Le jeu du Prince -14- Le Prince et le loup

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Le Prince et le loup

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Severus n’était pas rentré immédiatement. Si Albus vérifiait toutes les entrées et sorties du château, il pourrait paraître étrange qu’il rentre quelques minutes après Harry, après être sorti quelques minutes avant lui. Il décida de se rendre à Pré-au-Lard, et d’aller ostensiblement prendre un verre à ‘La tête de sanglier’. Le témoignage de son propre frère serait le meilleur des alibis si le directeur se montrait soupçonneux.

Voilà pourquoi , au lieu de rejoindre la pile de devoirs à corriger qui l’attendait encore sur son bureau avant de pouvoir enfin prendre un peu de repos, il se retrouvait attablé, en tête à tête avec ses pensées, devant un verre d’un infâme tord-boyaux, auquel il n’aurait touché pour rien au monde. La mixture vendue par Abelforth sous le nom de ‘whisky’ était de composition indéterminée, et hautement corrosive. Il était certain qu’elle aurait fait merveille sur les chaudrons encrassés, et se demandait comment ses élèves n’y avaient pas encore pensé. Mais il était vrai que les quelques contrevenants à l’interdiction de boire de l’alcool préféraient le faire en contemplant les généreux appâts de Madame Rosmerta plutôt que la barbe d’Abelforth… et il était particulièrement mal placé pour leur donner tort sur ce dernier point…

Le Maître des potions réfléchissait, il avait besoin de mettre à plat ce qu’il venait d’apprendre. C’était tellement énorme, même pour Voldemort !

Il revoyait le jeune Tom Jedusor, demander à Slughorn s’il était possible de partager son âme en sept morceaux ! Sept ! Il connaissait l’obsession du Seigneur des Ténèbres pour les nombres magiques, et sept était certes le plus puissant d’entre eux, mais tout de même… Sept ! Il se prit à espérer qu’il avait fini par renoncer à cette folie, mais au fond de lui-même, il savait déjà que ce n’était qu’un vœu pieux. D’après ses déductions, il avait la quasi-certitude d’au moins quatre Horcruxes, dont deux avaient déjà été ‘dépensés’.

 Le premier lorsque son propre sort de mort s’était retourné contre lui, lorsqu’il avait essayé de tuer Harry, et que son corps avait mystérieusement disparu. A quoi son âme maudite s’était-elle raccrochée, alors ? Nagini ? Sous quelle forme avait-il erré, végété, durant dix longues années ? Comment s’était-il retrouvé dans la Forêt Noire, et comment avait-il approché Quirell, lors de son voyage d’étude des vampires en Albanie, pendant l’année sabbatique qui avait précédé sa prise de fonction en tant que professeur de Défense, et pris possession de lui ? Autant de questions qui resteraient certainement à jamais sans réponses. Qu’avait-il alors promis au jeune professeur d’études des Moldus timide et effacé, pour l’inciter à partager volontairement son corps avec lui ? La puissance ? Le pouvoir de dominer enfin ceux qui le dépréciaient, se moquaient de lui, l’humiliaient ? Il ne savait que trop bien à quel point Voldemort était doué pour exploiter ce genre de faille…

 Le scénario s’était reproduit lorsque Quirell était mort. Un deuxième Horcruxe avait dû permettre à son âme de survivre encore une fois, mais en étant de nouveau privé de corps. Comment avait -il réussi à retrouver le répugnant rituel de nécromancie lié à la magie du sang et oublié depuis la nuit des temps, qui lui avait permis, trois ans plus tard, d’en reconstruire un, en profanant les ossements de son père ?

Un frisson glacé lui parcourut l’échine au souvenir de leurs ‘retrouvailles’. Severus avait dû jouer très serré lorsqu’il s’était agi de lui expliquer pourquoi, pendant la première année d’Harry à Poudlard, il s’était dressé contre lui, l’empêchant de récupérer la Pierre Philosophale qui lui aurait assuré l’immortalité à laquelle il aspirait tant. Heureusement que la rage du Lord noir avait eu le temps de s’atténuer un peu entre temps, et qu’il lui avait permis de se justifier, avant de décider de sa punition. Il n’était jamais passé aussi près de la mort que cette nuit-là, et la séance de torture qui avait suivi lui avait presque fait regretter de mentir aussi bien. Il n’avait jamais non plus autant prié pour qu’un Avada Kedavra vienne mettre fin à ses souffrances, et il avait dû faire appel à toute la force de sa volonté et de son Occlumencie, pour ne pas lui donner le plaisir de le supplier de l’achever.

A y bien réfléchir, son premier essai avait dû être le journal qu’Harry avait détruit en deuxième année, dans la Chambre des Secrets. Sans compter la bague qui avait contenu le maléfice qui était en train de tuer Albus, qu’il se souvenait maintenant avoir vue au doigt de Jedusor dans le souvenir de Slughorn. Merlin !  Il avait certainement commencé avant même de quitter Poudlard… A dix-sept ans, il avait déjà tué, et pratiqué un rituel qui lui avait donné la nausée lorsqu’il en avait lu la description, au moins deux fois…

Quatre Horcruxes, utilisés ou détruits, et il était toujours vivant. Des nombres magiques, trois, sept et neuf, le premier était déjà dépassé ! Il ferma les yeux, se demandant combien d’autres choses lui cachait encore Dumbledore.

Lorsqu’il les rouvrit, un homme et une femme étaient en train d’entrer dans le pub, le distrayant pour un moment de ses sombres pensées. Il avait, par habitude, choisi une table d’angle, éloignée du bar et peu éclairée, aussi, ne le remarquèrent-ils pas.

Il avait observé, avec un intérêt amusé, les transformations de la jeune Métamorphomage au cours de ces derniers mois. Elle était vraiment douée, et n’avait aucun mal pour se faire passer pour ce qu’elle n’était pas. Paraître dix ans de moins afin de pouvoir ressembler à une élève ne lui avait certainement posé aucun problème, mais n’aurait-ce été sa dignité de professeur imbuvable à protéger, il aurait volontiers éclaté de rire lorsqu’au détour d’un couloir, il l’avait surprise, une nuit, en train de faire une ronde sous les traits de McGonagall. Au premier regard, il avait lui-même failli se faire prendre, mais il connaissait trop bien sa collègue pour être abusé plus de quelques secondes. N’empêche !

Il n’avait pu s’empêcher de la gratifier d’un « bonsoir, Minerva, je ne savais pas que vous étiez de garde, cette nuit, mais peut-être allez-vous simplement rendre visite à Albus… », prononcé sur un ton tellement équivoque, que Tonks ne regarderait sûrement jamais plus Dumbledore et la sous-directrice du même œil. Après tout, il cultivait tellement bien son personnage, que jamais la jeune Auror ne pourrait s’autoriser à penser que Severus Snape ait pu se laisser aller à plaisanter ! Et il n’était pas certain qu’un autre soir, une Sybille Trewlawney à laquelle il ne manquait que l’odeur de Sherry pour ne pas laisser planer un doute… Il ne put s’empêcher de laisser ses lèvres tressaillir à ce souvenir.

Les cheveux de Tonks, lorsqu’elle redevenait elle-même,  étaient dernièrement passés, quelques temps après qu’elle ait été assignée à la sécurité interne du château, du châtain terne qu’elle arborait depuis l’été précédent, à un rose bonbon éclatant. Et à ce qu’il semblait, il avait sous les yeux la raison de ce changement. Dire qu’il en fut surpris aurait été exagéré. Il n’y avait en effet pas que la couleur de cheveux de la jeune femme, qui s’était transformée. Quelques mois plus tôt, son nouveau Patronus avait étonné plus d’un membre de l’Ordre, le passage d’un lièvre à un énorme loup avait effectivement de quoi surprendre, mais elle avait fait taire les éventuelles questions d’un regard si noir, que personne n’avait osé émettre le moindre commentaire.

Lupin paraissait fatigué, soucieux, et Severus se souvint qu’on était à la veille de la pleine lune. Sa nervosité se semblait se communiquer à sa compagne dont la chevelure virait par intermittence, tantôt au violet tantôt au rouge sombre. Elle posa une main sur celle du Loup-garou, et celui-ci secoua la tête d’un air accablé. Le Maître des Potions n’était pas un sentimental, mais ça crevait les yeux, que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre malgré leurs différences. Remus était un complet abruti, avec ses états d’âme, elle l’avait accepté tel qu’il était, bordel ! C’était même elle qui avait fait les premiers pas, et la potion Tue-loup qu’il avait encore améliorée pour lui, lui permettait de mener une vie presque normale, sans danger pour son entourage. Cela ne le regardait pas bien sûr, mais parfois, devant certaines de ses réactions, il avait presqu’envie d’aller le secouer et de lui hurler de ne pas tout gâcher, comme… comme…

Mais jamais le froid, l’insensible Severus Snape ne s’abaisserait à ça ! Son regard se perdit dans le vide, rendant son entourage flou.

Lupin ne se rendait pas compte à quel point il avait de la chance, elle l’avait accepté… Comment les choses auraient-elles tourné si Lily avait accepté son intérêt pour la Magie Noire ? Ou si lui, y avait renoncé ? Aurait-ce changé quelque chose ?  L’aurait-elle choisi, lui plutôt que Potter ? Parce que pour être tout à fait honnête, ce n’était pas son attirance pour les Arts sombres qui l’avait poussé à devenir Mangemort, mais bel et bien la perte de Lily.

Il se désintéressa du couple pour se replonger dans sa morosité. Leur vue avait fait remonter des souvenirs qu’il aurait préféré garder profondément enfouis, et il retint de justesse le verre qu’il avait commencé à porter machinalement à ses lèvres. Ce n’était pas le moment de s’empoisonner bêtement!

La Magie en elle-même était neutre, c’était l’usage qu’on en faisait qui la rendait bonne ou mauvaise. Noire ou Blanche selon l’expression consacrée.  L’étude des sortilèges à un niveau avancé incluait inévitablement les Arts Sombres, et tous les grands mages, de Merlin à Dumbledore étaient inévitablement aussi experts en Magie Noire qu’en Magie Blanche. C’était l’intention qui faisait toute la différence. Il avait tenté de l’expliquer à son amie, en faisant un parallèle avec le monde moldu. L’énergie nucléaire était-elle bonne ou mauvaise ? Fallait-il condamner son formidable potentiel parce que la folie de certains en avait fait une arme dévastatrice ?

Certes, il le reconnaissait volontiers, il avait eu le tort de commencer à l’étudier tout seul, et certainement beaucoup trop jeune, et le manque d’encadrement avait favorisé le développement d’une dépendance qui lui avait, à l’époque, fait résister aux tentatives de la jeune fille pour l’en éloigner. Mais pouvait-on dire avec certitude qu’il l’aurait utilisée à de mauvaises fins si les circonstances ne l’avaient pas poussé vers Voldemort ? Lui était persuadé que non, il avait toujours voulu se spécialiser en Défense, et pour les contrer efficacement, il fallait forcément connaître les armes de l’ennemi.

Il reporta son attention sur Lupin et Tonks, dont les cheveux affichaient maintenant un noir corbeau aussi profond que le sien. Un de ces jours, il faudrait qu’il prenne le Loup-garou à part et qu’il lui parle de la dernière potion qu’il avait mise au point. Ça, il pouvait le faire, c’était de la science, pas du sentimentalisme idiot… du moins tentait-il de s’en persuader.

Le traumatisme de sa rencontre, à quinze ans, avec un Remus en pleine transformation, avait déclenché chez lui une boulimie de recherches, et d’étude de tout ce qui pouvait concerner les objets de sa phobie. Et cela était aussi passé par l’amélioration de la potion tue-loup, que Damoclès avait élaborée quelques années après cette mémorable confrontation, et dont les résultats, en dépit de l’amélioration qu’il apportait à la vie des victimes de la malédiction, laissaient souvent à désirer dans sa version générique, que son inventeur n’avait pas jugé utile de faire évoluer après l’avoir faite homologuer. Il ne comprendrait jamais la paresse, voire le laxisme, de certains chercheurs, qui une fois leur réputation établie, se contentaient de se reposer sur leurs lauriers.

Si le principal mode de transmission de la lycanthropie était la morsure d’un Loup-garou, quelques rarissimes cas de transmission génétiques avaient été constatés au cours des âges. Mais ils étaient tellement rares que personne n’avait jamais sérieusement songé à se pencher sur ce problème. Encouragé par sa phobie, il avait dernièrement développé une préparation destinée aux Louves, ou aux compagnes saines de Loups enceintes, afin de prévenir tout risque concernant leur progéniture. Voldemort n’aurait certainement pas vu ce genre de recherche d’un bon œil, aussi n’avait-il pas eu le loisir de publier le résultat de ses travaux et de faire valider sa recette, mais s’il le pouvait un jour, elle ferait certainement au moins autant de bruit que la potion qui aussi instable soit-elle, avait changé la vie de Lupin et de beaucoup de ses semblables, depuis son élaboration.

TBC

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