Le jeu du Prince 12 – …Et les autres

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

…Et les autres

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Des étendues de ciel d’un bleu éclatant commençaient à apparaître au-dessus des tourelles du château, mais ces signes annonciateurs du printemps ne parvenaient pas à chasser l’humeur morose du professeur de Défense. Le résultat de ses recherches concernant les Horcruxes l’avait horrifié.

Contrairement aux idées préconçues, les Mangemorts n’étaient pas tous d’abominables criminels assoiffés de sang, et seule une partie d’entre eux, composée en grande partie des évadés à l’esprit dérangé d’Azkaban, avec Bellatrix Lestrange à leur tête, et la meute soumise de Loups-garous menée par Fenryr Greyback, était principalement responsable de la vague de meurtres qui s’était abattue sur les Nés-moldus et leurs familles, ou ceux qu’ils appelaient ‘traîtres à leur Sang’, et des attentats visant les Moldus, perpétrés à travers tout le pays.

Les autres étaient bien entendu loin d’être des enfants de chœur,  mais un grand nombre d’entre eux avaient pour mission d’infiltrer discrètement les infrastructures du gouvernement ou de s’occuper de la propagande, ou de la logistique, le plus ‘en douceur’ possible. Même s’ils étaient tous prêts à tuer pour leur maître en cas d’affrontements directs. Il n’était d’ailleurs pas dans l’intérêt du Mage Noir de s’imposer uniquement par la violence et la terreur, et les manœuvres de séduction en sous-main étaient beaucoup plus nombreuses, et fructueuses, que les spectaculaires opérations coup de poing menées par la brigade de choc…  Elles amenaient beaucoup plus de sympathisants que les horreurs qui arrivaient à choquer même des esprits endurcis. Pour en avoir lui-même été victime, il savait à quel point elles pouvaient être trompeuses, et d’autant plus dangereuses, sous leur enrobage séducteur.

De manière générale, Severus ne participait pas aux opérations ‘sur le terrain’, Voldemort ne pouvait se permettre le luxe que son précieux espion auprès de son plus grand ennemi puisse être reconnu et arrêté. Cela avait en outre été une des principales conditions de son ralliement, et la cause essentielle du mépris de Bellatrix et de ses semblables pour sa personne, mais il avait tué. Souvent. Principalement pour abréger les souffrances de ceux que les Mangemorts les plus sadiques, autoproclamés bourreaux officiels, torturaient au fond des cachots du manoir des Jedusor. Il n’en avait jamais tiré aucun plaisir, aucune satisfaction, il l’avait fait par compassion, lorsqu’il n’y avait plus aucune possibilité de sauver une vie ou d’éviter des souffrances supplémentaires, et il en aurait été sévèrement puni si le Seigneur des ténèbres l’avait appris.

Mais surtout, il était responsable de toutes les morts causées par les renseignements qu’il apportait à son maître sur l’ordre de Dumbledore. Sacrifier quelques vies pour en sauver des centaines d’autres… bien sûr, il savait que c’était incontournable en temps de guerre, mais il n’arrivait pas afficher le même détachement qu’Albus en face de ça. C’était lui qui donnait les informations, et il se sentait aussi coupable que s’il les avait tués de sa main, et tous les raisonnements du monde n’y pourraient jamais rien changer. Sans compter toutes les vies fauchées par les différents poisons qu’il avait été contraint de mettre au point, certains étant destinés à tuer dans d’affreuses souffrances. Un Maître des Potions dans le camp de l’Ombre n’était pas là pour concocter des infusions de camomille ! Tout ce qu’Albus justifiait au nom du ‘Plus Grand Bien’, lui, ne se le pardonnerait jamais.

Le principe de création des Horcruxes le révulsait. Pendant longtemps, il avait vomi à chaque fois qu’il en avait été réduit à tuer, même pour abréger les souffrances d’êtres pour qui ce geste était pourtant le seul secours possible.  Il ne pouvait comprendre le concept de tuer des innocents sans remords, et sans autre raison que la volonté de prolonger à tout prix sa propre existence, au terme d’un rituel répugnant. Il aurait lui-même volontiers sacrifié la sienne si cela avait pu mettre fin à tout ça.

Par association d’idées, ses pensées dérivèrent vers le jeune Malfoy. Il n’avait pas eu la chance, s’il pouvait l’exprimer ainsi, d’être, comme lui, ‘désiré,’ ‘courtisé’ par le Seigneur des Ténèbres, et d’avoir eu ainsi la possibilité de plus ou moins monnayer ses services. Lorsqu’il avait appris que Draco avait pris la Marque, il avait été horrifié. Il connaissait le garçon depuis sa naissance, il savait que malgré son éducation typique de Sang Pur, il n’était pas foncièrement mauvais et qu’il ne tiendrait pas longtemps parmi des Mangemorts de la trempe de sa tante. Pour la première fois de sa vie, il aurait pu jeter un Doloris, voire un Avada Kedavra sans aucun état d’âme, et même avec une certaine satisfaction, s’il avait eu Bellatrix en face de lui à ce moment-là.

Adepte des Arts Sombres par goût du savoir et non celui de nuire, Severus avait toujours eu plus ou moins de mal avec certains impardonnables. Si l’Imperium ne lui posait aucun problème, il avait toujours quelques difficultés avec le Doloris, et devait faire appel à toute sa volonté et beaucoup d’imagination pour arriver à assez ‘désirer’ provoquer la douleur, et encore ses maléfices étaient-ils assez limités dans leur efficacité. Même si cette ‘faiblesse’ provoquait les railleries de ses congénères, cela avait au moins l’avantage de le faire passer aux yeux des plus sadiques, pour qui seule la parfaite maitrise des sortilèges interdits prouvait la valeur d’un sorcier, pour beaucoup moins puissant qu’il ne l’était en réalité, ce qui au final pourrait s’avérer un atout non négligeable s’il devait en arriver à les affronter ouvertement… d’autant qu’appliquer un impardonnable sur l’un d’entre eux ne lui poserait certainement aucun problème de conscience, et que par voie de conséquence, le maléfice aurait alors tout l’impact espéré !  Quant à l’Avada Kedavra, il avait la chance que la volonté de tuer, et non uniquement le désir, soit suffisante pour le rendre efficace…

Et évidemment, cela le ramena fatalement à Albus. Il n’avait pas renoncé à encore essayer de dissuader le vieux mage de renoncer à son projet fou. Il voulait encore désespérément se persuader qu’il  pouvait trouver une solution pour que ni Draco ni lui n’aient à tuer Dumbledore… Il suffisait de chercher.
Chercher.
 Il y passait toutes ses nuits, toutes ses plages de liberté, il ne pensait plus qu’à ça, cela devenait obsessionnel. Et les arguments du vieil homme n’y changeraient rien.

 Il avait fini par accepter l’idée de l’aider, en dernier recours, à partir paisiblement et sans douleur, lorsque le moment serait venu, uniquement parce qu’il n’y avait aucune autre issue que la mort, au maléfice qui l’avait frappé. Pourtant, Dieu savait que là aussi, il avait cherché, et cherché encore, jusqu’à l’épuisement, le remède, contre-sort ou potion, qui lui permettrait de le sauver, mais pour une fois, il avait dû s’incliner. Oh, il n’avait pas renoncé, non, mais la malédiction progressait bien plus rapidement que ses recherches, et il avait compris que même s’il finissait par trouver, ce serait trop tard.

Mais de l'euthanasie au meurtre public, même si au final le résultat resterait le même, il y avait un pas qu'il se refusait à franchir. Pourtant, s'il ne le faisait pas, soit il condamnait Draco à subir le même destin que lui, soit le jeune homme échouait, et ils mourraient tous les deux, le garçon pour son échec, lui pour n'avoir pas tenu Son serment…  A moins que le Seigneur des ténèbres ne se décide pour une torture plus subtile en rendant Draco responsable de la mort de ses parents.

Il avait promis à Narcissa de tout faire pour protéger Draco, et il avait promis à Albus de protéger les élèves et les professeurs de Poudlard après l'avènement de Voldemort, sans compter l'aide qu'il était le seul à pouvoir apporter à Potter… Et pour tout cela, il devait rester en vie.

Il ferma les yeux avec un gémissement de frustration, les coudes posés sur son bureau et les mains étroitement collées contre ses oreilles. Les paroles d’Albus tourbillonnaient dans son crâne comme un carillon infernal « C’est la seule solution, le seul moyen pour que le Seigneur des Ténèbres vous accorde pleinement sa confiance.» C’était la pure vérité, il le savait, et c’était bien là que le bat blessait… et c’était leur seul espoir d’avoir une chance de gagner cette guerre. D’un revers de bras rageur il envoya voler livres, parchemins, plumes et encrier au travers de la pièce, et abattit ses poings sur la table en poussant un cri de rage impuissante, avant de laisser tomber sa tête sur ses bras.

Severus Snape pleurait.

Perdu dans ses pensées, Remus déambulait sans but dans les couloirs. L’approche de la pleine lune le rendait nerveux et il avait encore plus de mal que d’habitude à s’endormir. Il ne savait pas qui était de garde ce soir-là, et à vrai dire il s’en fichait. Il n’était plus un élève et en tant que tel soumis au couvre-feu.

Un sourire amer étira ses lèvres aux souvenirs lointains qui venaient frapper à la porte de son esprit. Peter et lui n’avaient que rarement bravé le règlement, mais James et Sirius n’avaient pas leurs scrupules, ou leurs craintes, et ils avaient passé bien des soirées à arpenter le château à l’abri de la cape d’invisibilité de Potter. Comme plus tard les jumeaux Weasley, aucun passage secret qui pouvaient les conduire à l’extérieur ne leur avait résisté, sauf peut-être ceux des cachots, et ils avaient ‘fait le mur’ bien des fois pour aller boire un verre chez Madame Rosmerta, où, qui sait, rendre quelques visites un peu moins innocentes dans l’allée des embrumes. Certaines plaisanteries étaient assez explicites pour qui savaient décoder le langage des Maraudeurs.

Il chassa les pensées inopportunes qui venaient le titiller et força son esprit à revenir au présent…  Ce qui n’était pas forcément une amélioration. Le présent s’appelait Nymphadora et était prête à étriper quiconque l’appelait par son prénom .

 Il avait tout essayé pour la dissuader. Leur différence d’âge, mais qu’est-ce qu’une douzaine d’années dans une vie de sorcier, censée être bien plus longue que celles des autres humains ? Sa lycanthropie, mais elle était parfaitement contrôlée par la potion qu’il prenait à chaque pleine lune. Sa pauvreté, mais elle s’en fichait royalement, vivant elle-même, malgré son salaire d’Auror dans une simplicité presque monacale. Tous ses arguments, elle les avait rejetés un par un, mais il ne lui avait jamais avoué le dernier, le principal, celui qui lui faisait le plus peur, celui qui hantait ses cauchemars. Bien sûr, il y avait des sorts de prévention, bien sûr, il y avait des potions, et même les contraceptifs moldus, mais il suffirait d’un oubli… Il s’était documenté, il savait que son ‘petit problème de poils’ ainsi que le qualifiait jadis James, n’avait presque aucune chance de se transmettre de cette façon. Dans les faits, les cas étaient extrêmement rares, mais justement, le pourcentage était tellement infime qu’aucun chercheur ne s’était jamais donné la peine de se pencher sur le problème. Il était littéralement terrifié à l’idée du terrible héritage qu’il pourrait éventuellement laisser à un enfant innocent.

A qui se confier ? La personne la plus qualifiée pour lui répondre aurait bien entendu été le Maître des potions, mais c’était aussi la dernière personne à qui il oserait en parler…

Il était loin d’être stupide, il avait bien remarqué la souffrance de Severus lorsque Lily s’était définitivement éloignée de lui, à la fin de leur cinquième année, et par la suite, lorsqu’elle s’était rapprochée de James, un peu avant la fin de leurs études. Il était prêt à mettre sa main au feu que Severus avait éprouvé beaucoup plus que de l’amitié pour Lily, à l’époque. Les autres ne s’en étaient peut-être pas aperçus, mais lui, si. Et tout ce qu’il avait pu remarquer de son comportement vis-à-vis d’Harry le lui confirmait. Harry était le fils de James, et il haïssait l’image de son père au travers de l’enfant qui lui ressemblait tant, mais il était aussi le fils de Lily, et pour cela, il l’avait toujours protégé dans l’ombre, s’échinant à lui éviter les ennuis qu’il semblait attirer comme un aimant. Il ne savait pas au juste quand il avait pris la Marque, mais il doutait fort que ça ait été avant leur mariage, avant que tout espoir de la reconquérir ne soit définitivement anéanti.

L’humiliation de trop, l’après-midi du jour où ils avaient passé leurs BUSEs, était la goutte qui avait fait déborder la coupe et déclenché la réaction en chaine qui avait conduit le jeune homme jusqu’à Voldemort. Elle avait été trop publique, et beaucoup trop dégradante.
C’était d’ailleurs à la suite de cet incident, qu’il s’était décidé à avoir une conversation sérieuse avec ses amis, afin de les inciter à cesser ce qu’ils appelaient des plaisanteries, mais qui se terminait toujours de façon de plus en plus humiliante, où dangereuse, pour le Serpentard.

Hélas pas assez tôt, se reprochait-il maintenant. Cet après-midi-là, ils avaient atteint le point de non-retour, où les choses étaient définitivement devenues impossibles à arranger.

Quelques mois plus tôt, l’inconscience de Sirius avait déjà failli provoquer un drame qui les aurait affectés à tous si pour une fois James n’avait pas choisi, dans leur intérêt, d’aider Severus, et réussi à le tirer du piège mortel dans lequel Black l’avait entraîné. Et Lupin, qui avait lui-même failli en être une des principales victimes, devait bien reconnaitre que Dumbledore avait fait preuve d’une partialité flagrante dans le jugement à huis-clos de cette histoire, où par volonté de protéger son secret, même leurs directeurs de Maison respectifs n’avaient pas été conviés. Une injustice qui n’avait pu qu’encore renforcer la haine de  Snape envers les Maraudeurs.

Progressivement, au cours de leurs deux dernières années d’études, les brimades avaient diminué et s’étaient finalement arrêtées. Il aimait à penser que c’était sous son influence, mais il devait reconnaitre que la puissance magique de plus en plus grande (ou, pensait-il, de moins en moins dissimulée), du Serpentard, qui maintenant que Lily n’était plus là pour le freiner, rendait coup pour coup,  y était aussi pour beaucoup. Mais les provocations, de part et d’autre, avaient continué, et Severus s’était de plus en plus rapproché des partisans de Voldemort, qui le courtisaient alors ouvertement, trop heureux qu’on leur serve ainsi sur un plateau une chance d’attirer dans leurs rangs un sorcier aussi prometteur.

Pouvait-il, en toute conscience, affirmer que, placé dans la même situation, après des années de maltraitance de la part de son Moldu de père (Lily l’avait confié à James) et de harcèlement de la part de leur petite bande, il n’aurait pas, à dix-sept ans, agi de la même manière ? Il était plus que probable que les Maraudeurs aient en grande partie été cause de la perte de Severus. Comment, dans ces conditions, pourrait-il aller lui demander de l’aide maintenant ? Et même s’il avait eu le cran de le faire, comment pourrait-il s’imaginer qu’elle aurait une seule chance de lui être accordée ? Bien sûr, il n’avait jamais joué un rôle actif dans tout ça, mais il pouvait tout à fait comprendre que Snape lui en veuille, ne serait-ce que pour ne jamais être intervenu pour les empêcher d’aller trop loin. Après tout, il était préfet à l’époque, et il en aurait eu le pouvoir.

Ces deux dernier mois avaient été paradoxalement les pires et les meilleurs de sa vie. Vivre sous le même toit qu’elle, la côtoyer chaque jour était une souffrance dont il savait qu’il ne pourrait plus se passer. Il  luttait depuis trop longtemps, quel mal pourrait-il y avoir à succomber ? Elle le voulait, il la voulait, pourquoi était-ce si compliqué ?

­—Remus ?

La voix féminine le fit s’immobiliser, stoppant net ses réflexions moroses, et il se retourna lentement, pour faire face à la jeune Auror.

« Encore tes insomnies ? Elle hésita une microseconde puis brusquement, se jeta à l’eau. « J’ai terminé ma ronde et j’ai de la bièraubeurre dans ma chambre, tu veux venir prendre un verre avec moi ? »

Le sourire était plein d’espoir et le clin d’œil encourageant. Les allusions n’étaient plus de mise. Elle avait fini par comprendre qu’il ne ferait jamais le premier pas et elle avait décidé de tenter le tout pour le tout. Leurs vies étaient trop précaires, et le temps était un luxe qu’ils ne pouvaient plus s’accorder. Il se sentit faiblir. Lorsque qu’il hocha la tête et lui emboita le pas, les cheveux de la jeune femme, qui étaient d’un châtain désespérément terne depuis l’été précédent, virèrent au rose vif.

Tout compte fait, était-ce vraiment si compliqué ?

TBC

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