Le broyeur d’âmes -3-

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartient pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Regulus Black, Lily Evans, Albus Dumbledore… et les autres. Résumé : 1er novembre 1981, dans le bureau d'Albus Dumbledore, un homme brisé se prépare à entamer le long chemin qui le conduira peut-être vers sa rédemption. Mais comment en est-il arrivé là?

Les anges aux ailes brisées

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23 Octobre 1977

Un coup de vent fit s’envoler les pans des capes des deux jeunes gens. Le paysage grandiose qui s’étendait au pied de la tour d’astronomie était déjà figé dans l’immobilité glacée d’un automne écossais particulièrement rigoureux, mais aucun d’eux ne se souciait d’en admirer la splendeur. Ils étaient plongés dans une discussion animée et ne semblaient se rendre compte ni du froid ambiant, ni du crépuscule qui obscurcissait peu à peu le ciel de cette fin d’après-midi.

—A Halloween ? Dans une semaine… Tu ne peux pas faire ça !

—Et pourquoi, s’il te plait ?

—Tu le sais très bien, tu ne le fais pas par conviction, tu le fais à cause de ton frère. Pour le provoquer, pour te venger de son abandon.

—Mon frère n’a rien à voir là-dedans !

—Tu pourrais me le jurer ?

L’interpellé tourna brusquement le dos à son compagnon, dans une volte-face rageuse, sans répondre.

« Ecoute, Reg… »

—Je croyais que tu étais de notre côté ! Le coupa l’adolescent sur un ton agressif. A bout d’arguments, il choisissait l’attaque.

—Evidemment, que je le suis ! Le moyen de faire autrement quand on est un Sang-mêlé et Serpentard ? Je ne fais pas partie d’une putain de vieille famille de Sang-pur, moi ! Tu peux me le dire, toi, comment je peux faire autrement, pour être accepté, ici ?

—Tu te rends compte de ce que tu dis, et à qui tu le dis ?

—Je le dis à un ami, qui ne me trahira pas… du moins je l’espère ! Peux-tu me dire honnêtement combien ont rejoint le Seigneur des Ténèbres uniquement par conviction profonde, à part quelques psychopathes dans le genre de ta cousine Bellatrix et de son taré de mari ? On le rejoint, comme Lucius, par opportunisme, parce qu’on pense qu’il va gagner et que le futur pouvoir, la future puissance se trouvent de son côté. On le rejoint, comme toi, par loyauté, ou devoir, comme tu veux, envers sa famille, pour ne pas être renié. On le rejoint, comme moi, par faiblesse, par lâcheté, parce que c’est la seule possibilité pour être enfin accepté, reconnu, parce que le sang de votre père à soi-disant souillé celui de la lignée dont vous êtes pourtant issu.

—Tu n’es pas lâche Severus.

—Et tu appelles ça comment ? Si j’étais courageux, j’enverrai promener Mulciber, Avery et tous les autres… Nous sommes entrés à Poudlard ensemble, mais depuis quand est-ce qu’ils me traitent en égal ? Depuis que leur Maître leur a demandé de me recruter, et pourtant, en quoi me sont-ils supérieurs ? Pas un ne m’arrive à la cheville ! Les Prince m’ont rejeté parce que mon père était Moldu, mon père m’a rejeté parce que j’étais sorcier, ma mère était brisée, elle ne pouvait rien faire d’autre que laisser faire, les Serpentards ne m’ont jamais vraiment accepté comme un des leurs… Je n’ai trouvé que ce moyen, et ça m’a couté mon… ma meilleure amie ! Mais toi… toi tu es un Sang-pur, ils ne te rejettent pas, et tu n’as que seize ans, Reg ! Dis-leur que tu préfères attendre d’être majeur, ta famille pourra comprendre ça ! Ca te donnera le temps de faire calmement la part des choses. Tu sais ce qu’Il va te demander de faire, tôt ou tard… Es-tu prêt à devenir un assassin ? Es-tu prêt à tuer, même des Moldus ou des Sang-de-bourbes, sans qu’on te donne une autre raison que le statut de leur naissance ? Pourquoi crois-tu que je repousse le moment de prendre la Marque ? Je ne suis pas un Sang-pur, mais je pense que Serpentard n’est pas synonyme de sans-morale, ou de sans-honneur… même si pourtant je sais que je finirai par me renier moi-même et par les rejoindre tôt ou tard, parce que je suis allé trop loin. A cause d’eux, j’ai perdu la seule chose qui pouvait encore me retenir, alors je sais que je finirai par aller jusqu’au bout de ma bêtise, de mon stupide orgueil… par lâcheté ! Et je sais aussi que je finirai par en crever, parce que mes raisons sont mauvaises.

—Tu n’es pas lâche, répéta le jeune homme, dont les épaules s’étaient affaissées, comme sous la  charge d’un poids trop lourd à porter. « Si tu l’étais, tu ne m’aurais pas dit tout ça en sachant ce que je pourrais en faire… Et tu… tu as raison, pour… Sirius… mais il est trop tard maintenant, si je me dédis, c’est moi qui serai mort dans une semaine, et mon propre père n’hésiterait pas une seconde à jeter lui-même le sortilège. Alors regrets ou pas, je n’ai plus le choix ! Et oui, tu as encore raison, on finira par en crever.  D’avoir trop aimé, d’avoir trop regretté, d’avoir trop pleuré…  de toute façon on en crèvera, Sev ! Toi pour Evans, moi pour Sirius. C’est une toile d’araignée, et tous les deux, on l’a vue trop tard, et maintenant on est pris au piège… mais tu es moins englué que moi, et peut-être qu’il y a encore une issue pour toi… justement parce que tu ne dois rien à une famille. Ne laisse pas ces crétins de Gryffondors avoir le dessus… S’ils savaient combien des leurs ont rejoint les rangs du Seigneur des Ténèbres, ils feraient moins les fanfarons ! Et puis qui sais… tu peux peut-être encore recoller les morceaux avec Evans»

Il n’avait pas repensé à Regulus depuis son départ de Poudlard, à la fin de cette année-là.

Il avait déjà quitté l’école, lorsque le jeune homme avait atteint sa majorité, il n’avait pas pu voir que le soir où il était revenu au château, après les vacances qui avaient suivi son dix-septième anniversaire, il n’était plus que l’ombre de lui-même, et que ses yeux étaient désormais éteints. Le Seigneur des Ténèbres attendait toujours que ses plus jeunes recrues soient majeures et débarrassées de la Trace, pour leur confier leur première ‘mission’ et ainsi finaliser leur initiation. Qu’était-il devenu ? Faisait-il partie de ceux qui l’avaient torturé ? Le jeune homme qui avait été son ami avait-il fini par se transformer en monstre sans conscience ?

Regulus était l’archétype même du Sang-pur, fier de ses origines, plein de morgue, que rien ne destinait à devenir l’ami d’un Sang-mêlé, qui plus est d’un traîne-savate issu des couches les plus populaires des cités ouvrières du nord. Mais il portait aussi une  fêlure en lui, une blessure que son jeune aîné n’avait pas tardé à reconnaitre. Etre issu d’une vieille et noble famille n’était pas un gage de bonheur et le jeune garçon n’avait pas eu une enfance beaucoup plus heureuse que celle de Severus, les coups en moins, peut-être. 

Ses parents, devant la rébellion caractérisée et de plus en plus forte de son frère et le ‘déshonneur’ apporté par sa répartition à Gryffondor, avaient reporté sur lui tous les espoirs de leur illustre lignée, et la pression avait encore empiré lorsque son ainé s’était enfui de la maison ancestrale, avant d’être renié ses parents. Regulus avait très mal vécu cet abandon d’un grand frère qu’il aimait et admirait en secret, malgré tout. Privé d’amour, plus proche des elfes de maison qui l’avaient élevé que de ses parents, méprisé et tenu à l’écart par Sirius, écrasé par le poids de la responsabilité qui pesait sur ses épaules, il s’était replié sur lui-même et était devenu presque aussi solitaire que le jeune Sang-mêlé. Ces deux-là s’étaient rencontrés au cœur de leur solitude. Au-delà de leurs différences, ils avaient su voir leur propre reflet dans l’autre. Regulus et Severus avaient trouvé, à Poudlard, une sorte d’équilibre précaire, ils n’étaient peut-être pas aussi proches que des frères, ils étaient loin d’être aussi proches que Severus l’était de Lily, mais ils se comprenaient. Dans le fond, ils n’étaient pas si différents l’un de l’autre.

Lorsqu’il avait été réparti dans sa Maison, Lucius avait très vite repéré l’immense potentiel du jeune Snape et l’intérêt qu’il pouvait avoir à ne pas trop le mésestimer, et il était finalement devenu, pendant les deux années qu’il avait encore à passer à l’école, une sorte de protecteur pour le jeune Sang-mêlé, qui empêchait les autres de trop le maltraiter. Regulus était arrivé sur ses entrefaites et avait en quelque sorte pris le relai. Sa rancune contre son frère qui le repoussait parce qu’il rentrait trop docilement dans le moule imposé par sa famille, ajouté au fait que Sirius et ses amis s’en prenaient systématiquement à Severus, avaient contribué à rapprocher les deux garçons. Il l’avait accepté pour ce qu’il était, sans le juger sur son ascendance, et le nom des Black avait fait le reste, ses condisciples le méprisaient peut-être, mais le laissaient en paix. Lucius et Regulus avaient été ses seuls amis ou du moins ce qui pouvait le plus s’en rapprocher, au sein de Serpentard, et lorsque Lily s’était définitivement détournée de lui, c’était son jeune cadet qui avait tant bien que mal réussi, sans jamais aborder ouvertement un sujet qu’il savait tabou, à le maintenir à flot.

Lorsque le Seigneur des Ténèbres avait commencé à s’intéresser à lui, au début de sa cinquième année, Regulus, que son père poussait déjà à suivre le chemin de l’Ombre, avait tout naturellement été celui qui avait le premier été chargé de l’approcher en son nom. Mais il avait été loyal envers lui, il ne lui avait pas caché que seuls ses talents justifiaient les tentatives de séduction de Voldemort, qui ne se serait jamais intéressé à lui autrement. Il n’était pas responsable de ce qui était arrivé. Non, le seul responsable, c’était lui. Lui qui avait, à chaque carrefour qui s’était présenté, toujours choisi le mauvais chemin. Regulus avait eu raison : il y avait encore eu une issue pour lui, il aurait pu refuser, aucune famille, aucune menace, ne faisait pression sur lui, il était libre de choisir sa voie. Il avait laissé sa haine et son ressentiment contre tous ceux qui avaient imprimé des cicatrices indélébiles dans son corps et dans son cœur, il avait laissé sa rage et sa frustration, prendre le dessus. Il avait cru… qu’avait-il donc cru, pauvre idiot ? Que devenir un assassin pourrait apaiser les tourments de son âme ?

Jamais plus il ne chercherait à se trouver des justifications.

Pourtant il n’avait encore que quatorze ans, presque encore un enfant, lorsque leur travail de sape avait commencé, et l’enchainement des circonstances qui l’avaient conduit jusqu’à cette chambre, ce soir-là, aurait eu raison de plus solides que lui. Il se retourna sur le lit avec un sanglot vite étouffé par l’oreiller qu’il serrait étroitement entre ses bras. Il se recroquevilla en position fœtale, comme l’enfant qu’il était il n’y avait pas si longtemps encore. Le mot eut de la peine à franchir ses lèvres, il ne l’avait plus prononcé depuis plus de cinq ans : « maman ! »

—Personne ne te fera de cadeaux, Severus, tu dois être fort, tu dois devenir le meilleur. Je ne sais pas combien de temps je serai encore là, je suis fatiguée, mon chéri, je suis tellement fatiguée ! Ma magie s’épuise en même temps que mon corps, je le sens. J’ai toujours su que ta magie était très puissante, même avant ta naissance. Ne le montre pas, sers-toi de l’Occlumencie, ainsi tu surprendras tes ennemis.

—Un jour, je le tuerai !

—Ne dis pas ça Sev, c’est ton père, tu ne dois pas penser ça ! Il… il t’a aimé, tu sais, comme il m’a aimée moi aussi… avant de savoir…

—Tu dis qu’il nous a aimés, alors pourquoi est-ce qu’il nous frappe ? Pourquoi est-ce qu’il nous traite de monstres ?

—Il ne comprend pas, beaucoup de Moldus sont comme lui, c’est pour ça que nous nous mélangeons le moins possible à eux. Tu dois me promettre, me jurer, de ne pas faire ce que tu viens de dire. Jamais ! Ce serait t’abaisser plus bas que lui. Il est sincère lorsqu’il dit qu’il regrette, mais lorsqu’il a bu, il ne peut pas se contrôler… Il était si fier le jour où tu es né !

Tobias avait-il vraiment pu éprouver un jour autre chose que de la haine pour sa femme et pour son fils ?

9 janvier 1960

Par la fenêtre, on pouvait voir la neige tomber en rideau épais au dehors. La chambre commune de la maternité de l’hôpital était à peine réchauffée par l’unique poêle à charbon situé près de la porte. Les lits, séparés par un rideau, étaient presque tous vides et on avait installé l’unique parturiente du jour dans celui qui était le plus proche de la source de chaleur. Au moins, le bébé était-il  assez couvert et n’avait pas froid, ce qui n’était pas le cas d’Eileen, le lit de la jeune maman n’étant recouvert que d’un drap et d’une unique couverture bien trop fine pour la saison. Malgré le pull enfilé sur sa chemise de nuit et les chaussettes à ses pieds, elle grelottait.

—Se… Severus ? Tu te fous de moi ?  C’est pas un nom ça !

—C’était le prénom de mon grand-père. C’est un nom ancien et respecté, il a été porté par de grands hommes… même un empereur romain…

—Mon fils n’est pas un empereur, et j’en ai rien à foutre de ton grand-père ! Je croyais que tu t’étais barrée de chez toi parce que t’en avais marre de ta famille de rupins coincés !

—J’aimais bien mon grand-père. Et si le nom de notre fils ne te plait pas, tu n’as qu’à t’en prendre qu’à toi. Ou étais-tu pendant qu’il venait au monde ? Encore à cuver ton whisky au poste de police du quartier ou dans l’arrière salle d’un tripot quelconque, je suppose ? Heureusement que le frère de Lizzie Stamton a une voiture, et qu’il m’a emmenée à l’hôpital… Ce que je me demande, moi, c’est pourquoi je lui ai aussi donné ton prénom, Tobias !

Un léger vagissement s’éleva du berceau placé près du lit de la jeune femme. L’homme reporta son attention sur le nouveau-né, duquel il s’était un instant détourné en entendant le nom invraisemblable qu’Eileen avait donné à son fils.

Il approcha une main calleuse des doigts du nourrisson qui referma son poing minuscule sur son index, lui arrachant un sourire. Il n’avait pas souvent eu l’occasion d’observer des nouveau-nés dans sa vie, mais quelque chose lui semblait étrange chez celui-là. Il avait l’air bien trop… sérieux ? ‘’Sérieux, un bébé de quelques heures ! Ne sois pas idiot, Tobias ! ‘’ Il semblait le fixer de ses grands yeux sombres, les yeux de sa mère. Mais ce n’était pas possible, bien sûr, il était encore bien trop jeune pour fixer quoi que ce soit…

Une bouffée de fierté gonfla sa poitrine. Son fils ! Il avait un fils ! Mais quel nom absurde! Il se pencha vers le berceau et sourit au bébé, dont il effleura le front de ses lèvres.

—Bonjour, Severus Tobias Snape ! Bienvenue dans ce monde pourri ! J’espère que tu t’en sortiras mieux que ton père…

Eileen se laissa aller sur son oreiller avec un soupir de soulagement. Elle avait appréhendé ce moment.

Lorsqu’il était à jeun, Tobias Snape n’était pas un mauvais homme, mais voilà, il était de moins en moins souvent sobre et l’alcool le rendait violent. Depuis qu’il était au chômage, l’ambiance s’était peu à peu dégradée dans le couple, et le bonheur des premiers temps avait laissé la place aux disputes, à chaque fois plus violentes.

Un peu plus d’un an plus tôt, la jeune fille, en pleine révolte contre sa vénérable famille, était partie de chez elle. Elle avait loué un studio en ville et trouvé un petit boulot de serveuse pour pouvoir payer son loyer. Elle avait rencontré Tobias au bar du pub où elle travaillait. Ce grand jeune homme aux manières un peu rustres avait un sourire charmeur et savait parler aux femmes. Elle en était très vite tombée amoureuse. Sentiment apparemment partagé, à la grande surprise de ses amis qui se demandaient ce qu’il pouvait trouver à cette fille maigrichonne aux longs cheveux raides d’un noir de jais, qui n’avait de vraiment beaux que ses immenses yeux d’encre. Une intello, en plus, qui parlait peu et qui les regardait d’un air dédaigneux lorsqu’ils commençaient, après quelques verres, à rire bruyamment en débitant des plaisanteries graveleuses et à entonner des chansons paillardes.

Leurs différences ne les avaient pas empêchés, un mois plus tard, de s’installer dans la petite maison de l’impasse du tisseur, qu’il avait hérité de ses parents. Eileen n’aimait pas parler de son passé. Tout ce qu’il en savait, c’était qu’elle venait d’une famille de la haute, ce qui le flattait, et qu’après la mort de sa mère elle avait quitté la maison de son père, qui voulait la marier à un cousin qu’elle n’aimait pas. Depuis, elle n’avait jamais plus eu de contacts avec lui, et n’y faisait jamais allusion.

Lorsqu’elle était tombée enceinte, et qu’il lui avait proposé de l’épouser, elle avait été au comble du bonheur. Elle avait même tenté, en secret, de renouer avec son père. Mais si le vieux Prince, qui aimait quand même sa fille, et qui avait fini par lui pardonner sa fugue, et serait encore passé sur ‘’la charrue placée avant les bœufs’’ avec un sorcier, même s’il n’était pas celui qu’il avait choisi, ne pouvait accepter que son enfant unique, héritière d’une longue lignée de Sang-purs, épouse un Moldu ! Un Moldu !

L’entrevue avait été orageuse et l’ultimatum sans ambiguïté : soit elle rentrait à la maison, à la suite de quoi on pourrait toujours, à la limite, s’arranger d’un bâtard —personne n’était obligé, après-tout, de savoir qu’il était de sang mêlé— soit elle persistait dans son idée d’épouser le père de son enfant, et il la reniait. Il ne voulait plus jamais revoir celle qui apportait la honte sur sa famille !

Eileen était amoureuse, elle avait choisi Tobias. Cette fois, en partant, elle avait emporté tout que qui lui venait de sa mère et lui appartenait en propre. Elle savait qu’elle ne reviendrait jamais. Elle s’était aménagée une pièce secrète, dans le grenier de la maison de l’impasse du tisseur, protégée par de nombreux sorts, même si Tobias n’y mettait, à sa connaissance, jamais les pieds. Elle y avait stocké tous ses livres, ses chaudrons et autres ustensiles magiques, ainsi que quelques grimoires très anciens qu’elle avait récupérés dans une cachette du manoir, que son grand-père lui avait montrée autrefois. Elle n’était même pas sure que son père ait jamais eu connaissance de ces ouvrages, réprouvés par le Ministère.

Lorsque sa grossesse était devenue évidente, elle avait perdu son travail de serveuse. Mais après tout, la plupart des femmes restaient à la maison pour élever leur progéniture. Ca arrivait un peu plus tôt que prévu, c’était tout ! La situation avait commencé à se dégrader lorsque Tobias était rentré, un samedi soir, tard dans la nuit, après qu’elle se soit inquiétée pendant des heures, sa lettre de licenciement à la main et complètement ivre. La dernière usine venait de fermer, jetant des centaines d’ouvriers au chômage.

Eileen avait accouché deux mois plus tard. Elle espérait que Tobias trouverait dans cet enfant une motivation pour s’arrêter sur la pente où il s’était engagé. Elle avait pu y croire pendant quelques semaines. Il s’était repris, avait commencé à chercher du travail et ne buvait presque plus, jusqu’au jour où il était rentré plus tôt que d’habitude, et où il avait trouvé balai et chiffons s’afférant tout seuls au ménage, pendant que la vaisselle se lavait, également toute seule, dans l’évier de la cuisine. S’en était suivie une scène épouvantable, où il l’avait traitée de monstre, d’erreur de la nature, et au terme de laquelle il était parti en claquant la porte, pour ne rentrer que deux jours plus tard, ramené par un voisin, dans un état lamentable.

Dès lors, tout avait été de mal en pis. Pendant ses rares moments de sobriété, Eileen avait tenté de lui expliquer que les sorciers n’étaient pas exactement ce que les légendes moldues racontaient, mais désormais, il la regardait avec dégoût et ne la touchait guère plus que pour la frapper. S’il le l’avait pas jetée dehors, c’était uniquement parce qu’elle était la mère de son enfant.

Petit à petit, une routine s’était installée, la jeune femme avait promis de ne plus se servir de la magie, et une apparence de normalité avait fini par s’installer dans le foyer. Une apparence seulement. Le principal souci de Tobias était son fils. Le petit Severus allait-il devenir un monstre, comme sa mère ? Si ce n’était cet air sérieux qui l’avait frappé à la maternité, le nourrisson paraissait tout à fait normal. C’était un enfant calme, qui pleurait peu et se révélait le moins encombrant possible, et il devait reconnaître qu’Eileen était une bonne mère, et qu’elle faisait désormais tout son possible pour vivre comme tout le monde, même si la tenue de la maison s’en ressentait !

La sorcellerie se transmettait-elle par naissance ? D’autres membres de sa famille étaient-ils comme elle ? Il n’avait pas vraiment envie de savoir, il jamais voulu relancer le sujet. Il voulait à tout prix se persuader que sa femme possédait un ‘don’, comme disent les gens du peuple, qui finirait avec elle. Chaque jour, il observait l’enfant et était soulagé de voir qu’il ne présentait aucune qualité extraordinaire, c’était un bébé tout à fait comme les autres.

—Je sors !

Eileen soupira. Elle connaissait la suite. Il rentrerait tard dans la nuit, ivre, la frapperait ou la violerait suivant l’humeur du moment… mais elle était prête à tout supporter, pourvu qu’il ne s’en prenne pas à son fils.

Tobias ne devait jamais savoir. Dès avant sa naissance, elle avait détecté une puissante aura magique chez le petit être innocent qui dormait tranquillement dans son berceau. Elle avait peur de l’avenir. Elle devait être vigilante, guetter le moindre signe. Même si elle savait que la magie ne commençait à se développer que vers l’âge de sept ans, chez la plupart de ses semblables, elle devait protéger son fils. Tobias ne le supporterait pas, qui sait de quoi il serait capable ? La façon dont il regardait le petit Severus lui donnait parfois des frissons dans le dos ! Il aimait son fils, elle le savait, mais à elle aussi, il l’avait aimée, avant de savoir ce qu’elle était !

Parfois, elle avait songé à partir, à revenir chez son père, à implorer son pardon, à le supplier de la reprendre. Mais son orgueil, ce satané orgueil des Prince l’en avait toujours empêchée. Une Prince ne s’abaisserait pas à avouer qu’elle s’était trompée ! Que s’était-elle imaginé ? Que l’amour pouvait abolir des siècles d’incompréhension et  de haine ? L’amour… le dada de Dumbledore. Il n’avait sûrement jamais vécu parmi  les Moldus, pour affirmer une chose pareille ! Mais elle tiendrait, il fallait qu’elle tienne, pour ce petit être qui n’avait rien demandé à personne et qu’elle aimait plus que tout au monde. Eileen ne le savait pas, mais cet amour dont elle enveloppait son fils, empêcherait à jamais son cœur de se dessécher et serait, bien des années plus tard l’instrument de sa rédemption.

Severus avait été un enfant de l’amour. À six mois, il s’endormait, confiant, dans la chaleur du sein de sa mère. Il n’avait pas encore à faire semblant.

TBC

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