La part de l’ombre

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Titre : La part de l’ombre
Rating : PG13
Fandom : Startrek (Into darkness)
Disclaimer : Les personnages et l’univers de Startrek ne m’appartiennent évidemment pas!
Spoilers : Startrek Into Darkness : Si vous n’avez pas vu le film, prenez vos responsabilités !

N/A :
Avis aux puristes : le seul Star Strek que j’ai jamais vu est celui-ci, pour le reste, en particulier l’histoire de Khan, j’ai fait un petit cocktail personnel des différents univers traités à travers les multiples versions, au travers de ce que j’en ai lu sur la toile. Donc inutile de crier au scandale, au OOC, etc… Je sais ! Mais après tout, en voyant tout ce que certains se permettent de faire des personnages, je pense que je peux m’autoriser cette petite fantaisie :)

Mon but n’est pas de trouver des excuses à Khan, ni de le faire paraître sympathique, mais juste de rappeler que dans notre monde imparfait, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc et que les circonstances peuvent parfois interférer sur le comportement humain, et j’ai beaucoup aimé la façon dont Benedict Cumberbatch a su faire ressortir la dualité de son personnage.


La part de l’ombre


« Vous êtes un criminel, vous avez tué des centaines d’innocents… »

Les mots pouvaient blesser plus sûrement que n’importe quelle arme, bien sûr, il avait fait tout cela et il le revendiquait, mais il n’en avait tiré aucune satisfaction, il avait cru que la vengeance verserait du baume sur sa douleur, mais la blessure était toujours là, et le vide en lui toujours aussi profond.

Il n’avait pas toujours été comme ça. Humain génétiquement modifié dans le but de créer une race de guerriers supérieurs, il était un des derniers survivant des expériences eugéniques de la fin du XXème siècle, un surhomme quasiment indestructible et doté d’une intelligence supérieure, mais les scientifiques qui avaient conçu le programme n’avaient modifié que ce qui était modifiable. Si le génome humain s’était avéré, pour le meilleur et surtout pour le pire, manipulable à l’infini, certaines choses n’avaient jamais pu être changées, les mystères de l’esprit humain échappaient toujours au contrôle des apprentis sorciers qui avaient conçu ses semblables. Il était tout aussi accessible aux sentiments qu’un humain ordinaire.

Doté en outre d’un sens moral qui le rendait encore supérieur à ceux de sa propre espèce, il s’était rapidement imposé comme leur chef incontesté, il avait conquis un empire immense sur lequel il avait régné d’une main de fer, craint mais respecté par ses sujets. Un tyran, certes, qui imposait ses propres règles et ne souffrait aucune opposition, mais d’une honnêteté et d’une rectitude absolues. Il savait que le pouvoir apportait plus de devoirs que de droits, il avait toujours fait passer son peuple avant tout, et pour la première fois dans l’histoire des peuples humains, un homme avait su imposer une paix totale et durable sur l’ensemble de ses territoires. Il avait eu des amis, il avait ri, et pleuré, il avait même aimé. Mais on ne règne pas sur un quart de l’humanité sans attirer envies et rivalités, on avait fini par craindre sa puissance, il avait été accusé de vouloir asservir le monde, d’exterminer tous ceux qui lui étaient inférieur, c’était faux : s’il avait effectivement mis en place un strict contrôle des critères de reproduction de ses sujets, dans le but de préserver un patrimoine génétique supérieur, il n’avait jamais versé le sang inutilement. Tous s’étaient ligués contre lui, ce que n’avait pas pu faire la force, la trahison l’avait accompli, et il avait été vaincu.

On lui avait tout pris, on l’avait banni, mais en cela aussi il avait été trahi, ils avaient feint de lui donner une chance de construire, avec ses semblables, un monde nouveau, sur une planète vierge, il avait accepté : « mieux vaut régner en enfer que servir au paradis », mais quelques mois plus tard, les mêmes hommes qui avaient créé sa race avaient provoqué un cataclysme qui avait réduit en miettes tous les espoirs de la poignée d’exilés. Il avait assisté, impuissant, à l’agonie de Ceti Alpha V, le désastre écologique avait fini de décimer ce qui restait de son peuple, et tué l’épouse qu’il chérissait, les rares survivants n’avaient eu d’autre choix que la fuite. Seule sa loyauté sans faille envers les derniers de ses semblables avait maintenu en lui la volonté de continuer à vivre, pour eux. Le cœur désormais desséché, c’était obsédé par l’idée de la vengeance qu’il s’était glissé, le dernier, dans une capsule de cryogénisation après avoir assuré la survie des soixante-douze ultimes représentants des siens. Les seuls sentiments qu’il était encore capable d’éprouver étaient la colère et la haine.

Colère et haine.
Et pourtant… Une étrange douceur venait voiler son regard de glace lorsqu’il lui arrivait de penser à la fillette qu’il avait sauvée. Dans une autre vie, dans d’autres circonstances, il aurait pu lui-aussi aimer un enfant au point de donner sa vie pour lui, et même s’il se persuadait de ne rien regretter, il ressentait un immense respect pour le père qu’il avait obligé à se sacrifier. Dans un autre temps, dans une autre vie, il connaissait la compassion, il aurait sauvé sans contrepartie quiconque serait venu le lui demander.
Colère et haine.
Et pourtant… Pendant un bref instant, l’espace d’un battement de cœur, il avait compris que tout n’était pas mort en lui, pendant cette fraction de seconde, il avait de nouveau eu un compagnon, un camarade qui lui avait rappelé les jours anciens. Le regard complice et le bref sourire échangés avec Kirk pendant leur périlleuse traversée entre les deux vaisseaux, fragiles humains livrés à eux-mêmes dans le vide intersidéral, avaient créé un lien, si ténu soit-il entre eux, un lien qu’il s’était aussitôt empressé de dénouer, non sans un étrange serrement de cœur. Il aurait pu abandonner le capitaine à son sort, il n’était pas responsable de la défaillance de son équipement, et il n’avait pas vraiment besoin de lui pour venir à bout de Marcus et de son équipage réduit, la seule chose dont il avait besoin c’était que le dénommé Scotty ouvre le sas. Mais avant qu’il ait même pu en avoir conscience, son naturel avait repris le dessus et il n’avait pas pu se résoudre à abandonner un coéquipier en difficulté. Dans une autre vie, dans d’autres circonstances, cet homme aurait pu devenir un ami…
Mais il ne voulait pas y penser, il ne devait plus penser qu’à sa vengeance et il avait refermé la porte à peine entrouverte. De toute façon, en s’attaquant ouvertement à Starfleet il avait franchi le point de non-retour. John Harrisson aurait pu recommencer une nouvelle vie, à condition toutefois de céder au chantage et d’accepter d’obéir à celui qui l’avait ranimé, mais Khan Noonien Singh se devait de venger les siens, il y avait un an qu’il préparait sa revanche, tout en feignant de collaborer. Elle serait impitoyable. L’amiral Marcus aurait dû le savoir : on ne réveille pas impunément les feux de l’enfer.

Il avait failli réussir, même si tout ne s’était pas déroulé selon son plan initial, il était tout de même arrivé à leur infliger un maximum de dégâts, mais un élément inconnu, peut-être lié au redémarrage imprévu de l’Enterprise, avait fait dérailler la machine, et le vulcain avait fini par perdre son sang-froid et s’était lancé à sa poursuite avec un acharnement et une rage qui l’avaient stupéfié. Il aurait assez aisément pris le dessus si le pistolet paralyseur de la jeune interprète ne l’avait assez affaibli pour que Spock réussisse à le mettre KO en le frappant avec un morceau de ferraille arraché à la navette sur laquelle ils se battaient, assez longtemps pour le téléporter à bord, où le docteur McCoy lui avait immédiatement administré un puissant sédatif.

Il avait repris conscience enchaîné sur une table chirurgicale, le vulcain était à son chevet.

—Monsieur Spock ! Comme c’est gentil à vous de veiller sur mon repos ! Je retire ce que j’ai dit, quand vous décidez de vous servir de vos poings, vous avez un sacré punch, même si vous avez un peu triché… Alors comme ça, votre côté humain a tout de même fini par se réveiller… Pourquoi ne m’avez-vous pas achevé ?

— Ce n’était pas l’envie qui m’en manquait, croyez-moi, et personne ne m’aurait blâmé pour ça, mais le capitaine s’était sacrifié pour faire redémarrer le vaisseau, et le docteur McCoy pensait que seul votre sang pouvait peut-être le sauver. Il fallait agir vite et nous risquions de détruire les autres en tentant de les réveiller, le temps jouait contre nous, nous avions besoin de vous vivant.

—La vie du capitaine… Oui bien sûr… Alors c’était cela… Et vous avez failli à tous vos principes, vous avez choisi de sacrifier l’intérêt du plus grand nombre à celui d’un seul… Vous avez fini par comprendre, n’est-ce pas ? Par les ressentir… L’amitié, la colère, la haine, le désir de vengeance… Je les ai sentis dans vos poings, je les ai lus sur votre visage…

—C’est vrai, mais je me suis repris, ce n’est pas la bonne solution.

—Peut-être, mais vous m’auriez tué avec plaisir à ce moment-là, non ? … J’aurais préféré que vous le fassiez. Mon équipage…

—Est sauf. Je les avais faits retirer des torpilles avant de vous les rendre, je n’avais aucune raison de sacrifier des innocents.

—Intelligent ! En les épargnant, vous gardiez un moyen de pression sur moi au cas, très probable, où je survivrais, et si j’étais mort, ils faisaient de bons sujets d’études. Mais quel qu’ait été votre but, je vous suis reconnaissant pour eux, et-et je suis finalement heureux que Kirk s’en soit sorti… Ne me regardez pas comme ça, je ne suis pas devin, mais si ce n’était pas le cas, nous n’aurions pas cette discussion. Qu’allez-vous faire maintenant, pourquoi m’avoir ranimé avant de m’exécuter ? Vous auriez facilement pu en finir alors que j’étais inconscient. Je ne pense pas que la cruauté gratuite fasse partie de votre demi-humanité.

—Vous exécuter ? Non. Marcus est mort et ses projets avec lui. En raison de l’urgence de la situation et du fait que nous avions besoin de votre présence à bord afin de soigner le capitaine, un tribunal d’exception a été chargé de statuer sur votre sort en votre absence, les juges ont tenu compte du fait que vous aviez été conçu dans le but de combattre et d’éliminer vos inférieurs, malgré la gravité de vos actes, ils ont considéré que dans le cas présent, vous n’avez fait que faire ce pour quoi vous avez été créé, ce qui d’après eux atténue votre responsabilité. Marcus en revanche, vous a réveillé et utilisé en toute connaissance de cause afin de vous faire concevoir des armes de destruction massive, avant d’utiliser un de nos vaisseaux, en dupant son équipage, dans le but de déclencher une guerre intergalactique. Il a agi de sa propre initiative, uniquement mû par sa mégalomanie, il a été considéré comme le principal responsable de ce qui est arrivé.

Un rictus amer passa fugitivement sur le visage figé de Khan.

—Bien sûr… Et surtout, ils savent qu’ils risquent d’avoir un jour besoin de moi pour pouvoir se servir efficacement de mes hommes… Il planta ses yeux dans ceux de son vis à vis. « Mais vous, vous savez pourquoi j’ai fait tout ça, vous savez que ça n’a rien à voir avec ce que je suis n’est-ce pas ? … Rien n’a changé depuis trois siècles, l’intérêt passe toujours avant la justice…Je méritais la mort ! »

—Vous désirez la mort… J’ai appris le sort de votre peuple, je sais aussi que votre règne fut dur mais tout compte fait équitable et dépourvu de cruauté gratuite, sans pour autant approuver vos actes, je peux essayer d’appréhender logiquement votre motivation, et je crois aussi que si vous êtes encore en vie, c’est uniquement parce que vous n’avez pas voulu abandonner vos derniers compagnons. Par certains côtés, vous avez beaucoup de points communs avec le capitaine Kirk ! Je ne vous aime pas, Khan, vous êtes un criminel, votre mort ne m’aurait fait ni chaud ni froid, mais pour ces points-là, je vous respecte.
Nous allons vous rendre à votre peuple, vous serez cryogénisé de nouveau.

—Une bonne façon de se débarrasser de moi sans me tuer, tout en me gardant sous la main au cas où… Vos dirigeants ont l’art de naviguer entre deux eaux. Vous auriez mieux fait de tous nous détruire lorsque vous en aviez l’occasion, sans leur demander leur avis.

—J’ai suivi le protocole.

—Et également selon le protocole la sentence devait m’être notifiée avant exécution… Bien, vous avez fait votre devoir, vous pouvez partir, maintenant, monsieur Spock, je n’ai pas besoin qu’on me tienne la main pour m’endormir !

—En ma qualité de capitaine par intérim de l’Enterprise, je dois assister…

—Le protocole, j’ai compris…

McCoy s’approcha, prêt à lui administrer l’anesthésique.

—Une dernière chose, monsieur Spock. Si un jour nous devions nous retrouver face à face, dans l’intérêt de tous, n’hésitez pas à envoyer valser le protocole !

—Me retrouver en face de vous est la dernière chose que je souhaite, Khan ! Occupez-vous de lui docteur !

La dose injectée avait été quintuplée afin de venir à bout de la résistance de son organisme, mais alors que tous le croyaient inconscient, il souleva encore péniblement ses paupières : « Saluez Kirk pour moi ! » murmura-t-il avant de sombrer dans le néant.
Une ombre de sourire presque ironique semblait flotter sur son visage enfin détendu, pendant que le givre commençait à se former sur les parois de verre de la capsule dont l’amiral Marcus l’avait tiré un an auparavant.

FIN

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