Le jeu du Prince 11 – Les uns…

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Les uns…

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Un bruit de pas précipités retentit dans le couloir, la porte des toilettes pour filles du deuxième étage s’ouvrit à la volée, envoyant le battant rebondir contre le mur avec un claquement sec, et une mince silhouette se précipita à l’intérieur en courant. Le jeune homme aux cheveux d’un blond presque blanc tenait encore l’oiseau mort dans sa main, minuscule boule de plumes encore chaude, alors qu’il était en train de vomir tripes et boyaux, penché au-dessus de la cuvette des toilettes.

Sans aucun souci de préserver les apparences ou sa fierté, il s’essuya la bouche d’un revers de main et s’assit à même le sol, le dos appuyé contre le mur froid. Il était couvert d’une sueur glacée, et grelottait en se recroquevillant sur lui-même, la tête sur ses genoux étroitement enserrés par ses bras. Il laissa échapper un gémissement de rage et d’impuissance, qui se termina en sanglot. Il n’y arriverait jamais ! Il allait mourir, il le savait, si sa tante l’avait vu à ce moment-là, elle l’aurait tué de sa propre main sans l’ombre d’une hésitation, et d’ici peu, il ne pourrait plus cacher son incompétence à personne, et surtout pas au Lord Noir.

—Ces toilettes-là, elles sont pour les filles, tu n’es pas une fille que je sache ? 

Il releva la tête, cherchant l’origine de la voix criarde qui venait de l’interpeller, prêt à évacuer sa frustration sur le premier venu. Il était préfet, après tout, et s’il était trop lâche pour frapper, au moins avait-il d’autres moyens pour se défouler ! Il n’y avait personne. Etait-il en train de devenir fou ?

—En haut ! reprit la voix.

Cette fois, il la vit, petite silhouette grisâtre et translucide, flottant à mi-chemin du plafond. Le visage à moitié caché par une paire de lunettes à verres épais, et encadré d’une paire de couettes qui tombaient sur ses épaules. C’était le fantôme d’une fillette de onze ou douze ans, et il se souvint avoir vaguement entendu les filles raconter des histoires sur des lavabos désaffectés et des tuyauteries hantées. La curiosité l’emporta sur les insultes qui se formaient déjà sur ses lèvres.

—Qui es-tu ?

—Ohhhhhhhh ! Pleurnicha le fantôme. « Pourquoi personne ne se souvient jamais de moi ? Bien sûr, je n’étais ni issue d’une grande famille, ni la fille d’une des fondatrices, juste une élève sans importance, morte dans les toilettes. »

La bouche du jeune homme se tordit dans une grimace dédaigneuse.

—Ces toilettes sont hors service, comment veux-tu que quelqu’un te connaisse si tu ne les quittes jamais ? Comment t’appelles-tu ?

—Je m’appelais Myrtle Elizabeth Warren, mais on vrai nom, personne ne s’en souvient, on m’appelle simplement Mimi. Mais je ne suis pas idiote, j’entends bien ce qu’ils disent derrière mon dos. La grosse Mimi, Mimi la moche, la geignarde, la râleuse… Elle se mit à pleurer à chaudes larmes. « Pauvre Mimi ! »

Draco laissa errer un regard dégouté sur la pièce dont il ne subsistait pas grand-chose de l’ancienne splendeur, qui se laissait pourtant deviner dans l’agencement des lieux. Curieusement, sa rage était retombée, il ne ressentait plus qu’une grande lassitude, et aucune envie d’accabler encore plus le pitoyable petit fantôme. L’isolement qui était le sien depuis qu’il avait entrepris d’accomplir sa ‘mission’, la peur et les regrets, l’impossibilité de se confier à qui que ce soit, avaient momentanément eu raison de son arrogance.

—Je suppose que n’importe qui râlerait d’être obligé de hanter des toilettes désaffectées, surtout dans un état aussi minable que celles-ci. Constata-t-il d’un ton neutre.

Le fantôme glissa dans l’air pour se retrouver à son niveau, et le considéra un moment en penchant la tête sur le côté, comme pour évaluer son degré de sincérité. Mais il n’avait même pas besoin de faire semblant. Mimi l’avait surpris en train de pleurer, et elle ne s’était pas moquée de lui. Le regard qu’il lui rendit était simplement le reflet de ce qu’il éprouvait à ce moment-là : regrets, tristesse, désespoir.

—Tu es gentil, décida-t-elle, « pas comme tous les autres, et puis, tu as l’air triste toi aussi. Je peux peut-être t’aider ? Si tu me racontais… Poursuivit-elle sans paraitre remarquer l’expression choquée du jeune homme.

Gentil ? Personne n’avait jamais dit, personne ne se serait aventuré à dire que Draco Malfoy puisse être gentil ! Il pouvait à la rigueur être sympathique pour ses rares amis, neutre  ou arrogant avec ses égaux, selon qu’ils soient ou non dans ses bonnes grâces, méprisant, hautain et condescendant envers tous les autres, mais… gentil ! C’était… bizarre, et tout compte fait, pas si désagréable à la fois. Assez déstabilisant en tout cas, pour ne pas se mettre en colère.

—Non, Mimi, personne ne peut m’aider. Je dois y arriver tout seul, sinon… sa voix se brisa dans un sanglot… J’ai fait… J’ai fait quelque chose qui… Je ne peux pas revenir en arrière. Personne ne peut rien pour moi. Personne ne peut comprendre !

Il se releva, et s’approcha des lavabos ébréchés pour passer de l’eau fraiche sur son visage, tachant de reprendre contenance, avant de se diriger vers la sortie.

—Tu peux revenir quand tu veux, tu sais, si tu as besoin d’être tranquille, ou de parler à quelqu’un. Personne ne vient jamais ici, et si quelqu’un veut t’embêter, je le ferai partir.

—Merci Mimi, au revoir.

Dès qu’il eut franchi la porte, Draco se sentit parfaitement ridicule. Il devait aller bien mal pour s’être laissé aller à discuter, à presque… se confier ! à un fantôme, qui plus était le pire des fantômes, une adolescente chouineuse et sentimentale.  Mais d’un autre côté, il se sentait étrangement mieux, fantôme ou pas, il y avait au moins une personne qui ne le détestait pas dans le château, et qu’il le veuille ou non, ça lui mettait du baume au cœur. Il n’y avait pas encore si longtemps, il se serait confié à son directeur de Maison… Severus ne saurait jamais à quel point il était malheureux de l’avoir repoussé de cette manière, à Noël, mais il avait tellement peur !

Oui Draco Malfoy était terrifié, et il ne savait plus à qui faire confiance. Bellatrix lui avait seriné tout l’été à quel point le Maître des Potions était peu fiable. L’attention presqu’affectueuse, et pour qui connaissait Severus Snape c’était énorme, qu’il lui avait toujours portée s’était transformé, dans sa bouche, en opportunisme de Sang-mêlé qui ne cherchait qu’à prendre la place vacante de son père auprès de son Maître. Lorsqu’il était près d’elle, tout semblait tellement évident, malgré la confiance que sa mère continuait à témoigner au professeur. Mais ici, Snape redevenait le mentor qui l’avait toujours aidé, guidé, soutenu. Il avait dû faire un énorme effort de volonté pour repousser son offre de l’aider, et il en souffrait. Terriblement.

Draco ne savait plus quoi penser, mais de toute façon, il n’avait pas le choix. Il aurait aimé remonter le temps, refuser de prendre cette Marque hideuse qui faisait de lui un esclave, et bientôt un assassin. Son père, le fier Lucius Malfoy, Severus, avaient-ils connu les mêmes affres ? Le professeur le dénoncerait-il s’il se confiait à lui ? Mais son père était en prison, et le venin distillé par Bellatrix l’empêchait de se rapprocher du Maître des Potions. Et puis, lui confier ses doutes aurait été un signe de faiblesse qu’il ne pouvait pas se permettre dans sa situation.

 Machinalement, ses pas l’avaient conduit dans le parc, près d’un morceau de terre qu’on devinait fréquemment retourné, à l’abri d’une haie qui le cachait aux regards. Il sortit sa baguette et jeta un rapide coup d’œil  autour de lui pour vérifier qu’il était bien seul, avant de marmonner  à mi-voix « Defodio ! ». Il s’accroupit pour déposer l’oiseau mort dans le trou qui venait d’apparaître. Il frissonna en regardant une dernière fois le petit cadavre, avant de combler la tombe d’un geste rageur de sa baguette. Jamais il ne pourrait arriver à accomplir sa mission.

Il allait échouer… et il allait mourir. Mais curieusement, cette constatation le laissait de glace. Ce n’était pas cela qui lui faisait le plus peur. Peu à peu, la Mort lui était devenue une présence familière qui ne le quittait pas, une amie dans les bras de laquelle il savait qu’il pourrait se réfugier si la pression devenait trop forte. Il en était venu à penser que la mort serait préférable à la vie qu’il menait depuis qu’il était devenu Mangemort, d’autant qu’il savait pertinemment que pour le moment, n’étant pas encore majeur, il avait été relativement épargné. Non, s’il ne s’était agi que de sa mort, il aurait déjà baissé les bras et accepté les conséquences de sa bêtise, mais son père était à Azkaban, à la merci des Détraqueurs, dont la plupart s’étaient mis au service du Seigneur des Ténèbres, et Voldemort avait également menacé de s’en prendre à sa mère, même si elle était la sœur de sa servante la plus zélée. Et aussi insensible qu’il puisse  paraitre, Draco aimait ses parents. Pour eux, il fallait qu’il essaye, qu’il fasse son maximum, et peut-être, devant sa bonne volonté, le Mage Noir les épargnerait-il, même s’il échouait.

Debout devant la haute croisée en ogive, les deux mains croisées derrière son dos, Albus Dumbledore laissait son regard errer sur le paysage grandiose qui s’étendait devant ses yeux, presqu’étonné de sa beauté majestueuse. Depuis trop longtemps, il le regardait sans plus prendre la peine de vraiment le voir. Aujourd’hui, il le redécouvrait, comme il l’avait découvert bien des années auparavant lorsqu’il était arrivé pour la première fois à Poudlard pour y faire ses études, comme tant de générations de sorciers avant lui. Ce soir, il retrouvait, intact, l’émerveillement de ses onze ans.

Était-ce l’approche de sa fin prochaine, qui lui faisait redécouvrir toute ces petites choses qu’il avait fini par négliger ? La majesté d’un paysage d’une beauté à couper le souffle, la splendeur flamboyante d’un coucher de soleil, le bien-être apporté par la chaleur et le crépitement du feu qui ronflait dans la cheminée, la simple odeur de l’encre et du parchemin, le froissement des pages d’un livre dans le silence de la nuit, et même la saveur retrouvée des friandises qu’il avalait machinalement depuis si longtemps sans plus y porter vraiment attention. Tout ce qu’il allait lui falloir quitter bientôt. Et par-dessus tout, la présence et l’amitié de ceux qu’il aimait. Il avait beaucoup perdu dans sa longue vie, mais il avait aussi beaucoup gagné, et ces dernières années, il lui avait même été donné d’éprouver cette chose qu’il avait jadis pensé lui être à jamais interdite : l’amour paternel.

Son esprit dériva vers le jeune homme, qu’il avait peu à peu appris à connaître et à apprécier.
Sale caractère, orgueilleux, rancunier, Serpentard dans l’âme, peut-être, mais elle était si belle, cette âme, pour celui qui savait se faufiler au-travers de toutes ces couches arides et rébarbatives dont il avait si bien su l’entourer pour se protéger du monde extérieur. Si loyale, si courageuse, tellement pleine de dévouement, et d’amour inexprimé… Severus, qui se retranchait depuis des années derrière sa culpabilité, ses erreurs et ses fautes pour justifier de son revirement, trop fier pour reconnaître ses qualités pour ce qu’elles étaient vraiment : sa nature la plus profonde. Severus qu’il allait bientôt sacrifier au nom du Plus Grand Bien.

Et de tous les sacrifices qu’il avait déjà faits, celui-là était peut-être celui qui lui coutait le plus. La mort d’Ariana avait été un tragique accident, dû à sa stupidité, il se la reprochait à chaque instant. Mais Severus… il avait sciemment scellé le destin du Maître des Potions. Il n’osait imaginer la vie qui serait la sienne après qu’il ait accompli ce qu’il lui avait ordonné de faire. Parce que malgré ses réticences, réitérées  à chacune de leurs entrevues, il ne doutait pas un instant qu’il finirait par céder et par faire ce qu’il attendait de lui, au nom du Plus Grand Bien. La mort serait certainement la plus clémente des alternatives qui s’ouvriraient à lui au bout du chemin, et cette seule pensée lui lacérait l’âme.

Oui, Albus aimait Severus. Pas comme il avait aimé Gellert, non, ce genre d’amour, il y avait longtemps qu’il y avait renoncé. Il l’aimait comme on aime un fils, et cet amour lui déchirait le cœur. Il aurait de loin préféré ne jamais s’être attaché au jeune homme qui avait remis sa vie entre ses mains, dix-sept ans auparavant. Cet enfant, parce que même à vingt ans, ces jeunes gens lâchés dans une guerre dont les enjeux les dépassaient, étaient encore des enfants pour lui. Cet enfant égaré, torturé dans son corps et dans son âme, perdu, errant dans les ténèbres, et qu’il avait aidé à retrouver son chemin vers la Lumière. Cet homme qui avait déjà tant donné, qui avait déjà tellement souffert, qui avait tout perdu, et qu’il allait devoir faire souffrir plus encore…
 Ariana et Severus seraient à jamais ses plus grands remords, ses fautes inexpiables, qu’il allait bientôt emporter dans sa tombe.

Depuis la mort de sa sœur, depuis qu’il avait vaincu et enfermé l’homme qu’il avait aimé – qu’il aimait encore au plus profond de son cœur – dans sa propre prison, depuis que ‘Le Plus Grand Bien’ avait pris une autre signification pour lui, il n’avait jamais autant ressenti le poids de sa solitude et de sa culpabilité. Ce soir, Albus Dumbledore n’était plus qu’un très vieil homme fatigué, poursuivi par ses fantômes et hanté par la peur de l’inconnu qui allait bientôt l’engloutir, sans qu’il ait pu terminer son œuvre.

TBC

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