Cendres et glace – 1 – Je vous brûlerai

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Titre : « Cendres et glace » 1 – Je vous brûlerai
Auteur :
Lilou0803
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock BBC
Personnages :
Sherlock - Mycroft – John
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.3/3

« Je vous brûlerai, je réduirai votre cœur en cendres ». Jim Moriarty était mort, pourtant les mots qu’il avait prononcés ce jour-là n’avaient jamais eu autant de sens… Mycroft avait raison : « Être affecté n’est pas un avantage », mais il est des circonstances où l’on ne peut plus dissimuler sa vraie nature

Cendres et glace

-1- Je vous brûlerai

J’ai l’impression d’avoir hurlé. J’entends encore résonner le son de ma propre voix à l’intérieur de mon crâne. Je retiens ma respiration, tous mes sens en alerte, mais rien ne se produit, pas un bruit ne vient troubler le silence de la nuit. Aucun rai de lumière ne vient trouer l’obscurité profonde qui m’entoure. J’ai du m’assoupir un moment, et comme d’habitude, mon esprit m’a refusé le sommeil auquel j’aspire tellement depuis… je ne sais même plus depuis combien de temps je suis là, dans cette chambre. J’ai perdu tout sens du passage du temps, j’existe, comme spectateur de moi-même, je refuse, je rejette ce que je suis devenu par tous les pores de ma peau, je voudrais me vomir, je voudrais mourir, je suis prisonnier de mon corps, tel Caïn au fond de son tombeau, sous l’œil de ma conscience.
L’obscurité… elle est partout, autour de moi, en moi, elle m’envahit, me submerge, je me noie en elle, je me perds en elle, elle est devenue mon univers. J’ai fermé les volets, j’ai tiré les rideaux, je voudrais me fondre en elle et disparaitre à jamais. Si le majordome de Mycroft ne s’obstinait pas, chaque jour, à l’heure des repas, à m’apporter un plateau auquel je ne touche jamais, je ne distinguerais même plus la nuit du jour.
L’obscurité, et le froid… cette main de glace qui s’est abattue sur moi, qui broie mon cœur et étouffe mon âme ! Je suis mort à l’instant même où mon doigt a pressé la détente, je suis mort avant que la balle n’atteigne son but, aussi inexorablement que si je m’étais tiré ce coup en plein cœur au lieu de brûler la cervelle du démon qui me faisait face.

Je ne peux plus dormir, dès que je ferme les yeux, je revis la scène, encore et encore, et je me réveille en hurlant, du moins j’en ai l’impression.
J’ai d’irréels souvenirs : oppression, centaines de mains minuscules qui déchirent ma poitrine, flots de lave en fusion qui viennent battre en vagues déferlantes contre mes tempes, le visage de Mycroft penché sur moi, ses mains qui me retiennent fermement, m’empêchant de me battre contre je ne sais quel ennemi invisible, ses doigts qui effleurent mon front dans un geste étrangement tendre et apaisant. Un cauchemar bien sûr, mon frère ne ferait jamais une chose pareille, mais un cauchemar qui semblait si réel que je peux encore presque le ressentir. Ce ne sont que des flashs, très flous, très lointains, des sons étouffés… Au milieu de ces réminiscences, il y a un mot, qui revient sans cesse, auquel je m’accroche comme à une bouée de sauvetage, un nom enfoui depuis longtemps au plus profond de ma mémoire, et qui m’a déjà sauvé du néant : « Redbeard », seul compagnon, unique ami de mon enfance… et des rivières de feu et de glace qui ruissellent sur mon visage.
Même éveillé, j’ai du mal à garder le contrôle, je n’arrive plus à me détacher, j’ai perdu les clefs, les codes, tous mes repères. A Baskerville, j’avais expérimenté la peur et le doute, mais même la terreur n’avait pas réussi à creuser un tel abîme en moi.

Je le savais pourtant, dès l’instant où j’ai reconnu Mary chez Magnussen, au moment où j’ai compris son implication, j’ai su que je serais peut-être obligé d’accomplir le geste que je venais de l’empêcher de commettre. J’ai espéré jusqu’au bout, mais nul n’a jamais fait de pacte avec le démon sans y perdre son âme. Jusqu’au dernier moment j’ai gardé l’espoir qu’il avait menti, que les documents étaient réels, bien à l’abri dans les sous-sols d’Appledore et que tout se terminerait par la punition exemplaire du « méchant », mais tous les contes n’ont pas une fin heureuse et la pomme d’or que je croyais tenir au creux de ma main s’est transformée en poussière entre mes doigts. Même si je n’avais pas voulu tenir compte de toutes les vies qu’il avait brisées, je ne pouvais pas le laisser détruire celle de Mary, cela aurait dévasté le cœur de John, et le bonheur de John est l’une des choses qui me sont les plus précieuses au monde. Il est celui qui m’a rendu une partie de mon humanité, il m’a réappris à vivre, avec lui je n’étais plus seul, grâce à lui, j’ai découvert la valeur et la chaleur de l’amitié partagée. C’est plus que toute autre chose le souvenir de cette amitié et l’espoir de la retrouver, qui m’ont aidé à traverser les épreuves et la solitude qui ont été mon quotidien, pendant les deux années où j’ai parcouru le monde pour anéantir l’organisation de Moriarty.

Le démon… le démon aux yeux morts. Charles Augustus Magnussen, répugnant reptile au regard de cendres, se nourrissant de la vie de ses semblables, se délectant de leurs suppliques et de leur humiliation, jouissant de leur douleur, de leur déchéance et parfois de leur mort. Goule sans aucune conscience, intouchable, bien à l’abri derrière ses torchons immondes. Il osait même s’en vanter, nul besoin de preuves, il suffit de publier… la force des médias… combien de crimes commis au nom d’une liberté d’information utilisée comme arme dans le seul but d’anéantir, avec délectation, la vie de ses victimes ? Combien avaient vraiment mérité le sort qu’il leur avait réservé ? Les plus riches, les plus puissants, les plus coupables, payaient, en argent ou en faveurs, le prix de leur tranquillité, les autres, ceux qui refusaient de céder, ceux qui n’avaient pas les moyens, servaient à satisfaire ses instincts les plus bas, le récent suicide de Lord Smallwood avait dû lui donner une sensation de toute puissance quasi divine !
La puissance de la presse…Une fois exposés les faits deviennent la proie du public et même les plus aléatoires des spéculations sonnent comme paroles d’évangiles dans l’esprit de cette entité collective décervelée que devient une humanité transformée en moutons de Panurge. Et peu importent alors les démentis, ou les quelques voix qui peuvent s’élever pour émettre des doutes sur la véracité des affirmations imprimées… le doute, dans les médias, est toujours préjudiciable à l’accusé !
C’est quelque chose que j’ai d’ailleurs utilisé avec succès contre moi-même, il y a trois ans, afin d’abuser Moriarty et de lui faire croire qu’il menait le jeu et qu’il avait réussi à m’abattre, et encore dernièrement dans une ultime tentative pour contrer Magnussen —peu m’importe ce qu’on peut dire de moi— mais je me suis heurté à plus expérimenté que moi dans ce domaine, et il ne s’y est pas laissé prendre. Il ne me restait plus alors d’autre alternative que de détruire les documents compromettants, j’avais fait le serment de tout faire pour John et Mary, il fallait que j’aille jusqu’au bout, même en sachant que cela pourrait me briser à jamais, même si cela devait m’amener à accomplir ce contre quoi tout mon être s’est toujours révolté. En me laissant une chance de m’en tirer vivant, Mary m’a condamné à une mort intérieure qui me minera jusqu’à la fin de mes jours.

John a du se demander pourquoi je m’attardais à l’intérieur, et pourquoi je laissais Magnussen le torturer ainsi, pourquoi je lui ai demandé de le laisser faire, de le laisser dire. Pardonne-moi, John, mais j’avais besoin de ça ! Besoin qu’il me rappelle jusqu’à la dernière seconde à quel point il était haïssable, et dangereux. Sans cette motivation supplémentaire, je ne sais pas si j’aurais pu aller jusqu’au bout, c’était la goutte d’eau indispensable !
Une telle puissance entre les mains du pire des psychopathes que j’ai pu croiser sur mon chemin, et rien ni personne qui puisse l’arrêter ! Non, je ne suis pas un héros, et je ne suis pas fier de ce que j’ai fait. En me mettant à genoux, sur le perron d’Appledore, avec ces projecteurs et tous ces viseurs braqués sur moi, je n’avais plus qu’un seul désir : qu’ils tirent, qu’ils tirent et que le cauchemar s’arrête enfin ! Ces larmes qui coulaient sur mes joues sans que je puisse les retenir, c’était des larmes de désespoir lorsque j’ai compris que Mycroft ne les laisserait pas faire, j’avais sacrifié mon intégrité, bafoué tout ce qui était ma raison de vivre, je savais que désormais plus rien ne serait jamais pareil et que je serais condamné à vivre avec ce poids sur la conscience pour le restant de mes jours, sans que la miséricorde d’un coup de grâce me soit accordée.

J’ignore quel sort m’est réservé, et je m’en fiche, mais quoiqu’il arrive, aucune expiation ne m’apportera une absolution que je ne m’accorderai jamais. Je suis devenu un meurtrier, mais je ne sais pas, je ne comprends pas comment font les soldats, les policiers, les assassins, comment font John ou Mary, pour continuer à vivre comme si de rien n’était, pour faire abstraction du fait qu’ils ont enlevé la vie à l’un de leurs semblables. C’est une chose que je ne souhaite à personne. Finalement, ce serait tellement plus simple d’être vraiment ce que je prétends être, de ne réellement rien ressentir. Je me demande depuis combien de temps Mycroft a compris… non, en fait, je pense qu’il a toujours su, il jouait le jeu, voilà tout.

TBC




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