Le jeu du Prince 8 – Joyeux Noël

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

In loving memory of Alan Rickman /*

Joyeux Noël…

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La plupart des élèves étaient rentrés chez eux pour les fêtes de fin d’année, et les quelques professeurs restés à Poudlard profitaient de cette accalmie pour souffler un peu, en profitant de quelques jours de repos bien mérités. Assis dans son confortable fauteuil, près de la cheminée du salon de ses appartements personnels, le Maître des potions profitait de la douce chaleur des flammes pour se laisser, une fois n’est pas coutume, aller à une agréable torpeur, négligeant pour un instant le grimoire qui avait glissé de ses mains sur ses genoux. Cette année, pas de Potter, pas de Weasley(s), pas de Granger, ni de Malfoy, et même le Seigneur des Ténèbres semblait vouloir le laisser tranquille. Ce dernier point n’était d’ailleurs pas le plus rassurant pour l’espion… Ne pas être appelé par son maître pouvait aussi bien signifier que Bellatrix avait gagné la partie et réussi à le discréditer totalement. Mais d’autre part si tel avait été le cas, il doutait que Voldemort l’aurait laissé profiter en paix de ses vacances. Il savait qu’au moindre faux-pas, au moindre doute sur sa loyauté, c’était la mort qui l’attendait, et une mort particulièrement déplaisante. Il s’efforçait donc de profiter de ces quelques instants de tranquillité en essayant de ne pas trop y penser.

Pourtant la Gazette rapportait chaque jour de nouvelles attaques sur des Moldus, des Nés-moldus et même des Sang-purs considérés comme Traîtres-à-leur-sang. Après l’agression qui avait failli coûter la vie à Arthur Weasley, l’année précédente, au cœur même du ministère, et le combat qui avait détruit une grande partie du département des mystères, et qui avait vu la disparition de Sirius Black, tout le monde avait enfin compris que contrairement à ce qu’avaient voulu leur faire croire les autorités tous ces derniers mois, le Seigneur des ténèbres était bel et bien de retour. Le monde sorcier était de nouveau en guerre, et plus personne n’était à l’abri.

L’heure n’était plus à la neutralité, et beaucoup, plutôt que de se déclarer ouvertement comme opposants à Voldemort, préféraient se cacher ou s’enfuir à l’étranger, là où le conflit ne s’était pas encore étendu. Il était clair que beaucoup d’élèves ne reviendraient pas à la rentrée.

La soirée du vingt-quatre décembre avait été inhabituellement calme, malgré la Grande Salle pourtant tout aussi magnifiquement décorée qu’à l’habitude, les cœurs n’étaient pas aux réjouissances. Le ton du court discours et des vœux de Dumbledore, qui se voulait enjoué, contrastait avec les visages graves des occupants de la table unique, professeurs et élèves mélangés, qui était de tradition pendant les vacances de Noël, afin de donner aux enfants qui n’avaient pas pu rentrer chez eux, une impression de convivialité familiale. La soirée s’était terminée bien plus tôt que de coutume à cette date, et les élèves avaient regagné leurs dortoirs dans le calme, bien loin de la joyeuse excitation qui régnait habituellement pendant cette période. On en venait presque à regretter l’absence des jumeaux Weasley, dont les frasques se moquaient allègrement des conjonctures.

Après avoir piqué du nez une N’ième fois sur son livre, Severus décida qu’il n’arriverait à rien de productif ce soir-là, et qu’il ferait bien mieux de profiter du bref répit qui lui était accordé pour tenter de récupérer un peu du sommeil qu’il avait en retard.

Au matin du  vingt-cinq décembre, il fut réveillé par la sensation dérangeante d’une présence dans sa chambre. Il ouvrit les yeux en tirant d’un geste vif sa baguette de sous son oreiller, pour se retrouver nez-à-bec avec un superbe phénix argenté qui semblait l’observer avec curiosité, en penchant légèrement la tête sur le côté. De surprise, il eut un haut-le-corps qui lui fit heurter sa tête de lit dans un grognement douloureux. Il ravala de justesse le juron imagé qui était sur le point de franchir ses lèvres, et avec un sentiment de malaise, il se demanda un instant si Dumbledore avait trouvé un moyen de voir au travers des yeux d’un Patronus… Il frissonna. Connaissant l’intarissable curiosité du directeur, bonjour l’intimité !

« Joyeux Noël, mon cher Severus, fit la voix désincarnée de Dumbledore, « j’espère que vous avez passé une excellente nuit. Pourriez-vous venir me voir dans mon bureau aussitôt que possible, s’il vous plait ? »

« … Et un réveil tout en douceur, oui, merci pour le cadeau », maugréa-t-il, tout à fait réveillé maintenant, en se massant le crâne avec une grimace, cependant que le Patronus, ayant délivré son message, se dissolvait lentement. Que pouvait lui vouloir le vieux fou qui ne puisse attendre le petit déjeuner ? Tout de même un peu inquiet, il sauta de son lit et vingt minutes plus tard, il se présentait devant la gargouille de pierre qui gardait l’entrée de l’escalier menant au bureau du directeur.

« Mon Chéri ! » Annonça-t-il en levant les yeux au ciel, avant de jeter alentours un bref regard circulaire, tout en maudissant intérieurement Dumbledore et ses mots de passe à la noix… Celui-là était particulièrement ridicule, et il n’aurait plus manqué qu’un élève plus matinal que les autres surprenne le sombre professeur en train de prononcer ces deux mots en s’adressant à une statue hideuse, dans un couloir désert ! Les langues étrangères n’étaient peut-être pas le fort des sorciers, mais qui ne comprenait pas le sens de cette locution ? Par contre, il y avait de grandes chances pour qu’aucun ne connaisse les délicieuses friandises qui portaient ce nom. Sa réputation en aurait pris un coup !

Son goût pour les sucreries moldues finirait par avoir sa peau avait-il déclaré un jour au vieux mage. Il soupira, on était bien loin de ces plaisanteries idiotes, maintenant ! Pensa-t-il en posant le pied sur la première marche de l’escalier tournant. Il l’aurait volontiers lui-même gavé de bonbons jusqu’au diabète, si cela avait pu changer le cours des choses. Au moins le diabète pouvait se soigner !

La porte s’ouvrit avant qu’il n’ait eu le temps de frapper, et il resta une demi seconde immobile le bras levé, avant de se reprendre et de pénétrer dans la pièce familière. Dumbledore, debout au milieu du bureau, faisait les cent pas, les mains derrière le dos, l’air préoccupé. Au moins ne semblait-il ni plus souffrant, ni en danger immédiat. En conséquence, il s’empressa de remplacer son expression inquiète par l’air mécontent de quelqu’un qu’on a réveillé au beau milieu d’un rêve agréable pour lui demander l’heure.

—Bonjour Albus, que me vaut cette convocation matinale ? Il s’est passé quelque chose ?

—Bonjour, mon garçon, veuillez excuser cette invitation quelque peu cavalière je le conçois, mais je pense qu’elle s’imposait. Nous avons à parler sérieusement. J’ai reçu un cadeau de Noël ce matin.

Snape haussa un sourcil. La malédiction aurait-elle atteint le cerveau ?

—Et ? Pardonnez-moi, mais je ne vois pas ce qu’il y a d’étrange à recevoir un cadeau de Noël le matin de Noël ! Je présume qu’il doit donc y avoir autre chose.

—Voyez vous-même. Répondit le directeur en s’écartant légèrement, et en désignant quelque chose d’un mouvement de la main.

Un magnifique flacon de cristal taillé, véritable œuvre d’art en lui-même, contenant un liquide d’une délicate teinte mordorée, était posé sur une petite table.

« Hydromel vieilli en fut, en provenance directe de la réserve spéciale de Madame Rosmerta. Un véritable nectar qu’elle ne délivre, passez-moi l’expression, qu’au compte-gouttes, et à prix d’or… un cadeau royal, quoique, j’en ai bien peur, pas très digeste ! »

Le potioniste se saisit de la carte posée à côté du flacon.

—Slughorn ?

—C’est tout à fait son style en effet. Et s’il s’avérait, ainsi que je le soupçonne, que le cadeau est empoisonné, quel meilleur suspect pourrait-on trouver ? A part vous, bien sûr, d’où l’utilité de la carte ! Seulement il se trouve qu’il a tenu à m’offrir en personne, hier soir, une édition originale de ‘La métamorphose, réalité ou illusion ?’, un livre très rare et certainement très cher, annoté de la main de Maître Copperfield en personne, je ne vois pas en quel honneur il m’enverrait un second cadeau ce matin… De plus, il n’est pas assez bête pour m’empoisonner en laissant sa signature derrière lui. Non, il a refusé de rejoindre les rangs des Ténèbres, et son incrimination dans ma mort ferait d’une pierre deux coups. Tom a toujours adoré faire accuser les autres à sa place.

—Hum ! fit Severus en approchant le flacon débouché de son nez. « Si poison il y a, il est totalement inodore, en tout cas. Indécelable. C’est… Seigneur, attendez ! »

Il tira de la sa poche une fiole minuscule, et versa une seule goutte du liquide incolore qu’elle contenait dans le flacon d’hydromel, qui prit fugacement une jolie couleur turquoise, avant de revenir rapidement à sa teinte d’origine. Il releva lentement un regard pensif vers le directeur.

—Vous savez ce que c’est ?

—Vous vous souvenez que le seigneur des Ténèbres m’a demandé, il y a quelques mois, de lui confectionner un nouveau poison, foudroyant et totalement indétectable. Comme vous le savez, je lui en ai apporté le premier flacon la semaine dernière, juste avant les vacances. Une goutte suffit pour rendre une bouteille comme celle-ci mortelle… Bien entendu, il ne sait pas que j’ai toujours sur moi une fiole de réactif et une autre d’antidote.

—S’il est vraiment foudroyant, et je vous fais confiance pour cela, à quoi peut bien servir un antidote ? Ne put s’empêcher de s’enquérir le vieux mage avec curiosité.

—Il est effectivement foudroyant, mais ce que vous êtes maintenant le seul à savoir avec moi, c’est que pendant les cinq premières minutes après son absorption, je n’ai pas encore réussi à obtenir un délai plus long, l’effet est disons… réversible, si l’on possède l’antidote… qui n’est d’ailleurs pas plus censé exister que le réactif.
Le poison comme le contrepoison sont extrêmement longs et délicats à fabriquer, et j’ai prétexté de la rareté des ingrédients pour n’en produire qu’une infime quantité, mais je pense que je pourrai fournir une ou deux fioles d’antidote à Shacklebolt à la prochaine réunion de l’Ordre. Je pense qu’étant affecté à la protection de personnalités moldues de premier plan, il est le seul qui pourrait éventuellement en avoir l’utilité. Le seigneur des ténèbres a le gout du spectacle, et n’apprécie généralement pas les morts rapides et indolores, j’ai même été étonné qu’il me demande ça.Je pense que nous ne devrions mettre personne d’autre au courant qu’il existe une parade. Moins de monde le saura et plus la possibilité d’une fuite sur son existence sera réduite.

—Mais s’il lui prenait l’envie de s’en servir contre vous ?

—Si  j’étais démasqué, je doute fort qu’il me supprime par un moyen aussi doux  et rapide. Mais par prudence, j’ai aussi établi un contrepoison préventif, que j’absorbe régulièrement. S’il décidait de s’en servir contre moi, au lieu de mourir immédiatement, je tomberais simplement, si je peux m’exprimer ainsi, en catalepsie, et je me réveillerais au bout de trois heures. Je devrais alors aussi absorber immédiatement l’antidote, sans quoi, le poison reprendrait ses droits, sans aucun remède cette fois. C’est risqué, et il pourrait s’en apercevoir, mais c’est la meilleure solution que j’ai trouvée jusqu’à présent.

—Vous êtes certain que ça marcherait ?

—Absolument !

—Vous ne voulez pas dire que vous l’avez… testé sur vous ?

—Si. Il balaya de la main une éventuelle objection. « Mais là n’est pas la question. Puisque nous abordons le sujet, laissez-moi finir. Je suis certain qu’avec encore un peu de travail, je pourrais faire mieux… Imaginez une mort, je veux dire une vraie mort, mais qui pourrait, pendant un certain laps de temps, beaucoup plus long que cinq minutes, disons…de l’ordre d’une heure, ou un peu plus, être, d’une façon ou d’une autre, elle aussi réversible. Une potion qui mettrait en quelque sorte toutes les fonctions vitales en pause, sans altérer le cerveau…

Il parlait maintenant d’une voix exaltée, les yeux brillants d’excitation, habité par la passion du chercheur sur le point de faire une découverte capitale. Dumbledore était fasciné. Severus n’avait même pas l’air de réaliser que ce qu’il avait déjà réussi à faire était exceptionnel !

« Imaginez l’avantage que nous pourrions en tirer ! Nous pourrions faire officiellement et incontestablement constater le décès de certaines personnes pour ensuite pouvoir les mettre à l’abri… Je ne désespère pas d’y parvenir. Mais même en l’état actuel des choses… Ecoutez, Albus, je voulais être sûr que ça marche avant de vous en parler, mais… »

—N’en dites pas plus ! Je comprends ce que vous essayez de faire, et je vous en suis reconnaissant, mais je suis condamné à brève échéance, Severus. Mon état se dégrade de jour en  jour et je ne pense pas en avoir encore pour plus de quelques mois, je doute même de pouvoir tenir jusqu’à la fin de l’année scolaire… votre estimation de cet été était on ne peut plus juste. Simuler ma mort ne la retarderait que de quelques jours, quelques semaines, tout au plus, et nous savons tous les deux qu’elle serait loin d’être agréable. Outre qu’il sera rapide et indolore, un Avada Kedavra devant un public, si possible de quelques Mangemorts, ne laissera planer aucun doute, et vous mettra dans une telle position de force, que plus personne, pas même Bellatrix, ne pourra plus douter de votre allégeance à Voldemort.

—Plus personne, en effet ! Murmura amèrement l’homme en noir, si bas que le directeur feignit de ne pas avoir entendu.

Un silence tendu s’installa. Le Maître des potions s’était tourné vers une des grandes fenêtres à vitraux et semblait perdu dans la contemplation du paysage.

—Je sais ce que j’exige de vous, mon garçon, et ne croyez pas que je m’en réjouisse, mais je laisserai un témoignage écrit et une fiole de souvenirs dans la cachette de l’Epée de Gryffondor. Cela devrait suffire à vous dédouaner, lorsque tout sera fini.

L’espion se retourna brusquement, apostrophant le vieil homme d’une voix où se mêlaient rage et désespoir, une lueur amère au fond de ses yeux un peu trop brillants.

—Vous ne comprenez donc pas que je me fiche de vos foutus souvenirs, Albus, que je me fiche d’être dédouané, innocenté, ou réhabilité, suivant que je m’en sortirai vivant ou mort ? Croyez-vous que je pourrai, moi, me pardonner ?

Il fallut à Dumbledore toute la force de sa volonté pour ne pas céder à l’émotion suscitée par cette déclaration. Au travers de ces quelques mots, le jeune homme venait, sans s’en rendre compte, d’avouer l’affection qu’il lui portait. Le vieux mage dut lutter contre l’élan paternel et le sentiment de culpabilité qui le poussaient à épargner cette épreuve à son protégé.

—Nous avons déjà eu cette conversation, Severus, ce que je vous demande n’est pas un meurtre, c’est un acte de compassion, le plus grand service que vous m’aurez jamais rendu, et Dieu sait à quel point je vous suis déjà redevable… Bien ! reprit-il d’un air guilleret après un instant de silence écrasant, « et maintenant comment allons-nous expliquer le fait que je ne sois pas mort, empoisonné par le délicieux  et irrésistible hydromel de notre très chère Phillys, sans que vous puissiez être soupçonné d’y être pour quelque chose?

Severus s’était repris, et affichait de nouveau son visage impénétrable. Si son mentor n’avait pas aussi bien connu ses capacités d’Occlumens, il aurait pu penser avoir imaginé la scène qui venait de se dérouler.

—Simple : vous allez apporter le flacon avec vous au repas de midi et, en remerciant Horace pour son cadeau, ce à quoi il ne comprendra rien et qui vous fera passer pour un vieux gâteux à ses yeux, proposer de le partager avec tous les convives pour fêter Noël. Déjà, nous pourrons observer les réactions, quoique je doute fort que la personne qui vous l’a envoyé se trouve à Poudlard en ce moment. Ensuite, par la faute de votre main handicapée, vous ferez un faux-mouvement et laisserez tomber le flacon par terre où il se brisera. J’en profiterai pour le faire disparaître, et pour vous passer un bon savon en vous rappelant les effets néfastes de l’alcool mélangé aux potions de votre traitement. Vous avez d’ailleurs intérêt à avoir un air contrit convaincant ! Il releva les commissures de ses lèvres dans un sourire carnassier. « Je me demande d’ailleurs si je ne vais pas en profiter pour enlever quelques points supplémentaires à Gryffondor… ça commence à me manquer ! » Conclut-il en s’approchant de la porte.

A la fin de cette diatribe vengeresse, le vieux mage laissa échapper un petit rire.

—Je ne doute pas un instant que vous y prendrez un immense plaisir. Amusez-vous bien, mon garçon, c’est Noël après tout !

TBC

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