Le veilleur dans l’ombre -10-

Harry Potter Add comments

Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, R.Lupin, et les autres… Résumé : Après la mort de Dumbledore… Je sais, ce n’est pas grand chose, mais ça résume assez bien la situation

Retour en enfer

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C’était une carte de vœux des plus banales, paysage enneigé, rouge-gorge voletant parmi les flocons, et feuilles de houx. Remus considéra le parchemin orné que le hibou venait de lui apporter. Sous l’illustration, une simple phrase, tout aussi ordinaire : ‘Joyeux Noël’, mais la signature lui fit froncer les sourcils ‘Godric’. Il avait tout de suite reconnu l’écriture. Pour que Severus commette l’imprudence de lui envoyer un mot manuscrit, même aussi anodin, il fallait que ce soit vraiment urgent. Il sentit son  pouls s’accélérer, il n’était pas revenu à Godric’s Hollow depuis les obsèques de James et Lily. Pour quoi faire ? Que le Maître des Potions lui demande de l’y rejoindre ne l’étonnait qu’à moitié, cela devait avoir un rapport direct avec Harry, et peut-être aussi cette histoire d’Horcruxes. Il s’était d’ailleurs plusieurs fois demandé pourquoi le gamin n’avait jamais posé aucune question sur la première année de sa vie, ni même demandé à voir l’endroit où il avait vécu, et où étaient enterrés ses parents. Debout sur le parvis de la petite église, de laquelle s’échappaient par bribes des bouts de cantiques, lorsqu’un retardataire en entrouvrait la porte pour se faufiler à l’intérieur, Severus hésitait. Il lui fallait trouver un endroit suffisamment tranquille, où il serait certain que personne ne pourrait venir les déranger. Mais il n’était jamais revenu ici, et il ne voyait qu’une possibilité, aussi pénible soit-elle pour lui… Qu’était devenu le cottage ? Existait-il toujours ?  Il doutait que des Moldus aient pu s’y installer, les relents de magie noire qui imprégnaient les lieux auraient suffi à les repousser, même en l’absence de tout autre sort. Non, ce qui le préoccupait, c’était que la maison ait pu être détruite. Il ferma les yeux et prit une profonde inspiration, avant de se mettre en marche, le regard fixe et les mâchoires contractées. Il reconnaissait le chemin, il n’aurait jamais pu l’oublier. Il s’engagea dans une rue, qui le conduisit à une autre, puis à une ruelle plus étroite qui menait à l’orée du village. Le bruit de ses pas résonnait lugubrement dans la nuit. Peut-être était-ce un effet de son esprit subjectif, mais il y avait quelque chose dans l’air. Quelque chose de vicié, et de maléfique, qui le troublait profondément. Pourtant il n’y avait aucune raison logique pour que Voldemort se doute que le gamin serait ici, justement ce soir. Quant à l’endroit lui-même, il ne devait pas lui rappeler d’assez bons souvenirs pour qu’il ait envie d’en faire sa villégiature. Après tout, c’était ici qu’il avait subi sa plus grande défaite. Il avait bien failli y mourir, et il y avait perdu son corps. Il secoua la tête : comme si le souvenir de ce qui s’était passé ici ne suffisait pas à justifier son sentiment de malaise ! Soudain, il s’immobilisa. Une main de glace s’insinua en lui, s’empara de son cœur et commença à serrer, impitoyablement, de plus en plus fort, jusqu’à le broyer. A présent, il pouvait distinguer une masse sombre au bout d’une allée en friche. La douleur atroce qui irradiait de sa poitrine dans tout son corps le paralysa un instant, lui coupant la respiration et l’obligeant à s’agripper au portail déglingué pour ne pas défaillir. D’un seul coup, le temps s’était effacé. Il se retrouvait seize ans en arrière, et il se demandait s’il aurait le courage de refaire le chemin qui l’avait alors amené jusqu’à la porte d’entrée défoncée. Un écriteau s’éleva soudain du sol au milieu des mauvaises herbes, sur lequel était gravé en lettres d’or : ‘En ce lieu, dans la nuit du 31 octobre 1981, Lily et James Potter perdirent la vie. Leur fils, Harry, demeure le seul sorcier qui ait jamais survécu au sortilège de la mort. Cette maison, invisible aux Moldus, a été laissée dans son état de ruine comme un monument à la mémoire des Potter et pour rappeler la violence qui a déchiré cette famille.’ L’inscription était entourée de dizaines de graffiti magiques des sorciers qui étaient venus voir l’endroit où le Survivant avait échappé à la mort. Il passa devant la pancarte sans y prêter attention, il avançait maintenant comme en état second. Au fond du hall d’entrée, Il distinguait le départ de l’escalier qui menait aux chambres du premier étage, à la nurserie… Il tomba rudement sur ses genoux, il savait qu’il ne pourrait pas aller plus loin. Pas encore une fois. Mais il fut trahi. Il avait l’impression de s’être dédoublé. Agenouillé sur le sol froid, incapable du moindre mouvement,  il se voyait commençant à gravir les marches, dans un silence oppressant uniquement troublé par les pleurs incongrus d’un bébé, que nulle voix ne tentait d’apaiser. Il revoyait le corps de James, en pyjama, pieds nus, les lunettes de travers, tombé en travers du palier. Il revoyait ses yeux grands ouverts, qui fixaient le vide avec encore une expression mêlée d’effroi et d’étonnement. Mort d’avoir été trop confiant. Il n’avait même pas eu de baguette avec lui. Il l’avait encore plus haï d’être mort, que d’avoir été vivant. De n’avoir pas su défendre sa famille. Il se revoyait longeant le couloir obscur, uniquement guidé par la faible lueur d’une lampe, filtrant d’une porte brisée qui pendait de ses gonds. Il savait déjà ce qu’il allait trouver, mais son esprit se refusait encore à l’admettre. Il entendait le grondement du tonnerre, sans savoir si le bruit venait de l’extérieur ou si c’était l’écho de son univers qui s’écroulait. Il sentait ses jambes se dérober, il se voyait tomber, glisser le long du mur, comme au ralenti. Il se rappelait la sensation de mourir, le vide dans la poitrine, le souffle qui n’arrivait plus à franchir les lèvres, le vertige, et l’éclair aveuglant dans la tête. Le néant. Il entendait le hurlement déchirant d’une bête blessée à mort, et il se rendait compte que c’était lui qui criait. Qui ne pouvait plus s’arrêter de crier. Il sentait la brûlure dans ses yeux et les larmes qui ruisselaient sur son visage. Il se revoyait, privé de toute force, incapable de se relever, ramper vers la femme en robe bleue, allongée devant le parc où l’enfant pleurait toujours. Mais qu’importait l’enfant, il ne comprenait pas par quel miracle, mais il était vivant, lui ! Lily… Lily était… Il essayait de l’appeler, mais il n’arrivait plus à parler. Il se revoyait, effondré près du corps inerte, cherchant désespérément un souffle, un battement de cœur. L’entourant de ses bras, tentant de la relever, la serrant contre lui comme s’il avait voulu se fondre en elle pour lui insuffler sa propre vie. Mais il savait déjà qu’il était arrivé trop tard. Il s’était senti sombrer. Il aurait voulu mourir, la mort aurait été si douce… Trop douce. Il n’avait droit à aucun pardon, aucune rédemption. Il devait expier, aller jusqu’au bout de l’enfer, jusqu’au bout de sa vie. Alors il avait fermé ses yeux, avec la certitude atroce de ne jamais plus revoir le regard d’émeraude qu’il avait tant aimé. Et il était resté là, une éternité, berçant entre ses bras le corps sans vie de son unique amour, en hurlant sa peine et son désespoir à la nuit… Il ne les avait pas entendus arriver. Dumbledore avait pris l’enfant dans ses bras et l’avait emporté. Plus tard, il avait su qu’il l’avait confié à Hagrid qui était reparti aussitôt. Il avait ensuite fallu de très longues minutes au vieux sorcier pour parvenir à atteindre son esprit, et de plus longues encore pour arriver à lui faire desserrer les bras et reposer Lily sur le sol, avant de le faire transplaner de force avec lui. Devant le portail du château, il s’était effondré, secoué de nausées et de tremblements incontrôlables. Il lui semblait flotter dans une brume épaisse, ou plus rien ne pouvait l’atteindre, que la conscience aigüe que Lily était partie. A jamais. Au bout d’un très long moment, il avait pu distinguer, comme venant de très loin, la voix du vieux mage qui psalmodiait des incantations, une main posée sur son front, alors il l’avait laissé le guider, comme un enfant perdu, jusqu’à son bureau… Il sursauta, brutalement arraché à son cauchemar éveillé. Une main s’était posée sur son épaule. Il s’aperçut qu’il était toujours à genoux dans le hall. Les pleurs de l’enfant s’étaient enfin tus. Il leva la tête et il revint brusquement à la réalisé en rencontrant le regard interrogatif de Lupin.

TBC

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