Le veilleur dans l’ombre -2-

Harry Potter Add comments

Disclaimer : L'univers et les personnages d'Harry Potter ne m'appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, R.Lupin, et les autres… Résumé : Après la mort de Dumbledore… Je sais, ce n'est pas grand chose, mais ça résume assez bien la situation

L’impasse du tisseur

1 Heart2 Hearts3 Hearts4 Hearts5 Hearts (1 votes, average: 5, 00 out of 5)
Loading ... Loading ...

Depuis la mort de ses parents, la maison de Spinner’s  End était devenue son refuge en dehors de Poudlard. Non qu’il s’y soit senti mieux qu’ailleurs ou qu’il y ait eu des souvenirs  agréables, bien au contraire, mais l’endroit avait l’avantage indéniable de n’être connu que de très peu de personnes. Et parmi celles-ci, encore moins auraient eu envie de venir l’y visiter ou l’y déranger. Il s’était même parfois demandé si le Seigneur des Ténèbres s’était jamais posé la question de savoir où il habitait lorsqu’il quittait l’école pour les vacances d’été, les seules qu’il passait hors de Poudlard. La manière dont les sœurs Black avaient obtenu son adresse quelques mois plus tôt, restait un mystère pour lui, et d’ailleurs il s’en fichait éperdument. Il y avait belle lurette qu’il s’était débarrassé de tout ce qui aurait pu sembler un tant soit peu compromettant. La seule imprudence qu’il ait jamais commise, c’était celle qu’il venait de faire, pour dérober les deux bouts de papier, somme toute assez anodins, qui lui brûlaient maintenant la poitrine.

Un tremblement spasmodique le secoua, et d’un rapide sortilège il alluma un feu dans la cheminée. Cela fait, il permit enfin à son corps de prendre le dessus et s’effondra sur le canapé du salon avec un gémissement étouffé. Il arrivait au bout du rouleau, quelques heures de répit ne seraient pas de trop. Après leur départ précipité de Poudlard, les Mangemorts avaient été convoqués par Voldemort qui avait réquisitionné pour l’occasion le manoir des Malfoy. Devant la colère du Seigneur des Ténèbres, il avait pris sur lui le fait d’avoir ‘coupé l’herbe sous le pied’ de Draco, arguant l’urgence d’agir avant que la résistance du château n’ait eu le temps de s’organiser.

Ce n’était pas la première fois qu’il subissait la colère du psychopathe aux yeux rouges, mais cette fois-ci, il avait accueilli le châtiment presque avec reconnaissance. La douleur du sortilège lui paraissait une bien douce expiation pour l’acte qu’il venait de commettre, fusse contre son gré. Il avait subi son supplice pendant de longues minutes avant que la torture qu’il venait de lui infliger n’ait suffisamment radouci l’humeur du Maître, qui s’était finalement retiré dans ses appartements, suivi d’une Bellatrix Lestrange rayonnante et manifestement toute affriolée par le spectacle auquel elle venait d’assister, spectacle qui lui avait en outre évité les reproches pour ne pas l’avoir empêché de se substituer à son neveu. Sous le regard horrifié d’un Draco pétrifié par la terreur, Narcissa avait seulement alors, osé s’approcher du corps frissonnant et pantelant abandonné sur le tapis après avoir subi Doloris sur Doloris, pour prendre soin de celui qui non seulement venait très certainement de sauver la vie de son fils, mais aussi de subir à sa place un châtiment horrible. Il ne s’était attardé que le minimum nécessaire à une très sommaire récupération, expliquant qu’il possédait chez lui des potions qui lui permettraient de retrouver plus efficacement ses forces.

C’était presque dans un état second qu’il avait réussi, à force de volonté et de concentration, à transplaner d’abord à Londres, avant que les membres de l’Ordre n’aient eu le temps de lui interdire l’accès du square Grimmaurd, puis jusque chez lui. Mais maintenant, il était trop épuisé pour pouvoir ne serait-ce qu’esquisser un mouvement de plus, ou avaler quoi que ce soit. Ses yeux se fermèrent malgré lui et il sombra dans une bienheureuse inconscience pendant laquelle toutefois, son corps continua longtemps à être secoué de spasmes incontrôlables. La malédiction s’attaquait directement au système nerveux central, et être l’homme de confiance de Voldemort ne le dispensait pas de la subir aussi souvent que son maître avait besoin de se défouler, ce qui tombait invariablement sur celui ou celle qui avait la malchance d’être le plus proche de lui à ce moment-là. Plus on la subissait et plus les dégâts étaient importants, jusqu’au moment où ils devenaient irréversibles. Severus avait inventé des potions et des contre-sorts qui l’aidaient certes à surmonter au mieux les suites du sortilège, mais qui ne faisaient pas de miracles pour autant, et son organisme commençait à accuser fortement les agressions auquel il était régulièrement soumis.

Après plusieurs heures d’un sommeil lourd proche du coma, il fut réveillé en sursaut par des coups répétés frappés à sa porte. Il se leva avec précautions, et se traina péniblement jusque dans l’entrée.

—Qui est là ?

—Severus, ouvre, c’est moi, Narcissa !

Merde ! Mais quand pourrait-il avoir un moment de tranquillité ? Il ouvrit à sa visiteuse qui considérait la façade de la maison, qui aurait semblé si banale à un Moldu, d’un air impressionné.

—Jolis sortilèges ! Tu es bien protégé.

—C’est préférable, par les temps qui courent ! Que me vaut le plaisir de ta visite ? Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, avant de s’écarter pour la laisser entrer. « Tu es seule ?»

La dernière fois, lorsqu’elle était venue implorer son aide pour la protection de son fils, sa détraquée de sœur l’accompagnait. La harpie s’était fait un plaisir malsain de lier le serment inviolable qu’il avait alors espéré ne jamais avoir à remplir.

—Je n’ai dit à personne que je venais ici. Je ne tenais pas à ce que Bellatrix m’accompagne, et je préfère que Draco reste au manoir pour le moment. Je viens prendre de tes nouvelles, et voir si tu n’as besoin de rien. Le Seigneur ne t’a pas épargné hier, et nous étions inquiets… A ce propos, il regrette d’avoir ainsi perdu son sang-froid, il espère que tu ne lui en tiendras pas rigueur.

—Il… Re-gret-te ? Ricana l’ancien Maître des Potions. « Ne dis pas de bêtises, Narcissa, tu ne crois tout de même pas que je vais avaler ça, non ? Je ne suis pas stupide à ce point ! Mais ne t’inquiètes pas, je ne t’en veux pas, j’ai l’habitude des accès d’humeur du Maître, et d’ailleurs il ne tenait qu’à moi de l’éviter si je l’avais voulu. Mais je t’ai fait un serment, et quoiqu’en dise ta chère sœur, je ne suis pas un lâche. »

Une petite piqure de rappel de ‘tu-m’es-redevable’ ne pouvait pas faire de mal.

—Je sais ce que nous te devons, Severus, et je ne l’oublierai jamais. Sincèrement, que puis-je faire pour toi ? ‘’Me foutre la paix, espèce d’emmerdeuse !’’

Ne te fais  pas de souci pour moi, Narcissa, tout ce dont j’ai besoin c’est d’un peu de repos, pour le reste, j’ai tout ce qu’il me faut ici. J’espère seulement que le Seigneur des Ténèbres n’aura pas besoin de moi pendant quelques jours.

—Tu ne devrais pas avoir de problème de ce côté-là, il a quitté le manoir ce matin, et il a emmené Queudvert avec lui.

—Bon débarras ! Je me demande pourquoi il supporte encore cette vermine auprès de lui en permanence. Il y a longtemps qu’il aurait dû le donner à bouffer à son serpent, si tu veux mon avis ! Marmonna l’homme en noir. « Tu sais où il est allé ? » Ajouta-t-il d’un ton détaché.

—As-tu déjà entendu le Maître donner des explications à ses décisions ?

—C’est vrai. ‘’J’aurai au moins essayé’’. Je dois avoir besoin de plus de repos que je ne croyais !

La jeune femme finit par comprendre que son ami préférait rester seul et prit enfin congé non sans avoir renouvelé son offre d’assistance. Les Malfoy avaient beau être l’archétype des  sang-pur, imbus de leur supériorité, arrogants et prétentieux, ils n’en étaient pas moins fidèles en amitié. Malgré sa prévention contre les sang-mêlé, Lucius avait, en tant que préfet, pris le jeune garçon solitaire sous son aile lorsque celui-ci était arrivé à Poudlard, l’aidant à se faire une place parmi des Serpentards peu disposés à accueillir le rejeton d’un Moldu, fut-il l’unique descendant de la vieille et respectée famille Prince. Severus lui en avait été reconnaissant et lui avait depuis, conservé une certaine amitié malgré le fait qu’ils soient désormais dans deux camps opposés. En outre, il aimait bien Narcissa et leur fils, et il espérait sincèrement pouvoir éviter à Draco de mal tourner. Le garçon n’avait pas si mauvais fond, mais il était au bord de l’abîme. Il lui rappelait un peu trop un autre adolescent paumé du même âge, quelque vingt ans plus tôt, qui lui non plus n’avait pas su résister à l’appel des ténèbres.

Severus avait voulu impressionner la fille qu’il aimait, Draco voulait la reconnaissance de son père… Histoire éternelle.

L’atmosphère lui parut soudain oppressante, il étouffait, il avait besoin de prendre l’air. Il sortit dans la nuit, se demandant soudain combien de temps il était resté inconscient. Narcissa avait parlé d’hier, il avait donc ‘perdu’ une journée entière.

 Au bout de l’impasse, un portail arraché donnait sur un ancien terrain de jeux, dont seuls subsistaient un toboggan dont la peinture partait en lambeaux et un portique à balançoires rouillé. Non loin de là se dressait toujours le grand arbre au pied duquel il venait jadis s’assoir avec un livre pour seul compagnon, pour fuir les disputes de ses parents. Il avait été un enfant timide et solitaire, seulement mis à l’écart lorsqu’il avait de la chance,mais le plus souvent maltraité par les autres gamins, qui ne supportaient pas qu’il soit meilleur qu’eux en classe. Lorsque sa mère avait fait mine de commencer à lui enseigner à la maison, son père avait exigé qu’il aille à l’école du quartier, comme les petits Moldus, peut-être dans l’espoir d’occulter toute magie en lui. Il n’était jamais admis à se mêler aux jeux des autres, qui  se moquaient en outre invariablement de son aspect négligé et de ses vêtements dépareillés, qui semblaient tout droit sortis au hasard d’une vieille malle où se serait mélangé le linge de toute la famille… Ce qui tout compte fait, n’était pas été si éloigné de la réalité. Eileen, élevée dans une vieille famille où elle avait toujours été servie par des elfes de maison, n’était pas une fée du logis.

C’était là qu’il avait posé pour la première fois les yeux sur une petite fille aux longs cheveux roux et aux extraordinaires yeux verts. Elle avait le même âge que lui, et venait d’aménager avec ses parents et sa sœur ainée, dans une des grandes maisons située de l’autre côté de l’avenue qui bordait le quartier ouvrier quasi désaffecté. Ce jour-là, le soleil lui avait paru plus chaud et plus lumineux que d’habitude. Par la suite, il était venu encore plus souvent s’assoir sous le grand arbre. Il avait très vite réalisé que la fillette avait quelque chose de différent des autres, une chose qu’elle partageait avec lui sans le savoir, et  que sa sœur ne possédait pas. La plupart du temps, il se cachait pour l’observer, il ne voulait pas l’effrayer, il voulait juste apprendre à la connaitre un peu mieux , sans même savoir s’il trouverait un jour le courage d’aller lui parler, de peur qu’elle aussi ne le rejette. Il aurait voulu attendre qu’elle soit seule pour se dévoiler, mais les circonstances en avaient décidé autrement.

Si Petunia l’avait ouvertement méprisé, Lily, elle, ne l’avait pas repoussé, et petit à petit, ils étaient devenus amis. Amis ! Pour la première fois de sa vie, il avait une amie, une camarade de son âge qui l’acceptait tel qu’il était. Pour la première fois de sa vie, il avait compris le sens du mot ‘bonheur’. Il franchit d’un pas une clôture mal ajustée qui n’avait jamais empêché les gamins du quartier de passer. Le terrain vague envahi de mauvaises herbes qui s’étendait au-delà et descendait en pente douce jusqu’à la rivière était resté à l’abandon depuis des décennies. Depuis la fermeture de l’usine, la banlieue se vidait peu à peu de ses habitants et l’endroit n’était pas assez attrayant pour être transformé en zone résidentielle chic pour riches oisif. Il frissonna sous la gifle du vent qui lui cinglait le visage et s’engouffrait dans sa cape. Une brume glacée montait de la rivière, stagnant étrangement au ras du sol malgré les rafales tourbillonnantes. Il avait du mal à respirer, comme si le brouillard qui s’enroulait autour de ses chevilles prenait une consistance visqueuse, avant de ramper le long de son corps et de s’insinuer jusque dans ses poumons. Il regarda autour de lui, s’attendant presque à voir surgir les silhouettes des suceurs d’âmes. Ils ne devaient pas être bien loin, il ressentait leur présence… Et ressasser le passé n’arrangerait rien. Son instinct imposa à son esprit une soudaine nécessité de foule, de bruit, de lumière et de chaleur. La tentation de s’allonger sur la terre froide, ou de se laisser glisser dans les eaux troubles de la rivière devenait bien trop grande. Il parcourut d’un pas vif le chemin en sens inverse. Dans sa chambre, il tira de l’armoire un jean, un T-shirt, un pull à col roulé, une écharpe et un manteau noirs. Malgré la tendance du gothique, son accoutrement victorien ne risquait pas de passer inaperçu. Autant ne pas trop se faire remarquer s’il devait se rendre dans un lieu public !

TBC

Print This Post

Mots-clefs :


Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Designed by NattyWP Wordpress Themes.
Images by desEXign.