Le jeu du Prince -15- La leçon de Luna

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

La leçon de Luna

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Hermione et Luna se dirigeaient ensemble vers la bibliothèque où elles avaient prévu de retrouver Ginny, Harry et Ron, après leur dernier cours de la journée. Elles avaient fait connaissance l’année précédente, au sein de l’AD, et avaient renoué depuis la soirée de Slughorn, où Harry avait invité la quatrième année à l’accompagner.  Sous les dehors loufoques qui lui avaient valu son surnom, la jeune Serdaigle, était d’une intelligence rare qui faisait honneur à sa Maison, et elles s’entendaient à merveille. Elles se poussèrent un peu sur le côté pour céder le passage à la sombre silhouette qui franchissait la porte au moment où elles s’apprêtaient à entrer.

—Bonsoir, professeur ! Fit gentiment la jolie blonde avec un sourire sincère, s’attirant un regard stupéfait de sa camarade.

—Miss Lovegood ! Répondit-il civilement avec un léger hochement de tête. Et se tournant vers sa compagne, dont il avait surpris l’expression, avec une lueur sarcastique dans le regard : « Miss Granger ! »

—Pro-professeur ! Bégaya Hermione désemparée alors qu’il s’éloignait déjà à grands pas, dans un de ces claquements de robes dont il avait le secret.

Quel autre élève, à part Luna, se serait aventuré à souhaiter une bonne soirée à Severus Snape au détour d’un couloir ? Se demanda-t-elle. Et pourtant, il ne l’avait pas rabrouée, et il lui avait même rendu sa salutation avec une étonnante affabilité. Plus, il l’avait saluée, elle ! Elle n’eut pas le temps de se poser d’avantage de questions, Luna avait déjà rejoint le petit groupe, auquel s’était joint Neville. Ils avait rapproché deux tables, entre les rayonnages, assez à l’écart du bureau de Madame Pince pour pouvoir chuchoter sans trop de risques de se faire réprimander.

—Qu’est-ce qu’il vous voulait, le bâtard graisseux ? Demanda Ron. J’ai vu qu’il vous disait quelque chose en sortant.

—Tu n’as jamais entendu parler d’une chose qui s’appelle le savoir-vivre ? répondit Luna de sa voix douce et égale. Le professeur nous a simplement saluées en passant.

—Sa-saluées ? Depuis quand Snape salut-il les élèves qu’il croise dans les couloirs ? S’étrangla Harry.

Luna tourna vers lui un regard candide, dans lequel perçait une nuance d’étonnement sincère, et répondit sur le ton qu’elle aurait employé avec un enfant de cinq ans.

—A moi, depuis toujours. Il suffit d’être polis, tu sais, et les autres le sont généralement aussi, en retour.

—Ce salaud n’a aucun savoir-vivre, la seule chose qu’il sache faire c’est d’enlever des points, ou de coller en retenue ceux qu’il rencontre dans les couloirs.

Luna ne s’était départie ni du calme ni du sourire innocent, auxquels se heurtaient habituellement ceux qui se moquaient d’elle, qui finissaient généralement par abandonner la partie les premiers, devant son absence de réaction hostile.

—Pourquoi punirait-il des élèves qui se rendent à la bibliothèque pour travailler, Harry ? Nous n’avons enfreint aucun règlement. Le professeur Snape n’a jamais été désagréable avec moi, il est courtois, et il me répond toujours patiemment lorsque je lui demande des explications. Je ne vois pas pour quelle raison je le détesterais. S’il vous punit lorsqu’il vous rencontre dans les couloirs, c’est sûrement parce que c’est à des heures où vous n’avez rien à y faire, après le couvre-feu par exemple… S’il m’avait surprise, l’année dernière, lorsque je me rendais aux réunions de l’AD, j’aurais accepté la punition, puisque j’enfreignais le règlement ! Il faut accepter de prendre ses responsabilités dans la vie. Ce n’est pas parce que tu t’appelles Harry Potter et que tu es célèbre, que tu es au-dessus des lois…

Elle posa sur la table le livre qu’elle venait de tirer de son sac et poursuivit de sa voix douce et égale.

« Et vous ne devriez pas non plus lui donner tous ces surnoms idiots. Les noms sont importants, vous savez… et les mots peuvent faire très mal. »

Harry se tortilla sur sa chaise, mal à l’aise. Les paroles de la jeune fille touchaient une zone sensible. Malgré ses dénégations, le rejet de certains, l’année précédente, l’avait plus atteint qu’il ne l’aurait cru, et il y avait souvent mal réagi. De plus, les surnoms idiots, Luna connaissait ! Et ce n’était pas parce qu’elle ne semblait pas s’en offusquer qu’ils ne la blessaient pas. Sans avoir l’air d’y toucher, elle venait tout simplement de le remettre à sa place de belle manière, et il sentait une chaleur déplaisante lui monter au visage… Combien de fois s’étaient-ils moqués d’elle ? L’avaient-ils appelée Loufoqua ? Pensaient-ils vraiment être si discrets qu’elle ne s’en apercevait pas ? Qu’elle n’en souffrait pas ? Elle avait fait le choix, contrairement à beaucoup, d’une apparente indifférence, qui  finissait par désarmer les moqueurs plus radicalement que de longues polémiques, ou pire, la violence, mais cela n’enlevait sûrement rien aux sentiments qu’elle pouvait en éprouver.

Mais par la barbe de Merlin, là, il s’agissait de Snape, pas d’une jeune fille rêveuse et inoffensive aux idées un peu saugrenues !

—Tu ne comprends pas, Luna…

Hermione, qui  avait suivi l’échange dans un silence pensif, jeta un regard furieux sur Harry et Ron, de l’autre côté de la table.

—Luna a parfaitement raison ! Rétorqua-t-elle. « Vous reprochez à Snape d’être toujours après vous, mais est-ce que vous avez jamais fait le moindre effort, vous, ne serait-ce que pour vous montrer polis envers lui ? Il est votre professeur, vous lui devez le respect et il est normal qu’il vous punisse lorsque vous êtes grossiers, incivils, ou lorsque vous ne respectez pas le règlement, ou le couvre-feu. »

—Mione !

—Je m’appelle Her-mio-ne, Ron ! Et ce que je dis est vrai. Vous ne cessez de le provoquer depuis la première année. Vous êtes insolents et inattentifs dans ses cours, et c’est tout juste si vous ne l’auriez pas accusé de votre incompétence en potions, jusqu’à l’année dernière, alors qu’il est un excellent professeur. D’ailleurs, si ce n’était pas le livre de ton bien-aimé ‘Prince’, ce serait encore pire avec Slughorn, cette année ! Mais lui, il t’a à la bonne, alors tu l’aimes bien… Et en Défense, il n’y a vraiment que vous deux, pour avoir assez de mauvaise-foi pour critiquer ses cours. Chaque fois qu’il se passe quelque chose, vous l’accusez d’office d’en être responsable, alors qu’à chaque fois, il a été prouvé le contraire ! Elle baissa la voix pour n’être entendue de personne d’autre qu’eux. « Il risque sa vie pour l’Ordre à chaque fois qu’il est appelé par qui-vous-savez. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas un air agréable que… »

—Sirius disait…

—Sirius disait ! Sirius disait… Tu sais très bien que Sirius le détestait, et ça t’arrangeait bien d’avoir quelqu’un qui te soutienne contre lui ! Le professeur Lupin aussi, était un ami de tes parents, et pourtant il le respecte et il a confiance en lui ! Dumbledore et McGonagall aussi, et il s’entend bien avec tous les autres professeurs. Tu ne t’es jamais demandé ce qui avait bien pu se passer entre eux, pour qu’il déteste autant ton père ? Tu n’as jamais entendu Sirius se vanter de leurs ‘exploits’ passés ? Tu n’as jamais entendu Remus dire qu’ils n’auraient peut-être pas dû lui faire tout ce qu’ils avaient fait lorsqu’ils étaient à Poudlard ? Tu n’as jamais entendu le surnom ridicule que ton parrain lui donnait ? Toi qui sais si bien écouter aux portes, tu n’entends décidément que ce qui t’arrange !

—C’est un Mangemort, Hermione ! C’est… enfin c’est Snape ! En quel honneur tu prends sa défense ? Il t’a fait boire un philtre, il t’a lancé un sort, ou quoi ? Tenta Ron.

Mais autant vouloir arrêter le Poudlard-Express en pleine course pour pouvoir admirer la danse nuptiale des papillons sur le bord de la voie !

—Merlin ! Je rêve ! J’ai l’impression d’entendre Fol-Œil ! Mangemort un jour, Mangemort toujours, hein ? Et cette expression : c’est Snape… Qu’est-ce que ça veut dire au juste c’est Snape ! Vous n’avez que cet argument à la bouche, et vous ne pouvez même pas expliquer ce qu’il signifie pour vous. A vous entendre parler, son plus grand tort est… d’exister ! Vous reprochez aux Sang-purs d’être racistes, mais qu’est-ce que vous êtes, vous, avec ce genre de raisonnement ? De là d’où je viens on appelle ça un ‘délit de sale gueule’, et c’est exactement comme traiter les gens de ‘sang de bourbe’! Quant à être un Mangemort, ce n’est un secret pour personne que je sache… combien de temps le lui reprochera-t-on encore ? Et pourrait-il espionner vous-savez-qui s’il ne l’était pas ? Vous le traitez de traître, mais vous n’avez pas vu son expression lorsqu’il examinait le collier, alors qu’il pensait que personne ne le regardait. C’était du pur dégoût. Croyez-moi, il n’avait pas l’air amoureux de la Magie Noire à ce moment-là !

Elle s’interrompit un instant pour reprendre son souffle, sous les regards stupéfaits des deux garçons, et celui, de plus en plus amusé, de Ginny, Luna et Neville observant la scène d’un air neutre, avant de reprendre de plus belle sans qu’ils aient osé ajouter quelque chose. Contrarier Hermione lorsqu’elle était dans ce genre de disposition ne leur avait jamais réussi.

« Qui était le traître en première année, malgré tous vos beaux arguments contre lui, et qui t’a sauvé la vie pendant ton premier match de Quidditch ? Qui a risqué sa propre vie pour nous protéger d’un Loup-garou en troisième année ? Qui n’a pas hésité à rappeler publiquement à tous qu’il était un ancien Mangemort, pour tenter d’alerter le ministère sur le retour de vous-savez-qui  il y a deux ans ? Qui a refusé d’aider Ombrage et prévenu l’ordre de notre expédition au Ministère l’année dernière ? Vous êtes injustes, vous tournez à chaque fois les choses de manière à ce qu’elles s’adaptent à ce que vous voulez croire ! Je commence à en avoir assez de vos partis-pris ! Vous avez le droit de ne pas l’aimer, il ne fait rien pour ça, mais votre obsession à vouloir à tout pris le diaboliser et lui imputer tout ce qui vous arrive commence à dépasser un peu les limites… Comment voulez-vous que les choses s’arrangent si vous n’y mettez pas un peu du vôtre… Et avant que vous ne le disiez, non, je ne prends pas sa défense, je ne pense pas qu’il ait besoin de moi, ni de quiconque d’autre d’ailleurs, pour ça. Je ne dis pas non plus qu’il est gentil, ou agréable, je suis la première avec qui il ne l’est pas, et je ne l’aime pas plus que vous. Je suis ob-jec-ti-ve, c’est tout !

D’un geste rageur, elle ramassa son sac, qu’elle n’avait pas encore ouvert, redressa les épaules et leur tourna le dos après un dernier regard de défi, avant de se diriger vers la porte sous les yeux en soucoupes des garçons.

Luna avait tranquillement ouvert son livre et semblait se désintéresser complètement de la situation. Ginny n’avait rien dit, elle n’aimait pas particulièrement le professeur de Défense, mais son ressentiment envers lui tenait principalement de la solidarité envers Harry et son frère, il n’était pas plus désagréable avec elle qu’avec les autres élèves. D’autre part, étant amie et traînant souvent avec Luna, elle avait plus d’une fois eu l’occasion de remarquer qu’il pouvait se montrer, sinon agréable, du moins aussi accessible que n’importe quel autre professeur. Elle éclata de rire.

—Je n’aurais jamais cru pouvoir me ranger un jour du côté de Snape, mais pour une fois, je ne peux pas vraiment donner tort à Hermione.

Harry se tourna vers Neville d’un air excédé, en quête un soutien. Londubat était, depuis la première année, la bête noire de Snape, il n’avait aucun don en potions et provoquait catastrophe sur catastrophe en cours. Même s’il s’en sortait nettement mieux en Défense, le professeur le terrorisait, ce qui n’arrangeait pas les choses. Il devait être au coude-à-coude avec Harry pour le nombre de retenues récoltées et la quantité de points enlevés à Gryffondor. Mais il détourna le regard. Le jeune homme était peut-être nul en potions et moyen en tout le reste, excepté en botanique, mais il était foncièrement honnête et avait toujours eu le courage d’exprimer ses opinions, même contre ses amis. Ce qui lui avait d’ailleurs valu d’être pétrifié par Hermione en première année.

—Heuuu ! J’avoue que présenté comme ça…

—Elle a un esprit ouvert, et très analytique. Vous par contre, fit doucement Luna en regardant Ron et Harry, «les vôtre sont complètement brouillés, je vous ai pourtant déjà dit plusieurs fois, de vous méfier des Joncheruines ! Je ne sais pas où vous les avez attrapés, mais vous devriez essayer de vous en débarrasser avant qu’ils ne fassent trop de dégâts. Je peux vous aider si vous voulez, j’ai des amulettes…»

Ginny fut soudain prise d’une quinte de toux qui ressemblait à s’y méprendre à un fou-rire, et plongea vers son sac, ou elle s’appliqua activement à chercher quelque chose, pendant  que les garçons échangeaient un coup d’œil horrifié, devant le sourire placide de Luna. Harry se racla la gorge.

—Ce-c’est gentil, Luna, on y pensera. Bon il va falloir qu’on y aille, on a un-un truc à faire, et-et on est déjà en retard ! Tu viens, Ron ?

TBC

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