Le veilleur dans l’ombre -9-

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, R.Lupin, et les autres… Résumé : Après la mort de Dumbledore… Je sais, ce n’est pas grand chose, mais ça résume assez bien la situation

Les ombres du passé

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—Professeur Snape ? Directeur ? Severus sursauta. La bougie s’était éteinte, et la pièce n’était plus éclairée que par les pâles rayons de la lune, qui redessinaient d’un éclat froid et bleuté les surfaces des meubles qui se fondaient dans la pénombre. Il jeta un œil autour de lui, étonné de se retrouver dans le bureau de Dumbledore. Son bureau ! Il frissonna, ramena autour de lui les pans de sa robe de professeur, et d’un coup de baguette, ralluma le feu qui était mort dans la cheminée. Il se rappelait s’être assis dans le fauteuil près de l’âtre, en fin d’après-midi, dans l’intention de se reposer un instant avant de se remettre au travail. Il faisait maintenant nuit noire et un silence presque irréel planait sur le château. Trop d’épuisement au service de deux maîtres d’une exigence sans pitié, trop de nuits sans sommeil à chercher encore et encore comment sauver le gamin, avaient eu raison de sa résistance. Il ne se rappelait plus de la sensation d’être allongé dans un lit, de pouvoir enfin reposer ses membres et son esprit fatigués. Il avait engagé une course folle contre le temps, une course qu’il devait gagner à tout prix. Avec une grimace douloureuse, il déplia ses articulations malmenées, et se leva pour aller se poster devant la haute fenêtre vitrée. L’épaisse couche de neige qui recouvrait les toits et la campagne environnante donnait à l’atmosphère cette ambiance feutrée si caractéristique. S’il avait eu le temps, et l’état d’esprit adéquat, il aurait admiré l’apparente sérénité du tableau qui s’offrait à lui. Un temps idéal pour un Noël à somnoler dans la chaleur des immenses cheminées de la grande salle, un lait de poule,  ou un grog bien bouillant à portée de main avec en arrière-plan le joyeux bourdonnement des conversations plus ou moins décousues d’après réveillon. Cette année les élèves et les professeurs étaient  tous rentrés chez eux, et les cheminées resteraient froides, ainsi en avait-il décidé. Peut-être pourraient-ils ainsi passer un Noël presque serein, loin de l’ambiance sinistre et écrasante qui régnait maintenant à Poudlard. —Directeur ? Cette fois, il avait bien entendu. Il se tourna dans la direction d’où venait la voix. Il avait toujours du mal avec son nouveau titre. Pour lui, le directeur de Poudlard ne pouvait être qu’Albus Dumbledore. Mais Dumbledore était mort. Et c’était lui qui l’avait tué. —Black ? —Je suis désolé de troubler votre repos, professeur Snape, mais j’ai des nouvelles de nos jeunes amis, et j’ai pensé que vous voudriez être mis immédiatement au courant. —Vous avez bien fait. Avez-vous appris où ils sont ? Je me demande encore comment ces gamins ont réussi à passer au travers des mailles du filet, après leurs exploits au ministère ! —Apparemment, il semblerait que Mr Weasley ait abandonné le navire, mais je n’ai pas réussi à savoir ce qu’il s’était au juste passé. Dumbledore qui faisait semblant de somnoler dans son cadre, sursauta et rajusta ses lunettes, qui avaient glissé sur son nez. —Vous en êtes sûr Phineas ? —Comment voulez-vous que je puisse être absolument certain de quoi que ce soit, Albus, coincé au fond d’un sac la majeure partie du temps, et un bandeau sur les yeux lorsqu’ils daignent accepter de m’en sortir pour essayer de me tirer les vers du nez ? Ils ne me font pas de confidences, mais j’ai surpris quelques mots qui pourraient indiquer qu’il y a eu une dispute. —Allons, allons, Nigellus, ne vous fâchez pas. Si ce n’est qu’une dispute, c’est un moindre mal. Au moment où nous parlons, le jeune Weasley est peut-être déjà revenu auprès de ses amis, sinon il rentrera sûrement chez lui, guérira miraculeusement de son éclabouille et nous le verrons réapparaître à la rentrée de janvier. Avez-vous eu des échos officiels, Severus ? —Non. Il semble qu’ils aient au moins l’intelligence de changer régulièrement de place, et pour le moment ils ont réussi à échapper aux Rafleurs. Il se tourna de nouveau vers le portrait de Phineas Black et répéta sa question : « avez-vous appris où ils sont ? » —Pas où ils sont, non, mais où ils comptent aller. Ce soir, la Sang-de… Un regard féroce du Serpentard fit mourir le mot sur sa bouche «  Pardon, Miss Granger avait mal refermé son sac, et j’ai ainsi réussi à surprendre quelques bribes de conversation. Ils ont décidé de se rendre à… Il hésita plusieurs longues secondes avant de finalement lâcher, d’une voix étouffée. «  Godric’s Hollow… » Le temps se suspendit dans un silence de plomb, puis il y eut comme un hoquet, suivi d’un halètement laborieux. —Severus ! Le Maître des Potions, pâle comme la mort s’agrippait au rebord du bureau, il semblait sur le point de s’effondrer. Dumbledore s’était levé, une main appuyée au bord de son cadre, comme s’il avait voulu en sortir, et semblait désespéré de ne pouvoir rien faire. —Severus ! Reprenez-vous mon petit ! Les doigts de l’homme en noir étaient crispés sur le bois du meuble à faire blanchir ses articulations, sa tête pendait sur sa poitrine comme s’il n’avait plus la force de la soutenir. Ses cheveux cachaient son visage mais ses épaules étaient secouées de spasmes violents, et sa respiration était bruyante et saccadée. —Severus ! Regardez-moi, Severus ! Ordonna Dumbledore. Au bout d’un très long moment, Snape leva un visage décomposé et suppliant vers le tableau qui trônait à la place d’honneur, derrière le majestueux bureau qui avait été, qui était toujours, pour lui, celui du vieux mage. Albus le regardait d’un air triste et inquiet. Il s’en voulait de ne pas avoir envisagé cette éventualité. Il aurait dû se douter qu’Harry voudrait tôt ou tard se rendre là où tout avait commencé. Il s’en voulait d’être obligé d’imposer cela entre toute autre chose à son protégé. Severus avait déjà tellement souffert ! Il n’hésita cependant qu’un très court instant, cette guerre ne se gagnerait pas avec des bons sentiments et de la sensiblerie. Il occulta volontairement toute allusion à ce qui s’était passé à Godric’s Hollow seize ans plus tôt. —Il semble logique qu’ils aient pensé qu’ils pourraient trouver l’épée au berceau même de la famille Gryffondor. Je suis désolé, Severus… —Vous… Vous ne pouvez pas… Je vous en supplie, Albus… Je… Je sais que j’ai juré, mais ça, c’est… Je… Je ne peux pas ! … Albus… ! La supplique avait quelque chose de si poignant, venant de cet homme qui réussissait à toujours rester tellement maître de ses émotions, que Dumbledore en fut ébranlé. Il aurait pensé qu’après tout ce temps… Mais même après seize ans, la plaie était manifestement toujours à vif et sa souffrance toujours aussi présente. Ce garçon, ce garçon perdu, ce garçon secret et solitaire, qui avait un jour remis son âme égarée entre ses mains, qu’avait-il fait pour lui ? Il lui avait promis de protéger Lily, et Lily était morte. Il avait alors cyniquement profité de son désespoir pour imposer une tâche écrasante à ce tout jeune homme à peine sorti de l’adolescence, sous prétexte de lui donner une raison de continuer à vivre. A l’époque, il s’était justifié à ses propres yeux en se disant que Severus aurait repoussé tout geste de compassion, toute tentative de réconfort… Et peut-être l’aurait-il fait, mais était-ce une raison suffisante ? Il avait choisi la voie de la facilité, il avait préféré fermer les yeux sur la profondeur de sa détresse. Valait-il mieux que Tobias Snape ? Que tous ceux qui l’avaient maltraité, rejeté, exploité, au fil des ans ? Valait-il mieux que Voldemort ? —Vous êtes absolument certain d’avoir bien entendu, Phineas ? Nigellus Black, avait abandonné son air arrogant et regardait le Maître des Potions avec une compassion non dissimulée. Il connaissait l’histoire. Il avait été témoin de bien des choses dans ce bureau, mais la scène qui avait eu lieu seize ans auparavant, après la mort des Potter, avait laissé une empreinte particulièrement profonde sur tous les habitants des tableaux accrochés sur ces murs. —Hélas oui, Albus, je n’ai aucun doute. —Je suis vraiment désolé, Severus. Répéta le vieil homme dans un soupir. Ce dernier s’était redressé, un ressentiment mêlé d’amertume se lisait sur ses traits, mais il avait maintenant l’air déterminé. Comme s’il venait de prendre une décision. —Vous… Vous… Pendant seize ans, je vous ai obéi sans discuter, j’ai fait tout ce que vous m’avez demandé. Pour ce qu’elle valait, je vous ai offert tout ce qu’il restait de ma vie, vous avez déchiré mon âme en m’obligeant à vous tuer. Mais sans le savoir, vous m’avez donné quelque chose, en m’imposant la responsabilité de cet enfant. Une tâche dont je ne voulais pas, parce que je ne voulais pas en arriver à haïr le fils de la femme que j’aimais, parce qu’il était aussi le fils de mon ennemi… Un jour, vous m’avez demandé si j’avais fini par m’attacher à Harry. Et bien oui, je l’avoue, j’en suis arrivé à… l’aimer d’une certaine manière, je suppose. Et je ne vous laisserai pas envoyer cet enfant à la mort sans rien faire. Vous voulez m’obliger à revenir à Godric’s Hollow, et bien je vais y aller, et je vais sauver Harry. Je ne suis pas resté inactif depuis que vous m’avez appris qu’il était devenu lui-même un Horcruxe, et je pense avoir trouvé le moyen de le débarrasser de cette malédiction. —Co… Comment savez-vous ? Un rictus ironique étira les lèvres du Maître des Potions. —Je suis un expert en magie noire, vous vous souvenez ? Oh bien sûr, je suis beaucoup moins doué que vous dans ce domaine, mais je me débrouille ! J’ai fait des recherches, et j’ai découvert ce que vous m’avez caché, au sujet des Horcruxes. Je sais ce qui peut les détruire et je pense savoir aussi comment débarrasser Potter du parasite qui vit en lui, sans qu’il soit pour autant obligé de mourir. —Voyons Severus, vous savez bien que c’est impossible ! On ne peut pas détruire un Horcruxe sans détruire aussi son contenant. —Vous n’avez pas écouté, Albus ! J’ai dit l’en débarrasser, pas le détruire ! Et cela, c’est possible ! Et ça l’est précisément parce que le réceptacle en question est un être vivant. Il suffit de transférer ce fragment d’âme dans un autre contenant, en l’occurrence, une autre personne… Ce qui est loin d’être une solution parfaite, j’en conviens, mais j’avoue que je ne suis hélas pas encore arrivé à résoudre le problème qui permettrait d’utiliser un objet inanimé, ou même un animal. Je reconnais que c’est risqué, mais je pense pouvoir y arriver. Dumbledore semblait stupéfait. —Un échange… Les limbes… Oui, bien sûr, comment n’y ai-je pas pensé moi-même ? Mais pour que cela puisse fonctionner, le ‘receveur‘ devrait obligatoirement être pleinement consentant… Je suppose que vous avez donc prévu que ce serait… Vous-même! Mais même si vous y parveniez, ce serait beaucoup trop risqué, Severus. Une part de Voldemort  vivant en vous, qui sait les incidences que cela pourrait avoir sur votre esprit ? Votre Occlumencie serait-elle encore suffisante ? Votre couverture pourrait être compromise, vous pourriez être découvert à tout moment. —Vous m’avez confié une mission il y a seize ans, Albus. Je vous ai juré de protéger le fils de Lily, de le protéger contre tous les dangers qui pourraient le menacer. Et aujourd’hui, cela vous inclut aussi. Je peux le sauver. Je peux y arriver. Je refuse la fatalité. Je refuse qu’il ait à subir le sort que vous lui avez réservé. —Vous ne pouvez pas faire ça, Severus ! —Oh que si ! Non seulement je le peux, mais je vais le faire. Et vous n’avez aucun moyen de m’en empêcher. C’est la meilleure, la seule chance de survie d’Harry. —Mais vous… Même en admettant que vous réussissiez, vous… —Voilà qui est très émouvant, Albus. En êtes-vous venu à vous soucier d’épargner une vie, même lorsqu’il s’agit de la mienne ? —Severus ! Le ton était comme étouffé… Y avait-il une nuance de remords dans la voix ? —Croyez-vous que j’ai un seul instant pu penser que je survivrais à cette guerre, Albus ? Lorsque le moment sera venu, c’est moi que le Seigneur des Ténèbres devra tuer de sa propre main, et croyez-moi, je saurai trouver les arguments pour qu’il le fasse. Snape s’approcha du portrait de Dumbledore en murmurant une formule. Le cadre pivota, dévoilant une niche dans laquelle brillait l’épée de Gryffondor. Attrapant un plaid qui trainait sur un fauteuil, il en enveloppa la relique qu’il glissa dans une poche intérieure de la cape de voyage qu’il venait de jeter sur ses épaules. —Pour une fois, Albus, vous n’aurez pas le dernier mot. Et il sortit en claquant la porte, sans laisser à l’occupant du portrait la possibilité de lui répondre.

TBC

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