Le jeu du Prince – Le ver dans la pomme

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Le ver dans la pomme

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Dumbledore s’éclaircit la gorge, manière de rompre un silence qui menaçait de s’éterniser, avant de prendre la parole.

—Alors, votre soirée a-t-elle été… fructueuse ?

L’étincelle qui pétillait dans le regard myosotis démentait le ton soigneusement neutre. Le vieil homme considérait avec un amusement presqu’attendri le Maître des potions qui s’était mis à déambuler nerveusement de long en large devant la cheminée de son bureau en évitant son regard, après avoir repoussé d’un geste la bonbonnière qu’il lui tendait.

Aucune des alarmes qu’il avait placées sur toutes les entrées, même les plus secrètes, du château ne s’étaient déclenchées avant celle qui l’avait averti, une heure plus tôt, du retour de l’espion. Depuis la réapparition du Seigneur des ténèbres, il avait étendu le contrôle à tout le monde, y compris aux personnes reconnues par la magie de Poudlard. Leurs noms apparaissaient sur une carte très semblable à celle des maraudeurs, dissimulée sous l’apparence inoffensive d’un tableau représentant le château, au-dessus duquel flottait la devise de l’école. Seul le directeur en exercice pouvait le voir sous sa réelle apparence, et le bâtiment lui-même en étant le Gardien du Secret, aucune indiscrétion humaine n’aurait donc pu dévoiler ce qui était sans aucun doute une des clés de l’omniscience apparente du vieux mage.

Severus n’était pas rentré de la nuit, et il se doutait bien que cette fois, ce n’était pas Voldemort qui l’avait monopolisé. Il avait en effet fait promettre à son protégé de le tenir au courant de toutes les convocations du Seigneur des Ténèbres, et à moins de circonstances exceptionnelles, Severus n’aurait jamais failli à sa parole. Il agita négligemment la main pour faire apparaître une théière fumante accompagnée de deux tasses et d’une assiette de gâteaux, qui vinrent gracieusement se poser sur le guéridon placé entre les deux confortables fauteuils qui jouxtaient la cheminée.

« Asseyez-vous mon garçon, vous allez finir me donner le tournis. Et prenez une tasse de thé et un biscuit, je suis certain qu’encore une fois, vous n’avez pas pris le temps de petit-déjeuner. Vous allez rendre Minerva folle, elle ne me parle plus que de votre maigreur et de votre mauvaise mine… » Poursuivit-il dans une tentative de dégeler l’atmosphère.

L’homme en noir finit par prendre place à contrecœur sur le deuxième fauteuil. Pour se donner une contenance, il prit le temps d’avaler une gorgée du liquide brûlant, avant de répondre. Il n’avait pas manqué de remarquer la légère hésitation dans la formulation de la question, et il aurait presque soupiré de soulagement en voyant qu’ Albus n’avait pas l’air de vouloir commenter sa petite escapade de la nuit, qui pourtant n’avait pas du lui échapper. Il avait beau être très largement adulte et libre de dormir, ou pas, là où il le voulait sans avoir de rendre de comptes à personne, il affichait, sur certains sujets personnels, une pudeur que d’aucuns auraient qualifiée d’excessive.

—C’est bien ce que je soupçonnais, Phil-hem-Madame Rosmerta est sous Imperium… et Draco en est bien le responsable… Même si bien entendu, nous n’en aurons jamais aucune preuve sans enquête officielle… Et encore ! La Legilimencie n’étant pas un moyen accepté par le Magenmagot, prouver un Imperium sans y avoir recours est quasiment impossible.

Un point de législation dont un bon nombre de partisans de Voldemort, Lucius Malfoy en tête, avait profité pour sortir indemnes de toute accusation après la première guerre, en plaidant le maléfice.

—Bien… J’ai moi-même eu une petite conversation avec Abelforth, ce matin. Il accepte de coopérer avec l’Ordre, nous nous servirons donc désormais de l’arrière salle de La Tête de Sanglier, en cas de besoin, comme ‘boite aux lettres’ et point de rendez-vous. Mais nous ne mettrons au courant que ceux dont nous sommes absolument surs… Et bien entendu, personne ne devra  changer ses habitudes concernant Les Trois Balais, le fait que nous sachions, pour Rosmerta, nous donne un coup d’avance, nous pourrions même l’utiliser à notre avantage… Lui laisser surprendre certaines conversations confidentielles par exemple, qu’elle pourrait rapporter au jeune Draco, et qui en outre, confirmeraient les informations que vous donnez déjà à Voldemort, ce qui renforcerait votre crédibilité auprès de lui…

Dumbledore prit le temps de soigneusement reposer sa tasse sur sa soucoupe.

« Le garçon m’inquiète, il a l’air de plus en plus désespéré. »

—Je pense qu’il l’est. La première euphorie est passée, et il commence à se rendre compte des implications de son engagement, et de ses limites personnelles. Mais il a reçu des menaces de mort, pour lui et ses parents. De plus, depuis l’incarcération de son père, il subit de plus en plus l’emprise de Bellatrix. Il refuse de me parler, il méprise même mes convocations en tant que directeur de Maison. Narcissa est dans tous ses états, elle sent son fils lui échapper, mais dans sa position, elle ne peut rien faire. Elle n’a pas la Marque, et le Seigneur des Ténèbres a confié l’initiation de Draco à sa psychopathe de tante.

—Pauvre gamin ! Elle n’était déjà pas très stable avant Azkaban…

—Elle a définitivement sombré. Son sadisme… son regard se voila légèrement. « Son sadisme, reprit-il d’une voix enrouée, « n’a plus aucune limite, j’ai été témoin de choses… et sa vénération pour le Seigneur des Ténèbres confine au fanatisme. De plus, elle me hait, ce qui en soit n’est pas une nouveauté, mais maintenant que Lucius n’est plus là, elle craint que je ne prenne sa place auprès de son Maître, et je ne serais pas étonné qu’elle fasse tout ce qui est en son pouvoir pour que le Serment Inviolable soit rompu. Je n’ai aucun doute sur le fait que ma mort, si possible lente et douloureuse, serait un des plus grands plaisirs de son existence. Plus grave, elle ne me fait pas confiance. Pour le moment, le Seigneur des Ténèbres semble plutôt s’en amuser, mais il se méfie de plus en plus. Je marche sur un fil.

—Ne croyez pas que je sous-estime les dangers permanents auxquels vous vous exposez, mon garçon, je crains pour vous à chacune des convocations de Tom, et je n’ignore pas ce que vous subissez régulièrement dans votre corps et dans votre esprit… Je vous admire Severus, reprit le vieil homme après un moment de silence, « je ne sais pas si je serais capable de faire un dixième de ce que vous faites pour nous, tout en supportant aussi stoïquement le mépris dont la plupart vous accablent. »

—Il n’y a rien d’admirable dans le fait de regarder sans intervenir des gens être torturés, tués, souvent à cause des renseignements que vous avez fournis. Il n’y a rien d’admirable dans le fait de tromper, de trahir des gens qui ont confiance en vous, que vous connaissez parfois depuis des années et qui vous considèrent comme un ami. Même s’ils sont du mauvais côté. Rien d’admirable dans le fait de choisir qui doit être sacrifié pour sauver le plus grand nombre. Des innocents meurent chaque jour à cause de moi, Albus ! Aussi sûrement que si je les tuais de mes mains… les gens comme moi ne sont digne que de mépris.

—Les gens comme vous sont les pièces maîtresses des armées ! C’est un jeu Severus, un jeu d’échecs grandeur nature. On ne peut pas gagner de guerre sans sacrifices. On peut juste essayer de limiter les dégâts au maximum. Et c’est ce que vous nous permettez de faire. Grâce aux précieuses informations que vous rapportez, des centaines de vies ont pu et pourront être sauvées.  C’est cela que vous devez regarder.

—Mais c’est le reste, c’est le pire, que je vois au quotidien…

Sa voix était comme voilée, assourdie, et son regard restait obstinément fixé sur les flammes qui dansaient dans la cheminée. Entre les murs de ce bureau, il pouvait se permettre de libérer un peu la tension, de relâcher un peu ses boucliers, de laisser, pour un  bref instant tomber le masque. Le voile de désespoir qui obscurcit un instant son visage serra le cœur du vieil homme, et il se détourna pour dissimuler au Maître des Potions la lueur de pitié qui passa dans son regard. Le sacrifice qu’il s’imposait depuis tant d’années au nom d’une culpabilité éprouvée pour une chose dont il n’était qu’en partie, et bien involontairement, responsable, la loyauté dont il faisait preuve depuis tout ce temps, forçait réellement son admiration pour cet homme. Il avait conscience de ce qu’il demandait à son espion, il savait que ce qu’il exigeait de lui le détruisait à petit feu et pourtant, il allait bientôt lui en demander encore plus.

Noël approchait à grands pas. Draco se sentait de plus en plus mal, sa première tentative avait échoué, il n’avait d’ailleurs jamais pensé qu’elle ait une seule chance de réussir. Mais… il en avait la nausée, lorsqu’il y pensait, elle failli coûter la vie à Bell. Il essaya de chasser cette idée dérangeante de sa conscience, cette stupide Gryffondor n’aurait jamais du ouvrir la boite, il n’y était pour rien, pour rien ! Il savait très bien, de toute façon, que sa tentative serait vaine, comment l’objet aurait-il pu passer au travers des détecteurs de Rusard ? Cela lui avait juste permis de gagner un peu de temps, tout en prouvant sa bonne volonté au Seigneur des Ténèbres.

Du temps, c’était ce dont il avait le plus besoin pour mener à bien son grand projet, et le temps, c’était ce qu’il y avait de plus difficile à trouver. Même si ses études étaient maintenant la moindre de ses préoccupations, personne ne devait se douter de rien, et il était donc obligé de mener la vie normale d’un étudiant de sixième année. Entre les cours, les devoirs, et les entrainements de Quidditch, il ne savait plus où trouver ce précieux temps, d’autant que Voldemort devenait de plus en plus impatient. Il passait une grande partie de ses nuits dans la Salle sur Demande, et se faisait porter malade à la moitié des entrainements, ce qui n’était pas trop difficile. En effet, le manque de sommeil et l’anxiété se faisaient sentir sur son état physique, son teint naturellement pâle était devenu grisâtre, ses yeux étaient marqués par de profonds cernes et il maigrissait à vue d’œil. Il avait déclaré forfait pour le match contre Gryffondor, cela lui avait donné quelques heures de tranquillité supplémentaires. Ce n’était pas comme si, entre la blessure de Vaisey et ses propres réflexes émoussés par l’épuisement, Serpentard avait la moindre chance de gagner cette partie.

Malgré les indications de Barjow et l’enseignement intensif de magie noire que lui avait prodigué sa tante, le travail s’était avéré plus difficile qu’il ne l’avait d’abord pensé. Les enchantements étaient complexes, et d’une extrême minutie, et toutes ses tentatives précédentes avaient lamentablement échoué. Il posa la pomme sur une étagère, et referma la porte en murmurant l’incantation. Lorsqu’il rouvrit l’armoire, la pomme avait disparu. Il referma le meuble et le cœur battant, répéta la formule. Il ferma les yeux en tirant la porte à lui, en priant pour que cette fois… La pomme était bien là, sur l’étagère où il l’avait posée tout à l’heure, mais cela prouvait juste qu’elle était allée quelque part, et qu’elle en était revenue, et cela, il l’avait déjà fait plusieurs fois… sauf que cette fois-ci, il y avait une différence, elle n’était plus intacte, quelqu’un avait croqué dans le fruit, c’était le signe convenu. Il avait réussi ! Il avait réussi à aligner les signatures des deux armoires et sa tante lui en envoyait la confirmation ! La prochaine étape serait décisive, s’il arrivait à faire voyager un être vivant sans dommage, il pourrait introduire n’importe qui dans le château en dépit des protections. Il mordit l’autre côté de la pomme et répéta le processus. Lorsqu’il rouvrit la porte, un flacon d’hydromel était posé à côté du fruit sur l’étagère. Il sortit de la Salle sur Demande avec au cœur un sentiment de triomphe, et moins de prudence que d’ordinaire, aussi ne vit-il pas l’ombre qui se renfonçait encore plus derrière un poteau, au moment où il le frôla en passant.

A force d’espionner l’adolescent, Severus avait fini par comprendre où le garçon se rendait dès qu’il avait une minute de libre. Dès la fin du match de Quidditch, auquel il était tenu d’assister en tant que directeur d’une des deux maisons en compétition, après avoir vérifié que Draco n’était ni dans la salle commune, ni dans les dortoirs de Serpentard,  il s’était précipité au septième étage. Il n’avait pas eu longtemps à attendre avant d’avoir la confirmation de ses soupçons. Lorsqu’il fut certain que le jeune homme ne reviendrait pas, il se mit à aller et venir devant l’immense tapisserie montrant Barnabas le Follet en train d’essayer d’apprendre la Danse Classique aux Trolls, en répétant à mi-voix « j’ai besoin d’aller dans l’endroit d’où le garçon vient de sortir », au troisième passage, une porte apparut sur le mur de pierre.

Comment Draco avait-il eu connaissance de cette pièce ? Il se fustigea mentalement, la pièce était censée être secrète, mais à chaque génération, quelques élèves finissaient toujours par en avoir connaissance, soit par un membre de sa famille, soit par un camarade, pour lui, cela avait été Regulus Black, au début de sa cinquième année. Généralement, on gardait ça pour soi, l’idée étant d’avoir un lieu secret pour se retrouver ou bien cacher des choses qu’on voulait que personne ne trouve. Cacher des choses… Et soudain, la lumière se fit dans son esprit ! Il se souvenait où il avait déjà vu la deuxième armoire, la jumelle de celle qui trônait dans la boutique de l’allée des embrumes… Il se mit à sa recherche dans l’immensité de la pièce où régnait un fatras inimaginable. Il la trouva finalement assez vite, en partie recouverte d’une vielle tenture poussiéreuse. A ses pieds gisait une pomme fraiche, entamée de deux côtés, il en tira la conclusion qui s’imposait, Draco avait réussi, il avait réparé l’armoire, créant une faille importante dans la sécurité du Château. Malgré lui, il ne put s’empêcher d’être impressionné, les sortilèges utilisés étaient très au-dessus de ce dont un élève de sixième année était ordinairement capable ! Et même s’il n’arrivait qu’à faire transiter des objets, pour le moment, ce que semblait indiquer la pomme, il touchait à son but, et le danger était immense. Une sueur glacée coula le long de son dos, il devait voir Dumbledore au plus vite !

—Mais enfin Albus, est-ce que vous vous rendez bien compte de…

—Je m’en rends parfaitement compte, mon garçon, je suis peut-être mourant, mais cela n’affecte en rien mes capacités mentales… Je me demande même si le maléfice n’affute pas les perceptions, afin que la victime puisse mesurer jusqu’au bout toute l’horreur de sa situation.

—Je pourrais…

—Vous ne ferez rien, Severus ! Si votre empreinte magique était détectée sur un sort de sabotage, c’en serait fini de votre couverture.

—Mais vous-même, ou bien Flitwick, ou Minerva, ou même Lupin…

—Non. Je n’impliquerai pas les professeurs de Poudlard, cela vous enlèverait toute chance de pouvoir les conserver à leurs postes l’année prochaine, quant à Remus, il est un peu dans la même position que vous, même si sa mission à lui est presque terminée. Et en ce qui me concerne, je ne ferai rien non plus, je ne souhaite pas qu’il arrive quoi que ce soit au jeune Malfoy par ma faute. Nous allons renforcer la sécurité à l’intérieur du château, et ajouter des alarmes anti-intrusion au septième étage, qui se déclencheront dès qu’un étranger à l’école posera un orteil dans le couloir. L’armoire ne permet qu’un passage à la fois, et la présence de deux ou trois Mangemorts à vos côtés pourrait bien vous sauver la vie lorsque le moment sera venu, d’autant qu’ils feront des témoins dont Tom ne pourra nier la bonne foi, surtout si Bellatrix est parmi eux…

—Albus, je ne… Mais le vieil homme lui coupa durement la parole.

—Laissez-moi parler, Severus ! Je vous ai déjà dit que je ne reviendrai pas là-dessus. Je vais mourir, c’est un fait contre lequel ni vous ni moi ne pouvons rien, autant en tirer un avantage ! De plus, vous m’avez promis de protéger les élèves lorsque Voldemort aura pris le pouvoir, et vous ne pourrez le faire que si vous êtes toujours vivant et en position d’autorité indiscutable sur les Mangemorts qui vous seront immanquablement adjoints. Je vais demander à Shacklebolt quelques hommes à demeure dans l’école, et je suggèrerai à Fol-œil de surveiller de très près Barjow & Beurk, mais Draco ne doit se douter de rien. D’autant plus qu’entre ouvrir la voie à un objet et le faire sans risque pour un être vivant, il y a une différence non négligeable, et il n’en est pas encore là. Ce qui nous donne encore un peu de temps pour suivre l’évolution des choses !

—D’abord Les Trois Balais, maintenant une potentielle porte d’entrée dans Poudlard, vous prenez d’énormes risques !

—Des risques calculés, contrôlés.

—C’est de la folie.

—C’est de la stratégie. Nous laissons croire à l’ennemi qu’il a l’avantage, ce qui, connaissant le caractère de Voldemort, lui fera tôt ou tard commettre une erreur par excès de confiance, tout en contrôlant ses mouvements. Nous ne lui donnerons pas plus que ce que nous en aurons nous-mêmes décidé.

TBC

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