La lumière au bout du tunnel -1- Silent Night

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Titre : La lumière au bout du tunnel -1- Silent Night
Auteur : Lilou0803
Type :
fanfic
Genre :
Friendship
Fandom :
Sherlock (BBC-2011)
Personnage :
John
Rating :
G
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC

Silent night


Londres méritait bien sa réputation en cette froide soirée de décembre, il avait neigé plus tôt dans la journée, puis la température avait brusquement chuté de plusieurs degrés, et maintenant, un brouillard humide et collant se répandait sur la ville, glaçant jusqu’aux os les rares passants qui avaient eu le courage d’affronter les trottoirs verglacés transformés en patinoires.
Lampadaires et illuminations de noël arrivaient à peine à percer les longues écharpes de brume qui les enveloppaient et ne réussissaient à dispenser qu’une vague lueur fantomatique, transformant véhicules et bâtiments en silhouettes fantastiques.
La porte se referma derrière John, sur la chaleur de l’appartement de Mrs Hudson. Il venait régulièrement lui rendre visite, mais depuis plus d’un an, il n’avait pu se résoudre à gravir les quelques marches qui menaient à l’étage, à l’appartement B du 221 Baker Street. Il savait pourtant que Mycroft Holmes continuait à en payer le loyer et avait demandé à la propriétaire de garder les lieux en l’état. Il s’était d’ailleurs plusieurs fois demandé ce qui justifiait une telle attitude, il doutait fort que « Ice Man » puisse éprouver des remords, mais après tout, il ne l’avait pas revu depuis les obsèques de Sherlock, et encore ce jour-là avait-il refusé de lui adresser la parole.
Lors de leur dernière entrevue quelque peu orageuse, l’après-midi qui avait précédé le drame, il lui avait clairement fait comprendre qu’il le tenait pour responsable de tout ce qui était arrivé et pourrait encore advenir à son frère du fait de Moriarty.
Mycroft avait-il sous-estimé l’ampleur des risques qu’il faisait courir à celui-ci, s’était-il laissé emporter puis dépasser par le « jeu », ou pensait-il l’enjeu assez important pour justifier ce qu’il avait fait à ses yeux ? Quoi qu’il en soit, cela ne constituait pas une excuse à ceux de John : l’homme qui avait le pouvoir de décider du sort de nations entières d’un simple claquement de doigts n’avait pas su prévoir la tragédie qui s’était abattue sur eux. John ne pouvait se résigner à croire qu’il avait délibérément sacrifié son propre frère, mais sa colère n’était jamais retombée, la seule erreur que Mycroft ait jamais commise avait couté la vie au seul véritable ami qu’il ait jamais eu.

Il frissonna et commença à s’éloigner d’un pas rapide en remontant le col de son blouson.

Sherlock, avec ses extravagances, son caractère impossible, ses sautes d’humeur, mais aussi, en dix-huit mois il avait appris à assez bien le décrypter, son incroyable générosité, sa loyauté et la profonde humanité qu’il savait si bien dissimuler sous son masque d’insensibilité, avait réussi à lui redonner le goût de la vie, qu’il croyait avoir perdu à jamais après les horreurs de l’Afghanistan.

Il s’arrêta de nouveau.

Dans quelques jours, ce serait noël, le deuxième noël depuis les tragiques évènements de St Barth. Il ferma les yeux un moment… presque deux ans s’étaient écoulés depuis leur dernier noël à Baker Street. Il revoyait Sherlock et son violon, les yeux brillants de Mrs Hudson, la stupéfaction de Molly lorsque Sherlock lui avait présenté ses excuses et l’avait embrassée… c’était aussi Sherlock qui avait suggéré d’inviter Lestrade qu’il savait une fois de plus seul pour les fêtes. Il revoyait la suite, l’annonce de la mort d’Irène Adler, la fausse indifférence de son ami , mais il avait eu le temps de voir son visage décomposé lorsqu’il avait ouvert le paquet contenant le mobile de la jeune femme, le coup de fil de Mycroft lui demandant de veiller sur son frère… tendant à prouver qu’il se souciait réellement de lui malgré leurs différents.

Il frissonna de nouveau, à la limite de son champ de vision, une ombre bougea, une silhouette élancée et douloureusement familière qui le cloua sur place et sembla se fondre dans le brouillard dès qu’il fit un mouvement pour se tourner vers elle.

—Hep ! Monsieur !  Ses mots semblèrent se dissoudre, absorbés par l’épaisseur cotonneuse de la brume.

Il s’immobilisa, tous les sens en alerte, à l’affut du moindre crissement, du moindre bruit de respiration qui lui auraient révélé la direction prise par l’inconnu. Le silence l’enveloppait, épais comme un édredon, il jura intérieurement, les fantômes n’existent pas, quelqu’un se dissimulait dans l’ombre, quelqu’un qui ne tenait pas à être vu, ou reconnu.
Soudain, un concert discordant de crachements et de miaulements  furieux détourna un instant son attention et un énorme chat noir fonça dans ses jambes, manquant de le faire tomber. Alors qu’il reprenait son équilibre, il entendit distinctement un bruit de pas qui s’éloignait à vive allure, mais il eut beau écarquiller les yeux, le brouillard était maintenant trop dense pour pouvoir distinguer quoi que ce soit à plus de trois pas.
Il resta immobile encore quelques instants, jusqu’à ce que la morsure du froid le force à se remettre en route.  Il essayait de se convaincre qu’il avait été victime d’une illusion, comme…

Il avait déjà éprouvé cette sensation.
La première fois, c’était au cimetière, où il s’était rendu avec Mrs Hudson quelques jours après les obsèques de Sherlock. Ce jour-là, il avait ressenti  ce picotement dans la nuque, cette espèce de prescience, sentiment d’être épié, que le danger quotidien de son séjour en Afghanistan lui avait rendu familier et qui lui avait sauvé la vie au moins deux fois, mais il était seul au milieu des tombes et il avait rejoint Mrs Hudson en sentant le poids d’un regard fixé sur lui, il avait alors pensé que peut-être, les hommes de Moriarty le surveillaient encore de loin.
Lors du premier noël solitaire qu’il avait passé dans sa chambre d’hôtel avec pour seule compagne une bouteille de scotch, il avait cru distinguer un air de violon, mais lorsqu’il était sorti en titubant dans le couloir, il n’avait rien entendu d’autre que le bruit de sa propre respiration haletante et les ronflements sonores provenant de la chambre voisine, et il avait mis sur le compte de l’abrutissement éthylique l’illusion dont il avait été victime.
A deux autres reprises encore, il lui avait semblé discerner, à la limite de sa conscience, des choses qu’il aurait eu de la peine à décrire, comme ces choses qui vous titillent l’esprit mais sur lesquelles on n’arrive jamais à mettre le doigt dessus.

Il secoua la tête, cette période ne lui valait rien, il aurait du accepter l’invitation de Mrs Hudson de passer noël avec elle. La pauvre femme aussi avait du mal à remonter la pente, elle les avait aimés comme ses enfants, et ils le lui rendaient bien, une des rares fois où il avait vu son ami perdre son sang-froid était lorsqu’un homme s’en était pris à elle pour essayer de l’atteindre.
Ils avaient tous du mal.
Lestrade avait fini par abandonner sa femme à son rival, Molly avait les yeux éteints de ceux qui n’ont plus de but, et lui vivotait sans conviction entre sa maigre pension et les quelques heures qu’il continuait à effectuer chaque semaine au dispensaire. Même Anderson et Sally Donovan semblaient trouver moins de piquant à leur travail et à leur relation depuis que Sherlock n’était plus là pour les asticoter. Peu à peu les rumeurs avaient fini par s’éteindre, faute de combustible, et même s’ils ne l’auraient jamais avoué, ils savaient qu’ils avaient joué leur part dans ce qui s’était passé et n’en étaient pas spécialement fiers, ils n’aimaient pas Sherlock, mais ils n’avaient non plus jamais souhaité sa mort.

Il s’arrêta de nouveau. Il n’avait que peu de souvenirs précis de ce qui s’était passé sur le toit, tout était assez flou, imprécis, la silhouette de Sherlock se découpait en contre-jour, et même si l’aube avait été grise et pluvieuse, la luminosité du levant et la pluie qui dégoulinait dans ses yeux brouillaient la netteté de sa vue et l’empêchaient de distinguer clairement les détails.
Une chose le tarabustait, une chose qui lui échappait chaque fois qu’il essayait d’y penser, qui se tapissait à la lisière de sa mémoire. Il entendait en boucle les derniers mots de Sherlock, il revoyait ses bras s’ouvrir comme pour prendre son envol, étrange impression d’un improbable crucifix grandeur nature fugitivement planté au faîte de l’hôpital. Il sentit un picotement familier dans ses yeux, et une larme glissa sur sa joue : Sherlock n’avait-il pas lui aussi donné sa vie pour ceux qu’il aimait ?
Et de nouveau cette impression d’inachevé, à la limite de sa conscience, si proche et pourtant insaisissable. « Adieu, John » les larmes dans la voix lui avaient brisé le cœur, il avait hurlé, lâchant son téléphone, il avait essayé de courir, mais ses jambes l’avaient trahi, si lourdes, avant même que le cycliste ne le renverse.

Téléphone…

Et soudain, le rideau se déchira : qu’était devenu le téléphone de Sherlock ? Il avait discuté de l’affaire avec Lestrade, il lui avait demandé si Sherlock n’avait rien laissé sur la terrasse, un indice, quelque chose qui pourrait expliquer son geste, mais hormis le corps de Moriarty, le toit était vide. Et pourtant, il se souvenait maintenant, c’était là depuis le début, caché dans un coin de sa mémoire, Sherlock ouvrant les bras, lâchant son téléphone, il le revoyait tomber de sa main, on aurait dû le retrouver sur la terrasse… on avait dû le retrouver.
C’était Lestrade qui était arrivé le premier sur les lieux, sur le moment, cela ne lui avait pas paru étrange, mais pourquoi déranger Scotland Yard pour un simple suicide ? On ne savait même pas, à ce moment-là, qu’il y avait eu une autre personne sur le toit. Et pourquoi Lestrade lui avait-il caché qu’il avait trouvé le téléphone ? Y-avait-il dedans quelque chose d’important ? Pas des photos, quelle utilité auraient-elles eu, mais peut-être… oui, ce devait être ça : un enregistrement ! Sherlock avait dû enregistrer sa dernière conversation avec Moriarty, et Lestrade était au courant ! Mais dans ce cas, pourquoi ne s’en était-il pas servi pour blanchir la mémoire de son ami ?
Une enquête en cours… une organisation criminelle à démanteler, quelle était l’expression de Sherlock déjà… une immense toile d’araignée à dévider fil par fil… cela prendrait du temps, beaucoup de temps.

Un vertige l’obligea à s’appuyer contre le mur le plus proche, une nausée lui souleva l’estomac. Se pourrait-il que tout cela n’ait été qu’une mise en scène ? Pourtant, il ne pouvait se résoudre à croire que Sherlock lui aurait infligé cette torture.
« Je lis en toi comme dans un livre » contrairement à Sherlock, il lui était impossible de dissimuler ses sentiments, s’il avait été au courant, ses ennemis auraient tout de suite compris que son chagrin n’était pas sincère, mais depuis… avec le recul, tous ces petits incidents, tels de petits cailloux blancs semés sur son chemin prenaient une signification toute nouvelle !

Mais non, c’était impossible, c’était trop gros, trop incroyable, cela aurait comporté trop de risques, demandé trop de complicités, mais y avait-il quelque chose d’impossible pour Mycroft ? A la réflexion, ils avaient déjà la police, Lestrade, le légiste, Molly, il devait y avoir eu le cycliste, et peut-être un faux (?) médecin devant l’hôpital… les autres témoins étaient quantité négligeable et devaient être de bonne foi, John savait par expérience que les gens ne voient généralement que ce qu’on veut bien leur faire voir, pourvu que la pièce soit assez bien jouée.
Les questions se bousculaient dans sa tête, il se força à repousser l’espoir qui commençait à naître en lui, la probabilité était tellement infime! Mais la graine était semée, et pour la première fois depuis la disparition de Sherlock, un sourire vint éclairer son visage. Dans quelques jours ce serait noël, une fête synonyme d’espoir, il sortit son téléphone de sa poche et composa rapidement un numéro.

—Mrs Hudson ? C’est John, votre invitation, elle tient toujours ?

FIN

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