Cendres et glace -3- Toute vie est appelée à prendre fin…

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Titre : « Cendres et glace » 3 – Toute vie est appelée à prendre fin
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock BBC
Personnages :
Sherlock - Mycroft – John
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.3/3

« Je vous brûlerai, je réduirai votre cœur en cendres ». Jim Moriarty était mort, pourtant les mots qu’il avait prononcés ce jour-là n’avaient jamais eu autant de sens… Mycroft avait raison : « Être affecté n’est pas un avantage », mais il est des circonstances où l’on ne peut plus dissimuler sa vraie nature

Cendres et glace

-3- Toute vie est appelée à prendre fin

J’ai bien conscience que le plus difficile, pour moi, reste à venir, mais je suis assez satisfait. Mon plan a marché comme sur des roulettes, moins de dix minutes après son décollage, l’avion reprenait contact avec le tarmac, et tu en descendais en bougonnant.
A ma grande surprise, tu m’as demandé si tu pouvais rester quelques jours chez moi. Pas envie, malgré ton affection pour elle, d’affronter les questions et les bavardages de Mrs Hudson en ce moment ! J’ai accepté, bien entendu, tout en prenant l’air contrarié… ne bouleversons pas trop les vieilles habitudes. Mais je suis heureux de ta présence toute proche, même si la plupart du temps tu continues à rester cloîtré dans l’obscurité de ta chambre.
Tu es dubitatif sur le retour de Moriarty. Évidemment, tu es mieux placé que quiconque pour avoir du mal à douter de sa mort. Le canon dans sa bouche, à seulement quelques centimètres de ton propre visage, la main soudain inerte dans la tienne, le nuage de sang derrière sa tête, un instant suspendu en l’air alors qu’il s’écroulait, les éclats d’os et de matière cérébrale mêlés à la flaque écarlate qui s’élargissait au sol, ne pouvaient pas tellement laisser présager de sa survie. Et même si par extraordinaire cela avait pu se produire, combien y aurait-il eu de chances pour que cela n’ait provoqué aucune séquelle ?
D’un autre côté, aurait-il pu mettre sa mort en scène, au moment même où tu t’apprêtais à en faire autant ? Les probabilités pour qu’une telle coïncidence soit possible… que dit-on au fait des coïncidences ? Difficile à croire en effet, mais l’homme avait un frère et cela laisse la porte ouverte à de nombreuses spéculations. Ceci dit, tu n’as pas l’air de te démener beaucoup pour tirer tout ça au clair, te douterais-tu de quelque chose ?

Ta chambre est juste de l’autre côté du couloir, mais je n’ose pas venir te déranger, peut-être as-tu enfin réussi à t’endormir sans faire de cauchemars ? Assis dans le fauteuil qui accueille mes nuits d’insomnie, je repense à cette autre nuit, il y a à peine un peu plus d’une semaine, il y a une éternité.

J’avais l’impression d’être revenu trente ans en arrière. Je n’avais été aussi proche de toi qu’en deux autres occasions, qui sont à la fois les pires, en raison des circonstances, et les meilleurs souvenirs de ma vie, les seuls où pour un instant, aussi bref soit-il, ou nous avons pu nous retrouver en laissant tomber les masques. Même si pour ta part, tu ne te souviendras jamais du second, et peut-être même pas de celui que nous partagions en cet instant-même.

Dans quelle nuit t’étais-tu égaré, Sherlock, dans quel univers ta conscience s’était-elle réfugiée ? J’aurais tellement voulu que tu me parles, tu n’avais pas prononcé un mot depuis que tu t’étais agenouillé sur le perron d’Appledore. Tu t’étais retranché derrière un mur plus épais que tous ceux que tu avais construits jusqu’ici pour te protéger du monde extérieur, et ce n’est pas peu dire ! Le médecin avait tenté de me rassurer : tu étais en état de choc, cela risquait de prendre un peu de temps mais tu allais te remettre… mais il ne savait pas ce qui s’était vraiment passé, et il ne te connaissait pas comme moi. Personne ne te connait comme moi, pas même John.
Dieu merci, j’avais pu te ramener à la maison. Je veux dire chez moi. J’espère que nos parents n’auront jamais vent de cette affaire ! Tu avais l’air tellement perdu, j’ai presque été obligé de te conduire dans cette chambre en te tenant par la main comme un enfant. Je n’osais pas te laisser seul, même pour un moment, même avec Jenkins pour veiller sur toi. D’ailleurs lorsque j’ai fait mine de m’éloigner de toi, pour tirer les rideaux, tu t’es accroché à mon bras, me forçant à m’assoir près de toi sur le lit. Ton regard était tellement semblable à celui du petit garçon de jadis que je n’ai pas pu résister, je t’ai pris dans mes bras, et tu t’es blotti contre moi dans un geste si puéril que les larmes m’en sont montées aux yeux, à Moi !

Inconfortablement à demi assis sur le lit, je n’osais pas bouger. Tu étais brûlant de fièvre et pourtant tu grelottais. Par moments, tu balbutiais des paroles incompréhensibles en te débattant contre je ne sais quels démons invisibles. Les yeux grands ouverts et remplis d’une terreur indicible, tu ne me voyais pas, tu étais ailleurs, très loin. A un moment, j’ai même pensé que j’allais être obligé de demander l’aide de Jenkins pour pouvoir te maîtriser. Un mot revenait sans cesse dans ton délire, comme un leitmotiv, où comme une bouée à laquelle t’accrocher, un nom qui faisait remonter de si lointains souvenirs… une image s’est formée dans ma tête. Alors j’ai passé maladroitement ma main sur ton front, dans tes cheveux, dans un geste que j’espérais apaisant, et je me suis mis à te parler à voix basse. Je ne sais même pas ce que je t’ai raconté, peu importe, tu as fini par te calmer. Je savais que tu ne dormais pas, ton corps continuait à être secoué de longs frissons incontrôlables, mais je t’ai senti peu à peu t’abandonner contre moi. Je suis resté là jusqu’au matin… Tu avais de nouveau sept ans.

« N’aie pas peur Sherlock, je t’ai promis, cette nuit-là, que je serais toujours là pour toi. Je suis là. Je ne t’abandonnerai pas, je ne laisserai personne te faire du mal, petit frère ».

Je l’avais tellement redouté ce jour ! Les larmes de Sherlock me déchirent le cœur. Je le prends dans mes bras et je pose ma joue contre ses boucles brunes et soyeuses, presque encore des cheveux de bébé. Mes paupières sont brûlantes et encore rougies depuis la nuit dernière, mais je dois paraître fort, pour lui. Derrière le volant, papa serre les mâchoires très fort pour les empêcher de trembler et sur le siège passager, maman, les yeux trop brillants obstinément fixés sur la route, garde un silence inhabituel pour elle. Le cinquième passager emplit la voiture de son absence, et c’est peut-être ça le pire, pire encore que les moments que nous venons de vivre. Est-ce que ce serait différent si tu n’étais pas venu ? Si comme le voulaient nos parents nous étions restés à la maison… mais tu as voulu l’accompagner jusqu’au bout, lui parler jusqu’au bout tout en le caressant, pour le rassurer, pour qu’il ne se sente pas seul au moment de s’endormir à jamais. Tu as été tellement courageux, petit frère ! Pleure sans honte Sherlock, pleure pour nous deux.

Hier soir, papa m’a pris à part.

Tu sais, seize ans, c’est déjà un bel âge pour un chien, et il est tellement malade… on ne peut plus rien faire… on ne peut plus rien pour lui, Mycroft, rien sauf abréger ses souffrances… tu comprends, mon garçon ? Une boule s’est subitement formée dans ma gorge, les mots sont restés bloqués, j’ai juste réussi à hocher la tête. « Demain, on l’emmène chez le vétérinaire… il vaudrait peut-être mieux que tu restes ici, avec Sherlock ».

J’ai quatorze ans, je ne veux pas pleurer, mais en levant les yeux, je rencontre le regard voilé de mon père et je me jette dans ses bras, déjà honteux de ce signe de faiblesse. S’il est surpris, il n’en laisse rien paraître et il me serre contre lui un bref instant avant que je n’ai le temps de me reculer. Je me retourne brusquement et je m’enfuis dans ma chambre, je me jette sur mon lit et je libère enfin les larmes qui m’étouffent. Parfois je me demande si mes parents sont dupes de la soi-disant insensibilité à laquelle je m’applique depuis que j’ai quitté l’école élémentaire. Ce n’est pas facile d’être un surdoué avec quatre ans de moins que tous ses condisciples, je ne suis pas un athlète pour pouvoir me faire respecter par la force, et je n’ai trouvé que cette alternative pour qu’ils me fichent la paix.

Dans la pièce contigüe, j’entends mon petit frère murmurer, je m’approche sans bruit de la porte de communication et je tends l’oreille. Comme toutes les nuits, Sherlock a amené Redbeard dans sa chambre, je peux le voir aussi distinctement que si j’étais en face de lui. Assis par terre, la tête du chien sur ses genoux, il le caresse en lui parlant doucement. Plus tard, lorsque la pauvre bête se sera endormie, il glissera un coussin sous sa tête et se faufilera dans son lit. C’est le même rituel tous les soirs depuis que l’état de notre compagnon s’est aggravé et qu’il a désormais du mal à respirer lorsqu’il est complètement allongé par terre. Soudain, j’ai peur, je viens de réaliser que Sherlock ne se doute pas un instant de ce qui se prépare. Je ravale ma peine. Il faut que je lui parle, jamais il ne nous pardonnerait d’avoir fait une chose pareille sans le lui dire… à supposer qu’il puisse nous le pardonner un jour !

Redbeard… le setter avait déjà neuf ans lorsqu’il est né. Lui et Sherlock ont tout de suite été inséparables, et depuis que je suis parti en pension, il est devenu son unique ami. Parce que j’ai beau faire semblant de me moquer de lui, Sherlock est aussi brillant que j’ai pu l’être à son âge et il n’est pas traité différemment de la manière dont je l’ai été par les autres gamins. Il faudra que je lui apprenne comment se cuirasser pour ne plus souffrir.
Je prends une grande respiration et j’ouvre doucement la porte. Sherlock s’apprête à se coucher, maman viendra un peu plus tard, sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller le chien. Je sais que chaque soir, après avoir bordé mon petit frère, elle s’approche silencieusement de la porte de communication en tendant l’oreille pour écouter le bruit de ma respiration, mais depuis qu’à l’âge de dix ans je lui ai expliqué que j’étais trop grand pour le bisou du soir, elle respecte mon intimité.
En entendant le léger grincement des gonds, il se retourne, l’air surpris, et pose un doigt sur ses lèvres en montrant le chien endormi, alors, je lui fais signe de venir me rejoindre dans ma chambre.
L’heure qui suit restera à jamais un des pires moments que j’ai eus à vivre. Lorsque maman passe la tête par la porte restée ouverte entre nos deux chambres, elle comprend immédiatement, en nous voyant tous les deux sur mon lit, Sherlock enfin assoupi blotti contre moi, les joues encore trempées de larmes. Elle s’approche en silence et effleure de ses doigts ses boucles brunes, puis comme prise d’une subite inspiration en voyant que je ne peux pas bouger sous peine de le réveiller, elle se penche et dépose un rapide baiser sur mon front.

Tu es mon grand garçon ! Murmure-t-elle avant de s’enfuir en essuyant ses paupières.

J’ai eu beau me persuader depuis longtemps que je j’avais passé l’âge de ces manifestations puériles, j’en ressens un étrange bien-être et ma peine en est un tout petit peu atténuée.

Je suis brusquement revenu à la réalité lorsque mon menton est tombé lourdement sur ma poitrine, j’avais dû m’assoupir un moment. Ma bouche était pâteuse, mon dos douloureux et mes membres engourdis. Tu avais fermé les yeux, est-ce que tu avais enfin réussi à t’endormir ? Tu avais l’air plus calme, et ta fièvre était tombée. Tu t’es laissé allonger sur le lit sans réagir, tu étais encore tout habillé, avec ton manteau et tes chaussures, mais je n’ai pas osé troubler ton repos si fragile. Il faisait froid, je suis allé chercher une couverture supplémentaire dans l’armoire et je l’ai bordée autour de toi. Le jour commençait à filtrer à travers les rideaux mal tirés, il était temps que je me prépare, la journée s’annonçait très longue ! Jenkins était déjà levé, parfois je me demande si c’est un homme ou un robot et s’il prend quelquefois le temps de dormir, je lui ai demandé de veiller sur toi en mon absence, avant de me diriger vers la salle de bains. « En route pour le combat ! »

TBC




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