Le veilleur danse l’ombre -3-

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, R.Lupin, et les autres… Résumé : Après la mort de Dumbledore… Je sais, ce n’est pas grand chose, mais ça résume assez bien la situation

Rencontre

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Une dose de Polynectar plus tard, un homme d’âge moyen, aux cheveux châtains clair et tout vêtu de noir poussa la porte du seul pub de Londres fréquenté à la fois autant par des Moldus et par des Sorciers. Se rendre à Pré au Lard, ou même sur le Chemin de Traverse aurait été beaucoup trop risqué. Tout nouveau visage serait automatiquement suspect et il ne pouvait pas se permettre de prendre l’apparence de quelqu’un qu’il aurait risqué de croiser à tout moment. Le patron, un Cracmol au sens des affaires aiguisé, avait eu la bonne idée de s’installer à proximité du ministère de la magie, et de proposer à ses clients bièraubeurre, hydromel, whisky Pur-feu et autres joyeusetés sorcières dissimulées sous emballages moldus. Il suffisait de se montrer discrets et de faire un léger signe de reconnaissance en passant sa commande. Les employés de la noble institution avaient peu à peu pris l’habitude de venir y boire un verre en sortant du travail, contribuant ainsi à augmenter la clientèle de manière conséquente.

 Severus connaissait assez bien l’endroit, il y était déjà venu sous différents aspects, pour appréhender discrètement l’atmosphère qui régnait au ministère. Il prit place à une table isolée, dans un angle peu éclairé de la salle, et commanda une bière moldue. Avec un peu de chance, il pourrait saisir au passage quelques informations sur les suites de ce qui s’était passé à Poudlard, bien que ce soir-là, ce n’ait pas été son but premier. L’heure de la sortie des bureaux était de toute façon passée depuis longtemps et il ne devait plus y avoir beaucoup de Sorciers dans la salle.

Plus il y réfléchissait, et plus il se rendait compte de la difficulté de continuer sa mission pour l’Ordre tout en restant dans l’ombre. Il en arrivait à maudire Dumbledore et sa foutue paranoïa, il aurait pu mettre quelqu’un d’autre dans le secret, Minerva par exemple, ou Flitwick ne l’auraient jamais trahi… Pas volontairement, en tout cas… Mais sous la torture, même les plus braves peuvent craquer et il était essentiel que sa couverture tienne jusqu’au bout… Les deux coudes sur la table, il enfouit son visage dans ses mains et se massa l’arête du nez, dans l’espoir d’atténuer sa migraine persistante. Il se sentait infiniment las, pourvu que l’issue arrive vite !

Des éclats de rire sonores lui firent relever la tête. Un groupe de jeunes gens avait rapproché deux tables et plaisantait dans une ambiance joyeuse. Soudain, il sursauta, ses yeux venaient de se poser sur un autre consommateur isolé qu’il n’avait pas remarqué jusque-là. D’instinct, il amorça un mouvement pour détourner le visage, avant de se souvenir que l’autre ne pouvait pas le reconnaitre. Affalé devant un whisky qui n’avait pas l’air d’être le premier, il dodelinait comme si sa tête était devenue trop lourde à porter, il ne semblait pas seulement ivre, il avait l’air souffrant, il se plia soudain en  deux, les bras croisés sur l’estomac et il serait tombé de sa chaise si Severus ne s’était pas précipité pour le retenir.

Horrifié, il venait de comprendre. Dans quelques heures, se serait  la pleine lune. Que faisait Remus Lupin dans un pub en plein centre de Londres un soir de pleine lune ? Même avec de la potion tue-loup, il n’en était pas moins susceptible de se transformer et d’être potentiellement dangereux. Et il y avait peu de sorciers, même à Ste Mangouste, capables de préparer convenablement une potion aussi délicate, dont le dosage dépendait en outre de chaque individu traité. Dans l’état où était le loup garou, et étant donné du peu de temps restant avant l’heure fatidique, il n‘avait pas trente-six solutions. Il attrapa Lupin sous les aisselles, l’aidant à se lever et le soutint jusqu’à la porte, sans que l’autre ait la force d’émettre une protestation.

Heureusement le bar se trouvait presque à l’angle d’une ruelle sombre, à partir de laquelle il lui fut possible de tranplaner. En ouvrant la porte qui donnait de l’appentis dans la maison, il se fustigea lui-même, mais de quoi s’était-il encore mêlé ? Il ne lui manquait plus que d’avoir un loup garou, et de plus membre de l’Ordre, sur les bras ! Pourquoi, mais pourquoi,  l’avait-il ramené chez lui ? Pourquoi ne l’avait-il pas abandonné en pleine campagne quelque part loin de toute habitation ?  Mais quel con ! En attendant il était bel et bien là, affalé sur son canapé, complètement inerte.  Quatre ans auparavant, à Poudlard, le Maitre des Potions avait chaque mois préparé consciencieusement la potion tue-loup pour le Professeur de Défense contre les Forces du Mal, et il se souvenait parfaitement des proportions adaptées à son cas particulier. Il jeta un coup d’œil à la pendule. Ce serait juste, mais il avait encore le temps.

—Désolé, vieux. Murmura-t-il en sortant sa baguette. « Je ne peux prendre aucun risque. Petrificus Tolalus ! ».Il se pencha sur son ancien collège pour lui confisquer sa baguette, avant de se précipiter hors de la pièce. Il n’y avait plus un instant à perdre s’il voulait éviter un désastre. 
Environ deux heures plus tard, il était de retour, un bol dans chaque main. Après avoir vérifié  que la transformation n’avait pas encore commencé, il libéra l’homme du sortilège. Il était un peu moins amorphe que lorsqu’il l’avait amené et regardait maintenant autour de lui avec inquiétude. Lorsque ses yeux s’arrêtèrent sur son geôlier, qui avait maintenant repris son apparence normale, il ne put retenir un mouvement de recul, tandis qu’une expression de méfiance mêlée de mépris se dessinait sur son visage.

—Snape ! Que…

—Désolé, Lupin, le temps presse, nous n’avons pas le temps de discuter, les explications devront attendre. Dans l’immédiat, tu vas devoir me faire confiance, même si ça te semble difficile. Bois d’abord ça fit-il en lui présentant un des deux bols. « Ne m’oblige pas à te soumettre à un sortilège de Confusion, dans ton état tu ne serais pas capable de me résister et ça ne réussirait qu’à nous faire perdre encore plus de temps. »

—Qu’est-ce que c’est ?

—Une potion qui annihile les effets de l’alcool. Je n’ai pas l’intention de t’empoisonner.

Remus considéra les deux bols, puis avec un soupir fataliste il se saisit de celui qu’on lui tendait, qu’il vida d’un trait. Immédiatement, ses yeux vitreux reprirent un éclat normal et lorsqu’il parla, sa voix était plus claire.

—Si tu comptes me livrer à Qui tu sais, je préfèrerais que tu m’empoisonnes.

—Je ne veux ni l’un ni l’autre, même si tu ne me crois pas. Je comprends très bien dans quel état d’esprit tu peux être envers moi, mais encore une fois, les explications seront pour plus tard. Maintenant réponds-moi : as-tu pris de la potion tue-loup ce soir ?

—Je… il m’en restait juste un fond de flacon… Pour tout dire, ils sont débordés à Ste Mangouste avec les exploits de ton ami Greyback, et ils n’ont pas pu m’en fournir ce mois-ci, mais ils m’ont assuré qu’il m’en restait assez. Un spasme de douleur tordit soudain son visage et il se recroquevilla sur lui-même. Lorsqu’il releva la tête, ses yeux, quoique toujours lucides, brillaient d’un éclat inquiétant.

—Greyback n’est pas mon ami, répondit Snape avec un rictus de dégoût. « Avale ça, poursuivit-il en lui tendant le deuxième bol, « au vu de ton état, je doute que ce que tu as pris soit suffisant. Ce n’est pas qu’elle soit luxueuse, mais je n’ai pas envie que tu démolisses ma maison. Comme je te l’ai déjà dit, nous avons à parler, tu vas donc tranquillement rester ici pendant la durée de ta transformation pour que je puisse te surveiller, ensuite nous aviserons. Ne m’oblige pas à employer les grands moyens, tu sais que je le peux… Mais je préfèrerais ne pas en arriver là », poursuivit-il d’un ton las.

L’autre le regarda un moment au fond des yeux, puis se saisit du bol et en avala le contenu avec une légère grimace.

— Désolé, je n’ai pas eu le temps d’améliorer le goût, et de plus j’ai ajouté un sédatif. Il ne fera peut-être pas dormir le Loup, mais il devrait l’assommer assez pour que j’aie la paix pendant un moment. 

Il s’installa dans le fauteuil libre, sous la précaution supplémentaire d’un Protego dont il avait renforcé l’effet, et, sans toutefois lâcher sa baguette, s’autorisa enfin à se détendre un peu, tout en observant, d’un œil à la fois inquiet et intéressé, la douloureuse transformation de son vis-à-vis. De sa première rencontre avec le loup garou, il avait gardé une terreur et une aversion qui hantaient encore parfois ses cauchemars, et malgré les couches de protections dont il s’était entouré, il devait faire appel à toute la force de sa volonté pour ne pas se lever et s’enfuir loin de la créature.

Dorénavant, il y réfléchirait à deux fois avant de céder à ses envies de sorties! Mais d’autre part… -Son esprit fonctionnait maintenant à toute vitesse- Lupin et lui n’avaient jamais été ce qu’on pouvait appeler des amis, mais ils avaient toujours eu une part de respect inavoué l’un pour l’autre. Même lorsque le loup garou trainait avec James Potter et sa bande, il n’avait jamais pris une part active aux agressions que les autres lui faisaient subir. A plusieurs reprises, même, il les avait empêchés d’aller trop loin… Hélas à l’exception d’une, toutefois, la pire, celle qui avait sonné le glas de son amitié avec Lily, et nourri l’essentiel de son ressentiment envers les Maraudeurs.

Pourtant lorsque Dumbledore avait confié le poste de Professeur de Défense contre les Forces du Mal à Lupin, ils avaient conclu une trêve tacite, et pendant cette année-là, les deux hommes avaient pu apprendre à se connaître un peu mieux, sinon à s’apprécier. Il avait eu la révélation de la raison de sa loyauté envers ses tourmenteurs lorsqu’il avait suivi Harry et ses deux amis, dissimulé sous la cape d’invisibilité de ce dernier,  jusqu’à la cabane hurlante et entendu Black et Lupin raconter leur histoire au gamin. Il n’avait pu alors qu’admettre en lui-même que placé dans la même situation, il n’aurait pas agi autrement.

La transformation était déjà bien avancée, et Severus n’en menait pas large, mais le monstre ne montrait aucun signe d’agressivité. Il n’essayait même pas de se lever et se contentait de respirer lourdement en jetant autour de lui des regards farouches. On pouvait percevoir presque physiquement la lutte profonde entre l’instinct de l’animal et la volonté de l’humain, amplifiée par la potion. Le sédatif devait aussi y être pour quelque chose, dommage qu’il ne puisse être rajouté en permanence à la préparation. Il avait hésité avant de l’incorporer, sachant que le mélange des deux produits pouvait provoquer des effets secondaires dangereux pour celui qui allait l’ingérer, mais il avait décidé de prendre le risque. En dosant très précisément les ingrédients, il était sûr de pouvoir limiter le danger au maximum.

Un bruit ténu le fit sursauter, et il s’aperçut avec stupéfaction qu’il s’était assoupi. Apparemment, son organisme avait décidé de se révolter contre le surmenage qu’il lui faisait subir. Il faisait maintenant grand jour. Lupin, redevenu lui-même, se tenait près de la porte, et c’était le bruit qu’il avait fait en tentant de l’ouvrir qui l’avait tiré du sommeil.

—Tu peux penser de moi ce que tu veux, mais fais-moi la grâce de ne pas me prendre pour un idiot !

Le loup garou se retourna.

—Loin de moi cette pensée, mais sans baguette pour contrer tes sortilèges, je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre, et qui ne tente rien n’a rien, n’est-ce pas ?

Remus revint vers le centre de la pièce, tout en observant son hôte d’un air perplexe. Lorsqu’il  avait repris son apparence humaine et qu’il s’était aperçu que son ravisseur s’était endormi, il avait espéré, sans trop y croire, que son sort de protection s’en serait trouvé affaibli et qu’il pourrait peut-être tenter, dans un premier temps, de récupérer sa baguette. Il n’aurait pas parié une noise sur la suite, Severus étant de notoriété publique un duelliste hors du commun. Mais il n’avait bien entendu pas pu l’approcher d’assez prêt pour mettre son projet à exécution, Le Maître des Potions était aussi un expert en sortilèges, il en avait amélioré beaucoup et qui savait combien il en avait inventé ! Il en avait profité pour observer l’homme assoupi dans le fauteuil. En seulement quelques jours, il avait maigri au-delà du raisonnable, ses traits étaient creusés par la fatigue, de profonds cernes entouraient ses yeux et les coins de sa bouche semblaient crispés dans une expression de souffrance que le sommeil ne parvenait pas à effacer. Il avait noté avec une certaine satisfaction qu’il semblait en avoir sérieusement bavé !

« Même placé devant l’évidence, je n’arrive pas à réaliser que tu aies pu faire une chose pareille ! » déclara-t-il après un moment. Snape savait très bien qu’il ne parlait pas des dernières heures.

—Tu ne me croiras pas, mais j’ai du mal à y arriver moi-même. Assieds-toi, je t’ai dit que nous avions à parler… Je… Je sais que je ne devrais pas, mais… Mais après tout il ne m’a rien fait promettre en ce sens, murmura-t-il comme pour lui-même. « En faisant ça, poursuivit-il, « je suis conscient que je prends et que surtout je fais prendre à l’Ordre, un énorme risque, mais… »

Lupin faillit s’en étrangler :

—A… A L’Ordre !!! Comment oses t-u, après ce que tu…

—SILENCE ! Ne m’interromps pas. Ensuite tu pourras dire tout ce que tu voudras, mais je te demande d’abord de faire l’effort de m’écouter jusqu’au bout. C’est assez difficile comme ça !

 

TBC

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