Le broyeur d’âmes -1-

Harry Potter Add comments

Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Regulus Black, Lily Evans, Albus Dumbledore… et les autres. Résumé : 1er novembre 1981, dans le bureau d'Albus Dumbledore, un homme brisé se prépare à entamer le long chemin qui le conduira peut-être vers sa rédemption. Mais comment en est-il arrivé là?

Jusqu'à la lie

1 Heart2 Hearts3 Hearts4 Hearts5 Hearts (2 votes, average: 5, 00 out of 5)
Loading ... Loading ...

1 er novembre 1981

Dumbledore contemplait l’homme affalé en face de lui sur un fauteuil de son bureau. Pour une fois, il se sentait complètement désemparé, désarmé face à cet abîme de désespoir au fond duquel sa raison menaçait de disparaître. Les évènements s’étaient précipités, et avaient pris une tournure à laquelle il ne s’attendait pas. Les Potter n’auraient pas du mourir ! A quel moment la machine s’était-elle enrayée ? Et pourquoi maintenant, après plus d’un an ?
Black… marmonna-t-il en jetant un coup d’œil rageur à un des nombreux tableaux qui ornait les murs de la pièce, qui représentait un vieil homme assoupi sur un fauteuil. Il n’arrivait pas à croire que Black ait pu trahir ses amis. Et s’il n’agissait pas vite, ce serait bientôt trois morts et non plus deux qu’il aurait sur la conscience. Il reporta son attention sur le jeune homme effondré

Oublié, le maintien étudié, digne, lointain et rigide, que le plus jeune Maître des potions depuis la fondation de l’école avait adopté pour étouffer dans l’œuf toutes velléités de rapprochement qu’auraient pu avoir des élèves à peine plus jeunes que lui, et qui pour certains l’avaient connu encore étudiant lui-même.  Depuis qu’il l’avait guidé, presque porté, jusqu’à ce siège, il gisait là, inerte, affaissé sur lui-même tel une marionnette dont on aurait coupé les ficelles, il avait laissé tomber sa tête sur sa poitrine, et ses longs cheveux noirs masquaient son visage trop pâle. Son corps était traversé à intervalles réguliers de longs frissons, et de tremblements qu’il ne cherchait pas à contrôler, et il s’accrochait aux accoudoirs d’une manière presque désespérée, comme s’il avait peur, s’il les lâchait, de s’écrouler sur le plancher. Les sanglots qui secouaient spasmodiquement ses épaules n’amenaient plus de larmes à ses yeux. Il avait épuisé ses larmes. Et la plainte rauque, inhumaine, qui s’échappait de sa gorge avait de quoi glacer le sang.

Depuis un an, le vieux mage avait peu à peu appris à ‘décoder’ le jeune homme, qu’il n’avait jamais pris la peine d’essayer de le comprendre lorsque naguère, il était encore l’un de ses étudiants.
En bon Gryffondor, il avait alors toujours pris le parti de ceux qui, il fallait bien l’avouer, le persécutaient depuis l’âge de onze ans, et cela même la nuit où Black, déjà lui, était vraiment allé beaucoup trop loin, en l’envoyant à la rencontre d’un loup-garou en pleine transformation, manquant de justesse de provoquer un drame qui aurait pu coûter plusieurs vies. Comment avait-il pu sous-estimer à ce point l’injustice de ses jugements, et les conséquences  qui pourraient en découler.

Il le regrettait maintenant. S’il avait agi autrement à ce moment-là, s’il avait reconnu à leur juste valeur les qualités du garçon, au lieu de le juger d’après sa Maison et son attitude distante. S’il avait été moins partial, peut-être aurait-il pu le garder du bon côté. Mais il l’avait abandonné.

Parce qu’il était un Serpentard.

Parce qu’il était beaucoup trop secret.

Parce qu’il était beaucoup trop sérieux aussi, peut-être… il manquait cruellement de fantaisie à son goût. Il n’avait ni l’assurance d’un James Potter, ni le charme d’un Sirius Black, ni la gentillesse d’un Remus Lupin, toutes choses qui l’incitaient à considérer les frasques des Maraudeurs comme d’innocentes plaisanteries. Seraient-ils allés aussi loin s’il s’était montré plus sévère avec eux ? Tout ce qu’il avait trouvé pour les brider un peu avait été de nommer Préfet le plus raisonnable d’entre eux… sans tenir compte de la dette que celui-ci pensait avoir envers les autres, qui le rendait, lui aussi, beaucoup trop indulgent.

Renfermé, orgueilleux, trop intelligent pour se confiner aux programmes établis et brider le potentiel qu’il avait en lui… Il avait régulièrement surpris le jeune Snape à expérimenter des sorts  de son invention, de plus en plus complexes, et hélas de moins en moins recommandables, au fur et à mesure que les années passaient. Oui, il était doué, très doué… trop doué. Et c’était finalement peut-être la raison pour laquelle il l’avait condamné sans jugement, aussi arbitrairement. Il lui avait rappelé un autre Serpentard, à une autre époque, qu’il n’avait pas su garder sur le bon chemin, et il n’avait pas voulu s’exposer à un autre échec. Alors, il avait choisi la lâcheté, il avait préféré détourner les yeux.

Il avait choisi de ne pas voir les différences.

De ne pas voir sa solitude et son ardent désir d’intégration, Sang-Mêlé dans une Maison où seuls les Sang-Purs étaient vraiment acceptés, là où Tom, qui ne se souciait pas d’être aimé, ou apprécié par ses pairs, ne cherchait que la domination et le pouvoir.

De ne pas voir son travail acharné et sa soif d’approbation par ses maîtres, qui le faisait considérer comme un désagréable ‘monsieur-je-sais-tout’, au profit des ‘sympathiques  cancres’, qui  eux, bénéficiaient de toute leur indulgence souriante… Une fois de plus, il était tombé dans le piège de la séduction… Tom aussi, savait séduire, même s’il avait appris à ses dépends que son charisme n’était qu’une habile comédie. Et il avait dédaigné celui qui n’avait pas su comment lui plaire.

De ne pas voir son regard changer et refléter un amour absolu, lorsqu’il posait les yeux sur la jeune Evans.  De ne pas se rendre compte qu’au moins une personne avait le pouvoir d’apprivoiser son âme tourmentée. Lui qui prêchait le pouvoir de l’Amour n’avait pas su déceler la lumière qui luisait au fond de ces yeux de ténèbres. Le cœur de Tom était inerte et froid comme un bloc de glace, son charme n’était qu’artifice destiné à séduire et à tromper, dans celui de Severus brûlait une braise ardente qui couvait sous la cendre, et qui n’attendait qu’une main tendue pour faire surgir la flamme qui le consumait.

Tom voulait être craint, Severus voulait être accepté, Severus voulait être aimé.

Il avait succombé aux faux attraits du premier, il avait rejeté la fausse froideur de l’autre, et dans les deux cas, il s’était trompé. Non, le grand Dumbledore n’était pas infaillible, mais personne ne devait s’en douter !

Pourtant, il savait…

Il savait que Severus avait attendu quatre ans, avant de rejoindre les rangs du Seigneur des ténèbres.  Quatre longues années pendant lesquelles, lui, avait tout su, tout vu. De ses réticences. De ses hésitations. Du lent cheminement qui, de rejets en humiliations, d’incompréhensions en injustices, l’avait entraîné toujours plus loin sur la pente dangereuse sur laquelle  il s’était engagé. Mais il avait détourné les yeux, refusant de voir sa détresse et sa révolte, refusant d’intervenir, et il l’avait finalement laissé saisir la seule main qui lui ait jamais été tendue. La main de l’Ombre.

Il avait manqué à tous ses devoirs envers ce garçon. En tant que directeur, censé être le guide impartial des jeunes âmes qui lui étaient confiées. Et surtout en tant qu’être humain, tout simplement.

Depuis la nuit où il était venu le supplier, un peu plus d’un an auparavant, sur cette colline isolée et battue par les vents, il l’avait gardé près de lui, d’abord ‘à l’essai’, comme assistant d’Horace Slughorn, qui aspirait à prendre une retraite bien méritée, puis, à la dernière rentrée, comme son successeur. Pendant cette année, il avait réussi, à force de patience, à entrevoir la face cachée du jeune Mangemort, il avait compris que son âme n’était pas encore trop abîmée, et surtout, qu’en dépit de tout, son cœur ne s’était pas desséché. Cet homme avait une capacité à aimer bien au-dessus du commun, mais ne savait pas comment le montrer, en était-il même conscient ? Personne ne lui avait jamais donné les clés, il n’avait jamais connu que la violence et le rejet. Et encore ce soir, il allait devoir lui faire du mal, afin de l’obliger à vivre.

Ce soir, il ne devait pas lui montrer sa compassion. Il fallait qu’il trouve un moyen de le faire réagir, il fallait qu’il lui donne une raison de continuer, et vite ! Sans quoi, il avait bien peur que le jeune homme ne commette l’irréparable. Jamais il ne l’avait vu dans un tel état. Jamais il n’aurait cru pouvoir le voir un jour ainsi. Aussi vulnérable, toutes défenses abattues, toute volonté détruite, tout orgueil abandonné.

La pièce n’était éclairée que par les deux bougies placées sur le bureau, et la vague lueur émanant des braises rougeoyantes du feu prêt à s’éteindre dans la cheminée. La soudaine lumière argentée lui avait fait lever la tête. Il avait immédiatement su que quelque chose de grave s’était produit. Le Patronus se tenait devant lui, muet, immobile, ses grands yeux fixés sur lui dans une expression de détresse insondable, mais aucun message ne s’était échappé du museau de la biche. Deux personnes, à sa connaissance avaient une biche comme Patronus, et les deux étaient susceptibles de courir un danger,  mais il n’avait aucun moyen de savoir où se trouvait le Maître des potions, et il devait en avoir le cœur net. Il avait décidé de se rendre immédiatement à Godric’s Hollow.

L’angoisse lui serrait la gorge alors qu’il se pressait vers les grilles du château et l’aire de Transplanage.  Dès qu’il avait posé les yeux sur le cottage, il avait su qu’il était trop tard.

Lorsqu’il avait pénétré dans la nurserie, avant même d’apercevoir l’enfant, il avait d’abord instinctivement reculé devant le tableau qu’offrait Severus, assis par terre, enlaçant étroitement le corps de Lily, la berçant entre ses bras avec un désespoir sauvage, sourd et aveugle à tout ce qui n’était pas son chagrin. Il s’était senti… déplacé, comme s’il avait surpris une scène intime dont il n’aurait jamais dû être témoin. Il avait immédiatement compris que le jeune homme n'avait pas été là pour accompagner son Maître, qu’il avait essayé d’aider les Potter, au risque d’être découvert… mais qu’il était lui aussi, arrivé trop tard ! Si un an plus tôt il avait pu avoir des doutes sur sa bonne-foi, toute cette histoire de menace sur cette famille aurait pu, après tout, n’être qu’une ruse de Voldemort pour lui faire accepter son espion, devant cet homme brisé, devant l’abîme de souffrance qui s’offrait à ses yeux, il n’eut plus aucun doute sur la sincérité du jeune homme. Personne n’aurait pu jouer aussi bien la comédie de la douleur et du désespoir. D’autant que si les Aurors l’avaient trouvé avant lui, il se serait retrouvé à Azkaban en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Dumbledore avait repensé à la biche. Il était impensable que dans l’état où il était, que le jeune homme ait pu la lui envoyer volontairement. Il se trouvait là devant un phénomène extrêmement rare, auquel il n’avait encore jamais assisté lui-même. Il savait qu’un Patronus, dans certains cas exceptionnels, pouvait être produit inconsciemment, par une personne sous le coup d’une émotion d’une extrême violence. Lily ayant manifestement succombé à un sortilège de Mort,  ce ne pouvait pas être le sien, son Patronus se serait évanoui aussitôt. Il n’y avait qu’une autre explication : du fond de sa douleur, l’esprit de Severus s’était, sans  même qu’il en ait eu conscience, tourné vers lui, et pour la première fois, il avait ressenti un élan presque paternel pour ce garçon perdu.

Depuis combien de temps était-il là ? Depuis combien de temps se débattait-il dans ce cauchemar éveillé ?

Dumbledore ne s’attendait pas à trouver un survivant, il avait dû agir vite. Il avait envoyé son Patronus à Hagrid, pendant qu’il écrivait quelques mots sur un parchemin, puis il avait confié Harry et la lettre au demi-géant, avant de revenir s’occuper de son ancien élève. Dans l’immédiat, c’était lui qui avait le plus besoin de sa présence, et ce soir, il ne lui ferait pas défaut.

Il avait bien failli le perdre. Il était un excellent Legilimens, mais jamais encore il n’avait eu autant de mal à atteindre l’esprit de quelqu’un, qui pourtant, dans l’état où il était, ne lui opposait aucune résistance. Severus était arrivé aux confins de l’enfer, au-delà du désespoir, aux portes de la folie. Il était en train de se noyer dans sa souffrance, il ne voulait pas revenir.

Severus voulait mourir.

Il avait eu tout le mal du monde à le ramener, d’abord dans le monde des vivants, ensuite à Poudlard. De force, sans faire appel à personne. Il pressentait qu’il ne lui aurait jamais pardonné d’avoir laissé quelqu’un d’autre le voir dans cet état.

Avec un soupir, il se détourna et alla s’appuyer contre la grande fenêtre qui donnait sur la campagne environnante. Au loin, il pouvait apercevoir le miroitement sombre du lac et l’orée de la forêt interdite. Le front contre les carreaux froids, il se prépara à affronter sans faiblir ce déferlement de douleur exacerbée, tellement déstabilisant venant de cet homme qui  s’était toujours ingénié, depuis son plus jeune âge, à ne laisser entrevoir aucune souffrance, aucune faiblesse.

L’orgueil… c’était peut-être ce qui le caractérisait le plus, ce qui avait fini par le perdre. Severus Snape ne se livrait pas. Jamais. Quoi qu’il arrive. C’était une chose que tous ses professeurs avaient apprise très tôt, dès son arrivée à Poudlard. Et son état actuel n’en était que plus préoccupant.
A l’époque, il avait fallu le rapport de Poppy sur l’état alarmant de l’enfant, le jour où elle avait découvert sur son corps des traces de maltraitance caractérisée, en plus de celles laissées par les ‘plaisanteries’ pas toujours si innocentes, dont il était régulièrement victime de la part de la petite bande de Potter.

Un matin où il se s’était pas encore montré dans la grande salle à l’heure de la fin du petit déjeuner, Lucius Malfoy, qui était allé s’informer en tant que préfet, l’avait découvert sur son lit, encore habillé de ses vêtements de la veille, inconscient et couvert de bleus, le nez, deux doigts et plusieurs côtes cassés et une énorme bosse sur le crâne. Ce jour-là, pour la première fois, Madame Pomfresh avait pu l’examiner. Elle avait été horrifiée par les nombreuses traces de mauvais traitement qu’elle avait découvertes sur le corps de ce gamin. Elle avait bien sûr alerté Dumbledore, mais le garçon avait refusé de lâcher quoi que ce soit, personne ne saurait jamais à quoi étaient dus ses stigmates anciens, et s’il devait ses récentes blessures à une bagarre, à un passage à tabac en règle, ou à une chute dans un escalier, comme il l’avait prétendu. Mais pourquoi alors n’était-il pas allé se faire soigner s’il ne s’agissait que d’un malencontreux accident… Que faire face à un tel mur de mutisme obstiné ? C’était à cette occasion que le directeur avait compris que le garçon avait développé et appris à utiliser, sûrement depuis bien longtemps, un don inné pour l’Occlumencie. Cela ne l’avait pas étonné outre mesure, il comptait de très grands Occlumens parmi ses ancêtres.

Il fut ramené à la réalité par la voix de Severus, rauque, assourdie, désespérée. Le jeune homme s’était levé, il errait maintenant dans la pièce d’un air égaré.

—Partie… Morte ! Vous m’aviez promis… Vous deviez la… les protéger, les garder en sécurité !

L’accusation le frappa à l’estomac. Le jeune homme avait raison, il avait failli, il n’avait pas tenu sa part du marché…

—Lily et James ont placé leur confiance en quelqu’un qui ne la méritait pas… un peu comme vous, Severus… Il ne sert à rien d’avoir des regrets, ce qui est fait est fait, maintenant nous devons nous préoccuper de la sécurité de l’enfant.

Le jeune sorcier, englué dans sa douleur, ne l’entendait pas, les mots glissaient sur lui sans atteindre son esprit.

—C’est ma faute s’ils sont morts… si elle est morte ! Je voudrais, moi, être mort ! Je mérite la mort ! Laissez-les m’envoyer à Azkaban, laissez-moi recevoir le Baiser, je vous en supplie, Albus !

—Et à qui cela profiterait-il ? Depuis quand fuyez-vous vos responsabilités ?

Cingla le vieux mage d’une voix qu’il se força à rendre méprisante.

« Vous n’êtes pas un lâche, Severus.

Poursuivit-il, après un moment de silence pesant, sur un ton qui se radoucissait malgré lui. Comment aurait-il pu continuer à accabler cet homme déjà brisé ?

« Le rôle que vous jouez pour moi auprès de Voldemort, tout en sachant ce que vous risquez si vous êtes découvert, demande plus de courage que ce que la plupart des hommes pourraient donner. Vous dites ça sous l’emprise de la douleur. Vous n’avez pas le droit de mourir… l’enfant a survécu, il n’a plus personne pour veiller sur lui. »

Cette fois, les mots étaient parvenus à l’atteindre. Le Maître des potions releva lentement la tête, hésitant à comprendre.

—Il n’a pas besoin de protection, le Seigneur des ténèbres est parti !

—Le Seigneur des ténèbres reviendra et à ce moment-là, il sera en terrible danger.

Il se rapprocha de lui, et plongeant son regard au fond des orbes sombres, délibérément, il enfonça profondément le poignard dans son cœur.

« Il a ses yeux. Il a exactement les mêmes yeux que Lily… Vous vous souvenez des yeux de Lily ? »

Severus chancela, et s’adossa à un pilier pour pouvoir rester debout, tout  en fixant sur lui un regard qui menaçait de basculer dans la folie.

—N- Ne faites pas ça ! Vous ne pouvez pas… vous n’avez pas le droit…

La fureur et la douleur dans sa voix étaient effrayantes, mais Dumbledore ne tint aucun compte de l’interruption, et il retourna sans pitié le fer dans la plaie.

—Il n’a plus personne, Severus ! Vous étiez son ami, vous l’aimiez… vous pouvez encore faire cela pour elle. Si vous l’aimiez vraiment… autant que vous le dites…

Severus resta un long moment silencieux, il semblait perdu dans un épais brouillard de douleur où les mots avaient du mal à se frayer un chemin. Enfin, il hocha la tête en signe d’assentiment. Lorsqu’il parla, c’était sur un ton étouffé par le chagrin, mais sa voix était ferme et déterminée, et ses yeux noirs émettaient une lueur sauvage.

—Personne, vous m’entendez, personne ne devra jamais savoir !

—Vous me demandez de ne jamais révéler ce qu’il y a de meilleur en vous, mon garçon ?

—Le fils de Potter…

—Le fils de Lily, Severus !

—Jurez-le-moi ! Jurez !

—Si c’est ce que vous désirez vraiment… Je vous le jure… Mais vous commettez là une très grave erreur, mon garçon !

—C’est mon problème, Albus ! De toute façon, je ne suis plus à une erreur près ! Mais si comme vous semblez le penser Il revient un jour, je suppose que je devrai reprendre mon rôle auprès de Lui, et il ne faudra alors en aucune façon qu’il se doute de quoi que ce soit… Le seul moyen de ne pas être trahis est que personne ne sache, ni maintenant, ni plus tard… Nous ne pouvons faire confiance à personne. Black… Il avait craché le nom comme une immondice. « C’était leur meilleur ami. Vous avez vu ce qui s’est passé hier soir ! »

Lorsque Dumbledore l'avait enfin laissé partir, après lui avoir soutiré la promesse de ne rien tenter contre lui-même, de continuer à vivre, pour le fils de Lily, il s'était réfugié dans son appartement, dans les cachots. Il n'en était plus ressorti depuis. Le directeur avait chargé un elfe de maison de s'assurer qu'il mangeait un minimum, et en échange de sa coopération, il avait respecté, depuis, son besoin d'isolement. Il était juste descendu une seule fois, pour l'informer qu'il avait obtenu du ministère qu'il serait détenu à Poudlard, sous sa responsabilité, et non à Azkaban, en attendant son procès, où il assurerait lui-même la défense de son espion. En attendant, Severus était suspendu de son poste de professeur, qu'il n'occupait que depuis deux mois, et provisoirement remplacé par Horace Slughorn à qui il avait succédé. Il reprendrait ses fonctions lorsqu'il serait blanchi de tout soupçon, cela lui donnerait en outre le temps de se reprendre, de faire son deuil.

Faire son deuil… comme si c'était possible ! Le vieil homme n'avait pas compris, personne ne pouvait comprendre…

Il avait dû s’assoupir un moment, mais comme d’habitude, son esprit lui avait refusé le sommeil auquel il aspirait depuis… Depuis combien de temps s’était-il réfugié dans cette chambre ? Il s’y était enfermé depuis qu’il avait quitté le bureau de Dumbledore, depuis, il avait perdu tout sens du passage du temps. Il ne dormait pas, il ne dormait plus. Il avait l’impression qu’il ne pourrait jamais plus retrouver le sommeil. Lorsque son esprit épuisé abandonnait parfois son corps à une léthargie comateuse, il était réveillé en sursaut par d’affreux cauchemars dans lesquels il revoyait sans cesse l’image qu’il aurait tellement voulu chasser.

Il éclata en sanglots. Non, l’image ne s’effacerait jamais et la réalité à laquelle elle renvoyait le hanterait toute sa vie. C’était bien. C’était juste. Il n’avait pas le droit d’oublier.

Il l’avait supplié, il s’était humilié, il s’était trainé à ses pieds, sous les rires, les moqueries et les insultes des autres Mangemorts. Cela avait tellement amusé son Maître, qu’il en avait oublié de le punir pour avoir osé quémander la grâce d’une Sang-de-bourbe. Alors il s’était tourné vers la seule personne capable de pouvoir protéger Lily : Albus Dumbledore. Lorsqu’il avait reçu la réponse à son hibou, lui donnant rendez-vous au sommet d’une colline proche de Pré-au-lard, il n’avait pas hésité une seconde malgré la peur qui lui tenaillait les entrailles. L’endroit isolé laissait prévoir une entrevue inquiétante, et à ce moment-là, il n’aurait pas donné cher de sa vie.

La dernière fois où il avait vu le vieux mage, à la ‘Tête de Sanglier’, ce jour maudit où il avait surpris la Prédiction, il l’espionnait pour le compte du Seigneur des Ténèbres, et il pouvait à juste titre craindre sa colère. Il espérait juste ne pas être tué avant d’avoir pu tout lui dire. Oh bien sûr il ne comptait pas que le vieil homme lui accorde une confiance absolue sur le seul fait de lui avoir livré une information, il n’était pas stupide ! Mais il savait que dans l’incertitude, il mettrait Lily à l’abri, et peu importait ce qu’il aurait à faire pour cela. Il avait d’ailleurs une idée assez précise de ce que cela pourrait être… Si Dumbledore lui laissait la vie sauve, il accepterait n’importe quoi, il serait agent double, triple, il ferait tout ce que voudrait le vieil homme, aussi longtemps que son Occlumencie lui permettrait de donner le change au Seigneur des Ténèbres. Ce n’était pas comme s’il était devenu Mangemort par conviction profonde, il avait fallu quatre ans aux partisans de Voldemort pour arriver à leurs fins et à le lui amener… Il avait surtout fallu le mariage de Lily avec James Potter…

TBC

Print This Post

Mots-clefs :


Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Designed by NattyWP Wordpress Themes.
Images by desEXign.