Le veilleur dans l’ombre -1-

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Disclaimer : L'univers et les personnages d'Harry Potter ne m'appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, R.Lupin, et les autres… Résumé : Après la mort de Dumbledore… Je sais, ce n'est pas grand chose, mais ça résume assez bien la situation

Prologue

Le veilleur dans l'ombre

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C’était fini. Il avait suffi de deux mots, six petites syllabes, pour sceller définitivement son destin. Deux mots et un geste, qu’il avait tellement redouté d’avoir à faire, durant tous ces dernier mois… Aurait-il pu refuser ? Le serment qu’il avait prêté seize ans auparavant incluait-il ce genre de ‘prestation ‘ ? Il avait littéralement tout donné, tout sacrifié au service de Dumbledore et de la Lumière, il n’aurait pas hésité un instant avant d’offrir aussi sa vie. Mais ça… Ca !

Jusqu’au bout, il avait espéré pouvoir échapper à cette abomination, allant jusqu'à supplier, en vain, le vieil homme de le délivrer de ce fardeau. Jusqu’au dernier moment. Malgré sa promesse au vieux mage, malgré l’évidence de sa nécessité dans le grand schéma des choses, il avait encore fallu la supplique pathétique de la voix qu’il n’avait jamais entendu faiblir auparavant pour qu’il réussisse à accomplir, comme spectateur de lui-même, le geste fatal. Et maintenant, l’homme qui avait fini par prendre peu à peu la place du père qui lui avait tant manqué dans son enfance était parti. A jamais. Et c’était lui qui l’avait tué !

Debout sur le perron du 12 square Grimmaurd, encore chancelant après sa récente entrevue avec Voldemort, il n’hésita cependant qu’un instant. Il prenait déjà un énorme risque en revenant ici après ce qu’il s’était passé, s’il attendait plus longtemps, il ne pourrait jamais plus s’approcher de cet endroit. Il n’avait aucune certitude, mais la maison de famille des Black, il plissa le nez : ‘la niche du cabot’, était le dernier endroit où pouvait peut-être encore subsister quelque chose d’elle. Une photo, un objet, une lettre, n’importe quoi qui pourrait l’aider à surmonter l’isolement qui allait désormais être le sien maintenant qu’il s’était lui-même banni de l’Ordre. Non qu’il ait jamais beaucoup apprécié la fréquentation de ses semblables, il n’était pas un homme très sociable, et la solitude était une vieille compagne. Mais ce à quoi son vieux maître l’avait contraint à se réduire était pire que tout. Pour ceux qui avaient un jour été ses compagnons, il était désormais l’incarnation même de la traitrise et de la lâcheté, un objet de haine, de mépris et de dégoût. Désormais honni de tous, il n’aurait plus de contacts autres que ceux des forces obscures et la peur lui rongeait les entrailles. Pas la peur de mourir, non. Sa vie, il y avait renoncé depuis déjà bien des années, ni celle de retomber dans ses errances passées, sa loyauté envers l’homme qui lui avait rendu son honneur était plus indéfectible que jamais. Mais la peur de ne pas vivre assez longtemps pour pouvoir mener jusqu’à son terme la tâche qu’il s’était lui-même impartie lorsque son mentor lui avait révélé la terrible vérité, quelques semaines plus tôt. Il ne se souvenait que trop bien de la conversation qui avait suivi la révélation de Dumbledore.

Harry détenait en lui une partie de l’âme de Voldemort, et lorsque le moment serait venu, il devrait sacrifier volontairement sa vie pour que le Seigneur des Ténèbres puisse être vaincu à jamais.

—Vous vous êtes servi de moi.

—Que voulez-vous dire ?

—Que j’ai espionné pour vous, menti pour vous, que j’ai couru des dangers mortels pour vous. Tout cela devait assurer la sécurité du fils de Lily Potter. Et maintenant, vous m’annoncez que vous l’avez élevé comme un porc destiné à l’abattoir…

—Voilà qui est très émouvant, Severus. En êtes-vous venu à éprouver de l’affection pour ce garçon ?

—Pour lui ? S’était-il écrié. « Spero Patronum ! » La biche argentée avait jailli de l’extrémité de sa baguette. Après avoir atterri gracieusement sur le sol, elle s’était envolée par la fenêtre. Dumbledore s’était retourné vers lui, fixant d’un air stupéfait le regard sombre rempli de larmes de son espion.

—Lily ! Après tout ce temps ?

—A jamais.

Et c’était la pure vérité, son amour pour Lily  était toujours là, pur et intact malgré les années, mais à ce moment précis, il avait compris que c’était autre chose qui avait provoqué sa colère, une chose dont il n’avait jamais encore eu conscience avant. Une chose qui le choquait et le déstabilisait comme rien auparavant n’y était parvenu.

Depuis seize ans, il vénérait le souvenir de Lily, il l’avait placée sur un piédestal, telle une icône sacrée. Mais soudainement, il réalisait que la vie d’Harry lui était précieuse en tant que telle. Non pas parce qu’il était le fils de son amour perdu, mais parce que, il ne savait à partir de quel moment, il avait bel et bien fini par s’attacher au garçon. Malgré lui. Malgré sa haine pour l’image de James, que l’enfant lui renvoyait jour après jour. Malgré l’aversion du gamin à son encontre, son insolence, et son insupportable arrogance. Il avait très tôt décelé au fond de son regard cette expression que seuls ceux qui avaient vécu l’enfer d’une enfance maltraitée pouvaient reconnaitre, parce qu’ils en partageaient la douleur. Il avait reconnu cette révolte qui faisait écho à la sienne. Cette souffrance cachée et muette, il ne supportait pas de la lire au fond des yeux de Lily.

La présence d’Harry à Poudlard, dans ses cours, était une torture de chaque instant. Lorsqu’il le regardait, il revoyait James et sa haine se ravivait, alors, il s’obligeait à ne regarder que ses yeux. Les yeux de sa mère. Et la conscience aigüe de l’absence de Lily creusait à chaque fois un peu plus profond le vide de son âme. La souffrance engendrait la colère, et la colère engendrait les punitions. A coup de brimades, il entretenait son sentiment de culpabilité pour la mort de la seule femme qu’il ait jamais aimée, et à force d’heures de retenues, il forgeait les instruments de sa propre torture. Il ne supportait pas de le voir. Il ne supportait pas de ne pas le voir.

Brusquement, il ouvrait les yeux sur cette réalité qu’il avait voulu occulter pendant si longtemps : il aimait Harry. Non pas uniquement parce qu’il était la seule chose qui lui restait de Lily, mais comme il aurait pu aimer le fils qu’elle aurait pu lui donner si, près de vingt ans auparavant, il n’avait pas fait le mauvais choix. Comment aurait-elle pu comprendre que ce choix, il l’avait fait, pauvre idiot, pour l’impressionner, pour qu’elle voit en lui quelqu’un d’important, et pas seulement le fils de cet ivrogne de Tobias Snape qui confondait bien trop souvent sa femme et son fils avec des punching-balls. A l’époque, ça lui avait paru être une bonne idée, mais les belles théories et les promesses des démons sont une chose et la réalité en est une autre. Il avait très vite déchanté. Il n’avait pas pu sauver Lily, mais il était bien décidé à sauver Harry.

Malgré Dumbledore. Malgré lui-même, parce qu’il ne doutait pas un instant que ce satané Gryffondor accepterait le sacrifice. Il devait le sauver. Il ne savait pas encore comment, mais il allait trouver. Il devait trouver ! Il se demandait comment Dumbledore avait bien pu s’arranger avec sa conscience, mais lui, ne laisserait pas l’adolescent aller volontairement à l’abattoir pour tenter de sauver un monde dont il n’était pas certain qu’il le mérite vraiment. Ce serait pire que s’il le tuait de ses propres mains.

Severus était conscient d’être la pièce maitresse du jeu du vieux mage. Bien entendu, Potter était le héros de l’histoire, le Survivant, l’Elu, qui agissait aux yeux de tous, mais lui était le veilleur dans l’ombre, le protecteur secret et s’il le fallait, il serait le rempart ultime. Il était désormais livré à lui-même, sans pouvoir compter sur aucun appui… Et il suffirait de si peu pour tout faire basculer ! Un seul faux pas, un seul minuscule défaut de concentration l’exposeraient à une fin atroce, avant qu’il ait pu livrer au jeune homme la dernière pièce du puzzle, qui lui permettrait d’éradiquer définitivement le Mal. Le poids qui pesait sur ses épaules était écrasant, à trente-sept ans seulement, il se sentait vidé, épuisé comme s’il avait vécu mille vies. Le salut de la Lumière ne reposait plus que sur sa capacité, à lui et à lui seul, à duper un ennemi comme il ne s’en était jamais vu auparavant. Même les meilleurs ont parfois besoin d’une parole d’encouragement, d’un regard complice, ou d’un souvenir apaisant, il ne pourrait plus avoir les premiers, il était venu chercher le dernier. La chambre de Sirius lui apparaissait comme le seul endroit possible. Il n’avait pas le loisir de ‘prendre des gants’. Le temps pressait, et il n’avait pas assez de respect pour son propriétaire, même mort, pour prendre soin de ses affaires.

Agenouillé à même le plancher, au milieu de la pièce qu’il venait de dévaster dans sa hâte, inconscient des larmes qui inondaient son visage, il plia le feuillet et la photo déchirés pour les glisser sous sa chemise. Privé du soutien de son mentor, toute l’affection et l’image souriante de Lily l’aideraient peut-être à ne pas perdre pied et à terminer sa mission avec succès. Ce qui adviendrait ensuite n’avait pas d’importance. Depuis seize ans, il payait le prix fort pour ses erreurs, pour les choix malheureux de sa jeunesse. Craint par les uns, détesté par les autres, le seul respect qu’il ait jamais obtenu était professionnel, la seule confiance et la seule affection celles d’un vieillard qu’il avait été contraint de tuer de sa propre main… Et cerise sur le gâteau, comme s’il y avait encore besoin d’enlever des points à sa décharge, il avait lui-même exigé d’Albus qu’il ne révélerait jamais ce que ce dernier appelait ‘le meilleur de lui’, afin de préserver à la fois son orgueil et le secret absolu nécessaire à sa fonction auprès du Seigneur des Ténèbres. La trahison de Pettigrew, avec ses conséquences funestes, restait présente en permanence à son esprit, telle une menace planant sur l’Ordre. Si cela avait pu se produire une fois, cela pouvait se répéter… Il se faufila sur le perron et transplana directement dans un appentis collé à l’arrière d’une maison d’aspect minable, située dans la banlieue d’une cité ouvrière du nord de l’Angleterre. Dominant le quartier, une ancienne cheminée d’usine dressait un doigt accusateur vers un ciel lourd et gris, comme pour lui reprocher la misère du lieu.

TBC

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