Le broyeur d’âmes -4-

Harry Potter Add comments

Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Regulus Black, Lily Evans, Albus Dumbledore… et les autres. Résumé : 1er novembre 1981, dans le bureau d'Albus Dumbledore, un homme brisé se prépare à entamer le long chemin qui le conduira peut-être vers sa rédemption. Mais comment en est-il arrivé là?

Chronique d'une tragédie ordinaire

1 Heart2 Hearts3 Hearts4 Hearts5 Hearts (2 votes, average: 5, 00 out of 5)
Loading ... Loading ...

9 décembre 1974

—Entrez ! Lança l’enseignante d’un ton irrité.

Toutes les têtes se tournèrent  avec un bel ensemble vers la porte de la salle de classe, où deux coups vigoureux venaient de retentir. Minerva McGonagall  n’aimait pas être dérangée en plein cours et personne, pas même Dumbledore, ne s’y serait aventuré sans une très bonne raison. Le visage ingrat du concierge s’incrusta dans l’entrebâillement.

—Désolé de vous déranger, professeur, mais le directeur désirerait voir Monsieur Snape dans son bureau. Immédiatement.

James Potter et Sirius Black échangèrent un regard surpris et un sourire réjoui s’afficha sur leurs visages, à l’idée que le Serpentard devait s’être mis dans des ennuis monumentaux pour que Dumbledore le convoque en plein cours de métamorphose. Qu’avait bien pu faire l’élève modèle, le petit génie des potions de Serpentard? Severus pourtant, n’avait pas l’air inquiet en tournant la tête vers son professeur dans l’attente de son autorisation de sortir.

—Hem ! Professeur…

Minerva leva les yeux au ciel en soupirant.

—Oui, Argus ?

—Le professeur Dumbledore a aussi demandé que Mademoiselle Evans soit également présente.

L’expression du jeune homme se modifia alors qu’il échangeait un regard étonné avec sa voisine de bureau. Lily ? Pourquoi Lily ? Il n’avait rien à se reprocher, mais il avait surpris le coup d’œil entendu et l’air réjoui des deux Gryffondors. Potter et sa bande avaient très bien pu monter un sale coup qui l’aurait incriminé à son insu, ce n’aurait pas été la première fois, mais ils ne s’en prendraient jamais à quelqu’un de leur propre Maison… et encore moins à elle ! D’ailleurs, les deux compères se regardaient maintenant d’un air stupéfait. Il devait se rendre à l’évidence, pour une fois, les Maraudeurs n’avaient pas l’air d’être en cause. Alors pourquoi Lily ?

McGonagall affichait maintenant un visage soucieux, elle avait compris que cette convocation n’avait rien d’anodin. Une de ses Gryffondors étant en cause, elle ne pouvait faire autrement que de les accompagner.

—Monsieur Rusard, veuillez avoir l’amabilité de surveiller ma classe jusqu’à la fin de l’heure, s’il vous plait. Monsieur Snape, Miss Evans, attendez-moi dans le couloir !

Les deux intéressés rassemblèrent leurs affaires rapidement, et sortirent de la classe, pendant que Minerva échangeait quelques mots à voix basse avec le concierge.

—Qu’est-ce qu’il se passe Sev ? Tu as fait quelque chose qui…

—Je n’en sais rien, je t’assure. Et je n’ai rien fait de répréhensible… depuis le petit déjeuner.

Ils échangèrent un regard complice et pouffèrent au souvenir des  toast fuyants, des œufs gicleurs et du verre baveur, qui avaient gâché le repas de Black, en représailles à une de ses ‘plaisanteries’ plus que douteuses qui la veille, avait bien failli faire une fois de plus finir le Serpentard à l’infirmerie, s’il n’avait pas été sur ses gardes. Dumbledore avait bien évidemment remarqué l’épisode du matin, mais outre qu’il avait semblé beaucoup plus s’en amuser qu’autre chose, personne, même pas lui, même pas un Prior Incanto n’aurait pu accuser Severus d’en être l’auteur… depuis quelques temps, il  s’entrainait en cachette à la magie sans baguette, et seule Lily était au courant. Mais le directeur ne les aurait pas convoqués de cette manière pour une plaisanterie somme toute bien innocente, ni même pour  un passe-temps qui certes n’était pas au programme de leur année, mais n’était pas non plus interdit.

Ils se turent lorsque le professeur, qui arborait maintenant un air sombre et préoccupé, les rejoignit. La gargouille qui gardait l’escalier en colimaçon menant au bureau directorial s’écarta aussitôt qu’ils se furent arrêtés devant elle, sans leur demander le mot de passe, ils étaient attendus. Après que Dumbledore les eut invités à entrer, ils remarquèrent la présence d’Horace Slughorn. Le directeur avait dû le convoquer plus tôt, avant le début de son cours de potions, car ils avaient l’air de discuter depuis un petit moment, déjà. La présence du directeur de Maison du jeune homme, autant que l’air grave de Dumbledore et le regard plein de compassion qu’il posait maintenant sur Severus finit de les inquiéter. Sans se concerter, ils se saisirent la main.

—Asseyez-vous, mes enfants…

Tous les habitants de l’impasse du Tisseur savaient que Tobias Snape maltraitait sa femme et son fils, mais comme hélas bien souvent dans ces cas-là, personne n’avait jamais osé rien dire… Tobias avait cogné une fois de trop. Il avait été arrêté, mais Eileen n’avait pas survécu…

La respiration de Severus s’était arrêtée un moment, sa main s’était crispée dans celle de Lily, avant de s’en dégager sans douceur. Les poings serrés, il avait jailli du fauteuil dans lequel le directeur l’avait invité à s’assoir un peu plus tôt. Les yeux secs et la mâchoire serrée, L’adolescent s’était enfui, courant sans but dans les couloirs du château, il n’avait qu’une idée en tête, se cacher pour pouvoir enfin laisser libre cours à sa rage et à son chagrin. Après plusieurs heures de recherches infructueuses, Dumbledore avait convoqué James Potter et ses amis,  et s’était entretenu un long moment avec eux, dans son bureau, après quoi les choses avaient été beaucoup plus faciles… Peu de choses échappaient au vieux mage, et la carte du Maraudeur ne faisait pas fait exception à la règle, il continuerait à ‘ignorer son existence’ à conditions qu’ils lui indiquent la cachette du fugueur. L’adolescent repéré, c’était Lily qui avait été chargée d’aller le retrouver, Dumbledore savait qu’elle était la seule personne qui pourrait le raisonner.

Au terme de sa course aveugle dans le dédale des couloirs d’une aile abandonnée, il s’était réfugié dans une ancienne salle de classe, maintenant entièrement dévastée. Elle l’avait trouvé, assis par terre dans un angle, telle une bête acculée, le front sur ses genoux repliés sur la poitrine, étroitement enserrés par ses bras, sa baguette encore serrée dans sa main crispée. Elle s’était approchée de lui avec précaution sans qu’il réagisse. Lorsqu’elle s’était agenouillée près de lui, il l’avait regardée d’un air hagard, comme s’il ne la reconnaissait pas, avant de laisser tomber sa baguette au sol et de s’accrocher à elle d’une façon si désespérée qu’elle en avait été effrayée.

Il avait du mal à respirer, le corps secoué par des sanglots qui ne parvenaient pas à faire jaillir les larmes libératrices. La jeune fille se sentait impuissante face à un tel désespoir, elle lui caressait le dos, essayant de calmer les longs tremblements qui agitaient son ami. Il essayait de parler, mais aucun son ne semblait pouvoir sortir de sa bouche.

—Sev ! Je t’en prie, essaye de te calmer, ça va aller, je suis là. Je suis là ! Tu peux compter sur moi. J’ai prévenu mes parents, ils vont s’occuper de tout avec le professeur Dumbledore. Il faut que tu viennes avec moi, maintenant, tu dois essayer de te lever.

Sa voix douce et rassurante parut avoir un effet apaisant sur le jeune homme, dont les tremblements s’atténuèrent un peu. Il fit un effort pour reprendre sa respiration, mais n’essaya pas de se lever. Il la serrait contre lui à lui faire mal, et soudain, le cœur de Lily se brisa lorsque sa bouche laissa échapper un mot, un seul, encore et encore… « Maman ! ». Il semblait ne pas pouvoir s’arrêter, mais ce fut comme une délivrance, et il put enfin libérer les larmes qui l’étouffaient depuis qu’il s’était enfui du bureau du directeur.

—Pleure, Severus, il n’y a aucune honte à pleurer pour ceux qu’on aime. Seuls ceux qui sont incapables d’aimer ne pleurent pas. Laisse sortir ton chagrin, ça te fera du bien… Je suis là, Sev. Répéta-t-elle. « Je serai toujours là pour toi, je te le promets. »

Au bout d’un très long moment, il relâcha son étreinte, comme s’il prenait soudain conscience de la force avec laquelle il s’agrippait à elle. Il la regarda comme s’il venait juste de se rendre compte de sa présence.

—Lily ! Je –  je t’ai fait mal… pardon !

—C’était un peu… effrayant, je le reconnais, mais tu ne m’as pas fait mal.

Répondit-elle avec un pauvre sourire. Elle tendit la main, dans un geste qui lui était familier, pour écarter le rideau de cheveux qui cachait son visage, et s’approcha de lui pour déposer un baiser sur sa joue. Alors il osa ce qu’il n’avait jamais osé rêver pouvoir faire un jour. Sans réfléchir, il cueillit son visage entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes. Ce ne fut qu’un effleurement, une esquisse de baiser, aussi léger que la caresse d’une aile de papillon, mais Lily n’essaya pas de se dérober.

Peut-être ce jour-là, le destin aurait-il pu prendre un autre virage, mais la magie du moment s’était vite effacée devant la terrible réalité.

Elle lui prit la main.

—Viens !

Il se leva, encore un peu chancelant, et la suivit. Sur le chemin de l’infirmerie, ils croisèrent  Potter et ses acolytes, qui pour une fois le laissèrent en paix. La nouvelle avait largement eu le temps de se répandre dans tout Poudlard, et la perte d’une mère, d’autant plus dans de telles circonstances, établissait pour un moment, une trêve tacite. Les Maraudeurs eurent même la décence de baisser la tête, et à sa grande stupéfaction, Lupin posa furtivement une main sur son épaule en passant près de lui. Que le Loup-garou, pour lequel il éprouvait pourtant une telle aversion depuis la mésaventure provoquée quelques mois plus tôt par Black ose, même brièvement, lui montrer publiquement sa compassion, lui fit étrangement chaud au cœur. A part Lily, et dans une moindre mesure Regulus, personne ne s’était jamais soucié de ce qu’il pouvait éprouver. Il reconnaissait lui-même que des quatre Maraudeurs, Lupin était le seul qui ne lui ait jamais montré d’hostilité gratuite, et même s’il gardait la plupart du temps une neutralité partiale par loyauté envers ses camarades, il les avait souvent empêchés d’aller trop loin.

Après que Madame Pomfresh lui ait fait avaler de force une potion calmante, il avait fini par s’endormir. La main de Lily n’avait pas quitté sa sienne, et à son réveil, elle était toujours là, assise sur une chaise auprès de son lit.

Horace Slughorn, en tant que directeur de Maison, accompagna les deux jeunes gens. Ils transplanèrent à l’abri des regards derrière la haie du jardin des Evans, qui les attendaient, avant de se rendre au cimetière pour les obsèques d’Eileen. Severus s’était de nouveau retranché dans son mutisme. C’est à peine s’il ouvrit la bouche, avant de repartir, pour remercier les parents de Lily qui l’assuraient de tout leur soutien, et lui avaient proposé, au grand dam de Petunia, de l’accueillir, l’été suivant, s’il ne savait pas où aller. Malgré sa douleur, cette perspective avait été un des plus grands bonheurs de sa vie.

Violence, rejet, humiliations, étaient les trois mots qui auraient pu définir l’enfance de Severus, mais un quatrième était venu s’y ajouter, l’année de ses neuf ans : Lily. Et Lily était synonyme d’amitié, de confiance, de compréhension. Lily était le rayon de soleil qui avait déchiré les nuages des sévices infligés par son père et ses ‘camarades’ de classe. Lorsqu’il était avec elle, il oubliait tout. Les coups, les sarcasmes, les brimades disparaissaient pour quelques heures, et son souvenir l’aidait à supporter… Les moqueries des gamins du quartier sur son apparence négligée… Tobias rentrant du pub ivre, comme chaque jour, agressant son épouse, qui hurlait dans l’indifférence totale du voisinage … Lui, tentant de s’interposer, jeté au sol et roué de coups, à coup de poings, de  pieds ou de ceinture, au point d’être parfois tenté de se servir d’un impardonnable… Dans ces moments-là, il se souvenait de la promesse faite à sa mère, alors il fermait les paupières, très fort, et plongeait son esprit dans les lacs d’émeraudes des yeux de Lily. Jusqu’à ce que son tortionnaire s’écroule enfin, pour cuver son whisky sur le canapé, lorsque ce n’était pas à même le sol. Combien de côtes Eileen lui avait-elle réparées ? Combien de fois son nez, ses bras ou ses doigts avaient-ils été cassés? Il en avait perdu le compte.

Il avait bien demandé à Eileen pourquoi elle restait avec cet homme qu’il n’arrivait pas à appeler son père, mais elle lui trouvait toujours des excuses : ce n’était pas de sa faute, il était comme ça à cause du chômage, il lui avait demandé pardon, promis de ne pas recommencer… Et puis sa famille l’avait reniée, lorsqu’elle avait épousé Tobias, et sa fierté l’empêchait de faire marche arrière.

Etre enceinte en dehors du mariage était déjà un déshonneur dans cette antique famille de Sang-pur, mais l’être d’un Moldu représentait la pire des humiliations, et lorsqu’Eileen avait décidé d’épouser Tobias, son père l’avait jetée dehors sans autre forme de procès. Il aurait peut-être supporté la honte d’élever un bâtard, le vieux Prince aurait pu se charger de faire cesser la moindre critique d’un seul de ses regards noirs dont il avait le secret, mais il n’était pas question qu’il accepte un Moldu dans sa famille. Eileen était sa fille unique, mais il l’avait reniée et chassée de chez lui. Tant qu’il serait encore en vie, elle ne remettrait jamais les pieds au manoir Prince, sauf si elle décidait de quitter définitivement son mari. Sans être un extrémiste, Tiberius Prince était adepte du  ‘chacun chez soi et les hyppogriffes seront bien gardés’.

Eileen possédait tout l’orgueil de ses ancêtres, elle n’avait voulu écouter aucun argument et malgré la difficulté pour elle de s’adapter à ce monde dont elle ignorait tous les codes, pendant un an, tout s’était bien passé… Jusqu'à ce que l’usine qui employait Tobias ne ferme comme l’avaient fait petit à petit toutes les autres, et qu’il se retrouve au chômage. Il avait alors commencé à boire et la spirale infernale de l’alcool et de la violence avait englouti la famille Snape. Cela ne s’était pas arrangé lorsque le petit Severus avait commencé à manifester, à pas tout à fait quatre ans, des dons d’une extrême précocité, là où la magie accidentelle se révélait vers sept ou huit ans chez la majorité des enfants sorciers.

En outre, doté d’une intelligence supérieure, il avait très vite maitrisé la lecture et l’écriture et les rudiments du calcul élémentaire, et lorsqu’il était entré à l’école moldue de son quartier, il était rapidement devenu, comme tous les enfants introvertis et surdoués, le souffre-douleur de ses camarades. Il était l’enfant pauvre, toujours habillé de bric et de broc, le fils de cet ivrogne de Tobias Snape, dont la femme, bien que sympathique, était parfois un peu bizarre et n’avait jamais fait aucun effort pour tisser de véritables liens avec ses voisins, et pourtant il réussissait à tous les surpasser…

Sa mère lui avait appris très tôt, dans le plus grand secret, à canaliser ses facultés innées, dont il ne comprenait pas bien pourquoi il devait les cacher, autant à son père qu’aux autres enfants. Personne n’avait jamais su qu’à onze ans, il maîtrisait déjà parfaitement la baguette maternelle. N’ayant plus rien à apprendre avant même de rentrer à Poudlard, il passait ses cours de sortilèges à griffonner dans les marges de ses livres, au grand dam de Filius Flitwick, qui pourtant n’avait jamais vu un élève aussi brillant.

Personne ne se doutait du nombre de sorts qu’il avait améliorés et de tous ceux qu’il avait inventés, à part les quelques-uns que Potter, qui hélas, était peut-être un connard de première, mais avait oublié  d’être idiot, lui avait volés, le jour ou pour son malheur il avait oublié dans la salle de classe le manuel de potions avancées de sixième année qui avait appartenu à sa mère, qu’il avait déjà commencé à étudier, histoire de ne pas perdre son temps avec des sortilèges qu’il maîtrisait déjà. Le temps qu’il retourne sur ses pas pour le récupérer, son vieil ennemi, qui avait remarqué son manège en cours, était déjà penché dessus, en train de le feuilleter. Peu désireux de faire un esclandre devant le professeur qui n’avait pas encore quitté la salle, il l’avait récupéré d’un Accio informulé sans même se servir de sa baguette, accompagné d’un regard venimeux, manière de lui montrer qu’il n’était pas  tout à fait dépourvu de ressources. Mais il avait remarqué, peu après, que deux ou trois de ses sorts dont le Levicorpus, s’étaient démocratisés à une vitesse grand V… Heureusement que Potter n’avais pas eu le temps d’aller très loin dans sa lecture, et n’avait pas découvert son chef-d’œuvre, son précieux Sectumsempra qui sans dépendre tout à fait de la magie noire, aurait pu être qualifié de gris très foncé, et lui aurait très certainement valu de sévères sanctions… Il était très loin de posséder l’immunité accordé par Dumbledore à ses chers Gryffondors, et plus particulièrement au petit groupe qui se faisait appeler les Maraudeurs !

Tous les habitants de l’impasse du Tisseur savaient… Lorsque le drame s’était produit, personne n’avait été bien surpris, et si certains avaient eu un mot de compassion pour l’orphelin, seuls les Evans, dont la cadette était dans le même collège que lui, avaient daigné se déranger pour rendre un dernier hommage à la jeune femme.

Le père d’Eileen avait renié sa fille, mais il n’ignorait rien des dons exceptionnels de son petit-fils. Après la mort de sa mère, Dumbledore était allé le voir, pour savoir s’il accepterait de le recevoir pendant les vacances. Il lui avait longuement parlé de lui, ne négligeant aucun détail qui serait susceptible de le faire accepter par cette tête de bois imbu de la ‘supériorité’ de sa caste. Tiberius Prince était un Sang-pur dans la plus pure acceptation du terme, mais il était resté inflexiblement neutre dans le conflit naissant, et ne s’était jamais déclaré partisan de Voldemort, dont il redoutait la folie mégalomane et l’emprise grandissante sur ses semblables. Le vieux mage avait sorti un argument de taille de sa manche en soulignant l’isolement et la vulnérabilité de Severus à Serpentard, face aux machinations du Seigneur des Ténèbres. C’était la seule fois où il avait eu pour le jeune garçon un geste qui aurait pu modifier sa destinée. La famille Prince était une des rares qui n’avait aucune faveur à quémander et à qui sa fortune permettait de garder une indépendance que bien d’autres reniaient pour quelques honneurs ou quelques sacs de gallions. Contre toute attente, son grand-père avait accepté, sous condition que Severus renonce au nom de son père et adopte le patronyme de ses ancêtres maternels.

Si le jeune homme avait hérité de quelque chose de sa mère, c’était bien de la tête de bois des Prince. Il s’était tout d’abord insurgé à l’idée d’accepter quoi que ce soit d’un grand-père qui n’avait jamais daigné faire cas de son existence, et avait, malgré son, immense fortune, laissé sans rien faire, sa fille mourir dans la plus abjecte misère. Mais sur les conseils avisés de Lily, à qui le directeur avait expliqué tous les avantages qu’il pourrait en retirer, il s’était finalement laissé convaincre. Pour la deuxième fois cette année-là, son destin aurait pu basculer, mais Tiberius étaient mort, quelques jours seulement avant que l’adoption ne soit officialisée au Ministère de la Magie. L’enquête officielle avait conclu à un accident. Severus s’était de nouveau retrouvé seul, et la succession des Prince bloquée jusqu’à ce que l’imbroglio juridique ne soit résolu, ce qui pouvait durer plusieurs années, malgré l’intention avouée du patriarche de reconnaitre son petit-fils et de le réinstaurer dans ses droits à son héritage.

L’obstacle constitué par son grand-père éliminé, Abraxas Malfoy, vaguement parent du vieux Prince, que son fils Lucius avait très tôt informé des capacités du jeune homme, avait alors proposé de l’accueillir pendant les vacances, jusqu’à sa majorité… Malheureusement  pour lui, le geste n’avait rien de désintéressé, Voldemort avait besoin de recrues d’exception et celui-ci promettait de devenir l’un des meilleurs. S’il réussissait à le faire adhérer à ses idées, lui et sa famille ne pourraient qu’en tirer les plus grands bénéfices !

Severus aurait de loin préféré accepter l’offre des Evans, mais il était mineur, et le ministère ne lui avait pas laissé le choix. Les deux familles étant alliées, même de loin, les arguments légaux étaient valables, et Dumbledore n’avait rien pu faire. Il s’était donc retrouvé au manoir Malfoy dès les fêtes de fin d’année, et si Le Seigneur des Ténèbres et les Mangemorts avaient jusque-là été une notion relativement abstraite pour lui, à partir de ce moment-là, les choses devinrent beaucoup plus concrètes. Sous l’influence des Malfoy, ses condisciples de Sang-pur qui le tenaient plus ou moins à l’écart, se rapprochèrent de lui, au grand désespoir de Lily, qui ne comprenait pas que l’on puisse être proche de personnes aussi peu respectables.

Même elle, qui pourtant était celle qui le connaissait le mieux, n’avait jamais complètement compris toute la profondeur de son isolement, et son besoin presque pathologique d’intégration. L’incompréhension commença à s’installer entre eux et le fossé à se creuser, les éloignant chaque jour un peu plus. Il ne réalisait encore pas à leur juste mesure les conséquences de l’idéologie que professaient les partisans de Voldemort, et dans laquelle ils l’attiraient peu à peu, sur son amitié avec une Née-moldu. Le terme ‘Sang de bourbe’ lui venait de plus en plus naturellement, mais il essayait toujours de faire la part des choses avec  la jeune fille, jusqu’au jour où Potter et ses amis finirent par aller trop loin, et où l’insulte jaillit avant qu’il ne puisse la retenir.

Lily ne lui avait jamais pardonné. Lily ne serait plus jamais là pour lui, la rupture était consommée. Il ne le savait pas encore, mais son destin venait de basculer.

Voldemort avait cru qu’il se laisserait convaincre facilement, maintenant que la fille l’avait laissé tomber, il avait cru pouvoir être la seule chose à laquelle Severus aurait pu se raccrocher. Il avait donné l’ordre à ses adeptes de le flatter, de le choyer, de l’accepter parmi eux, en résumé, de le séduire par tous les moyens. Pour la première fois de sa vie, il s’était senti valorisé, il se sentait intégré à quelque chose de grand, mais malgré tout, le jeune homme avait continué à hésiter, se réfugiant dans les études et dans l’espoir de récupérer l’amitié de Lily. Il avait encore assez de moralité en lui pour rejeter les côtés les plus sombres de ceux qui se faisaient appeler Mangemorts.

Pourtant, Severus n’était pas hostile à l’idée de rejoindre leurs rangs, même s’il ne partageait pas tous leurs idéaux, il pouvait voir les avantages qu’il pourrait en tirer.Il avait accumulé trop de ressentiment, trop de haine contre tous ceux qui l’avaient blessé, pour faire la part des choses en toute lucidité, face à leurs beaux discours. Mais il n’était pas un mouton docile. Il analysait, triait, classait, il n’avait rien contre l’idée d’une prédominance sorcière, le comportement Tobias lui avait depuis longtemps fait mépriser les Moldus,  et il aurait voulu rejeter la moindre goutte du sang de cet homme qui coulait dans ses veines. Mais il y avait un prix qu’il n’était pas encore prêt à accepter de payer.

TBC

Print This Post

Mots-clefs :


Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Designed by NattyWP Wordpress Themes.
Images by desEXign.