa froideur aurait pu me chagriner, mais je devinais une raison sous-jacente, j’avais à plusieurs reprises surpris chez lui une expression que je ne lui avait jamais connue, une sorte d’inquiétude anxieuse qu’il cherchait à tout prix à me dissimuler.
Il avait malgré tout accepté d’être mon témoin pour mon mariage, et à cette occasion, j’avais retrouvé un peu de sa gouaille d’antan lorsqu’il m’avait gentiment moqué au sujet de l’enterrement d’une vie de garçon que j’avais abandonnée depuis maintenant deux ans. Mary et moi avions en effet fait fi de toutes les convenances et vivions ensemble depuis nos fiançailles, après tout, nous n’avions ni l’un ni l’autre aucune famille à « déshonorer » et le mariage n’était pour nous qu’une formalité que nous avions décidé de n’effectuer que lorsque nous serions absolument certains de notre décision. Je dois à la vérité que le comportement de Holmes au début de notre relation n’y était pas tout à fait étranger, et que nous avions préféré voir comment les choses allaient évoluer afin qu’aucun regret ne vienne jamais entacher notre union.

Au cours de ces deux dernières années, l’obsession de mon ami pour le Professeur Moriarty n’avait cessé de croitre. Mathématicien de génie, auteur et conférencier brillant, bénéficiant d’amitiés placées dans les plus hautes sphères, tel était l’homme que Holmes qualifiait de « Napoléon du crime » et n’eut été la confiance totale que j’avais, malgré toutes ses excentricités, dans ses capacités de déduction et d’investigation, j’aurais pu, à l’instar de Madame Hudson, être inquiet pour sa santé mentale. Mais les évènements des deux jours qui venaient de s’écouler avaient fini de me convaincre qu’une fois de plus, Holmes avait su voir au-delà des apparences et qu’il ne s’était pas trompé sur le monstre qui s’était maintenant entièrement dévoilé à lui et que nous allions devoir affronter dans une lutte que je devinais sans merci, avant que la vie ne puisse reprendre son cours normal.
Malgré ses crâneries, je sentais qu’il s’en voulait de n’avoir pas réussi à nous tenir, Mary et moi, à l’écart de cette affaire, mais je devinais aussi qu’il y avait une autre raison à sa morosité, une raison qu’il ne me révèlerait pas.

Après un long moment à faire semblant de lire mon journal, je m’étais décidé, au risque de me faire rabrouer, à rompre le silence.

— Pourquoi Paris ?

—Pour les fruits séchés…

A quoi aurais-je pu m’attendre d’autre? Holmes avait toujours été avare d’explications. Il consentit tout de même à quelques éclaircissements laconiques que j’écoutais d’une oreille distraite, mon regard ayant été attiré par un bout de tissu maculé de sang séché, qui avait été jusque là dissimulé par la bourse de la bohémienne qu’il venait de sortir du sac. Intrigué, je me penchai pour attraper ce qui s’avéra être un mouchoir de femme, dont je reconnus aussitôt le monogramme brodé. Lorsque Sherlock s’était finalement rendu compte de ce que je venais de ramasser, il s’était tu brusquement, le visage figé dans une expression d’amertume et de douleur qui avait scellé mes lèvres sur des mots que j’aurais pu amèrement regretter. Irène Adler était un des rares sujets de taquinerie à son égard qui aient jamais réussi à lui clouer le bec, mais en l’occurrence, j’avais instantanément compris que les plaisanteries sur ce sujet seraient désormais à jamais closes lorsqu’il m’avait fermement ôté le chiffon des mains et s’était levé, me tournant le dos, pour s’approcher du bastingage. La courte et déchirante scène qui suivit me hantera jusqu’à la fin de mes jours et malgré l’absence de mots, j’ai réalisé, lorsqu’il s’est retourné vers moi, les yeux un peu trop brillants, toute l’étendue de la tragédie qui liait à son destin, et menaçait tous ceux pour lesquels il éprouvait de l’attachement, et la raison pour laquelle la lutte qui l’opposait à son ennemi était maintenant devenue un combat à mort.

Le silence s’était de nouveau installé, nous allions bientôt arriver en vue des côtes de France, mon cœur saignait pour mon ami, Je m’en voulais d’avoir ramassé ce mouchoir, et d’avoir ainsi ranimé une douleur que je savais sans nom, écho que j’étais seul à pouvoir percevoir, d’une vieille blessure jamais refermée. J’avais l’impression d’avoir violé une partie de son âme,  comme la première fois, j’étais le témoin unique et impuissant de cette souffrance inexprimée. Comment Dieu peut-il avoir la cruauté d’imposer cela à un homme aussi bon, aussi épris de justice que lui ?
Oui, avec son ultime regard, c’est cette image de lui qui surnagera de cette dernière aventure, avec la sensation de froid qui m’a alors envahi, comme un pressentiment du dénouement fatal. A ce moment précis, j’ai su qu’aucune force au monde ne pourrait l’empêcher d’aller jusqu’au bout, dans ce jeu obscur où seule la mort des uns pourrait garantir la survie des autres.

TBC

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