221 B – Sur le fil du rasoir

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Titre : « 221B » Sur le fil du rasoir
Auteur :
Lilou0803
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock (BBC-2010-2012)
Personnages :
Sherlock
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.2/3

Sur le fil du rasoir

Le temps se suspendit pendant l’espace d’une irréelle seconde Il n’avait rien vu venir, la soudaineté de l’acte l’avait totalement pris au dépourvu. Abasourdi, il ne pouvait détacher son regard de l’homme étendu sur le sol à ses pieds. Le sang et les morceaux de matière cérébrale qui se répandaient rapidement sous sa tête lui donnaient presque la nausée, mais une partie de lui était fascinée par le macabre tableau.
La mort, il avait souvent joué avec elle, il l’avait même parfois frôlée de très près, mais généralement, elle restait une abstraction. Il la côtoyait souvent à la morgue, mais il avait toujours considéré les cadavres comme des objets d’expérimentations, il avait toujours été détaché, il n’avait jamais tenté d’imaginer les êtres qui avaient animé ces corps, il ne les avait pas connu, n’avait pas assisté au passage, jusqu’à ce soir de Noël où il était allé identifier ce qu’il croyait être les restes d’Irène Adler, il en avait été inexplicablement affecté, et cela l’avait irrité autant qu’intrigué, jusque-là il avait toujours réussi à contrôler ses émotions, c’était illogique, irrationnel et déstabilisant, au point que même Mycroft s’en était rendu compte et avait tenté de le réconforter.
Aurait-il pu accomplir ce geste ? Le contact, aussi bref soit-il de l’acier froid dans sa bouche…. Avait-on le temps de ressentir la peur, la douleur, de sentir le goût du sang sur ses papilles ? Quelques minutes auparavant, il argumentait avec cet homme, et voilà que celui-ci n’était plus qu’un corps inerte, bientôt soumis aux lois de la dégradation naturelle.

Comme la sienne, la vie de Moriarty avait été, un combat perpétuel pour lutter contre l’ennui d’une existence trop monotone pour son intelligence supérieure, sur ce point, ils étaient bel et bien pareils, mais où s’arrêtait la similitude ?
Pour Jim, la mort avait juste été un ultime moyen de lui ôter toute échappatoire afin de s’assurer la victoire, l’indifférence totale du psychopathe s’étendait jusqu’à son propre anéantissement.
A Sherlock, le suicide de son ennemi ne laissait aucun autre choix que celui de sa propre mort contre la vie de ses amis, et il s’apercevait presque avec étonnement que mourir ne lui était pas indifférent.

Jusqu’à cet instant, il avait cru être prêt à cette éventualité, il avait toujours pensé que cela ne pouvait pas être si terrible, qu’y avait-il après tout pour le retenir ? Les autres avaient une existence à accomplir, un but à atteindre, une famille, mais lui… Il avait atteint son but en mettant hors de nuire le pire des criminels qu’il ait jamais rencontré, pour le reste, il avait depuis longtemps décidé de fermer son cœur à toute émotion, renoncé à tout ce qui pouvait remplir la vie des gens ordinaires, et maintenant, l’ennui, son compagnon de toujours allait s’emparer à nouveau de son existence. Tout compte fait, Moriarty avait peut-être choisi la meilleure solution, mourir était peut-être la voie la plus logique, mais à présent, cela l’effrayait plus qu’il n’aurait su l’avouer, en ce qui concernait sa propre mort, la logique ne lui était plus d’aucun secours. Un vertige le saisit, il eut un instant de curiosité morbide malgré la peur, il imagina son corps disloqué gisant au pied du bâtiment, son crâne éclaté sur le trottoir, entouré de la même flaque immonde… Le néant lui apporterait-il enfin le repos ? Il avait toujours ressenti une certaine jouissance dans l’appel de l’inconnu, il aurait voulu pouvoir passer de l’autre côté du miroir pour saisir l’essence des choses, la nature de ce vide au fond de lui, que même son métier qui était pourtant toute sa vie n’avait jamais pu combler.

La tête entre les mains, il essaya de se ressaisir. John l’avait implicitement traité d’égoïste lorsqu’il avait refusé de le suivre après le coup de fil l’informant de l’attentat sur Mrs Hudson, et même s’il s’y était attendu, inexplicablement, cela lui avait fait mal. Tout comme le mettait au supplice l’idée que ses amis, les seuls amis qu’il ait jamais eu, puissent avoir à subir les conséquences du jeu malsain dans lequel Moriarty l’avait entraîné. Elle était là, la différence. Malgré tous ses efforts, il n’arrivait pas à ne rien ressentir. Cela aurait été tellement plus facile si sa vie seule avait été en jeu, mais cette fois, c’était une autre histoire, le geste de Jim l’avait déconcentré et il n’arrivait plus à raisonner rationnellement, c’était… Merde ! C’était la vie de ses amis qui était en jeu ! Il sentit son estomac se nouer, ils lui étaient devenus ce qui se rapprochait le plus d’une famille, il les…aimait ! Il n’était pas, il n’avait jamais été un psychopathe, et même le vernis de la soi-disant sociopathie dans laquelle il drapait depuis si longtemps sa prétendue indifférence commençait à sérieusement se craqueler à leur contact.

Il posa un pied sur le parapet, puis l’autre et jeta en regard en bas. Risqué, tellement risqué ! Un frisson lui parcourut l’échine, il la reconnut, il l’avait déjà éprouvée, là-bas, dans le Devon, la peur incontrôlable, la terreur… Il ferma les yeux un instant et se força à respirer calmement, une fois, deux fois… Il coupa le magnétophone de son téléphone avec lequel il avait enregistré son ultime conversation avec Moriarty, en cela au moins il avait atteint son but, jouer sur la vanité de l’homme avait été payant et les aveux étaient on ne peut plus complets et détaillés. Il s’apprêtait à se débarrasser de l’appareil lorsqu’un mouvement dans la rue attira son attention, un taxi venait de s’arrêter, un homme en jaillissait, et se précipitait vers l’entrée de l’hôpital en regardant nerveusement autour de lui. John était revenu plus tôt que prévu, il aurait préféré lui éviter ça, mais il avait envisagé cette éventualité, John avait été particulièrement réceptif au gaz expérimental testé à Baskerville, une simple vaporisation et il ne verrait que ce qu’il redoutait de voir, le cycliste était prêt à entrer en action dès qu’il lui en donnerait le signal. Il eut un pincement dans la poitrine en pensant au mal qu’il s’apprêtait à infliger à son ami. Curieusement, pendant qu’il appuyait sur la touche d’appel de son mobile, il sentit le calme revenir en lui, à l’ultime moment, au moment où il allait affronter le pire danger de toute sa vie, John serait près de lui, même par téléphone interposé, et il comprit que sa plus grande peur n’était pas de mourir, mais de mourir seul.

Il tendit la main vers John, comme s’il pouvait par ce geste abolir la distance qui les séparait.

—Adieu John ! Il laissa tomber son téléphone sur la terrasse. « Pardonne-moi ! »

—Sherlock !

Le cri, assourdi par la distance, lui parvint au moment où  il  ouvrait les bras, du coin de l’œil, il vit l’homme, un peu plus loin, enfourcher son vélo. Puis il fit le vide dans sa tête, et bascula vers son destin.

FIN

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