Cendres et glace -4- … Et les coeurs a être brisés

Sherlock Holmes Add comments

Titre : « Cendres et glace » 4 – … Et les cœurs à être brisés
Type :
fanfic
Fandom :
Sherlock BBC
Personnages :
Sherlock - Mycroft – John
Rating :
PG
Disclaimer :
L’univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, la série « Sherlock » à la BBC
Spoiler : S.3/3

« Je vous brûlerai, je réduirai votre cœur en cendres ». Jim Moriarty était mort, pourtant les mots qu’il avait prononcés ce jour-là n’avaient jamais eu autant de sens… Mycroft avait raison : « Être affecté n’est pas un avantage », mais il est des circonstances où l’on ne peut plus dissimuler sa vraie nature

Cendres et glace

-4- … Et les cœurs à être brisés

Finalement, la bataille avait été longue, mais moins âpre que je ne l’avais prévu, et la décision finale reportée à une semaine. Ils voulaient se donner le temps de bien tout peser. Le premier ministre, et la reine elle-même, ne s’étaient pas montrés indifférents à son sort. Sherlock n’est peut-être officiellement qu’un détective amateur, mais très peu savent qu’il est bien plus que cela, et qu’il a plus d’une fois rendu d’inestimables services à la couronne, parfois au péril de sa vie. Il m’a d’ailleurs fait jurer que plus jamais on ne lui proposerait un ennoblissement dont il se soucie comme de sa première chemise, sous peine de ne plus accepter aucune des « missions » officieuses que le MI5 et le MI6 lui confient de plus en plus régulièrement.

Exceptionnellement, j’avais décidé de rentrer à pied, je pensais que le froid m’aiderait peut-être à mettre de l’ordre dans mes idées… En d’autres circonstances, connaissant mon aversion pour tout ce qui peut ressembler à de l’exercice physique, Sherlock aurait ironisé sur le thème « sentiment de culpabilité/auto-flagellation », son irritant petit sourire sarcastique aux lèvres… Et sans aucun doute aurait-il eu raison !
Sherlock…

Pour la centième fois, la question tournait dans ma tête, cette question que je m’étais déjà posée, quinze ans plus tôt : « Oh Sherlock, qu’est-ce que tu as fait ? ».
Le bruit de mes pas sur l’asphalte gelé résonnait dans mes oreilles, répétant à tous les échos le terme d’infamie dont j’avais affublé mon frère un peu plus tôt. Meurtrier. Meurtrier. Meurtrier… C’était pourtant le mot approprié à ce qu’il avait fait, mais la honte me submergeait quand même. Tout en sachant pertinemment que je ne pouvais en aucun cas laisser transparaître la moindre mansuétude à son égard, j’avais néanmoins l’impression de l’avoir trahi. Son sort allait en grande partie dépendre de ma froideur et de mon manque de compassion. A la prochaine réunion, dans une semaine, il me faudrait non seulement avoir trouvé la peine adéquate pour mon frère, mais il fallait en outre qu’elle soit impitoyable. C’était le prix à payer pour avoir une petite chance de pouvoir agir librement en sous-main pour le protéger. Et cette fois-ci, il faudrait que je me débrouille seul, même lui ne devait rien savoir. Une unique petite indiscrétion, et tout ce que je pourrais tenter serait compromis.

Parfois, je me demande comment me perçoivent les gens, mes collègues… Non que je m’en soucie, mais par simple curiosité. Ils doivent penser que je suis une espèce de monstre, un parfait psychopathe au service de la couronne. Ils me craignent certainement, me respectent peut-être, mais il ne viendrait à l’idée de personne que je puisse être apprécié, voire aimé. Sherlock a raison, je suis un homme seul. Je n’ai que lui au monde… et mes parents, tellement exaspérants de banalité.

Je n’avais qu’une semaine pour trouver une solution satisfaisante, et je n’avais pas le plus petit embryon d’idée. Pour la première fois, je n’arrivais plus à réfléchir rationnellement. Meurtrier… « Oh Sherlock… ».

J’aurais dû le savoir, j’aurais dû le prévoir ! Tu ne baisses jamais les bras aussi facilement, gravement blessé ou pas ! Et d’autant plus dans ces circonstances ! J’aurais dû m’en douter le jour où tu es parti en catimini de l’hôpital. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Alors que j’avais découvert la vérité sur Mary Morstan bien avant toi… d’ailleurs maintenant, je me mords les doigts de n’avoir pas tenté d’empêcher ce mariage, en révélant tout à John. Si je ne l’ai pas fait, c’est parce que cela l’aurait démoli, et par conséquence directe, à toi aussi. Tu m’en aurais voulu à mort de lui faire du mal, et je ne voulais pas te perdre à nouveau, alors que tu venais tout juste de rentrer en Angleterre après deux ans d’absence.

Deux ans sans te voir, sans savoir au juste où tu étais, ce que tu faisais, deux ans à m’inquiéter pour toi, à suivre ton enquête de loin, en pointillés, en sachant que tu affrontais des dangers inimaginables, sans pouvoir intervenir, sans pouvoir rien faire pour te protéger au risque de tout faire échouer. Jusqu’au dérapage de l’affaire serbe… je ne pouvais tout de même pas continuer à te « regarder » de loin te faire torturer et certainement ensuite tuer, sans réagir !
J’ai failli te perdre trop de fois, Sherlock, et maintenant, j’avais, j’ai toujours, tellement peur que celle-ci ne soit la bonne !
J’ai raconté aux parents que Lestrade t’avait appelé sur un cas urgent… heureusement que tu avais laissé ce mot pour moi à ton « ami » Billy, ça m’a évité de mettre la maison sens dessus dessous et les services secrets en état d’alerte, sans compter qu’avouer m’être fait dérober aussi facilement mon ordinateur m’aurait coûté mon poste, et que je n’aurais alors plus rien pu faire pour t’aider.

Oui Sherlock, j’ai peur, je m’inquiète pour toi, en permanence. Mais lorsque tu as commencé à trembler sans pouvoir t’arrêter, le regard absent, dans l’hélicoptère, pour la deuxième fois dans ma vie, j’ai senti la panique m’envahir. C’était tellement comme cette autre fois, où je t’avais retrouvé allongé sur le sol de ton meublé minable de Montague Street, après avoir tenté de t’appeler sans succès pendant des heures. Inconscient, en hypothermie, le pouls presque inexistant et si terriblement irrégulier. A l’hôpital, le ciel m’était tombé sur la tête : overdose de cocaïne !
Tu avais bien su cacher ton jeu, et même si tu étais encore plus renfermé que d’habitude, je ne m’étais douté de rien. Mais il est vrai qu’à cette époque nous ne nous voyions que très peu, et souvent entre deux portes. Tu venais de quitter la fac et revendiquais haut et fort ton indépendance, et je venais d’accepter un « poste mineur » au sein du gouvernement britannique qui demandait une réorganisation complète de ses services et me prenait tout mon temps. Si tu savais combien je m’en suis voulu…

Je n’ai jamais réussi à savoir pourquoi tu avais fait ça, tu n’as jamais voulu m’en parler et je sais que tu m’en veux encore d’avoir prévenu les parents, mais la drogue, Sherlock ! Et pas seulement un petit joint en passant… Je me suis souvent demandé si l’overdose était vraiment accidentelle. Tu es un chimiste brillant, je n’ai jamais pu croire que Toi, tu aies pu faire une telle erreur. Quel mal-être te rongeait à ce point ?
Je croyais vraiment avoir réussi à éradiquer cette fragilité en toi, cette sensibilité à fleur de peau qui te rendait si malheureux lorsque tu étais petit, mais je me rends compte maintenant que j’avais fait une énorme erreur, je m’étais fié à ma propre expérience, sans penser un instant que tu pouvais être plus vulnérable que moi. Tu ne sauras jamais que pendant ces deux jours où tu es resté dans un état critique, rien ni personne n’auraient pu réussir à me faire quitter ton chevet… Tu es mon talon d’Achille, Sherlock, tu rirais bien si tu le découvrais !

Évidemment, j’avais oublié mes clés, et j’en ai été inexplicablement plus irrité que je ne l’aurais dû. D’habitude, il y avait Anthéa pour ce genre de détails. Après que Jenkins m’ait fait son rapport, je me suis installé au salon, je n’avais pas faim. Un verre de cognac à portée de main, j’ai essayé de me concentrer sur notre problème, mais Sherlock continuait à occuper toutes mes pensées. Il s’était réfugié dans l’obscurité et le silence, il refusait toute nourriture, j’avais déjà vu ces symptômes, ce désir de se fondre dans le néant. Il avait perdu le goût de la vie et je devais essayer d’extirper de son esprit cet instinct de destruction qui avait déjà failli avoir raison de lui au moins une fois.
Il lui fallait une motivation à la mesure de ses plus grands défis. Je me suis appliqué à respirer calmement, à faire le vide, et peu à peu, une idée a commencé à prendre forme dans ma tête. Moriarty était resté au secret pendant des semaines, et durant tout ce temps, il avait été filmé en permanence, des milliers d’heures de vidéo… et personne ne savait que j’en avais discrètement fait une copie qui dormait depuis trois ans au fond de mon coffre… Quel que soit le sort qui serait réservé à Sherlock, un petit effet de surprise, bien placé à un moment stratégique, ne serait certainement pas inutile.
Maintenant que j’avais pris une décision, je reprenais le contrôle et je commençais à me sentir un peu mieux.

J’ai toujours eu raison, depuis le début, Sherlock : « être affectés n’est pas un avantage »… Mais pour l’amour du ciel, pourquoi cette oppression, cette douleur latente, refuse t-elle de quitter ma poitrine lorsque je pense à toi?

FIN

Print This Post




Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Designed by NattyWP Wordpress Themes.
Images by desEXign.