221B – Un message inattendu

Sherlock Holmes Add comments

Titre : « 221B » Un message inattendu
Auteur :
Lilou0803
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock (BBC-2010-2012)
Personnages :
Sherlock
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.2

Un message inattendu

—J-je préfèrerais être seul.

—Oh… Bien sûr ! Evidemment. Je m’en vais. Si vous avez besoin de…

—Pour l’amour du ciel !

—Bien. Au revoir, John.

John n’entendit même pas la porte se refermer, il ne pouvait détacher les yeux de l’unique mot, son prénom, qui s’étalait sur l’enveloppe d’une écriture qui semblait surgie du néant, comme pour lui délivrer un message d’outre-tombe, et de fait, s’il fallait en croire Mycroft, c’était bien de cela qu’il s’agissait. Lentement, comme en état second, il s’assit sur l’unique chaise qui meublait chichement la chambre d’hôtel minable où il avait trouvé refuge depuis la mort de Sherlock, un marteau piqueur semblait vouloir défoncer sa poitrine de l’intérieur et des éclairs lumineux s’étaient mis à zébrer le papier qu’il tenait entre ses mains, il pensa qu’il allait se trouver mal et s’appliqua à respirer à fond, les coudes appuyés sur la table de bois blanc. Peu à peu, les battements de son cœur se firent plus réguliers et sa vision redevint normale, un frisson le parcourut, succédant à la vague de chaleur qui l’avait submergé un moment et seule subsista bientôt une confuse sensation de nausée. Il passa un doigt tremblant sous le rabat de l’enveloppe pour décacheter la missive, redoutant de se retrouver face à cette écriture qui lui rappelait à la fois les meilleurs et les pires moments de son existence. Prenant une longue inspiration, il ferma les yeux et sortit la lettre de l’enveloppe, il mit un moment à réaliser ce qui l’empêchait de faire la « mise au point », et passa une manche rageuse sur son visage avant de commencer à lire.

Mon cher John,

Je ne sais pas combien de temps se sera écoulé depuis ma disparition, lorsque tu liras cette lettre. Quelques semaines, quelques mois ou quelques années ? J’ai demandé à Mycroft de te la donner uniquement lorsque le moment serait venu.

Je sais à quel point ma conduite a bouleversé ton existence, je sais le mal que je t’ai fait ce matin-là à St Barth, mais je ne pouvais pas agir autrement sans risquer la destruction de plusieurs vies, la tienne en particulier, et ce risque-là, je n’étais pas prêt à le courir.
J’ai moins de mal à l’écrire que j’en ai eu à te l’avouer à Dartmoor : tu es vraiment le seul véritable ami que j’ai jamais eu, même si j’ai découvert récemment, en grande partie grâce ou à cause de toi d’ailleurs, que d’autres personnes comptaient aussi beaucoup pour moi, et j’aurais préféré mourir cent fois qu’être la cause de ta, de leur mort.
Je t’ai dit un jour que j’avais toujours été capable de faire abstraction de mes sentiments, mais cela impliquait aussi que je pouvais en éprouver ; je ne sais pas comment tu as pu t’arranger pour ça, mais tu es arrivé à faire ressurgir en moi tellement de choses que je croyais avoir réussi à faire taire à jamais !
Puisque j’ai commencé sur cette voie, autant continuer, et vider mon sac jusqu’au bout, peut-être que cela m’aidera à me ressaisir, à redevenir le parfait sociopathe dans la peau duquel, aussi incroyable que cela puisse te paraître, j’avais eu tant de mal à me glisser des années auparavant.

J’ai toujours été d’une nature assez solitaire et introvertie, avec des difficultés à exprimer ce que je ressentais, mais ce n’était pas par manque de sensibilité, non, je crois même que c’était le contraire, c’était tellement fort que je ne pouvais pas mettre des mots dessus, et je me suis très vite rendu compte du handicap que cela pouvait représenter pour moi. De plus, j’étais ce que l’on appelle un enfant surdoué, et par la-même, comme cela arrive souvent, méprisé et rejeté par ses camarades ; en classe, on ne se mettait à côté de moi que pour copier et je n’étais jamais le bienvenu dans les jeux de la récréation, j’en souffrais, mais plutôt que de me confier, je me réfugiais dans la solitude et je pleurais en silence. J’aurais pu, à l’instar de certains, jouer les cancres sympathiques pour me faire accepter par les autres, mais tu es bien placé pour savoir que la dissimulation de mes capacités n’est pas vraiment le trait dominant de mon caractère, alors je me repliais sur moi-même et je m’inventais des mondes imaginaires où je n’étais plus seul et où je pouvais vivre des aventures extraordinaires, tu ne me croirais certainement pas si je te disais qu’à dix ans, je rêvais de devenir pirate !
A l’adolescence, j’ai décidé de prendre les devants, isolé pour isolé, rejeté pour rejeté, autant que ce soit pour de bonnes raisons, alors j’ai verrouillé toutes les portes qui auraient pu laisser entrevoir en moi la moindre vulnérabilité, j’ai décidé que plus jamais aucune émotion ne pourrait me déstabiliser, j’étais persuadé qu’à force de volonté la raison pouvait prendre le dessus sur le cœur.  Je me suis plongé dans les études, je n’ai plus jamais tenté de lier des liens avec quiconque et j’ai plus ou moins consciemment refusé toute tentative qu’auraient pu avoir certains de se rapprocher de moi, ainsi, je ne courrais plus le risque d’être encore et toujours repoussé… Je n’en suis pas spécialement fier, mais j’ai même fait en sorte de m’éloigner des deux seules personnes qui comptaient vraiment pour moi, ma mère et mon frère, sans réaliser qu’ils pourraient en souffrir autant que j’avais moi-même souffert.
J’ai réussi au-delà de mes espérances, j’avais tué le petit garçon hypersensible que j’avais été, je me sentais enfin libre.

J’ai été qualifié d’autiste, peut-être pas tout à fait à tort d’ailleurs, de sociopathe, voire de psychopathe, cela m’était égal, et j’ai même fini par en jouer, mais le mauvais côté des choses est que si j’arrivais à tromper les autres, je ne pouvais pas tricher avec moi-même, on ne peut jamais vraiment changer sa nature profonde, j’étais hanté par le fantôme du petit garçon. Plus j’arrivais à donner le change et plus mon conflit intérieur grandissait, je n’avais pas encore trouvé la voie qui allait devenir la mienne et j’étais totalement désorienté, c’est alors que je me suis laissé tenter par les drogues, de plus en plus dures. A chaque fois je me disais que c’était strictement à titre expérimental, mais je me suis laissé dépasser et je suis devenu accro ; lorsque j’ai voulu en sortir, il était presque trop tard. Paradoxalement, c’est grâce à ça que j’ai rencontré Lestrade, qui m’a ensuite plus ou moins orienté vers ce qui a fini par devenir mon métier ; jusqu’à dernièrement, je ne m’étais pas aperçu de la place qu’il occupait dans ma vie, tout comme Molly ou Mrs Hudson… Peut-être fallait-il un catalyseur, et ce révélateur s’est avéré être toi, John, tu m’as appris à voir le monde différemment, et si c’était parfois plus douloureux, la chaleur de ton amitié compensait largement ce désagrément, même si cette amitié est devenue mon talon d’Achille, la faille au cœur de la machine par laquelle Jim Moriarty a pu réussir à percer une brèche dans mes défenses.

Lui, c’était un vrai psychopathe, et il a très vite su déceler la fissure par laquelle il allait pouvoir m’atteindre. Qu’il s’en prenne à mon orgueil, à ma réputation, qu’il menace ma vie, j’aurais pu m’en accommoder et tôt ou tard renverser la situation, et il le savait, mais qu’il menace la vie des seules personnes qui aient jamais compté pour moi sans que je puisse rien y faire, là, il savait qu’il me tenait. Tout cela, je ne l’ai vraiment compris que le dernier jour, je travaillais la main dans la main avec mon frère depuis le début, sur cette affaire, nous ne t’avions pas mis dans la confidence pour la même raison que nous ne l’avons pas fait pour le dernier acte, je te l’ai toujours dit, John, tu ne sais pas dissimuler, tu n’aurais pas aussi bien joué ta partie, car tu avais, comme nous tous, ton rôle à jouer et il n’était pas des moindres , en tant qu’ami, tu devais accréditer aux yeux de tous l’authenticité ce qui allait se produire, et il fallait que tu sois absolument sincère. Le coup de fil prévenant de l’agression sur Mrs Hudson était un stratagème pour t’éloigner le temps de mettre en place la dernière scène, je ne me souvenais que trop bien de la manière dont tu avais essayé de me protéger, au péril de ta vie, à la piscine ! Tu ne peux pas t’imaginer à quel point je m’en veux de t’avoir imposé tout cela, de t’avoir obligé à jouer malgré toi cette immonde et macabre comédie !

Je pense que maintenant tu dois commencer à comprendre ce que je veux te dire, parce que c’est bien de ça qu’il s’agissait, d’une mise en scène grandeur nature, je devais mourir pour le monde, pour les sbires de Moriarty et surtout pour toi, pour ta sécurité. A ma décharge, je n’en suis d’ailleurs pas passé bien loin. Je n’ose pas te demander de me pardonner, ni espérer que tu le feras un jour, ce que je t’ai fait est impardonnable, mais si cela peut avoir une quelconque importance pour toi, sache que pas un jour ne passe sans que je me sente coupable et que je ne pense à ce que tu dois subir par ma faute, ton amitié est la chose la plus précieuse qui m’ait jamais été donnée, et même si j’ai bien peur de l’avoir perdue à jamais, son souvenir est devenu le ciment qui m’aide à tenir debout alors que tout s’écroule autour de moi.

Je suis devenu lâche John et cela tendrait à prouver que j’avais raison et que les sentiments sont une calamité, j’ai peur, oui j’ai peur, de toi, de ta réaction, de t’avoir perdu à jamais et c’est pourquoi, sur le point de quitter l’Angleterre pour je ne sais combien de temps, je suis en train de t’écrire cette lettre dans un hall d’aéroport. Je pourrais te dire que je pars pour les besoins de mon enquête, et c’est en partie vrai, mais je pars surtout parce que je ne peux plus supporter de ne pouvoir rien faire pour toi. Il y a quelques jours, j’ai bien failli craquer lorsque tu t’es rendu au cimetière avec Mrs Hudson, j’étais là, à quelques mètres de toi à peine, lorsque tu m’as supplié de revenir. Ce jour-là, j’ai dû faire appel à toute ma volonté pour ne pas sortir de ma cachette, pour ne pas te crier « je suis là, John, je suis vivant ! ».
Oui, tu as bien lu, mais tu as déjà dû le comprendre depuis un moment, je suis vivant et si Mycroft te remet cette lettre, c’est que j’aurai réussi à le rester encore pendant quelques temps et que je serai sur le point de revenir. Tu as le droit de me haïr, de refuser de me revoir, tu pourras aussi me casser la figure si tu en as envie, mais quoi qu’il en soit, je veux que tu saches que je te demande sincèrement pardon pour tout le mal que je t’ai fait. Mon avion est annoncé, je vais terminer cette lettre et la faire parvenir à Mycroft ; j’espère que l’adieu que j’ai eu tant de mal à te dire se transformera en au-revoir et qu’un jour peut-être tu arriveras, faute de me pardonner à me trouver au moins des circonstances atténuantes.
Indirectement, Moriarty a tout de même réussi son coup, il a réussi à broyer mon cœur en m’éloignant des seules personnes qui avaient réussi à remplir ma vie, mais au moins, vous êtes tous vivants.

Adieu ou au-revoir, John, aujourd’hui, je ne t’ai rien caché, et peut-être cela me vaudra-t-il de pouvoir me prétendre encore une fois ton ami,

Sherlock

Pendant un long moment, John resta immobile, les yeux fixés sans la voir sur la lettre qu’il froissait dans ses doigts crispés. Vivant ! Pendant tout ce temps, Sherlock était vivant et… il abattit violemment son poing sur la table avec un rugissement de rage. La douleur dans son poignet fit un peu retomber sa fureur et son regard se reporta sur le chiffon de papier qui avait glissé sur le sol, il se pencha pour le récupérer et le lissa sur la table avec une grimace, la douleur irradiait jusque dans son épaule, son articulation en avait pris un sacré coup. Maintenant que la première réaction de colère était passée il pouvait réfléchir plus posément, les mots de la lettre de Sherlock tournaient et s’entrechoquaient dans sa tête, cette vulnérabilité étalée sur le papier… Il imaginait sans peine à quel point cela avait dû être difficile pour lui de se livrer ainsi, il connaissait assez son ami pour savoir qu’il n’avait pas écrit cette lettre pour l’amadouer et se faire ainsi pardonner plus facilement, non, pas ces mots-là, c’était trop personnel, trop intime, il avait l’impression de lire une lettre d’adieu, comme si Sherlock avait renoncé d’avance, persuadé dès le départ que John ne lui pardonnerait jamais. Bien sûr, il pouvait souvent se montrer manipulateur, mais cette fois, il était sincère, cela ne faisait aucun doute et ce n’en était que plus inquiétant, cela semblait suggérer une lassitude qui n’augurait rien de très bon, comment avait-il vécu après ça ?
Il l’avait cru mort, il avait été malade de chagrin, mais il n’avait pas été seul, ses amis avaient été là pour lui, ils l’avaient soutenu, aidé à surmonter sa peine, la disparition de Sherlock avait soudé leur petit groupe, les bonnes relations s’étaient transformées en une réelle amitié, ils s’étaient mutuellement épaulés et malgré le traumatisme et l’absence, tout cela avait rendu la vie à peu-près supportable. Mais Sherlock, lui, s’était retrouvé tout seul, il était parti, il avait quitté le pays, il s’était condamné à la même solitude qu’il avait vécue dans son enfance, et ce dans une période où il était particulièrement fragilisé, isolé face à des ennemis impitoyables, comment pourrait-il lui en vouloir ? C’était pour lui, pour ses amis qu’il avait accepté tout ça ! Il relut la lettre lentement, une boule commençait à remonter dans sa gorge, un premier sanglot le secoua, puis un deuxième, et il laissa tomber sa tête entre ses bras, libérant enfin toutes les larmes qu’il n’avait pas pu verser depuis la disparition de son ami.

Lorsqu’une main se posa sur son épaule, il crut que Mycroft, inquiet de la manière dont il pourrait réagir, était revenu, il ne releva même pas la tête.

—Allez-vous en, je vous ai dit que je voulais être seul !

La pression se fit plus forte.

—John !

La voix n’était pas celle de Mycroft, il se retourna brusquement. Pâle, amaigri, Sherlock paraissait épuisé, au bout du rouleau, John avait l’impression qu’il avait du mal à tenir debout. Pendant un long moment, le temps sembla s’arrêter.

—Dis quelque chose, frappe moi, fiche moi à la porte, mais ne reste pas là, à me regarder comme ça, comme…

—Si je voyais un revenant ?

—John, je…

—Tais-toi ! Tu as de la chance que je me sois esquinté le poignet en cognant contre la table ! Si j’avais su que tu allais venir, je me serais économisé !

Les lèvres de Sherlock esquissèrent un rictus amer, sur son visage se lisaient la résignation et une immense tristesse.

—Je vais partir, je ne t’ennuierai plus, je voulais juste… Te voir et puis te dire que je regrette. Il fit un pas en arrière. « Adieu John ».

—Ah non ! Ça ne va pas recommencer ! Cette fois, tu ne t’en sortiras pas comme ça ! Tu commences sérieusement à être lassant avec tes « adieu, John », tu ne connais pas une autre phrase ? Je t’ai connu plus disert !

Sherlock manqua une respiration, stupéfaction et soulagement se succédèrent sur ses traits. Un ange passa, puis il prit une longue inspiration.

—Je… Je cherche un colocataire, tu ne connaitrais pas quelqu’un qui serait intéressé par hasard ?

TBC
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