Cendres et glace -2- Je ferai de votre coeur un tas cendres

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Titre : « Cendres et glace » 2 – Je ferai de votre cœur un tas de cendres
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock BBC
Personnages :
Sherlock - Mycroft – John
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.3/3

« Je vous brûlerai, je réduirai votre cœur en cendres ». Jim Moriarty était mort, pourtant les mots qu’il avait prononcés ce jour-là n’avaient jamais eu autant de sens… Mycroft avait raison : « Être affecté n’est pas un avantage », mais il est des circonstances où l’on ne peut plus dissimuler sa vraie nature

Cendres et glace

-2- Je réduirai votre cœur en cendres

Depuis près d’une semaine, les journaux s’en donnaient à cœur-joie : Le magnat de la presse Charles Augustus Magnussen avait été retrouvé mort dans sa villa-forteresse, une balle dans la tête : suicide, meurtre crapuleux, vengeance d’une des innombrables victimes de ses révélations scandaleuses, contrat commandité par la pègre, les services secrets, un rival… ?
Le personnage était particulièrement antipathique et de moralité plus que douteuse, et les spéculations allaient bon train, mais en l’absence d’éléments nouveaux, et il n’y en aurait pas, l’affaire serait vite reléguée au second plan, puis enterrée aussi profondément que celui qui en était l’objet. Le public s’en désintéresserait vite, qui se soucierait bien longtemps de la mort, même inexpliquée, d’un patron de presse à scandale, quand les tabloïds regorgeaient chaque jour de nouvelles histoires gratinées concernant telle ou telle personnalité de la jetset, de la politique ou du spectacle, un scandale en effaçait un autre et ce qui faisait les gros titres un jour était oublié au bout d’une ou deux semaine.

Rien ne filtrerait jamais des services très spéciaux qui avaient géré l’affaire, quant aux rares membres du gouvernement mis dans la confidence, la plupart avaient été « approchés » par Magnussen, et personne ne savait au juste ce que Mycroft Holmes avait trouvé à Appledore. Il prétendait bien qu’aucun document compromettant pour qui que ce soit n’y était dissimulé, mais tout le monde connaissait la duplicité du personnage et personne ne se serait aventuré à révéler quoi que ce soit sur ce qui s’était réellement passé.
Ils n’avaient pas voulu agir dans la précipitation, ils s’étaient donné le temps de la réflexion : la personne mise en cause avait, à plusieurs reprises, rendu de signalés services à la couronne et la reine elle-même n’était pas indifférente à son sort. Une semaine après les évènements, la cellule de crise était de nouveau réunie, afin de statuer sur la destinée de Sherlock Holmes.

—Mon frère est un meurtrier.

Il avait beau afficher un masque d’une neutralité glaciale, au fond de lui-même, ces mots lui ravageaient l’âme.

…  Le regard absent, Sherlock s’était docilement laissé passer les menottes et avait suivi d’un pas mécanique, sans jeter un regard en arrière, les deux hommes qui l’avaient entrainé vers l’hélicoptère.
John avait été reconduit auprès de Mary, Mycroft s’était interposé lorsqu’il avait voulu les suivre dans l’appareil.

—Non, John ! Votre rôle dans cette affaire est terminé. Officiellement, vous n’avez même jamais mis les pieds ici. Je sais que vous n’êtes pas responsable de ce qu’était votre femme avant de vous rencontrer, mais jamais les choses ne seraient allées aussi loin, sans vous deux. Il y a trois ans, vous m’avez accusé d’avoir trahi mon frère pour servir mes propres intérêts, je n’irai pas jusqu’à vous accuser à mon tour d’être responsable de ce qui vient de se passer, mais j’ai bien peur que ce ne soit bien pire pour lui que tout ce qu’il a eu à affronter jusqu’ici.
J’aurais dû anticiper son geste, j’aurais dû réaliser qu’il était prêt à tout pour vous lorsqu’il s’est échappé de l’hôpital, j’ai sous-estimé le danger, j’ai eu tort, et c’est à moi de prendre soin de lui maintenant. Rentrez auprès de votre épouse. Après ce que Sherlock vient de faire pour vous deux, le moins que vous puissiez faire, vous, pour lui, c’est de veiller à consolider ce qu’il a empêché de détruire, à un prix que même vous ne sauriez imaginer… Vous ne connaissez de mon frère que ce qu’il a bien voulu vous en montrer, même si c’est, peut-être involontairement, un peu plus que ce qu’il aurait souhaité. J’ai entendu parler de son petit discours à votre mariage… Mais croyez-moi, ce qu’il vient de faire pour vous, même s’il arrive un jour à en surmonter les conséquences, efface mille fois la dette qu’il s’imagine avoir envers vous.

—Je…

—Je vous en prie, ne dites rien, John, je ne vous en veux pas, tant il est vrai que nous ne pourrons ni vous ni moi, certainement jamais lui rendre tout ce qu’il a fait pour nous. Pour ne parler que des trois dernières années, c’est beaucoup plus d’une fois qu’il a risqué la mort pour m’aider à anéantir Moriarty et son organisation, et ce soir, il a donné plus que sa vie, il a vendu son âme pour assurer votre sécurité. Je vous l’ai déjà laissé entendre, mon frère est un être beaucoup plus complexe qu’il n’y parait, et pour ne rien vous cacher, j’ai peur de ce qu’il pourrait trouver juste de s’infliger à lui-même comme punition de son crime.

Sherlock s’était enfermé dans un silence assez effrayant, même pour lui, depuis qu’il l’avait ramené chez lui à Pall Mall. Sherlock, son petit frère, était devenu un meurtrier, il ne pouvait s’empêcher d’en vouloir à John et Mary, sans eux, jamais il n’aurait accompli un acte pareil.
Même lui commençait à s’inquiéter, depuis près d’une semaine, après une première nuit éprouvante où il avait été la proie d’un délire fiévreux, apparemment perdu dans un cauchemar éveillé dont rien n’avait pu le tirer, Sherlock n’avait pratiquement pas bougé, ni mangé, et n’avait pas l’air d’avoir dormi non plus. Réfugié dans l’obscurité d’une chambre dont il avait occulté toute source de lumière, le regard vide, il semblait être tombé dans un état quasi catatonique dont aucune stimulation ne paraissait pouvoir le tirer.

Mycroft était peut-être le seul à connaître vraiment son frère, il gardait au fond de lui l’image de l’enfant hyper-sensible à qui il avait dû apprendre que seule la dissimulation de ses faiblesses ferait de lui un être aux capacités supérieures. Il avait peu à peu façonné le petit garçon jusqu’à en faire l’homme qu’il était devenu, non sans avoir eu à affronter maintes rechutes, qui s’étaient traduites par des crises de rébellion plus ou moins intenses dont la plus grave avait abouti à une overdose qui avait failli lui être fatale. Mais si Sherlock se faisait parfois du mal à lui-même, il n’y avait pas une once de cruauté en lui, il réprouvait la violence gratuite et le crime, et l’acte désespéré qu’il venait de commettre en dernier recours, était en train d’avoir raison de lui. Pour la première fois, Mycroft se sentait désemparé et dans l’impossibilité de venir en aide à son frère.

Il n’avait pas mis les pieds au Diogène depuis une semaine, il passait ses soirées dans un fauteuil de son salon, espérant sans trop y croire, que Sherlock se déciderait enfin à venir lui parler. Il en venait presque à regretter de l’avoir aussi bien « éduqué », il présentait tous les signes d’une dépression, et la dépression chez Sherlock s’était toujours traduite par des actes d’une intensité à la mesure du personnage, qui avaient bien failli lui être fatals en au moins deux circonstances.
Le soir où la porte s’était enfin ouverte sur le fantôme vacillant, pâle et décharné de son frère, il s’était presque laissé aller à pousser un soupir de soulagement, ce n’était pas grand-chose, mais il était enfin sorti de sa léthargie. Après s’être un instant arrêté sur le seuil comme s’il hésitait encore sur ce qu’il allait faire, il s’était avancé lentement avant de se laisser tomber dans le fauteuil qui faisait face au sien. Sherlock était resté un long moment silencieux avant de s’éclaircir la voix et d’énoncer sur le ton de la conversation :

La proposition de mission en Europe de l’Est du MI6, elle tient toujours ?

On y était ! C’était bien ce qu’il avait redouté, mais dans l’esprit de Sherlock, la manière choisie lui permettait aussi d’avoir la possibilité d’expier un peu son acte avant l’issue fatale à laquelle il aspirait.
Il savait bien sûr qu’il serait inutile d’essayer de le dissuader, mais la vie d’un serpent tel que Magnussen, avec tout le poids de désespoir, de suicides et de vies brisées qu’elle trainait avec elle, valait-elle le sacrifice d’un homme tel que Sherlock Holmes ? Il avait fermé les yeux un instant, réfléchissant à toute allure en tentant de cacher son désarroi. S’il disait non, Sherlock, dans son état d’esprit actuel, risquait de recourir à des méthodes beaucoup plus expéditives et qui ne lui laisseraient aucune alternative pour tenter de lui venir en aide, et cette fois, il ne s’agirait plus d’appels au secours ou d’erreurs accidentelles de jeunesse. S’il acceptait, cela lui donnerait au moins six mois pour essayer de trouver une solution.

Tu es sûr de toi ?

Tu le sais aussi bien que moi.

Une fois l’opération lancée, je ne pourrai plus…

Oh, pour l’amour du ciel Mycroft, cesse de polémiquer, tu sais que c’est la meilleure solution… pour tout le monde. Les parents, nous…

—… John et Mary.

Sherlock baissa le regard.

Aussi.

Bien, si c’est ce que tu souhaites…

Bien sûr que non, ce n’est pas ce que je souhaite, quel homme sain d’esprit peut souhaiter la mort à brève échéance ? Mais je ne souhaitais pas non plus faire ce que j’ai fait. Mon acte est impardonnable, même si certains le trouveraient justifiable, et c’est beaucoup plus que je ne mérite !

Malgré son self-control, l’air désespéré de son frère déchirait le cœur de Mycroft. Pendant un très bref instant, Sherlock avait totalement laissé tomber le masque, laissant apparaitre une vulnérabilité qui faisait mal à voir :

» Je… je ne suis pas un assassin Mycroft, mais je suis devenu un meurtrier ! Et ça, ça… c’est… je ne peux pas…

Je sais !

Sherlock se leva et se dirigea vers la porte, il posait sa main sur la poignée, lorsque la voix de son frère l’immobilisa.

Ce que je t’ai dit… chez les parents… je le pensais vraiment !

Mycroft avait eu le temps de percevoir la crispation de la main sur la poignée, le raidissement des épaules et le souffle quelques secondes suspendu, avant que la porte ne s’ouvre et ne se referme sur la robe de chambre grise. Aussi difficile qu’il ait été pour lui de le faire, il savait bien que cet aveu à lui-seul ne saurait suffire à faire renoncer Sherlock à ses desseins, les coudes posés sur la table basse devant lui, il avait laissé tomber sa tête entre ses mains, il devait empêcher ce gâchis. Mais quelle motivation pourrait être assez grande pour redonner à son frère le goût de vivre ? Ou du moins un motif suffisant pour ne pas mourir ?  …

Mycroft s’était tourné vers Lady Smallwood :

—L’autre alternative requiert votre accord.

—C’est peu miséricordieux, Mr Holmes.

—Mon frère est un meurtrier !

Lady Smallwood était la dernière victime de Magnussen. Le récent suicide de son mari lui faisait considérer avec indulgence le meurtrier de celui qui en était responsable, et parmi les autres membres du conseil exceptionnel réuni ce jour-là pour fixer le sort de Sherlock Holmes, beaucoup avaient été directement concernés par les agissements du maître-chanteur et ils étaient tout disposés à la suivre, mais s’il voulait que son plan ait une petite chance de fonctionner, il ne devait laisser transparaitre aucun signe de faiblesse ou de compassion pour son frère. Le sort de Sherlock devait être scellé sans aucun apitoiement apparent de sa part, c’était à cette seule condition qu’il pourrait peut-être lui éviter une issue fatale à court terme.

N’avait-il pas décroché avec un peu trop d’empressement ? Mais la nouvelle énoncée par son interlocuteur était bien trop fracassante pour que celui-ci se soit rendu compte de quelque chose. Il laissa passer un instant de silence, pour bien marquer sa stupéfaction.

— C’est impossible… c’est absolument impossible…

En raccrochant, il espérait avoir été convainquant… il avait eu peu de temps, et la ficelle utilisée était grossière, mais le bobard était justement tellement énorme que c’était peut-être cela qui allait le rendre plausible, il fallait juste espérer que l’état de choc durerait assez longtemps pour lui permettre de dénicher un véritable dragon, qui donnerait à Sherlock une bonne raison de continuer la chasse.
Au même moment, le front appuyé contre le hublot, les yeux voilés, celui-ci contemplait avidement le dernier aperçu qu’il pensait avoir jamais de l’Angleterre.

—Monsieur ? La voix de l’opérateur radio le fit sursauter, l’homme lui tendait un combiné. « Votre frère ».

FIN

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2 Responses to “Cendres et glace -2- Je ferai de votre coeur un tas cendres”

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