221B – Un coin du voile

Sherlock Holmes Add comments

Titre : « 221B » Un coin du voile
Auteur :
Lilou0803
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock (BBC-2010-2012)
Personnages :
SherlockJohn
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.2/1

Un coin du voile

« All lives end, all hearts are broken »

—Non !

—Pardon ?

—J’ai dit non. La réponse est non !

—De quoi est-ce que tu parles ? Quelle réponse ?

—La réponse à la question que tu n’oses pas me poser : non, je n’étais pas amoureux d’elle. C’est ce que tu te demandes depuis plusieurs mois, n’est ce pas ? Ce n’est pas la peine de nier, je t’ai entendu demander à Mrs Hudson si j’avais déjà eu quelqu’un dans ma vie, lorsqu’on la croyait morte, après noël, et j’ai entendu votre conversation dans l’entrepôt. Alors arrête de me regarder avec cet air, lorsque tu penses que je ne te vois pas.

—Te reg… Quel air ? T-tu n’as pas levé les yeux de ton écran depuis une demi-heure, comment peux-tu savoir si je te regarde, et quel air j’ai ?

—Cet air… Ton air dubitatif et apitoyé, celui que tu as depuis que je t’ai demandé de me donner le smartphone d’Irène Adler. Une fois pour toutes, mon intérêt pour elle était strictement intellectuel, cesse de t’inquiéter pour moi, je ne suis pas un ado confronté à son premier chagrin d’amour ! … Et je n’ai pas besoin de te regarder pour sentir tes regards pleins de commisération sur moi.

—Je ne m’inq …

—Bien sur que si ! Tu t’imagines que je suis tombé sous son charme et qu’elle m’a brisé le cœur…  Je me demande ce qui a bien pu te mettre cette idée absurde dans la tête.

John renonça à nier.

—Tu n’étais plus le même, tu semblais affecté, tu mangeais encore moins que d’habitude, toutes les nuits je t’entendais marcher dans ta chambre jusqu’à pas d’heure, et chaque matin tu avais l’air plus hagard que le précédent, tu composais de la musique triste, tu avais presque l’air… Humain.

—Je réfléchissais, je t’ai dit que composer m’aidait à me concentrer. Et j’étais… OK, c’est vrai j’étais un peu perturbé, je voulais comprendre ce qui c’était passé. Si elle ne m’avait pas envoyé le téléphone, j’aurais pu me douter de quelque chose, examiner le corps avec plus d’attention, mais je m’attendais tellement à sa mort que je n’ai pas douté une seconde… Comme quoi il ne faut jamais se fier aux apparences, j’aurais du être plus méfiant, d’autant qu’elle avait déjà réussi à me battre une fois.  Oh, c’était malin, très malin de sa part, c’était le seul geste qui pouvait vraiment accréditer sa mise en scène à mes yeux. Son smartphone, c’était son assurance-vie, elle ne s’en serait jamais séparée sans une bonne raison, alors oui, elle m’a intrigué et j’ai admiré son intelligence, mais ça s’est arrêté là. Bon, maintenant que cette mise au point est faite, on va pouvoir passer à autre chose, j’espère !

—Alors tu n’es pas…

—Pour l’amour du ciel, John ! Je sais bien que tu n’es pas un esprit supérieur, mais tu comprends tout de même l’anglais, non ?

—…

—Oh et puis zut ! Arrête de faire la tête, ce n’est pas… Je ne voulais pas dire…

—…

—Seigneur ! Sherlock rabattit l’écran de son ordinateur d’un geste sec. « OK, je suis désolé, je n’aurais pas du dire ça, c’était injuste et inapproprié… Bon d’accord, c’est un sujet qui te tracasse depuis qu’on se connait, alors crevons l’abcès une fois pour toutes ».

—Quel sujet ?

—Le sujet, la chose dont les hommes  « normaux » sont sensés parler  lorsqu’ils se retrouvent entre eux : le sexe !

—Les hommes « normaux » ne parlent pas que de sexe.

—Non, c’est vrai. Le sport, la politique… Et le sexe.

—Ta délicatesse m’épatera toujours.

—Pourquoi tourner autour du pot, ne prétends pas que tu ne t’es jamais posé de questions à mon sujet, et encore plus depuis l’histoire avec La Femme.

—Elle était magnifique, elle n’arrêtait pas de te provoquer, tu n’avais qu’un mot à dire… Tu n’as vraiment jamais eu envie de… Comme elle me l’a fait remarquer, tu savais tout de même où regarder… Lorsqu’elle était nue.

—Je suis tout à fait capable d’apprécier la plastique d’une jolie femme sans vouloir pour autant lui sauter dessus, tout comme je suis capable d’admirer un tableau sans pour autant cambrioler le musée où il est exposé, ou bien…

—Stop, mon esprit ordinaire a compris le concept!  Alors c’est vrai, tu es… Enfin, tu n’as jamais…

—Non !

—Non quoi ?

—Non je ne suis pas vierge, si c’est ce que tu essayes de dire. Le sexe est un facteur trop important en criminologie pour que je puisse me permette de l’ignorer,  quoi que puissent en penser Mycroft où Jim Moriarty.

—Si je comprends bien, tu as déjà couché avec… avec… enfin… Mais uniquement à des fins d’expérimentation scientifique ?

—Des femmes, John, ne sois pas pudibond, note que je n’ai rien contre l’homosexualité, ce n’est pas mon truc, c’est tout … Au départ, oui, c’était l’idée.

—Au départ ? On se connait depuis plusieurs mois et je ne t’ai jamais vu sembler t’intéresser à qui que ce soit, à moins que…

—Non, je ne suis pas un adepte du sexe tarifié, et grâce à ton blog, j’ai assez de « fans » pour avoir l’embarras du choix si je le voulais. Si tu tiens vraiment à me mettre une étiquette, disons que je suis asexuel à tendance onaniste lorsque le besoin s’en fait sentir… Parce que oui, même si je me contrôle mieux que la majorité, je suis un homme normal, avec des pulsions normales, mais… Les choses sont beaucoup plus simples à gérer comme ça. J’ai eu ma période « découverte », comme tout le monde, mais la première euphorie passée, je me suis assez vite aperçu qu’en ce qui me concerne, l’acte sexuel n’est pas  dissociable d’une certaine dose d’affectivité.  Hors tu sais ce que je pense des sentiments.  J’ai donc décidé de faire une croix dessus.

—Tu veux dire que tu as déjà été…

—Amoureux ? Bien sûr que oui, d’où est-ce que tu sors John, qui n’est jamais tombé amoureux au moins une fois dans sa vie? Et l’amour est…

—Je sais, un facteur important en criminologie, et tu te devais de l’étudier !

—Pas la peine d’être aussi sarcastique.

Il s’était brusquement retourné et quelque chose dans le ton de sa voix alerta John, on touchait à un point sensible, il commençait à comprendre pourquoi Sherlock rejetait en masse toute forme de sentiment, il faisait partie de ces êtres excessifs chez qui toutes les émotions sont exacerbées, il en avait eu un assez bon exemple après l’agression sur Mrs Hudson. Conscient de cette vulnérabilité, il avait adopté un système de défense qui aux yeux de tous le faisait passer pour le pire des sociopathes.

—Je suis désolé, je ne voulais pas… Tu veux en parler ?

—Pas vraiment, non, mais tel que je te connais, tu me harcèleras à mots couverts jusqu’à connaître la vérité, alors… D’ailleurs l’histoire est simple : on avait vingt ans, ça a duré quelques mois, elle… Elle est morte.

Sherlock lui tournait toujours le dos, la nuit était tombée et John pouvait voir le reflet de son visage dans les vitres de la fenêtre, les mâchoires serrées, il s’efforçait de garder le contrôle, mais une larme glissait le long de sa joue, manifestement, la blessure était encore à vif.  Un silence épais s’était abattu sur la pièce, rendant l’atmosphère oppressante, il sursauta lorsque la voix de Sherlock s’éleva de nouveau, plus rauque qu’avant. Il aurait pu s’arrêter là, mais pour une raison inconnue, il semblait brusquement s’être décidé à se soulager pour un moment d’un fardeau devenu trop lourd à porter.

—Elle a été renversée par un chauffard qui a pris la fuite. Je-lorsque je suis allé reconnaitre le corps d’Irène Adler à la morgue, pendant un instant, j’ai…

John se taisait toujours, qu’aurait-il pu dire ? Il savait que Sherlock rejetterait tout signe de sympathie ou de compassion. Il se rendait compte que cette histoire devait être pour beaucoup dans ce qu’il était devenu par la suite, sa personnalité, son métier,  et aussi du degré de confiance que son ami avait en lui pour mettre ainsi son âme à nu devant lui, lorsqu’il  réalisa que même Mycroft semblait ignorer cette partie de la vie de son frère.  Il aurait voulu savoir comment soulager la souffrance qui suintait de chacune de ses paroles. Il savait soigner les corps, pas les âmes, mais il avait fait assez de séances avec sa psychothérapeute pour savoir que le silence était peut-être la meilleure des solutions, Sherlock avait besoin de parler, d’exprimer ce qu’il ressentait, pas d’entendre des paroles creuses, et il doutait qu’il en ait jamais eu l’occasion.

—Tu voulais savoir si j’avais été amoureux ? Je n’étais pas amoureux, John, je l’aimais… Je l’aimais comme on n’aime qu’une fois, et mon cœur est mort avec elle, ce jour-là. Si j’avais pu retrouver celui qui avait fait ça, je n’aurais pas hésité une seule seconde à le tuer sans aucun état d’âme, mais l’enquête n’a jamais rien donné. Alors, tu vois, oui, je sais ce que l’amour peut vraiment signifier pour un homme,  et la haine aussi ! C’est pourquoi je peux t’affirmer que je n’ai jamais aimé Irène Adler.

Il revint prendre sa place dans son fauteuil, et rouvrit son portable, signifiant ainsi que la discussion était close.

Beaucoup plus tard, le regard absent de Sherlock restait obstinément fixé sur l’écran qui s’était éteint de lui-même depuis un bon moment déjà, sans même qu’il en ait conscience, pas plus que des yeux de John toujours fixés sur lui. Il était ailleurs, très loin. La fausse mort d’Irène lui avait fait revivre un cauchemar qu’il gardait enfoui en lui depuis plus de quinze ans et la douleur refoulée avait jailli avec la violence des choses trop longtemps retenues, tout le monde s’y était laissé prendre, il avait bel et bien le cœur brisé, mais Miss Adler n’y était pour rien, et rien ni personne ne pouvait l’aider à traverser cette épreuve. John se leva en soupirant, se promettant de redoubler de vigilance, et se dirigea vers l’escalier qui menait à sa chambre. La voix grave l’immobilisa, le pied posé sur la première marche, il se retourna vers son ami.

—Ca va aller, John ! Je t’assure !  Sherlock n’avait pas bougé et regardait toujours aussi obstinément l’écran noir de son portable. «… Merci ! ».

TBC

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