Le veilleur dans l’ombre -4-

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, R.Lupin, et les autres… Résumé : Après la mort de Dumbledore… Je sais, ce n’est pas grand chose, mais ça résume assez bien la situation

Une question de confiance

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— Je… Je n’ai pas assassiné Dumbledore…

Le loup garou ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose, mais la referma aussitôt.

« Oh, Potter n’a pas menti, poursuivit-il « c’est vrai, je l’ai tué, et j’en assume toute la responsabilité, mais je l’ai fait sur son ordre, et à mon corps défendant… Et quoi qu’il ait pu me faire valoir comme arguments, ça a ravagé mon âme… Il s’interrompit un moment, faisant manifestement un effort pour contrôler sa voix. « Mais je n’ai pas le droit de baisser les bras tant que ma tâche n’est pas terminée. 

Lupin le regardait maintenant d’un air dubitatif, se demandant s’il s’agissait d’une tentative, bien maladroite au demeurant, pour se disculper ou d’une atroce vérité. Mais Snape, qui jouait l’agent double depuis tant d’années auprès des deux plus puissants sorciers de leur époque, n’aurait-il pu trouver une meilleure défense ? Ses yeux semblaient fixés sur quelque chose que lui seul pouvait voir, et son visage, habituellement figé et volontairement aussi inexpressif qu’un masque de cire, semblait maintenant refléter toute la détresse du monde. Après quelques minutes d’un silence pesant que son vis à vis ne songea même pas à rompre, il recommença à parler d’une voix étouffée.

« Il avait commis une terrible imprudence l’été dernier, la malédiction qui avait détruit sa main se répandait peu à peu dans tout son organisme, sans que je puisse faire autre chose qu’en ralentir légèrement la progression. Il n’avait plus que quelques mois à vivre. Alors il m’a fait jurer, lorsque le moment serait venu, de l’aider à abréger ses souffrances… Un acte de compassion, disait-il, qui en outre allait permettre à nos forces de faire coup double en confortant définitivement ma position auprès du Seigneur des Ténèbres. Son idée était que, lorsqu’il aura complètement pris le pouvoir, ce qui ne saurait tarder, et investi Poudlard, il ne pourra pas me refuser de m’en nommer directeur, en récompense de mes bons et loyaux services. Je pourrai ainsi protéger autant que possible les élèves tout en continuant à agir en sous-main de l’intérieur pour faciliter le travail de l’Ordre. Il… Il avait l’art de présenter les choses de manière tellement irréfutable et convaincante… J’ai fini par accepter ! J’ai essayé plusieurs fois de le faire changer d’avis par la suite. Jusqu’au dernier moment… D’ailleurs Potter était dans l’escalier de la tour ce soir-là, il a surpris notre dernière conversation, mais je suppose que comme à l’accoutumée, il a interprété ce qu’il a entendu de travers, surtout venant de moi. Albus était très affaibli, mais sa volonté semblait se renforcer en proportion inverse, et il n’a jamais rien voulu entendre. 

Un pli amer, presque désespéré barra son visage.

« Bien sûr, j’aurais pu désobéir, Draco seul n’aurait jamais eu le courage d’aller jusqu’au bout. Mais Bellatrix et Greyback étaient présents au sommet de la tour, et malgré tout son courage, ce qu’il craignait le plus c’était justement de tomber entre les mains de ces deux là. Lorsqu’il m’a supplié, c’était de l’achever, et j’ai su que je ne pouvais pas faire autrement que de tenir mon serment. C’est de loin la tâche la plus difficile qu’il m’ait jamais demandé d’accomplir et s’il ne m’avait pas confié une autre mission, je… 

Il s’interrompit, la voix brisée. Il ferma les yeux, accomplissant un effort visible pour reprendre le contrôle, avant de continuer d’un ton plus ferme.

« Evidemment, je ne suis pas assez bête pour espérer que tu me croies sur parole, mais je peux te prouver que je dis la vérité, poursuivit-il en approchant sa baguette de sa tempe. Il déposa la substance argentée qu’il venait de recueillir dans une Pensine d’obsidienne, qu’il tira d’un placard.

« Je ne peux malheureusement pas te dévoiler le plan complet échafaudé par Albus, ce serait trop risqué, au cas où tu te ferais prendre, mais puisque je t’ai parlé de cette partie, je peux aussi bien te montrer que je ne mens pas. Tu es un expert en Défense contre les Forces du Mal, tu es bien placé pour savoir détecter si ces souvenirs sont réels ou modifiés, mais s’il te fallait une preuve supplémentaire, tu dois bien te douter que je ne donnerais pas cher de ma peau  si le Seigneur des Ténèbres avait ne serait-ce qu’une ombre de soupçon de tout ça. En te confiant ce secret, c’est ma vie que je mets entre tes mains. »

—Ca pourrait être un piège… tout le monde sait à quel point tu es un excellent Occlumens.

—Et qui servirait à quoi ? Je ne désire pas rentrer en grâce au sein de l’Ordre, je ne te demanderai jamais aucun renseignement, et même si tu en arrives à me croire, tout ceci devra rester entre nous, tout le monde devra continuer à penser que je suis un traître et un assassin. C’est à ce prix seul que le plan de Dumbledore pourra fonctionner. J’aurais pu t’abandonner en pleine campagne et te laisser te débrouiller, tu n’aurais jamais su qui t’avait amené là. J’aurais pu ne pas m’en mêler et te laisser te transformer en plein Londres au risque que tu dévastes un quartier entier, l’Ordre en aurait pris un sacré coup ! Si j’ai décidé de t’aider, et de te parler, c’est parce que je pense vraiment qu’il est important que je garde un contact parmi vous, même s’il reste secret. Lorsque je t’ai aperçu hier soir, j’y ai vu comme un signe. Nous n’avons peut-être jamais été, et nous n’aurons sûrement jamais l’occasion de devenir vraiment amis, ne serait-ce que parce que je ne pense pas survivre à cette guerre, mais je sais que tu es quelqu’un de loyal, en qui on peut avoir confiance. 

Lupin considéra la Pensine. Snape était un homme méfiant, il n’avait pas choisi l’objet au hasard. L’obsidienne dans laquelle elle était façonnée aurait repoussé comme un bouclier l’énergie négative émanant d’un souvenir falsifié, même très habilement. Une pierre ayant le pouvoir de conjurer les maléfices et qui ne pouvait être ensorcelée par magie noire. Après plusieurs longues minutes de silence, il hocha brièvement la tête et s’approcha de la vasque. Lorsqu’il releva le visage et que ses yeux plongèrent dans ceux de Severus, ils exprimaient une compassion qui fit se durcir les traits de son vis-à-vis.

—Je ne veux pas de ta pitié !

—La compassion n’est pas de la pitié, Severus, mais un tel secret… un tel poids à porter tout seul… Et je devine que ce n’est qu’une infime partie de tout ce que tu peux avoir fait pour lui… Pour nous tous… Je me demande combien d’autres hommes auraient pu…

—Je ne te demande pas de me plaindre et encore moins de m’admirer, j’ai fait ce qu’il fallait que je fasse. Comme nous en avons tous fait le serment. Albus a payé un prix bien plus élevé.

—Je me le demande…

—Là n’est pas la question, Remus. Je veux que tu me jures sur ce que tu as de plus cher de ne révéler ça à personne. Jure-le ! Une personne au courant, c’est déjà trop.

—Je suppose que tu avais du exiger le même serment de Dumbledore ?

—Et il a tenu parole !

—D’accord. Je te le jure !

—Sur ce que tu as de plus cher ? Sur… Nymphadora ?

—Comment…

—Peu importe comment. D’ailleurs, laisse-moi te dire au passage, que tu es un parfait  crétin. Tonks est tout à fait capable de gérer ton… petit problème. Alors ?

—Je te le jure. Sur mon honneur et sur mon… amour.

Le Maître des Potions plongea son regard dans les yeux de son vis-à-vis comme s’il voulait sonder son esprit, et dans un éclair, Lupin comprit que c’était exactement ce qu’il était en train de faire, il aurait du se douter qu’il n’était pas seulement un grand Occlumens. Il était aussi un Legilimens d’exception. L’intrusion avait été si inattendue qu’il n’eut pas le temps de tenter de la repousser avant que les yeux sombres ne le libèrent, aussi soudainement qu’ils avaient pris possession de lui, ne lui laissant qu’une vague impression de malaise. Snape ne chercha ni à cacher ni a nier ce qu’il venait de faire.

—Désolé, c’était nécessaire. Ne cherche pas à me contacter, ne prends jamais ma défense. Si je dois te dire quelque chose, je m’arrangerai, moi, pour te faire parvenir un message. Si tu le peux, va passer tes samedi soir à l’endroit où nous nous sommes rencontrés.
Ah, encore un point : je serai certainement encore très souvent obligé de faire certaines choses qui ne feront pas remonter ma côte de popularité, qui te feront même douter de moi, mais j’essayerai de limiter les dégâts au maximum. Souviens-toi que tu dois toujours absolument avoir l’air de me haïr autant, sinon plus qu’avant… N’hésite surtout pas à en rajouter ! Au point où j’en suis…
Bien, reprit-il après un léger silence « je vais aller nous chercher quelque chose à manger, et je pense que nous avons tous les deux besoin de repos. Si tu veux accepter mon hospitalité tu es le bienvenu… Tiens, reprends ta baguette. »

—Tu…

—Je te fais confiance, Remus, et malgré mes erreurs passées, ou peut-être grâce à elles, je crois être devenu un assez bon juge de l’esprit humain. Si je me trompe, et bien… Tant pis pour moi !

Lupin grimaça.

—Tu es surtout devenu un bon Legilimens ! J’apprécierais énormément que tu ne recommences pas trop souvent ce petit numéro, mais j’accepte ton hospitalité. Il jeta un regard à travers les rideaux. Ils avaient passé une grande partie de la journée à parler, le soir commençait à tomber. « Je partirai demain matin ».

Depuis que Snape lui avait révélé son secret, il brûlait d’en découvrir un peu plus sur l’homme qui se cachait derrière  la froideur glaciale du Maître des Potions qui terrorisait  les élèves et une bonne partie du personnel de Poudlard. Débarrassé de sa redingote d’un autre siècle et de ses robes de professeur, il paraissait plus accessible, plus jeune aussi, malgré l’épuisement qui creusait profondément ses traits. Ils avaient le même âge et la vie ne les avait épargnés ni à l’un ni à l’autre, mais le loup garou avait eu des amis, Dumbledore lui avait donné une chance de pouvoir faire les mêmes études que les autres, d’avoir une vie presque normale. Il avait été aidé, soutenu dans ses épreuves, il avait même le bonheur d’être aimé, même s’il essayait de repousser cet amour de toutes ses forces…

Qu’avait reçu Severus en partage ? Lorsqu’ils étaient gamins, il ne parlait jamais de sa famille et restait toujours à l’école pendant les vacances, il aurait tout aussi bien pu être orphelin, personne ne s’en était jamais soucié. A Poudlard, le jeune sang-mêlé avait mis du temps à être toléré, sinon accepté par les autres Serpentards, et la petite bande qui se surnommait ‘les Maraudeurs’ l’avait humilié et maltraité pendant toutes ses études, sans aucune raison vraiment valable. Aussi loin qu’il s’en souvienne il l’avait toujours connu amer et solitaire. Sa seule amie, la seule personne avec qui il arrivait à se détendre un peu, à laisser tomber ses défenses, la seule qui arrivait parfois à lui arracher un de ses rares sourires, était Lily Evans. Lorsqu’il était avec elle, il était presque méconnaissable. Mais même cette amitié, James Potter avait réussi à la lui prendre.

Remus réalisait soudain à quel point il avait du souffrir de cet isolement, il pouvait comprendre que l’adolescent se soit laissé séduire par le premier groupe qui lui avait tendu une main qui semblait amicale, même si en réalité elle était simplement intéressée, et il ne l’en admirait que plus d’avoir réussi à s’en détourner avant qu’il ne soit trop tard. Il se demandait si Dumbledore avait alors eu un moyen de pression sur lui, ou si son revirement était dû à une autre raison. Rétrospectivement, il se sentait honteux de la façon dont lui-même avait pris part, même passivement, aux brimades que ses trois amis s’acharnaient à lui faire subir.

Ils avalèrent leur repas frugal en silence. L’homme en noir avait repris son expression figée, même son regard paraissait maintenant vide, absent, comme si toute vie l’avait abandonné. Après avoir expédié, d’un coup de baguette, la vaisselle sale dans la cuisine, il fit apparaitre  plusieurs couvertures et coussins sur le canapé avant de se diriger vers l’escalier qui menait à l’étage. Un pied déjà posé sur la première marche, il se retourna.

—Qu’est ce que tu faisais dans ce pub ?

—Comment ?

—Tu as très bien entendu, c’était le soir de la pleine lune, et même avec une dose suffisante de tue-loup, la transformation est inévitable, alors je répète : qu’est ce que tu faisais dans ce pub ?

—Je… Après la mort de Dumbledore et ta… Trahison, il fallait mettre d’urgence des choses au point. Ce soir-là, nous avions eu une réunion au bureau des Aurors, moi, Shacklebolt, Fol Œil, Arthur et… Tonks, au sujet du quartier général de l’Ordre. Tu comprends, avec la disparition d’Albus, nous étions tous devenus Gardiens du Secret, y compris toi… Ensuite j’avais l’intention de rentrer directement chez moi pour m’enfermer, comme chaque mois. Mais en sortant, j’avais besoin de… Je me suis juste arrêté pour boire un verre, en passant.

—Et tu t’es laissé aller à en boire plusieurs… Vraiment malin, un soir comme celui-là, qui plus est dans un lieu public, connu et fréquenté aussi par un bon nombre de partisans du Seigneur des Ténèbres !

—J’ai été stupide, je le reconnais.

—C’est vraiment peu dire ! Et je ne parle même pas des conséquences que cela pourrait avoir eu pour notre cause si un Mangemort t’avait trouvé avant moi, dans l’état où tu étais ! Je te le répète, tu es le roi des imbéciles. Ta petite Auror gère tous les jours des cas bien plus difficiles que le tien, tu devrais y réfléchir sérieusement, la vie est courte et les temps sont incertains… Et de plus, ça t’éviterait d’avoir des comportements aussi irrationnels que dangereux, pour toi et pour les autres.

Il tourna les talons et commença à gravir l’escalier, laissant un Lupin stupéfait. Severus Snape s’occupant du ‘courrier du cœur’ ? On marchait sur la tête ! Aussi loin qu’il s’en souvienne, personne ne lui avait jamais connu ni attachement ni liaison, et c’était la deuxième fois en quelques heures qu’il lui donnait, à mots couverts, des conseils pour gérer sa vie sentimentale… Que pouvait bien connaître une telle statue de glace à l’amour ?

Le lendemain matin, Snape lui ouvrit l’accès à l’appentis afin qu’il puisse transplaner. Ce n’est qu’après s’être matérialisé dans son meublé minable qu’il se rendit compte que le maître des potions ne lui avait donné aucune indication sur l’endroit où il avait passé les deux dernières nuits et la journée de la veille. Même s’il l’avait voulu, il n’aurait pas réussi à y retourner. Visiblement, sa confiance avait ses limites !

TBC

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