Le jeu du Prince 2 – Les vacances de Severus Snape

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Regulus Black, Lily Evans, Sirius Black … et les autres.

Les vacances de Severus Snape

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« Une atmosphère sinistre s’est répandue dans le pays. »

L’homme assis dans le fauteuil près de la cheminée se leva pour atteindre le bouton d’arrêt de l’antique téléviseur portable en noir et blanc, vestige des années soixante-dix, posé sur la table du salon. Contrairement à tout ce qui pouvait lui rappeler celui qui l’avait acheté, il ne s’était pas débarrassé de l’objet, lorsqu’il était brièvement revenu habiter dans la maison de son enfance, après avoir quitté l’école. Il reconnaissait qu’il  pouvait avoir une certaine utilité pour se tenir au courant de l’actualité moldue… sans pour autant avoir jamais été tenté de le changer pour un modèle plus récent, il ne fallait pas exagérer non plus ! Non que l’actualité en question lui ait échappée, en l’occurrence, il en savait bien plus que tous les politiques et journalistes réunis sur la raison de cette sinistre atmosphère, aussi bien météorologique que factuelle…

Le feu qui flambait dans l’âtre peinait à réchauffer l’atmosphère en question, bien que l’on fût au mois de juillet. Dehors, une bruine glacée vous transperçait jusqu’aux os comme aux plus beaux jours de novembre. Il frissonna. Les Détraqueurs rôdaient dans tout le pays. Les souvenirs des quelques contacts qu’il avait pu avoir avec ces créatures dans le passé lui suffisaient largement pour plusieurs vies. En soupirant, il regagna son fauteuil et reprit le journal qu’il avait abandonné un peu plus tôt pour regarder le journal télévisé. Lorsque deux coups retentirent à la porte, il fronça les sourcils, aussitôt sur le qui-vive, il n’attendait ni n’espérait de visite, son ‘invité’ forcé suffisait plus qu’amplement à son absence de désir de compagnie.

D’un infime mouvement de la baguette qu’il avait négligemment laissé glisser de sa manche dans sa main, il envoya le poste se ranger tout seul dans un placard, et annula l’Assurdiato qu’il avait jeté sur la pièce et le sort de verrouillage de la porte secrète derrière laquelle il savait que Pettigrew tentait de l’espionner,  tout en se levant pour aller entrebâiller la porte d’entrée.

—Narcissa !

Il ouvrit le battant un peu plus largement. La lumière qui venait de l’intérieur éclaira les deux femmes qui se tenaient sur le seuil. , minces silhouettes encapuchonnées et grelottantes, malgré les lourdes capes noires dont elles s’étaient enveloppées pour se protéger du crachin gelé qui vous pénétrait jusqu’à la moelle. Les capuches tombèrent, révélant une longue chevelure d’or pâle que n’aurait pas reniée un elfe de roman moldu ‘s’ils savaient !’ et une indomptable crinière d’ébène. ‘Aussi sauvage que sa propriétaire’ pensa-t-il.

« Quelle bonne surprise ! » Il gardait les yeux fixés sur la femme aux cheveux blonds qui venait de frapper, ignorant délibérément sa compagne. Elle leva vers lui deux yeux sombres, dont l’hautaine fierté habituelle était présentement tempérée par une expression implorante qu’il n’aurait jamais cru lui voir arborer un jour, surtout devant lui… Un peu alarmé tout de même, s’il ne s’était agi que de Lucius, elle n’aurait pas pris la peine de se déplacer, il haussa un sourcil interrogateur.

—Severus, puis-je te parler ? Murmura-t-elle. « C’est urgent. »

—Mais bien sûr !

Il s’écarta pour la laisser entrer. L’autre femme la suivit sans y avoir été invitée.

—Snape ! Le salua-t-elle d’un ton cassant en inclinant imperceptiblement la tête.

—Bonsoir Bellatrix, répondit-il avec un léger sourire moqueur, en refermant la porte d’un coup sec. Il savait qu’il ne devait cette concession à la courtoisie qu’à l’impeccable éducation de ‘la très noble et très ancienne famille Black’. Bellatrix le haïssait, et il le lui rendait bien.

Il se doutait bien que cette entrevue aurait lieu, tôt ou tard, mais voir Narcissa devant sa porte l’avait un peu pris par surprise. Il avait pensé qu’elle lui aurait plutôt demandé de venir lui rendre visite au manoir. Avec son mari emprisonné à Azkaban, et dans la situation de disgrâce où se trouvait sa famille, il n’y avait guère que vers lui qu’elle pouvait encore se tourner en toute confiance. Après l’arrestation de Lucius, il avait été le seul à lui offrir son soutien, encore qu’assez discrètement toutefois pour ne pas s’attirer le courroux du Seigneur des Ténèbres. En bon stratège, il savait que même s’ils étaient, selon l’expression moldue, provisoirement sur la touche, il valait mieux garder les Malfoy dans son jeu. Et puis Lucius était tout de même un de ses plus vieux amis et il aimait bien Narcissa et leur fils. En revanche, il se serait aisément passé de la présence de la sœur de celle-ci. Il les invita d’un signe à s’assoir sur le canapé alors que lui-même reprenait sa place dans le fauteuil.

—Que puis-je faire pour toi, demanda-t-il en continuant d’ignorer ostensiblement Bellatrix.

—N-nous sommes seuls, n’est-ce pas ?

—Bien sûr, si l’on ne tient pas compte de la vermine, répondit-il en pointant négligemment sa baguette vers la bibliothèque, derrière lui, sans même se donner la peine de tourner la tête. Avec un bang sonore, une porte secrète s’ouvrit, révélant un petit homme au visage chafouin qui resta figé sur le seuil.

—Puisque tu tiens tant à te rendre utile, Queudvert, tu pourrais peut-être aller chercher quelque chose à boire pour nos invitées. Avant de retourner dans ta chambre. Fit Severus d’une voix dangereusement soyeuse.

—Je ne suis pas ton domestique !

—Vraiment ? Que croyais-tu que le Seigneur des Ténèbres voulait dire par ‘m’assister’ ? M’aider à touiller mes potions ? Oh ! Me servir de testeur, peut-être ? Mais non,  il ne m’a pas demandé de mettre au point un nouveau raticide. A moins que tu ne sois ici pour m’espionner… auquel cas, tu as tout intérêt à faire profil bas si tu ne veux pas que je t’extermine comme l’immonde rat que tu es ! Apporte-nous du vin, et ne t’avises plus d’écouter aux portes, je ne te le dirai pas deux fois !

Queudvert fit demi-tour en maugréant et se dirigea vers la cuisine, d’où il rapporta bientôt un plateau supportant trois verres et une bouteille de vin des elfes, qu’il posa sur la table basse avant de repartir en claquant la porte. Snape lança un sort d’insonorisation pour plus de sécurité, avant de se retourner vers Narcissa.

—Tu peux parler sans crainte.

Une fois la porte refermée sur ses deux visiteuses, Severus se laissa lourdement retomber sur son fauteuil, les coudes sur les genoux, et il enfouit son visage dans ses mains, se massant l’arête du nez en sentant poindre une migraine. Il avait toujours détesté  Bellatrix et avoir à se justifier devant elle lui avait donné envie de vomir. Elle avait même tenté une intrusion, pas très discrète au demeurant, dans son cerveau. Mais elle s’attaquait à bien trop forte partie pour elle, et à son grand dépit, rien de ce qu’il l’avait autorisée à voir n’avait démenti les explications qu’il lui avait données. Si elle était, comme beaucoup de Black, une bonne Occlumens,  ses dons de Legilimens laissaient à désirer. On ne peut pas tout avoir… Malheureusement pour elle, lui, était un maître dans les deux domaines.  Répondre sans paraître s’en offusquer à l’interrogatoire en règle de Bella avait tout de même valu la peine. Son coup de bluff avait été payant, il avait mené la manœuvre de main de maitre et les deux sœurs lui avaient confirmé ce qu’il avait déjà deviné, mais que Voldemort, contrairement à ses dires, ne lui avait pas vraiment révélé, se contentant de sous-entendus.

Il avait par contre totalement été pris au dépourvu par la demande de Narcissa. Un serment inviolable était une chose très grave, il fallait vraiment qu’elle soit vraiment désespérée pour lui demander cela. Si sa sœur n’avait pas été là, il aurait peut-être pu s’arranger pour y échapper, mais maintenant, il était coincé, et ses chances de survie venaient brusquement de chuter de façon vertigineuse. Il avait au moins réussi à déstabiliser complètement Bellatrix en acceptant ! Oh, le geste n’avait pas manqué d’un certain panache, mais dans sa position déjà précaire, il se serait bien passé d’en arriver à une telle extrémité. S’il avait pu espérer, jusque-là, convaincre Dumbledore de changer d’avis, ses chances d’y parvenir étaient maintenant pratiquement nulles, d’autant que le moment venu, il n’y aurait vraisemblablement plus aucun autre choix possible pour lui s’il voulait avoir une chance de rester en vie pour pouvoir terminer sa mission. Il venait de se jeter volontairement dans la gueule du loup.  Un grief de plus contre Bella…

Elle avait réussi à trouver le défaut de sa cuirasse. Même si personne n’était au courant de sa véritable situation, même s’il avait lui-même exigé que personne ne puisse jamais savoir, il ne supportait pas qu’on le traite de lâche, c’était son talon d’Achille. Il faudrait qu’il renforce les défenses de son esprit, sinon, cela pourrait lui coûter cher dans les mois à venir. Après tout, ce n’était qu’un mot, et avant un an, ce mot serait dans toutes les bouches lorsqu’on évoquerait son nom ! Qui pourrait alors savoir que l’acte qu’il devrait accomplir pour le mériter lui demanderait plus de courage que n’importe qui pourrait en avoir ? Il lui arrivait de plus en plus fréquemment de maudire Dumbledore et ses raisonnements tordus… Enfin, pas tant que ça en ce qui concernait celui-là… il était même très logique, en fait. Et en tout cas tout à fait dans la logique du vieil homme.

Si le vieux mage n’avait pas exigé lui-même qu’il lui rende ce ‘service’, cette ‘grande et unique faveur’, comme il disait, la semaine précédente, aurait-il pu prononcer le troisième ‘oui’ qui le liait, sous peine de mort, à un destin  inéluctable ? Si seulement il pouvait arriver à détourner le jeune homme de ce qu’il croyait être sa ‘mission’, à le ramener vers la lumière… Mais il ne se souvenait hélas que trop bien de l’exaltation des premiers mois chez la plupart des jeunes Mangemorts, et la tâche paraissait insurmontable.

Draco Malfoy atteindrait sa majorité en juin, et comme pour tous ses adeptes ayant pris la Marque avant leurs dix-sept ans, le Seigneur des Ténèbres avait repoussé son épreuve d’initiation de quelques mois. Non par bonté d’âme, mais parce que la Trace les aurait immédiatement fait repérer. Lucius avait commis une faute doublement grave, d’abord en échouant lamentablement à sa mission au ministère, ensuite en se faisant arrêter. Depuis, il croupissait à Azkaban, et Voldemort ne décolérait pas. Il avait décidé de se venger en confiant à son fils une mission qu’il le savait incapable de remplir jusqu’au bout. Si Draco, contre toute attente, réussissait tout de même, les fautes de sa famille seraient effacées, s’il échouait, ils en paieraient tous le prix fort. Severus avait rapporté l’information à Dumbledore, qui avait immédiatement pris des dispositions pour que le jeune homme ne soit pas contraint à devenir un meurtrier. Mais ces dispositions n’étaient pas précisément du goût du Maître des potions. Les mots de leur conversation revenaient sans cesse tourner dans sa tête, l’empêchant de trouver le sommeil.

« C’est vous qui devrez me tuer, Severus ! » C’était tellement gros, qu’il n’avait tout d’abord pas réussi à le prendre au sérieux.

« Vous voulez que le fasse tout de suite ou vous préférez que je vous laisse un moment pour composer une épitaphe ? » avait-il tenté d’ironiser, avant de réaliser que son interlocuteur parlait on ne peut plus sérieusement. Une terrible angoisse s’était alors emparée de lui. Depuis seize ans, il était le plus loyal serviteur de Dumbledore, son homme lige, son espion auprès du Seigneur des Ténèbres, il n’avait jamais contesté, en tout cas pas trop, aucun de ses ordres. Voldemort était l’un des plus grands Legilimens  ayant jamais existé, depuis son retour, il risquait, en toute connaissance de cause, sa vie à chaque instant, il savait que le moindre instant d’inattention lui serait fatal. Il avait tout accepté. Mais ça !!! Non, il refusait, il ne pouvait pas, il ne voulait pas ! Lorsque qu’il avait fait mine de quitter la pièce, le vieux mage l’avait retenu.

« Ne m’ignorez pas, Severus… C’est le seul moyen. »

Le seul moyen… Tu parles d’un moyen ! Le seul moyen pour que l’âme du garçon ne soit pas trop abîmée… Il avait faiblement tenté de tergiverser. « Et mon âme à moi, Albus, la mienne ? » Le seul moyen pour acquérir définitivement la confiance absolue du Lord noir… Lorsque ce dernier argument avait été avancé, il avait su qu’il avait perdu. Le Seigneur des Ténèbres devenait de plus en plus paranoïaque, comme disent les Moldus, en accomplissant ce geste, en se mettant au ban de la communauté Sorcière, il acquerrait alors effectivement la confiance totale de son Maître, et une position prédominante à ses côtés.

« Vous seul pouvez savoir si aider un vieillard à échapper à une agonie douloureuse et humiliante abîmera votre âme… Je vous demande cette grande et unique faveur… »

‘Grande et unique faveur, grande et unique faveur’… Il avait jeté un coup d’œil plein de dégoût vers la bague qui reposait toujours sur le bureau. Dumbledore était condamné aussi sûrement que s’il avait avalé toute une fiole de poison mortel sans antidote. Il pouvait, à l’aide de potions de son invention, et grâce à sa connaissance de la magie noire, retarder un peu la malédiction liée au bijou, mais il était impuissant à l’arrêter. Elle allait s’étendre, et peu à peu prendre possession du corps entier du vieil homme, qui finirait par mourir dans d’atroces souffrances. Il pouvait comprendre son désir d’en finir rapidement et sans douleur lorsque le moment serait venu, il en aurait sans aucun doute fait autant, mais pourquoi était-ce toujours lui qui était sollicité pour les tâches les plus ingrates ? Et qu’est-ce qu’il lui avait pris d’accepter ? Avait-il subitement perdu l’esprit ? D’autant que les circonstances dans lesquelles il devrait accomplir son geste afin que Voldemort l’accepte comme le signe de son ultime trahison, le condamneraient définitivement aux yeux de tous. Un Avada Kedavra devant témoins n’avait rien à voir avec une discrète fiole de poison glissée à la dérobée, pour abréger les souffrances d’un mourant.

En sortant du bureau du directeur, Severus était partagé entre la rage, le désespoir et la haine. Oui la haine, à ce moment précis, il n’arrivait pas à éprouver autre chose envers Albus… ou était-ce envers lui-même ? Il avait regagné les cachots comme un zombie, trébuchant à plusieurs reprises, le regard fixe et éteint. Heureusement que les élèves étaient partis en vacances trois jours plus tôt, il ne restait plus au château que quelques professeurs sur le départ, dont il faisait partie, et Hagrid, Rusard et Dumbledore, qui habitaient sur place. Aurait-il croisé quelqu’un dans les couloirs, qu’il ne s’en serait certainement pas rendu compte.

Arrivé dans ses appartements, il s’était servi un whisky Purfeu bien tassé avant de se laisser tomber dans le fauteuil qui jouxtait la cheminée de son petit salon. Ce geste seul aurait suffi à démontrer l’étendue de son désarroi. Il ne buvait qu’exceptionnellement quoi que ce soit de plus fort que le vin des elfes, le whisky était d’ordinaire réservé à ses rares visiteurs, il avait trop en permanence à l’esprit l’image de son père ivre, se déchainant contre sa femme et son fils. Il s’était juré très tôt qu’il ne deviendrait jamais comme lui. Après avoir avalé une gorgée, en grimaçant sous la brûlure de l’alcool, il avait éclaté d’un rire sans joie, en levant son verre dans une parodie de toast ironique.

Après qu’il ait accepté, Dumbledore lui avait offert le poste de professeur de défense contre les forces du mal, qu’il convoitait en vain depuis quinze ans… Quelle consolation ! Il avait voulu l’envoyer promener avec ses cadeaux empoisonnés, il n’était pas un toutou auquel on offre un nonos à ronger pour le récompenser d’avoir bien accompli ses tours ! Mais Albus avait argué que des heures sombres approchaient et qu’il était le seul à pouvoir armer un minimum les élèves contre ce qu’ils auraient à affronter, après l’année catastrophique qu’ils venaient de passer avec Ombrage. C’était une fois de plus la vérité, il n’était pas du genre à faire de la fausse-modestie, et puis le poste n’était-il pas maudit ? Autant le confier à quelqu’un qui à la fin de l’année scolaire ne serait non seulement plus professeur, mais serait de fait, contraint de quitter Poudlard à jamais… si un membre de l’Ordre ne réussissait pas à l’abattre avant qu’il ait pu sortir de l’enceinte du château !

Les vacances de Severus Snape s’annonçaient moroses !

TBC

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