Le broyeur d’âmes -6-

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Regulus Black, Lily Evans, Sirius Black … et les autres.

Leçons de ténèbres

« Lasciate ogni speranza, voi ch’ entrate » (Dante Alighieri – La divina commedia – L’inferno)

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1er Septembre1981

Il marchait d’un pas ferme, drapé dans sa robe noire de professeur qui flottait dans son sillage, le dos droit et la tête haute, s’efforçant de garder gravé sur ses traits l’air distant et arrogant qu’il avait étudié pendant une bonne partie de la nuit devant le miroir de sa salle de bains. Le claquement de ses bottes dans le couloir lui donnait un peu d’une assurance qu’Il était loin d’éprouver autant qu’il l’affichait, mais il avait appris très tôt que dans le monde, seules les apparences comptent. Sa tenue avait été étudiée pour tenir à distance des élèves confrontés à un professeur, pour certains guère plus âgé qu’eux, et en particulier ceux qui pouvaient se souvenir de lui alors qu’il était encore étudiant ici même. La redingote noire, boutonnée jusqu’au cou et à jusqu’à mi-manches, la cape volumineuse qu’il s’était entrainé pendant des heures à faire claquer de manière impressionnante dans des voltefaces spectaculaires, n’avaient rien de commun avec l’uniforme qu’il portait encore trois ans plus tôt, et le faisaient paraître plus vieux que son âge. Son corps bien que toujours svelte, s’était étoffé, son visage, sans être beau avait perdu l’ingratitude de l’adolescence, et ses yeux de jais, qui pouvaient vous transpercer jusqu’à l’âme, avaient acquis la dureté de la pierre dont ils avaient la couleur. Seuls ses longs cheveux noirs d’apparence graisseuse, tribut à payer lorsqu’on passait des journées entières plongé dans des vapeurs de potions en ébullition, étaient restés les mêmes.

A vingt et un ans, Severus Snape était le plus jeune Maître des potions que Poudlard ait jamais connus. On aurait pu en penser qu’il en aurait tiré une grande satisfaction, mais tout ce qu’il éprouvait présentement, c’était de la peur, et du dégoût. Cela faisait bientôt un an qu’il avait peur, pas pour lui, mais pour la jeune femme qui vivait recluse depuis qu’elle avait mis au monde l’enfant que son Maître considérait comme la menace ultime contre lui. Le petit Harry avait été condamné à mort dès sa venue au monde, et s’il était encore vivant, grâce à lui, il n’en tirait aucune gratification, se maudissant à chaque heure d’être, même involontairement, à l’origine de sa condamnation et de celle de ses parents.

Tout était calme, il y avait relativement peu d’échauffourées, et depuis qu’il était des leurs, il faisait surtout office de guérisseur pour ses acolytes. Il s’était hélasaussi découvert une autre ‘fonction’ dont il n’avait jamais soufflé mot à personne. Une nuit, en remontant des cachots du manoir Jedusor, où était installé son laboratoire/infirmerie, il avait été alerté par les râles d’un prisonnier, que son tourmenteur s’était un instant lassé de torturer, pour aller se restaurer. L’homme était à peine vivant et n’avait plus figure humaine, il ne pouvait plus rien pour lui, même pas soulager ses souffrances, alors, il avait fait la seule chose qu’il pouvait, le seul geste de compassion possible, il avait abrégé son agonie… Il était devenu ce qu’il s’était promis de ne jamais être, un assassin ! Et peu importait à ses yeux, la raison pour laquelle il l’avait fait ! Cet homme, et le trop long cortège de tous ceux qui avaient suivi, hantaient désormais ses cauchemars. Il avait rejoint les rangs des Mangemorts depuis un peu plus de six mois, travaillant occasionnellement pour le potioniste officiel de Ste Mangouste, qui avait été son directeur de Maîtrise, et caressant encore l’idée d’ouvrir sa propre officine, lorsqu’il avait reçu sa première convocation personnelle auprès du mage noir. Lorsque Voldemort lui avait expliqué les projets qu’il avait pour lui, il avait compris qu’un de ses pires cauchemars était en train de prendre forme. Il n’avait jamais envisagé l’enseignement que comme un pis-aller, et voilà que le Seigneur des Ténèbres lui ordonnait de briguer un poste de professeur à Poudlard, afin de pouvoir espionner Albus Dumbledore !

C’était ainsi qu’il s’était retrouvé, au début du mois de juillet 1980, à la ‘Tête de Sanglier’  où Dumbledore avait convoqué les aspirants-professeurs pour leurs entretiens d’embauche. Il attendait son tour dans le couloir de l’étage, lorsque la porte s’était légèrement entrebâillée. Un peu avant, il avait vu entrer une jeune femme, affublée de lunettes ridicules et habillée d’un étrange assortiment de vêtements dépareillés et d’inspiration exotique, qui la faisaient ressembler à une diseuse de bonne aventure de mauvais film moldu. Poussé par la curiosité de savoir quelle matière pouvait bien enseigner la donzelle, il s’était approché de la porte, au moment où elle débitait d’une voix de médium de foire, ce qui ressemblait à une prophétie. Il n’avait jamais cru à ces fadaises, mais il avait reconnu le nom du Seigneur des Ténèbres et s’était penché un peu plus pour mieux entendre. C’est précisément à ce moment-là que le propriétaire de l’auberge l’avait surpris et mis à la porte manu-militari.

Sa première mission officielle s’avérait être un fiasco total, mais lorsqu’il avait rapporté la chose à Voldemort, celui-ci avait été impressionné par la prophétie au point d’oublier de le punir. Deux femmes, au sein du jeune ordre du phénix, que Dumbledore avait créé pour palier les déficiences des autorités corrompues, correspondaient exactement à la prophétie, et allaient sous peu donner le jour à un enfant: Alice Londubat et… Lily Potter ! Restait à savoir laquelle accoucherait d’un garçon, à la fin du mois de juillet. Il savait que pour éliminer l’enfant qu’il pensait représenter une menace contre lui, le Seigneur des Ténèbres n’hésiterait pas à tuer quiconque essaierait de s’opposer à lui, les parents en premier lieu. Il espérait de toute son âme que l’enfant de Lily soit une fille, ou qu’il naisse au début du mois d’août. Il savait qu’entre les deux enfants, le Seigneur des Ténèbres sans l’ombre d’une hésitation, choisirait de tuer celui d’une Sang de bourbe.

Le petit Londubat était né le 30 juillet, le petit Potter le 31.

Severus avait mis sa peur et son orgueil de côté, il était allé supplier le Seigneur des Ténèbres d’épargner la femme qu’il aimait.Il s’était trainé à ses pieds, il s’était humilié publiquement. Voldemort avait éclaté de rire « si elle accepte de me donner son enfant, je l’épargnerai, je ne suis pas un monstre… ». Il avait ri de plus belle, satisfait de son trait d’humour irrésistible et l’avait envoyé s’occuper d’Antonin Dolohov, qui avait été légèrement blessé lors de leur dernière ‘sortie’.

Dès qu’il avait pu se libérer, Severus avait envoyé un message à Dumbledore pour lui demander une entrevue, c’était le seul espoir qui lui restait, la seule personne qui pouvait encore sauver Lily. Et tant pis si lui, devait y laisser la vie. Il espérait juste que le vieux mage écoute d’abord ce qu’il avait à dire.

Ce soir-là, le vieil homme appréhendait un piège de Voldemort, et même après que Severus lui ait juré fidélité, il n’avait pas entièrement eu confiance en son nouvel espion. Cette histoire de prophétie… Voldemort pouvait-il vraiment y croire à ce point ? Que son ancien élève ai t été amoureux fou de la jeune femme, il l’avait bien compris, certains accents ne peuvent mentir. Mais elle en avait choisi un autre, qui plus était son pire ennemi… la logique n’aurait-elle pas voulu qu’il lui en veuille, qu’il lui souhaite le plus de mal possible ?Ses semblables n’étaient pas réputés pour leur compassion… Et quelle pire punition pour une femme qui vous a humilié, que la mort de son enfant ? Quel Mangemort pouvait aimer au point de sacrifier volontairement cet amour pour sauver l’objet de sa flamme ?

Il avait tout de même fait le nécessaire pour mettre les Potter à l’abri, et avait reconsidéré la demande de travail de Severus. Il ne lui donnerait certainement pas le poste convoité de Professeur de Défense contre les Forces du Mal, qui pensait-il le mettrait trop en contact avec les tentations du monde des ténèbres… comme s’il n’y était déjà pas en plein !  Mais il pouvait lui attribuer, dans un premier temps un poste d’assistant en Potions pendant un an, officiellement le temps de se former au professorat, avant de prendre la succession d’Horace Slughorn qui souhaitait depuis longtemps prendre sa retraite, mais en réalité pour l’avoir sous la main etle tenir à l’œil, en attendant de voir comment les choses allaient évoluer.

A vingt ans, Severus n’attendait plus rien de la vie, mais son destin venait de basculer pour la deuxième fois.

31 octobre 1981

Trop tard, il était arrivé trop tard ! Non qu’il ait pensé un seul instant qu’il aurait pu vaincre Voldemort dans un affrontement direct, mais contre toute logique, il avait espéré pouvoir arriver avant lui, les convaincre de fuir, de se mettre en sécurité, quitte à supplier Potter. Et au pire, en désespoir de cause, se battre à leurs côtés. Mourir à ses côtés. Mais il était trop tard, il pouvait voir le cottage, le Secret avait été levé. Après la trahison de Black, cet immonde cabot galeux,Voldemort en avait dévoilé l’adresse devant tous les Mangemorts. Hélas, lui n’était pas là, il était à Poudlard où il finissait de donner ses cours de la journée. Il avait du attendre une demi-heure avant de pouvoir quitter l’école.

La préservation de sa couverture lui donnait le droit de ne pas répondre immédiatement à l’Appel de la Marque. Lorsqu’il était arrivé au manoir Jedusor, Bellatrix s’apprêtait à descendre dans les cachots pour effectuer la mission dont l’avait personnellement chargée le Seigneur des Ténèbres : s’’occuper’ des Londubat, que son mari et son beau-frère venaient de lui ramener, et qui avaient juste eu le temps de mettre leur fils à l’abri chez sa grand-mère. Même s’il était convaincu que la prophétie concernait le fils de Lily, il ne voulait rien négliger. Elle s’était fait un plaisir de lui révéler que le Maître avait décidé de traiter le cas des Potter en personne, et qu’il était parti pour Godric’s Hollow,en envoyant tous les autres sur diverses missions de diversion. Rien n’était prévu pour Severus, la préservation de l’anonymat nécessaire à son rôle d’espion lui valait d’être le plus souvent exempté de missions sur le terrain, ce qui lui valait le mépris de beaucoup de Mangemorts, et celui de Bellatrix Lestrange en particulier. De plus, il avait osé avouer publiquement qu’il était toujours attaché à la Sang de bourbe. La sorcière brune s’était fait un plaisir de lui révéler l’adresse, afin qu’il puisse aller contempler de ses yeux ce qui était advenu de sa bien-aimée, avant de lui tourner le dos en ricanant.

Le trou béant à l’étage, et le silence sinistre qui régnait sur l’endroit, lui arrachèrent un gémissement d’impuissance. Il s’approcha du portail qui fermait le jardinet qui s’étendait devant la maison et s’accrocha à la grille pour ne pas tomber. De là où il était, il pouvait voir la porte d’entrée défoncée, bouche immonde ouverte sur les ténèbres.

La mort…Elle était perceptible dans l’air, dans le silence, elle l’entourait, oppressante. Il savait qu’il n’y avait plus aucun espoir, mais l’espoir est une chose étrange, il s’incruste et s’accroche, jusqu’à  ce qu’on lui ait prouvé qu’il a tort. L’esprit vide, un pas après l’autre, il atteignit enfin l’entrée. La main crispée sur le chambranle, il n’osait plus bouger, rompre cet équilibre fragile entre l’extérieur et l’intérieur, entre l’espoir et la réalité lui paraissait au-dessus de ses forces. Il pouvait encore s’enfuir, il pouvait encore nier, faire semblant d’ignorer. La réalité n’existait pas encore dans son espace-temps personnel. Un pas de plus le ferait basculer en enfer. Son corps décida pour lui. Il plongea dans l’obscurité épaisse du hall.

L’obscurité… elle était partout, autour de lui, en lui, elle avait tout envahi, tout submergé, il aurait voulu disparaitre à tout jamais en elle. L’obscurité, et le froid… cette main de glace qui s’était abattue sur lui, qui broyait son cœur et étouffait son âme ! Il était mort à l’instant même où il était Apparu devant le cottage, il était mort dès qu’il avait vu le pan de mur détruit, aussi inexorablement que s’il avait reçu un Avada Kedavra. Détruit de l’intérieur. Un mort qui avait les apparences trompeuses de la vie, mais un mort tout de même.

Le corps de James gisait en travers de l’escalier, en pyjama, pieds nus, les épaules reposant sur le palier, un bras tendu et l’autre replié sur la poitrine. Ses yeux grands ouverts conservaient encore une expression d’horreur et de stupéfaction. Avait-il eu le temps d’apercevoir celui qu’il croyait son ami et qui l’avait trahi ? Severus passa à côté de lui sans s’arrêter. Il avait trop haï cet homme pour éprouver la moindre compassion. Une faible lueur émanait d’une porte brisée, au fond d’un couloir qui s’ouvrait devant lui. Et soudain, le silence fut rompu.

Il sursauta et s’immobilisa, il ne se trompait pas, c’étaient bien les pleurs d’un bébé ! Mais comment l’enfant aurait-il pu pleurer ? Il devait être mort, comme son père, comme sa… Il expira lentement, libérant la douleur de ses poumons,  il ne s’était pas aperçu qu’il retenait sa respiration. L’espoir, l’espoir insensé ! Si l’enfant avait survécu, alors… Mais aucun autre bruit n’était audible, aucune voix ne tentait de le calmer, de le consoler. Alors, il se remit en marche, guidé par les sanglots du bébé.

Il avait l’impression de se mouvoir au ralenti, comme à l’intérieur d’un cauchemar. Il ne voulait pas avancer, mais il avançait quand même, au milieu des gravats qui jonchaient le sol, vers l’ouverture d’où provenait la lumière, au fond du couloir. L’atmosphère était épaisse, les relents de magie noire imprégnait l’air, encore un pas, et il atteignit la porte, ou plutôt l’endroit où avait été la porte, qui pendait maintenant misérablement hors de ses gonds.

C’était la nurserie. Dévastée.  Des meubles brisés, en miettes, un fauteuil à bascule miraculeusement épargné, une lampe électrique renversée, au pied cassé mais qui éclairait encore, le parc dans lequel l’enfant pleurait toujours… Par terre, une robe bleue, une masse de cheveux auburn… « Lily ! »Un trou noir, le cœur qui s’arrête, la douleur lorsqu’il repart…

 Et soudain, Il était à genoux, prostré sur le sol. Il était tombé, ses jambes s’étaient dérobées, il avait essayé de s’appuyer contre le mur, mais sa main n’avait rencontré que le vide. Les poumons en feu, il essayait vainement d’aspirer un peu d’air, haletant entre sanglots muets et gémissements de bête blessée. Puis jaillit le cri, la négation, le refus. Les hurlements, encore, et encore, en vagues ininterrompues, raz de marée de douleur qui emportait tout sur son passage. Il n’entendait plus l’enfant, il ne voyait plus rien. Rien que la femme vers qui il essayait de se traîner, privé de toute force, vaincu, impuissant.

Oppression, comment pouvoir encore respirer, quant aucun souffle ne s’échappe plus des lèvres de Lily? Eblouissement, comme un flash dans la tête. Le déchirement d’une douleur fulgurante, le cœur qui gèle, se fige et qui explose en milliers de fragments qui s’enfoncent dans sa poitrine. Des flots de lave en fusion qui viennent battre en vagues déferlantes contre les tempes.
Douleur.
Cris.
Hurlements…
Puis plus rien, rien, que des larmes et des sanglots. Le vide. Le néant.
Douleur.
Chagrin.
Tant de souffrance… Trop de souffrance.

1er novembre 1981

Combien de temps l’avait-il bercée entre ses bras avant que Dumbledore et Hagridn’arrivent ? Il ne s’était même pas demandé comment ils avaient pu savoir. Combien de temps avait-il fallu au vieux mage pour atteindre son esprit ? Pour l’obliger à reposer le corps de Lily avant de le ramener de force à Poudlard?

Affalé dans un fauteuil du bureau de Dumbledore, il n’avait plus qu’un désir : mourir, que les détraqueurs viennent lui donner le Baiser et que le cauchemar s’arrête enfin ! Lorsqu’il avait compris que le vieux mage ne les laisserait pas faire, il avait cru devenir fou de désespoir. Il avait perdu tout ce qui était sa raison de vivre, et il s’en rendait responsable, il était condamné à vivre avec ce poids sur la conscience pour le restant de ses jours, sans que la miséricorde d’une fin rapide lui soit accordée.

Alors il avait accepté de protéger le fils de Lily. « Il a ses yeux » avait dit Dumbledore… mais imaginer les yeux de Lily dans le visage d’un mini James lui était insupportable. Il avait accepté quand mêmesa pénitence, sa condamnation, mais il savait déjà que quoiqu’il arrive, aucune expiation ne lui apporterait une absolution qu’il ne s’accorderait jamais.

La vie serait la pire des punitions, il n’avait pas le droit de mourir tant qu’Harry serait en danger, et il devrait se faire haïr pour préserver le secret. Si comme le pensait Dumbledore Voldemort revenait un jour, il devrait reprendre sa place auprès de lui, recommencer à supporter les crimes, les exactions, se rendre complice des pires abominations, avec comme seul espoir la mort pour paiement de la vie de l’enfant, la mort dans l’opprobre et le déshonneur, juste châtiment de ses fautes. S’il mourrait pour son fils, peut-être Lily lui pardonnerait-elle enfin ses erreurs.

Plus tard…

Il était là depuis des heures, ou peut-être étaient-ce des jours allongé dans le noir, comme hébété. Il lui semblait que plus jamais il ne pourrait supporter la lumière du soleil. Un elfe de maison venait à intervalles régulier lui apporter un plateau et ne repartait que lorsqu’il s’était assuré qu’il en avait mangé au moins une partie, Dumbledore avait du donner des ordres. Malgré sa promesse de rester en vie, il ne lui faisait apparemment pas totalement confiance. La Marque était étrangement muette, il avait lancé un Lumos pour se rendre compte, et elle avait même paru s’être estompée, mais peut-être était-ce l’effet du mauvais éclairage et de l’état de ses yeux brouillés par la fatigue et les larmes. Ce pourrait-il que Voldemort ait vraiment définitivement disparu ? Comment Dumbledore pouvait-il affirmer aussi catégoriquement qu’il reviendrait ?

A tête reposée, il se demandait si le vieux mage n’avait pas profité de sa détresse pour lui extorquer une promesse basée sur du vent. Le fils de Lily… Le fils de Lily avait-il vraiment besoin de protection ? Il n’avait pas prêté de serment inviolable après tout, et s’il n’était pas envoyé à Azkaban à la suite de son procès… Il y avait encore un choix pour lui ! Un choix ! Combien de fois avait-il fait les mauvais choix dans sa vie ? Pouvait-il laisser sa culpabilité prendre le dessus ? Pouvait-il laisser passer la moindre chance de pouvoir faire encore quelque chose pour son amie ? Baisser les bras ? Et si le Seigneur des Ténèbres revenait vraiment un jour, alors qu’adviendrait-il du fils de Lily ? Non, il n’était pas un lâche, sa seule lâcheté avait été de céder au désespoir au point de rejoindre Voldemort après le mariage des Potter. Il en payerait à jamais le prix, mais il ne se déroberait plus devant son devoir, aussi difficile soit-il à accomplir.

Il n’avait pas réussi à sauver Regulus. Black n’avait rien fait et le jeune homme avait disparu depuis trois ans maintenant, il était plus que certainement mort. Certains disaient même qu’il avait trahi et que le Seigneur s’était occupé de lui en personne. Il n’avait pas réussi à sauver Lily. Le Gardien du Secret des Potter avait trahi ses amis et révélé leur cachette aux Mangemorts. Il n’avait pas réussi à découvrir le nom du traitre, mais qui pouvait occuper cette fonction si ce n’était l’ami le plus proche du couple ? Il n’avait jamais haï personne comme il haïssait Black à ce moment-là, pas même son père. Black avait laissé, en toute connaissance de cause, son frère marcher à sa perte sans un mot, il avait trahi son meilleur ami, son plus-que-frère… S’il y avait un homme sur terre encore plus coupable, encore plus méprisable que Severus Snape, c’était bien Sirius Black, et même si le mage noir avait disparu, même si l’enfant ne risquait plus rien, tant que Black serait vivant, il devait rester en vie, il ne devait pas laisser passer la moindre chance de pouvoir peut-être un jour venger ceux qu’il n’avait pas pu sauver. Et si Voldemort revenait, alors il serait là. Severus Snape ne ferait plus jamais les mauvais choix.

Il avait cuirassé son cœur, relevé la tête et posé sur son visage le masque du professeur Snape. Dur, froid, sarcastique, rendu inexpressif par l’Occlumencie  qu’il s’obligeait à pratiquer quasi en permanence malgré l’épuisement engendré, afin qu’elle devienne une seconde nature. Lorsqu’il avait repris sa place parmi ses collègues, après un procès où il avait été exempté de toute charge par  le témoignage de Dumbledore, nul n’aurait pu imaginer que cet homme n’était plus qu’une coquille vide. Mais dans l’intimité de ses appartements, le masque tombait, et dans ces moments, il lui semblait de nouveau entendre la voix de Lily « Pleure, Severus, seuls ceux qui sont incapables d’aimer ne pleurent pas, c’est le jour où l’on apprend à ne plus pleurer, qu’on apprend à haïr. »

Epilogue

Les jours, les semaines, les mois, les années avaient passé. Il y avait eu ce premier septembre 1991, et le choc de deux yeux verts dans lesquels il avait vu la haine succéder à l’appréhension des premiers jours. Il l’avait provoquée sciemment, cette haine, elle était son calvaire quotidien, sa damnation, mais aussi la garante de la sécurité de l’enfant. Deux ans plus tard, il y avait eu l’évasion et la réapparition de Sirius Black, et il avait bien dû reconnaître, à son corps défendant, qu’il n’avait pas trahi ses amis. Et puis il y avait eu cette année maudite qui avait vu la renaissance du Seigneur des Ténèbres et le retour de son esclavage, avec son cortège d’horreurs auxquelles il était obligé d’assister, impuissant. Il se doutait bien que la fin, sa fin, était proche, mais au début de cet été là, il ne savait pas encore que le pire était à venir pour lui. Le soir où Dumbledore l’avait appelé et que ses yeux s’étaient posés sur la main noircie du vieux sorcier, une peur indéfinissable lui avait retourné les entrailles.

« Il faut parfois accepter de sacrifier une pièce maitresse pour gagner la partie, Severus… ».

Pion noir, pion blanc, fou blanc, fou noir, au service des deux Maîtres qui s’affrontaient sur l’échiquier où se jouait l’avenir du monde sorcier. Ce que lui demandait le vieux mage était au-dessus de ses forces, il le refusait de toutes les fibres de son être, tout en sachant qu’il ne pourrait pourtant pas y échapper, personne ne peut échapper à son destin, et le sien était de mourir dans l’opprobre, pour la rémission de ses péchés. Bientôt, il faudrait qu’il continue la partie seul  contre tous, pour que puisse enfin être détruite la machine infernale qui avait broyé leur génération, afin que soient épargnées les prochaines.

FIN

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