Le broyeur d’âmes -5-

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Regulus Black, Lily Evans, Sirius Black … et les autres.

Les enfants perdus

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24 octobre 1977

—Black !

Le dernier cours de la journée venait de s’achever. Au son de cette voix, les quatre adolescents qui se dirigeaient en plaisantant vers le passage menant à la tour de Gryffondor s’arrêtèrent net et se retournèrent comme s’ils avaient fait partie d’une entité commune, qui une main dans sa poche, qui dans sa manche. L’interpellant se trouvait à quelques pas derrière eux, immobile et les deux mains ouvertes, paumes en avant, en signe de non-agression. Celui qui semblait le leader du groupe s’avança vers lui.

—Qu’est-ce que tu veux Servilus ?

—Ce n’est pas à toi que je parle, Potter… à moins que tu n’aies changé de nom… pourtant, aux dernières nouvelles, ce serait plutôt le contraire.

Sirius lui jeta un regard venimeux. Il avait quitté sa famille, et vivait chez les Potter depuis sa majorité, en novembre de l’année précédente.

« Je ne cherche pas d’ennuis, et on n’est plus des gamins, tu pourrais peut-être oublier les petits noms affectueux, pour une fois, d’autant … il désigna les alentours d’un geste circulaire… « qu’il n’y a personne devant qui tu puisses m’humilier ! »

Severus avait l’air sérieux, et bien que sur la défensive, il ne montrait aucun signe d’agressivité.

—OK Snape ! Qu’est-ce que tu me veux ?

—Te parler Black, juste te parler cinq minutes, sérieusement, sans que tu essayes de me balancer un sort ou un coup vicieux, pour ‘t’amuser’. C’est à ta portée ?

Sirius le considéra un instant, puis se tourna vers ses amis.

—Gardez-moi une place, les gars.

—Tu ne veux pas qu’on reste ?

Le Serpentard posa un œil méprisant sur le garçon replet qui venait de parler.

—Oh, comme c’est touchant, Pettigrew ! On reconnait bien là le courage des Gryffondors… quatre contre un, comme d’habitude !

—Allez-y, si  Serv… Snape voulait se défouler sur moi, il n’aurait pas choisi un endroit public, ni de vous avertir avant.

—Bien ! Je constate qu’il y a au moins un neurone qui fonctionne, dans ce qui te sert de cerveau, Black.

Pendant que les trois autres se dirigeaient vers leur salle commune, non sans se retourner à plusieurs reprises, Severus fit signe à Sirius de le suivre dans un renfoncement discret, où, par précaution supplémentaire, il lança négligemment un sort de silence, sans baguette. Rappeler à Black qu’il n’était pas dépourvu de défenses n’était jamais inutile. Malgré son caractère écervelé, le Gryffondor savait se battre, il fallait lui reconnaitre cela, même si privé de ses habituels complices il n’était pas certain qu’il ait fait le poids en duel, face à lui.

—Alors ?

Severus eut une légère hésitation, ce n’était qu’après de longues tergiversations et mûre réflexion, qu’il s’était décidé à mettre son orgueil de côté pour entreprendre, à contrecœur, une démarche qu’il jugeait humiliante. Mais c’était son dernier recours pour essayer de venir en aide à son camarade.

—C’est au sujet de… Regulus.

Sirius se raidit.

—Et qu’est-ce qui te fait penser que j’ai envie de parler de Regulus ?

—Ne fais pas l’idiot, Black, je suis sérieux ! C’est ton frère, bon sang ! Depuis quand faire partie de Maisons différentes annule les liens de famille ou d’amitié qui existaient avant ? Tu crois franchement qu’il est heureux de ce qui s’est passé ? Est-ce que tu peux t’imaginer un instant ce qu’il vit depuis ton départ, coincé dans ta famille de dingues, sans aucune échappatoire ?

—Ca ne me concerne plus.

Les lèvres du Serpentard se tordirent dans un rictus de mépris.

—Evidemment… j’aurais pu m’en douter ! d’ailleurs ça ne t’a jamais vraiment concerné, n’est-ce pas ?  Tu n’as jamais été là pour lui, tu n’as jamais cherché à savoir ce qu’il pouvait ressentir. Ya-t-il  quelque chose qui intéresse Sirius Black, à part sa petite personne et sa bande d’amis dégénérés ?

Sirius fit un mouvement en direction de sa poche, mais l’autre l’avait devancé et lui avait saisi le poignet d’une main de fer.

—Pas la peine. Je te l’ai dit, je veux juste parler, dit-il en le relâchant avec un dégoût manifeste, comme s’il avait été obligé de toucher une immondice. « Mais n’espère pas que je vais faire semblant de vous apprécier pour autant ! Tu dois bien te douter que ce n’est pas de gaîté de cœur que je me suis décidé à venir te parler. »

—Regulus a fait son choix.

—Son choix ? Quel choix ? Tu crois vraiment qu’il y avait encore la possibilité d’un choix pour lui, après ton départ ? Il a cessé d’exister pour toi lorsqu’il a été réparti à Serpentard, n’est-ce pas ? Tu t’étais trouvé un nouveau frère à Gryffondor, et tu t’es débarrassé de l’ancien comme d’un jouet cassé. Crois-tu que ça ne lui ait rien fait ? Ce satané Choixpeau devrait être brûlé ! Mais il n’avait que onze ans ! Et même si toi, tu t’opposais déjà à ta famille, peut-on reprocher à un gamin de onze ans de faire confiance à ses parents ? Il en avait à peine quinze, lorsque tu t’es tiré de chez toi, et depuis, tu peux bien te douter que ton père ne l’a pas lâché, et je ne parle ni de ta mère ni de ta chère cousine, cette folle furieuse de Bellatrix…

Il sembla hésiter encore quelques secondes, avant de laisser tomber la pierre dans la mare :

« Dans une semaine, il va faire la plus grosse connerie de sa vie… »

Sirius parut déstabilisé pendant quelques instants, une ombre passa sur son visage, mais il reprit bien vite son ton haineux.

—Et ça te dérange ? Tu es aussi avec eux, non ? Cracha-t-il.

—Je ne suis pas un Mangemort, si c’est ce que tu insinues, et oui, ça me dérange, parce que quoi que tu penses de lui, Regulus est quelqu’un de bien. Ce qu’il s’apprête à faire, que tu le veuilles ou non, tu en es en grande partie responsable, et il ne le fait pas de gaîté de cœur. Ton père est prêt à le tuer de sa propre main s’il n’obéit pas, et tu sais parfaitement qu’il en est capable.

—Et tu crois que je pourrais y faire quelque chose ? Es-tu naïf à ce point ?

—Déjà, tu pourrais essayer de lui parler, de lui dire que tu ne le détestes pas, quoi que tu aies pu faire. Et puis surtout… tu pourrais aller voir Dumbledore. Moi, il ne me recevrait sans doute même pas, mais toi et tes copains, vous êtes dans ses petits papiers…

Il laissa passer un instant, semblant espérer quelque chose, une réaction, une réponse, avant de poursuivre.

« Mais finalement oui, Black, je dois être naïf. Naïf au point de ne pas arriver à croire que lorsqu’on a la chance d’avoir un frère, on ne puisse pas avoir envie de tout faire pour le garder! »

Termina-t-il avec amertume.

Sirius semblait en état de choc, bouche bée, il regardait le Serpentard comme s’il venait de tomber du ciel. C’était Servilus, qui venait de prononcer ce plaidoyer en faveur de son frère ? Il savait, Lily l’avait dit à James sous le sceau du secret, qu’il avait été maltraité par son père pendant toute son enfance. Il avait, comme tout le monde, été choqué, trois ans plus tôt, par les circonstances de la mort de sa mère. Mais tout de même… c’était Servilus ! Et soudain, une bouffée de chaleur l’envahit, que savait-il de lui ? Il entrevoyait un abîme de solitude dans les quelques mots qu’il venait de prononcer d’un ton si amer. Mais il se reprit bien vite. C’était Servilus, bordel !

—S’il n’a pas voulu t’écouter, tu penses que moi, je pourrais le convaincre de tout arrêter ?

—De tout arrêter, non. Il est trop tard. A moins d’un miracle, il prendra la Marque à Halloween. Mais il est désespéré… Merde, c’est encore un gosse, Black ! Ecoute, jusqu’à ses dix-sept ans, il a encore la Trace sur lui, et le Seigneur des ténèbres ne prendra pas le risque de lui demander de… de faire quelque chose d’irréparable avant, il serait immédiatement repéré.  Alors même s’il se retrouve avec un putain de tatouage sur le bras, il n’est peut-être pas encore trop tard pour faire quelque chose pour lui…

Devant l’inertie de Sirius, il se décida à abattre sa dernière carte.

« Je ne suis pas stupide, Black, j’ai entendu parler de l’Organisation de Dumbledore. L’Ordre du Phénix n’est pas aussi secret qu’il le croit, et je sais que toi et ta bande en faites partie… »

—Co- comment… ?

—Peu importe comment je le sais, là n’est pas la question. D’ailleurs tu n’essayes même pas de prétendre que ce n’est pas vrai… Si tu veux vraiment devenir Auror, il va te falloir apprendre à mieux dissimuler, on lit sur ton visage comme dans un livre.

—Tu es bien conscient que ce que tu me dis pourrait ruiner pour toujours tes ambitions auprès de Tu-sais-qui, si, par le plus grand des hasards, ça venait à se savoir?

—Tu es bien conscient que tu ne pourrais apporter aucune preuve de cette conversation, et qu’une accusation de TA part n’aurait peut-être pas tout le poids que tu peux penser? Tout le monde sait que toi et tes amis ne reculez devant rien pour me nuire, depuis six ans ! Et de toute façon, me ‘sauver’ des Ténèbres, ou même admettre que je puisse ne pas tout à fait être un salaud fini n’entre pas dans tes ambitions… je me trompe ?

—C’est quoi ton intérêt dans tout ça ?

—Aucun. Il se trouve que ton frère est mon ami, et que je n’ai pas envie de le voir devenir un meurtrier, ça le détruirait à jamais. Si l’un de tes chers amis était sur le point de tomber dans un précipice, tu n’essaierais pas de le retenir… même si pour cela, il te fallait t’abaisser à demander de l’aide à ton pire ennemi ?

Les deux garçons restèrent silencieux quelques instants, puis Sirius baissa la tête.

—J- je ne sais pas…

—Je ne te demande que d’essayer, Black. Tu es le seul qui puisse encore tenter de faire quelque chose pour lui.

La démarche de Severus avait totalement déstabilisé Sirius. Depuis un an, il avait tenté de reléguer Regulus, et le sentiment de culpabilité qui l’accompagnait, dans une partie éloignée de son cerveau. Mais à chaque fois qu’il le croisait au détour d’un couloir, la blessure se ranimait. Le jeune homme venait d’appuyer sur le point le plus douloureux. S’il avait réussi à faire abstraction de parents qui avaient été absents pendant la plus grande partie de sa vie, il n’arrivait pas à occulter le petit frère qu’il avait laissé derrière lui. Que le Serpentard ait osé entreprendre cette démarche lui semblait surréaliste. Il lui en était presque… le mot lui écorchait l’esprit reconnaissant, tout en le haïssant de plus belle, pour lui avoir rappelé qu’il avait choisi de fuir sa famille, en abandonnant son frère.

1er novembre 1981

Sirius éclata de rire.

Pourquoi à cet instant précis, revoyait-il, avec une acuité qui lui renvoyait le moindre mot échangé avec une netteté parfaite, la conversation qu’il avait eue, quatre ans auparavant, avec Snape ? Il avait toujours su que ce moment viendrait un jour, que sa culpabilité finirait par le rattraper. Le temps de l’expiation était arrivé, et Sirius riait.

La rue autour de lui était dévastée, et plusieurs cadavres jonchaient le sol. Il n’entendit pas les ‘pop’ de transplanage. Il riait comme il n’avait jamais ri de sa vie, d’un rire hystérique, qui menaçait de sombrer dans la folie. Il ne tenta même pas de se défendre lorsqu’ils lui prirent sa baguette de la main et l’entravèrent, avant de l’emmener.

Comment s’appelait-il déjà, celui qui dans la religion des Chrétiens avait trahi son ami? Judas ! Celui qui avait tué son frère ? Caïn ! Qui le croirait ? Pour tous, il était le Gardien du Secret des Potter, et maintenant, James et Lily étaient morts et le petit Harry avait disparu. Qui pourrait le croire, s’il leur disait maintenant que depuis quelques jours ce n’était plus lui ?

Un an plus tôt, Dumbledore avait révélé à l’Ordre, qui lui reprochait d’avoir engagé un Mangemort, que Snape s’était repenti, et qu’il était désormais un agent double à son service. Sous couvert d’espionner le directeur de Poudlard, c’était à lui qu’il fournissait, en fait, de précieux renseignements sur Voldemort. C’était d’ailleurs lui qui avait révélé la menace qui pesait sur les Potter. Dernièrement, l’information qu’il lui avait rapportée avait produit l’effet d’une bombe : un membre de l’Organisation était devenu un serviteur du Seigneur des Ténèbres, sans qu’il ait encore pu découvrir son identité, et il s’apprêtait à les trahir. Le vieux mage n’avait révélé ce fait qu’à James, mais celui-ci avait une confiance illimitée en ses amis : si l’Ordre abritait un traître en son sein, ce ne pouvait être un Maraudeur, il avait donc, comme il l’avait toujours fait, partagé la confidence avec eux.

L’idée leur avait tout d’abord parue grotesque. Et puis, pouvaient-ils vraiment faire confiance à Snape, malgré les affirmations de Dumbledore ? Quoiqu’à y bien réfléchir… un jour, au détour d’une conversation, Peter avait négligemment fait remarquer que Lupin semblait de plus en plus étrange depuis quelques temps, depuis que Fenryr Greyback avait cherché à l’approcher, en fait. Oh, bien sûr, il ne le leur avait pas caché et n’avait pas répondu à l’’invitation’, mais la graine était plantée et ne demandait qu’à croître… ils avaient observé, décortiqué la moindre action de leur ami, qui peu à peu avait fini par ressentir leur malaise en sa présence et s’était du coup, de son côté, de plus en plus renfermé sur lui-même. Petit à petit l’ambiance s’était dégradée au sein du petit groupe, la suspicion s’était installée, et ils avaient fini par faire la plus grande bêtise qu’ils aient jamais eu l’idée de faire. Ils avaient changé, en cachette de Remus, de Gardien du Secret… Mais bien entendu, Remus était innocent !

En regardant le rat filer parmi les décombres, deux mots s’étaient mis à tourner en boucle dans sa tête, il les entendait s’entrechoquer, tinter, résonner encore et encore, comme une clochette démoniaque. Il s’était senti basculer dans la folie. Il avait envie de hurler, de verser toutes les larmes de son corps. Il n’avait pu qu’éclater de rire !

Judas…

Aujourd’hui, Pettigrew les avait trahis, mais cinq ans plus tôt, lui, s’était enfui en abandonnant son frère.

Caïn…

Quatre ans plus tôt, il avait laissé sa haine pour les Serpentards prendre le dessus, il avait refusé qu’un Severus Snape, un Servilus, puisse lui dicter sa conduite. Il avait laissé son stupide entêtement prendre le dessus, et il avait laissé Regulus s’enfoncer dans les Ténèbres. Et maintenant, Regulus avait disparu, et il en portait le poids sur la conscience.

Judas…

Il avait prêté l’oreille aux calomnies d’un sale rat et soupçonné l’un des hommes les plus loyaux qu’il ait jamais connus d’être un traitre… Il était aussi responsable de la mort de son plus-que-frère et de sa famille que si c’était lui qui les avait dénoncés.

Caïn…

En proposant Peter comme Gardien du Secret des Potter à sa place, il avait scellé leur sort. Il aurait tout aussi bien pu jeter lui-même l’Avada Kedavra.

Malgré tout, il avait eu du mal à accepter que Remus puisse être passé à l’ennemi, Lupin, comme lui, avait l’esprit de meute, et on ne trahit pas sa meute. Lorsqu’à force d’additionner deux plus deux et d’examiner les faits il avait enfin compris, il était trop tard. Lorsqu’il était arrivé au cottage, il avait trouvé les corps de ses amis déjà froids, et le berceau de l’enfant vide. Alors il s’était mis à la poursuite du rat, qui avait sciemment semé la discorde. C’était la seule chose qu’il puisse encore faire, il connaissait son repère. Mais il avait été piégé.

Le trente et un octobre mille-neuf-cent-quatre-vingt-un, Sirius Black avait tout perdu. Ses mauvais choix, ses erreurs de jugements avaient causé la perte de son frère et la mort de ses amis. Finalement, valait-il mieux que Regulus ? Valait-il mieux que Snape ?

Ses erreurs avaient fini par le rattraper, et il allait finir sa vie à Azkaban pour un crime qu’il n’avait pas commis, mais pour lui, ce n’était que justice.

La brigade spéciale effaçait déjà la mémoire des quelques Moldus survivants.

Mais Sirius Black n’était plus là.

Sirius Black riait.

TBC

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