La lumière au bout du tunnel -2- White Christmas

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Titre : La lumière au bout du tunnel -2- White Christmas
Auteur : Lilou0803
Type :
fanfic
Genre :
Friendship
Fandom :
Sherlock (BBC-2011)
Personnages :
John, Mycroft, Molly, Lestrade
Rating :
G
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC

White Christmas

En apparence, Mycroft n’avait pas changé, mais en y regardant de plus près, on pouvait distinguer les traces laissées par ces deux dernières années. Les rides nouvelles au coin des yeux, le pli amer de la bouche, le regard qui s’égarait parfois fugitivement dans le vague…
Il l’avait accueilli dans le salon des visiteurs du Diogène, comme si John n’avait pas refusé de le voir ou de lui adresser la parole depuis leur dernière entrevue, plus d’un an auparavant. Il n’avait même pas eu l’air surpris de sa visite, comme s’il s’y attendait, mais aurait-on pu attendre autre chose d’un homme aussi froid, aussi dépourvu de toute humanité que Mycroft Holmes? De l’homme qui n’avait pas hésité à jeter la vie de son propre frère en pâture au pire des criminels, uniquement dans le but d’obtenir quelques infimes miettes d’informations ?
Il avait pourtant paru sincère à l’époque, lorsqu’il lui avait demandé de veiller sur Sherlock et même de lui présenter ses excuses, mais il était déjà trop tard, et tous les remords du monde ne pourraient jamais ramener à la vie celui qu’il avait sacrifié pour rien. Car en fin de compte, c’était Sherlock et lui seul, qui avait réussi à venir à bout de Moriarty, mais le prix à payer avait été bien trop lourd, la vie d’un monstre vaut-elle le sacrifice de celle d’un homme de bien ? L’histoire nous a souvent prouvé qu’elle est hélas bien trop coutumière de ce genre de chose.

—Que me vaut le plaisir de votre visite, John ?

—Je ne pense pas que « plaisir » soit le mot approprié, mais j’aurais quelques questions à vous poser, et j’espère que pour une fois, vous me direz la vérité.

—Je ne vous ai jamais menti.

—Bien sûr, c’est évident ! Vous ne mentez pas, vous vous contentez d’omettre de dire l’essentiel, un mensonge par omission n’est pas vraiment un mensonge…

—Vous êtes toujours en colère contre moi, à ce que je vois… Mais je pense que je peux vous comprendre.

—Ça, ça m’étonnerait !

—Vous me croyez dépourvu du moindre sentiment humain, n’est-ce pas ? Je reconnais que je peux me montrer assez distant, mais Sherlock est…  était mon petit frère, et que vous le croyez ou non, j’ai toujours fait tout mon possible pour le protéger…  Un jour, bientôt peut-être, vous comprendrez pourquoi nous… j’ai été obligé d’agir ainsi! Il se retourna brusquement. A ma manière, je… je l’aimais et je l’aime toujours, termina-t-il dans un murmure presque inaudible.

John ne put retenir un rictus ironique.

—A votre manière… je plains ceux que vous n’aimez pas ! Mais si vous dites la vérité, alors pourquoi lui avoir fait cela ?

—Vous ne savez pas tout, John. Sherlock avait une confiance absolue en vous, il vous aurait confié sa vie sans l’ombre d’une hésitation, mais il n’était pas aveugle et il connaissait aussi vos défauts. Vous êtes, comment dirais-je… tellement lisible, vous ne savez pas dissimuler, si vous aviez eu connaissance de tous les arcanes de l’affaire, peut-être auriez-vous pu involontairement en compromettre l’issue.

—En compromettre… Sherlock est MORT ! C’est ça l’issue rêvée que j’aurais pu compromettre ? V-vous ne pouvez… Vous…

—Calmez-vous, John, je ne…

—Taisez-vous, je n’aurais jamais dû venir, j’avais cru…quel imbécile ! Sa voix s’était brisée, il se précipita vers la porte, qu’il ouvrit à la volée, se souciant peu de respecter le silence imposé dans le club. Avant de s’enfuir, il entendit encore, comme venant de très loin, la voix de Mycroft.

—Bientôt, John, bientôt vous…

Il claqua violemment la porte, et s’enfuit en courant, ne voulant pas entendre un seul mot de plus, il était venu le cœur rempli d’espoir, il avait tellement tourné et retourné les choses dans sa tête, tellement réfléchi depuis l’autre soir, depuis le soir où il avait cru entr’apercevoir une silhouette étrangement familière dans Baker Street, au travers du brouillard qui recouvrait la ville, mais il se rendait compte qu’il n’était pas encore prêt à la confrontation avec l’homme qu’il tenait pour responsable de la mort de son ami.
Depuis plusieurs jours, il évoluait comme dans un rêve, se nourrissant d’illusions, dans un état de tension extrême, revoir Mycroft l’avait comme dégrisé. En déboulant sur le trottoir, il se demandait comment il avait pu se monter la tête à ce point, Sherlock était mort, cela ne faisait aucun doute, son cœur ne battait plus, il avait vérifié son pouls, il avait vu son regard éteint  et immobile, fixé sur la grisaille d’un ciel qu’il ne voyait plus, il avait assisté à ses obsèques, il avait pleuré devant la dalle de marbre noir qui seule témoignait maintenant devant le monde que Sherlock Holmes avait été un homme sur cette terre, le meilleur des hommes… Comment avait-il pu s’imaginer ne serait-ce qu’un seul instant… Il répéta entre ses dents serrées « quel imbécile ! ».

Quelques papillons blancs commencèrent à voleter autour de lui, les enfants seraient contents, ils auraient un noël blanc, il enfonça les mains dans ses poches, poings serrés, il aurait voulu rentrer à son hôtel et s’enfermer dans sa chambre, comme l’année précédente, avec une bouteille de tord-boyaux bon marché, mais il avait promis à Mrs Hudson de passer la soirée avec elle. Lorsqu’il l’avait rappelée, quelques jours plus tôt, pour lui dire que finalement il acceptait son invitation, elle avait eu l’air tellement heureuse qu’il n’avait pas le cœur de la décevoir en se dédisant maintenant. Son état d’esprit était bien différent alors, un espoir insensé venait de s’emparer de lui et il avait l’impression que sa vie allait prendre un nouveau tournant. Sa main se crispa sur son portable, celui même à partir duquel Sherlock lui avait pour la première fois fait l’incroyable démonstration de ce qu’il appelait « la science de la déduction », un son bizarre venait de retentir dans sa poche, un son dont il avait un souvenir très précis, le même qu’ Irène Adler avait installé sur le téléphone de Sherlock lors de l’affaire de Belgravia !
Il sortit l’appareil et le regarda dubitativement… Décidément, il n’y avait qu’Harry pour s’obstiner lui souhaiter un joyeux noël. Dans le cercle très restreint des amis de Sherlock, c’était une phrase qu’on avait tacitement bannie depuis les évènements de St Barth. Mais qui avait donc bien pu mettre cette sonnerie sur son mobile ? Il vivait seul, le téléphone ne quittait pas sa poche, et il s’en servait si peu depuis… Les seules personnes qui auraient pu être susceptibles de le côtoyer assez longtemps pour pouvoir effectuer l’opération étaient Lestrade, qu’il voyait au moins une fois par semaine, Molly Hooper, encore qu’il ne l’ait pas rencontrée depuis au moins quinze jours, Mrs Hudson, mais elle arrivait tout juste à se servir correctement d’un portable et il était difficile de penser qu’elle ait su comment installer et programmer une nouvelle sonnerie et Mycroft , tout à l’heure, à cette pensée, il faillit éclater de rire malgré son humeur maussade. Evidemment, il y avait bien une personne qui aurait parfaitement été capable de le faire sans même s’en approcher, mais Sherlock était mort.
Le mot résonnait dans sa tête au rythme du bruit de ses pas, amplifié par cette atmosphère feutrée si particulière qui précède les chutes de neige : mort, mort, mort… Il porta les deux mains à ses tempes avec un gémissement, cela ne s’arrêterait donc jamais ? Certaines blessures sont-elles si profondes qu’elles finissent par faire partie de vous sans jamais pouvoir guérir ? Il se sentait plus perdu, plus vide que jamais.

Il avait marché longtemps, errant sans but dans les rues de la ville, s’il était rentré à l’hôtel, il n’aurait pas eu le courage d’en repartir, et soudain, il se retrouva devant un endroit familier, c’était ici qu’il avait rencontré Sherlock pour la première fois, c’était ici qu’il l’avait vu, qu’il lui avait parlé pour la dernière fois. Quel sens avait sa vie, désormais ? Il entra dans le bâtiment et négligeant l’ascenseur, commença à gravir lentement les escaliers qu’ils avaient si souvent empruntés ensemble, toujours impatient, Sherlock trouvait les ascenseurs trop lents. Il y avait peu de personnel dans les couloirs en cette veille de noël, et moins encore dans ceux du département de pathologie médico-légale. Perdu dans son absence de pensées, il ne remarqua pas la jeune femme qui sursauta à sa vue et, plantant là la personne avec qui elle discutait, se mit à le suivre discrètement.
La porte de la terrasse n’était pas verrouillée, c’était ici que certains employés avaient l’habitude de se réfugier  pour griller discrètement une cigarette, il fut accueilli par un tourbillon de vent glacial chargé de flocons, ce n’était que le milieu de l’après-midi, mais la nuit commençait pourtant à tomber. Un frisson le parcourut et il lui sembla émerger d’un songe, il regarda autour de lui et pour la première fois, prit vraiment conscience de l’endroit où il se trouvait. Le toit était désert, il s’approcha du parapet qui le bordait.

Sherlock ouvrant lentement les bras, ange déchu déployant ses ailes qui ne le soutiendraient plus.

« Fils du matin, pourquoi es-tu tombé ? » Dieu avait maudit Lucifer, le condamnant aux ténèbres éternelles pour avoir donné la connaissance aux hommes, qu’avaient fait ceux-ci  du don qui leur avait été fait, pour lequel Dieu avait damné son ange préféré ? Ils n’avaient pas su reconnaitre la vérité, ils avaient une fois de plus condamné celui qui avait voulu les débarrasser du mal, et Sherlock était mort dans l’opprobre. Une bouffée de honte l’envahit, il n’aurait jamais dû lui obéir, il aurait dû… mais il n’avait rien fait, et il osait encore se prétendre son meilleur ami ! Judas, oui ! Il jeta un coup d’œil en bas. Ce serait si simple, et il serait enfin débarrassé de ce sentiment de culpabilité qui le rongeait depuis plus d’un an. Il posa un pied sur l’étroit muret.

—John, non !

Il se retourna, soudain agressif.

—Molly ? Qu’est-ce que vous faites ici ?

—Et vous, John ? Est-ce que vous croyez que c’est ce qu’il aurait voulu ?

—Je l’ai trahi, je n’ai pas rétabli la vérité, je ne peux plus supporter de vivre avec ça jour après jour.

—Vous avez fait ce qu’il voulait que vous fassiez, vous avez joué le rôle qu’il vous avait attribué, vous n’êtes coupable de rien, John ! Vous… vous devez savoir, vous devez comprendre, il avait tout prévu, même… même de vous éloigner, le coup de fil pour prévenir de l’agression de Mrs Hudson, c’était… c’était moi.

Ses mains se refermèrent sur les épaules de la jeune femme, la secouant rudement, puis se rendant brusquement compte de ce qu’il était en train de faire, il la lâcha et fit un pas en arrière.

—Vous ? Mais… pourquoi ?

—Parce qu’il me l’avait demandé, et que je lui avais promis faire tout ce qu’il me demanderait, sans lui poser de questions. C’était Sherlock, il savait comment tout cela allait finir, il a voulu vous protéger, tous nous protéger. Je crois qu’il avait compris le but ultime de Jim depuis bien plus longtemps que nous l’avions cru. Il savait qu’il pourrait en arriver là en dernier recours, et il ne voulait pas que vous puissiez essayer de l’en empêcher, ce qui vous aurait condamnés, vous et ses autres amis, sans rien changer au résultat final.

Un sanglot déchira la gorge de John, et il se laissa glisser au sol, la tête sur les genoux, pleurant comme un gamin malheureux, libérant enfin le flot de tout ce qu’il retenait en lui depuis la mort de son ami. Il comprenait, il comprenait enfin tout. C’était un plan minutieusement orchestré, une pièce grandeur nature, rien n’avait été laissé au hasard.

» Ils avaient tout prévu, consciemment ou non, nous avons tous eu notre rôle à jouer, vous, Mrs Hudson, Greg, moi…

—Attendez ! Vous avez dit « ils » ? Vous voulez dire… Quelqu’un d’autre savait ? Mycroft ? Mycroft Holmes était au courant ?

—Bien entendu, sans lui certaines choses auraient été impossibles.

—Le salaud… il aurait pu…

Mycroft ne lui avait rien dit, même aujourd’hui, mais lui en avait-il laissé le temps ? Il s’était enfui avant même qu’une vraie conversation ait pu être engagée. Des bribes de phrases lui revenaient « Un jour, bientôt peut-être », « Sherlock est… était mon frère », « pourquoi nous… j’ai été obligé d’agir ainsi ». Mycroft faisait partie du jeu, il en était même sûrement une des pièces maitresses ! Comment avait-il pu se montrer aussi obtus, il avait été tellement aveuglé par la douleur et la culpabilité qu’il en avait occulté tout le reste.
Molly s’était agenouillée près de lui et lui entourait maintenant les épaules de ses bras, l’encourageant à se relever. Il s’aperçut soudain qu’il avait froid, très froid et il se mit à claquer des dents. Soutenu par la jeune femme, il se redressa et la suivit docilement jusqu’au laboratoire, où elle le laissa un instant, le temps d’aller leur préparer du café chaud. Il essayait de reconstituer le plus exactement possible son bref échange avec Mycroft, il avait la sensation que quelque chose lui échappait encore. La porte s’ouvrit à la volée, l’arrachant à ses pensées au moment où il avait l’impression qu’il allait enfin pouvoir mettre le doigt dessus.

—John ! En le voyant, l’homme eut l’air inexplicablement soulagé.

—Bonsoir, Greg, vous venez voir Molly ? Elle va revenir, elle prépare du café.

—Je… Oui, c’est-à-dire, nous sommes tous les deux invités à passer la soirée chez Mrs Hudson, et je suis passé la prendre. Mais vous êtes aussi des nôtres, je crois, non ? Puisque vous êtes là, vous allez venir avec nous, nous arriverons tous ensemble.

Molly revenait, portant deux tasses fumantes.

—Oh inspecteur, je ne vous attendais pas aussi tôt, je vais vous préparer…

—Ne te… vous dérangez pas pour moi, miss Hooper ! J’étais en train de proposer à John de faire le chemin en voiture avec nous.

—C’est une excellente idée, d’autant que je crains qu’il n’ait déjà attrapé un coup de froid en venant ici. Elle se tourna vers lui. Mrs Hudson ne nous pardonnerait pas de vous avoir laissé ressortir aussi peu couvert avec ce temps, vous n’avez rien de plus chaud que ce blouson ?

Une étrange tension s’était instaurée sur la pièce, les répliques avaient soudain l’air factice… Est-ce que Molly et Greg… ? Ou bien s’agissait-il d’autre chose ? Décidément, tout semblait lui échapper aujourd’hui. Le café brûlant, peut-être un peu trop sucré à son goût, lui fit du bien. Le poids qui pesait sur sa poitrine s’était un peu allégé. L’absence était toujours là, mais la culpabilité avait disparu, il se rendait compte qu’il n’était pas aussi seul qu’il le croyait, la disparition de Sherlock avait rapproché ceux qui n’avaient été jusque-là que des relations de travail, une réelle amitié était née entre eux, et il ne s’en apercevait vraiment que maintenant. Il aida Molly à enfiler son manteau, pendant que Lestrade sortait son téléphone, il aurait été surpris s’il avait pu lire le contenu du texto qu’il était en train d’envoyer « retrouvé J. St Barth, situation sous contrôle. GL » et son destinataire : Mycroft Holmes.

TBC

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