Le veilleur dans l’ombre -13-

Harry Potter Add comments

Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, R.Lupin, et les autres… Résumé : Après la mort de Dumbledore… Je sais, ce n’est pas grand chose, mais ça résume assez bien la situation

La biche argentée

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C’était comme si des centaines d’aiguillons de guêpes s’étaient plantés à la fois dans sa poitrine. Il sentit son corps s’arquer avant de retomber mollement sur une surface souple. Il aspira goulument une grande bouffée d’air qui lui brûla les poumons, et ouvrit les yeux. —Il revient ! Harry ! Tu m’entends ? —Harry ! Tu peux parler ? —Remus ? Hermione ! Ou sommes-nous ? —On t’expliquera, il faut d’abord que tu boives ça ! Hermione lui tendait une fiole de potion. —Qu’est-ce que… —Il va vraiment falloir que tu perdes cette manie de toujours tout discuter ! Fit Lupin en se pinçant l’arête du nez et en fermant les yeux d’un air las. « Bois, on parlera après ! » —Je ne… Le coup d’œil exaspéré qu’échangèrent Hermione et Remus ne lui échappa pas, la jeune fille avait l’air furax et il préféra ne pas en rajouter pour le moment, se contentant de vider le flacon qu’elle lui avait tendu, avant de se laisser retomber sur son oreiller. —Tu es fatigué, tu devrais dormir un moment, maintenant. Il était vraiment épuisé, une douleur lancinante lui vrillait la poitrine. Il aurait voulu leur poser des questions, mais ses yeux se fermèrent sans qu’il puisse résister et il s’endormit. Hermione jeta un coup d’œil approbateur à la baguette que Remus avait discrètement pointée sur lui. D’un même mouvement, ils se tournèrent vers l’homme qu’ils avaient allongé sur le deuxième des deux matelas que le loup garou avait fait apparaître afin qu’ils soient plus confortablement installés. Lupin pointa sa baguette vers lui. —Enervatum ! —Je doute que ça suffise. Il est parti depuis plus longtemps qu’Harry, et le délai est presque écoulé. Défaites le haut de son habit. Lupin obéit sans discuter, il n’était pas à l’aise avec ce matériel moldu. Il avait les mains moites et ses doigts s’agaçaient sur les trop nombreux boutons de la redingote. S’il laissait bien volontiers la direction des opérations à Granger, il ne pouvait s’empêcher d’être nerveux : elle était certes désarmée et a sa merci, et il avait neutralisé Harry, mais maintenant que celui-ci était hors de danger, allait-elle vraiment aider Snape ? Un courant mystérieux avait eu l’air de passer entre eux, et il avait décidé de lui faire confiance, mais la haine accumulée au fil des années pour le Maître des Potions n’allait-elle pas finalement prendre le dessus ? Il tenta de se rassurer en se persuadant que c’était surtout Harry qui le haïssait, et que la jeune fille, si compatissante pour tous les êtres vivants, ne pouvait pas délibérément le laisser…Mourir ? Rester mort ? Sans rien faire. Ne serait-ce que par intérêt scientifique. Ils restèrent un moment sans voix devant la poitrine exposée du Maître des potions. Qu’avait-il donc eu à subir qui justifie toutes ces cicatrices ? Etait-ce auprès de Voldemort qu’il les avait récoltées ? La plupart n’avaient pas l’air d’être des blessures reçues au combat, elles étaient bien trop régulières. Avait-il été torturé ? Lupin se souvint d’une nuit, à l’époque où il s’était porté volontaire pour assurer les permanences de l’Ordre, square Grimmaurd avec Sirius, peu après le retour de Voldemort. A l’époque, l’espion, arrivé deux heures après les autres auprès de son ‘Maître’, avait eu du mal à le convaincre de sa loyauté et devait encore lutter pour retrouver une place de premier plan parmi les Mangemorts. Lorsqu’il avait entendu la porte s’ouvrir, en pleine nuit, il s’était précipité, et s’était retrouvé face à un Snape couvert de sang, tenant à peine sur ses jambes, mais qui l’avait regardé d’un air si farouche en lui ordonnant d’une voix éteinte de retourner se coucher, qu’il n’avait pas osé insister. Il s’était dissimulé dans un renfoncement, derrière la porte de la cuisine où s’était enfermé l’espion. Il avait entendu s’ouvrir les portes du placard où ils gardaient les remèdes et les potions qu’il préparait pour eux régulièrement. Il avait entendu le bruit d’une chaise renversée, puis celui, plus sourd, d’un corps tombant à terre, et celui du verre brisé. Il avait entendu des gémissements de douleur et ce qui ressemblait à… des sanglots étouffés… Il aurait dû intervenir, forcer Severus à accepter son aide, il avait choisi la couardise, il avait préféré fuir, il était remonté dans sa chambre, mais il n’avait pas pu trouver le sommeil. Combien y’avait-il eu d’autres nuits comme celle-là, dont personne n’avait jamais rien su ? Et c’était cet homme, que tous traitaient de lâche ! A combien de souffrances, physiques et morales, avait-il été soumis au service de Voldemort et de Dumbledore ? Lupin ne s’était jamais fait d’illusions sur ce dernier, il était aussi impitoyable dans son genre que le mage noir. Qu’avait bien pu faire Severus dans sa jeunesse, pour accepter d’en payer en silence, depuis tant d’années, un prix aussi inhumain ? Les coupables des plus grands crimes commis durant la première guerre avaient tous été identifiés, et punis en conséquence. Il avait peut-être été leur complice, la naïveté n’était pas de mise, Severus était un Mangemort, il avait forcément du sang sur les mains, ou du moins sur la conscience. Mais il n’avait pas directement participé aux opérations. Même les délateurs les plus zélés n’avaient pas cité son nom parmi ceux des exécutants des basses besognes. Et aussi utile lui ait-il été, Dumbledore n’aurait pas apporté un soutien aussi absolu à un criminel de leur acabit, alors que Voldemort avait disparu et qu’il n’y avait donc plus rien à espionner. Au bout de sept essais infructueux avec le défibrillateur, ils commençaient à désespérer de pouvoir ranimer Severus. Le délai arrivait à son terme, mais Hermione, refusait de s’avouer vaincue. Les larmes aux yeux, en désespoir de cause, elle commença un dernier massage cardiaque énergique par un grand coup de poing dans la poitrine de l’espion. —Réveillez-vous Severus Snape ! Vous m’entendez ? Revenez sombre crétin irresponsable ! Battez-vous ! Vous ne pouvez pas nous faire ça ! Pas maintenant ! Pas après tout ce que vous avez traversé ! Vous n’avez pas le droit ! Vous allez revenir espèce de stupide imbécile ! Vous… Au moment où Lupin, ayant perdu tout espoir, s’approchait d’elle pour l’éloigner du corps inerte, un hoquet suivi d’une inspiration laborieuse l’interrompit. Remus posa les doigts sur le cou du Maître des Potions. —Je sens un pouls ! Un soupir de soulagement jaillit de leurs deux poitrines et la jeune fille, à bout de forces et de nerfs, éclata en sanglots dans les bras du loup garou. —Ai-je entendu ‘espèce de stupide imbécile’ ? Fit une voix rauque et pâteuse. —Encore heureux que tu n’aies pas entendu le reste… Répondit Remus en souriant. « Mais la méthode à l’air bonne, les atteintes à ton amour propre sont apparemment plus efficaces sur toi que les chocs électriques. Seigneur ! Tu nous as fait une de ces peurs ! Pendant un moment, on a cru qu’on n’arriverait pas à te ranimer ! » La crise de rire nerveux d’Hermione donna le temps à l’homme en noir de finir de se remettre, et de rajuster sa tenue. —J’ai l’impression d’être passé sous un marteau-piqueur. Un Doloris aurait peut-être été aussi efficace, finalement. Enonça-t-il avec une grimace. —Croyez bien que je regrette de ne pas y avoir pensé, professeur ! —Très amusant Granger ! Comment va Potter ? —Il dort, je lui ai ‘suggéré’ de faire un petit somme dès qu’il a eu avalé sa potion. Dit Lupin. « A ce propos, voilà la tienne. » —Merci… Tu as bien fait, il vaut mieux qu’il ne me voie pas. Il se leva, et encore un peu flageolant sur ses jambes s’appuya sur le dossier d’une chaise, le temps de laisser s’évanouir le vertige. « Il y a encore une chose à faire. Normalement, il ne devrait pas se souvenir de grand-chose, voire de rien, mais il vaut mieux mettre une petite mise en scène au point. Il ne doit pas savoir que l’épée vient de moi, et je suppose que les… Hum… Petites aventures de la soirée suffiront à justifier le courage et la bravoure nécessaires pour la mériter… Cela vous concerne d’ailleurs au premier chef, miss Granger. Attendez-moi ici. » —Tu ne vas pas sortir ! Tu viens juste de… —Ressusciter. Que peut-il m’arriver, après ça ? Il récupéra l’épée qu’il avait posée sur le guéridon un peu plus tôt, s’enveloppa dans sa cape et sortit dans la nuit. Il faisait un peu moins noir, les premières lueurs de l’aube n’allaient pas tarder à apparaître,  il n’y avait pas de temps à perdre. Lorsqu’il revint, quelques dizaines de minutes plus tard, son visage portait les traces d’une douleur qui n’avait rien de physique. Mais il arborait un air qui les dissuada de poser la moindre question. Il s’adressa à Hermione. —Vous allez faire transplaner Potter sur la place de l’église, et vous le réveillerez. Là, vous lui suggèrerez de vous rendre au cimetière. Quelqu’un vous y attendra. Il fera bientôt jour, il serait préférable de vous rendre dans un endroit isolé, si possible très loin d’ici, avant de détruire le médaillon. Et surtout n’oubliez pas : pour tous, je dois rester un traitre et un assassin, c’est plus primordial que jamais, pour maintenir ma couverture! Adieu, miss Granger, prenez soin de lui. —Vous ne le détestez pas, n’est-ce pas professeur ? —Je… Prenez soin de lui. Répéta-t-il. « Et prenez soin de vous. » —Merci. Prenez soin de vous aussi, professeur. Au-revoir Remus. Assis par terre, Harry grimaça en portant la main à sa tête. —Qu’est-ce qu’il s’est passé ? —Tu as glissé, et tu t’es un peu sonné en te cognant contre ce poteau. Je pense que nous devrions aller au cimetière avant de partir, tu ne crois pas ? Regarde, ce doit être le portail d’entrée, là, à côté de l’église. Dans les premières lueurs de l’aube, les tombes recouvertes d’une épaisse couche de neige étaient autant de silhouettes fantomatiques, et paraissaient toutes identiques. A part de balayer la couche blanche sur toutes les pierres, il n’y avait aucun moyen de reconnaitre celle qu’ils cherchaient, et à cette heure, le pasteur ou le gardien dormaient du sommeil du juste. ‘’Quelqu’un vous y attendra’’… Hermione regardait autour d’elle, incertaine de ce qu’elle devait chercher. Soudain, ils virent s’avancer vers eux une silhouette argentée qui prit peu à peu la forme d’un grand animal. Le souffle coupé, Harry le contemplait d’un air émerveillé. La jeune fille n’était pas moins surprise, jamais elle ne se serait attendue à ce que le Patronus de Snape soit… —Le… Le Patronus de ma mère était une biche ! … Tu crois ? —Regarde ! Je pense qu’elle veut qu’on la suive. Le gracieux animal avait fait demi-tour, et tournait maintenant sa belle tête vers eux, comme s’il voulait être certain d’être suivi. Les deux adolescents se laissaient guider dans les méandres du cimetière, La neige crissait sous leurs pieds, mais la biche, elle, ne produisait aucun bruit en se faufilant entre les tombes, car elle était uniquement constituée de lumière. Et soudain elle disparut, laissant sa place à un globe argenté qui planait au-dessus d’une tombe sur laquelle était posée une unique rose blanche. Hermione s’avança et déblaya la neige sur la stèle, faisant apparaître une inscription :

James Potter né le  27 Mars 1960 – mort le 31 octobre 1981

Lily Potter née le 30 janvier 1960 – morte le 31 octobre 1981

Le dernier ennemi qui sera détruit c’est la mort.

Harry lut lentement ces mots, comme si c’était sa seule et unique chance d’en comprendre le sens, et prononça la citation à haute voix : —Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort… Une horrible pensée lui vint alors en tête, accompagnée d’une sorte de panique. —Ce ne serait pas une idée de Mangemort ? Pourquoi cette phrase est-elle écrite ici ? —Ca ne veut pas dire vaincre la mort à la manière des Mangemorts, Harry. Répondit Hermione d’une voix douce. « Ça signifie… Enfin, tu comprends… Vivre au-delà de la mort. Vivre après la mort. » Harry pleurait maintenant, les larmes coulaient brûlantes sur ses joues, puis gelaient sur son visage, sans qu’il songe à les essuyer. Hermione avait pris sa main et la serrait étroitement. Il ne pouvait la regarder mais il lui rendit son étreinte, respirant profondément, à grande bouffées, l’air de la nuit, essayant de se reprendre, de retrouver le contrôle de lui-même. Hermione leva alors la baguette, que Snape lui avait rendue avant de les quitter, décrivit un cercle dans les airs et ils virent éclore devant eux une couronne de roses de Noël qui alla doucement se poser sur le manteau de neige qui enveloppait le marbre de la tombe. —Je me demande qui a déposé la rose. Dit Harry. Hermione fronçait les sourcils d’un air songeur. Soudain, elle s’agenouilla et déplaçant légèrement la fleur, commença à déblayer la neige juste au-dessous, faisait apparaître une épée d’argent, à la garde magnifiquement ouvragée et ornée de rubis. —L’épée de Gryffondor ! Il ramassèrent l’arme, qu’ils avaient prise, sous la neige, pour la forme d’un crucifix, et après un instant de recueillement, Hermione prit Harry par la taille et les fit transplaner. Deux silhouettes sortirent de l’ombre de la statue derrière laquelle ils s’étaient dissimulés pendant tout ce temps, et s’approchèrent à leur tour de la tombe. —Je ne… Severus ! Tu… Je n’aurais jamais pu imaginer… Je croyais… —Que les Mangemorts ne pouvaient pas produire de Patronus ? C’est vrai. Mais je ne suis plus vraiment un Mangemort depuis bien longtemps. En vérité, je me demande même si je l’ai jamais vraiment été. C’était une erreur d’adolescence, et crois-moi, je l’ai payée bien plus cher que tout ce que tu pourrais imaginer. —Severus ! Le Patronus de Lily était une biche… Seigneur ! Tu… Mmff ! Le Maître des Potions avait convulsivement saisi son bras, qu’il serrait à lui faire mal, mais il n’avait pas l’air de s’en rendre compte. Ses yeux exprimaient une détresse sans fond. Puis il le lâcha tout aussi soudainement, en détournant le regard. —Ne dis plus un mot Remus, je t’en supplie ! Un silence pesant s’installa, que Snape rompit abruptement au bout d’un long moment. —Je voudrais te demander quelque chose… Un… service… Il tira un morceau de  parchemin de sa poche. « Ça ne sert à rien de fermer les yeux, les miracles n’existent que dans les contes, et nous savons tous les deux comment tout cela va fatalement finir, n’est-ce pas ? Je voudrais qu’après… Enfin… Que tu ailles récupérer quelque chose dans un coffre chez Gringotts, il te suffira de leur montrer ça. Tu y trouveras un coffret scellé, il est protégé par un sort, et seul Potter pourra l’ouvrir. Tu le donneras au gamin, il contient mon testament et… quelque chose qui l’aidera peut-être à moins me détester. Et… souviens-toi de ton serment, personne d’autre ne doit être au courant ! Personne, tu comprends ? » —Je comprends, mais c’est risqué. Moi aussi, je peux être tué. Snape passa une main lasse sur ses yeux et son front. —C’est un risque à prendre. Il n’y a pas si longtemps, j’étais seul, avec tout l’Ordre aux fesses, la situation était bien pire. A deux, il y a une chance supplémentaire, mais à plus, il y aurait des dizaines de risques supplémentaires. Entre deux maux… Les deux hommes se regardèrent un moment en silence, puis se tendirent spontanément la main. Ils avaient tous les deux conscience qu’ils ne se reverraient peut-être jamais. Remus transplana le premier, laissant à celui qu’il considérait à présent comme son ami, le temps de faire ses adieux à Lily. Lorsque Severus disparut à son tour, quelques minutes plus tard, la tombe était de nouveau recouverte d’un manteau de neige uniforme, et la rose était devenue rouge.

TBC

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