Le jeu du Prince 16 – Au nom du père

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Au nom du père

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Derrière les rideaux tirés de son baldaquin, Harry n’arrivait pas à trouver le sommeil, et les ronflements sonores de Ron n’étaient pas faits pour l’y aider ! Il ne pouvait s’empêcher de tourner dans sa tête le souvenir qu’il avait visionné, deux nuits auparavant, en compagnie de Dumbledore. Il revoyait le Jedusor de quinze ans, tellement semblable bien qu’un peu plus jeune, à celui qu’il avait rencontré dans la Chambre des Secrets, avant de tuer le Basilic. Un démon au visage d’ange… et soudain, les paroles d’Hermione lui revinrent à l’esprit, ‘un délit de sale gueule’… l’inverse pouvait être aussi vrai, Tom en était la preuve vivante.

Jedusor était beau, séduisant, on lui aurait, selon l’adage populaire ‘donné le bon Dieu sans confession’, mais il était doté d’un esprit maléfique et répugnant…

Snape… Il détestait Snape, il le détestait depuis avant même son premier cours de potions et leur première confrontation, depuis la première fois où il avait posé son regard sur lui, lors du banquet de rentrée, en première année. La douleur fulgurante qu’il avait ressentie dans sa cicatrice, au même moment, y avait peut-être à l’époque été pour quelque chose. Sauf que quelques mois plus tard, il avait découvert que Voldemort partageait le corps de Quirell, qui avait été assis près de lui à ce moment-là, et que la douleur se réveillait à chaque fois qu’il était à proximité, non de Snape, mais de Quirell-Voldemort.

Non, ce n’était uniquement la douleur, il y avait autre chose… Cette insistance à le regarder dans les yeux, comme s’il s’appliquait soigneusement à ne jamais voir que cette partie de sa personne. Cette obsession à le comparer à James Potter. A critiquer et à insulter ce père que tous ceux qui avaient été ses amis lui avaient toujours décrit comme un héros, droit et irréprochable.

Il ne voulait pas entendre la petite voix dans sa tête, qui lui susurrait ‘’ ses amis, Harry, ses amis, mais des amis peuvent-ils dire autre chose que du bien, de leur compagnon disparu… d’autant plus s’ils ont eu leur part dans ses forfaits ?’’

Ce père qu’il avait pourtant vu, dans le souvenir dérobé dans la Pensine de son professeur, sous un jour tellement différent ! Arrogant, bêtement et gratuitement méchant, le regard sournois et la bouche tordue sous le sourire méprisant caractéristique du Sang-pur, de l’enfant gâté, sûr de la supériorité de sa caste et de son impunité. Cette même expression, qu’il avait si souvent vue, et détestée, sur le visage de Draco Malfoy. Il revoyait le Snape de quinze ans, solitaire, négligé, l’uniforme mal ajusté, manifestement de seconde, voire de troisième main, et les chaussures éculées, tête basse sous les regards moqueurs et les rires des autres élèves, mais bouillonnant silencieusement de rage et de ressentiment.

Il les avait ressentis au plus profond de lui : l’humiliation, la honte, le désir irrépressible de vengeance. Solitude. Rejet. Toutes ces choses qu’il avait lui-même connues avant d’entrer à Poudlard. Cela aurait pu être lui, s’il n’avait pas rencontré l’amitié de Ron et d’Hermione, s’il n’avait pas été presqu’adopté par les Weasley ! Il ne pouvait pas supporter cet aspect-là de James, il ne voulait pas l’accepter !

Il ne voulait pas non plus repenser à çà, et pourtant, il ne pouvait s’empêcher de se revoir lui-même, à l’école primaire, flottant dans les vieux habits trop grands de son cousin, les cheveux toujours un peu trop longs et mal peignés… les regards des autres sur lui… les mêmes regards, et en face, la petite bande de Dudley, toujours prête à s’en prendre à lui sans raison, juste pour le plaisir. Le sentiment d’injustice, le désir de revanche… et pourtant les brimades qu’il avait subies n’étaient jamais allées aussi loin que ce qu’il avait surpris dans la Pensine de Snape, et les mauvais traitements jamais placé en situation de danger mortel. Mais il est vrai qu’il est rare de fréquenter un Loup-garou dans le monde moldu !

La compassion qu’il avait un très court instant éprouvée pour le Maître des potions avait, depuis, décuplé sa haine. Le haïr, se persuader qu’il méritait tout ça, qu’il y avait obligatoirement une bonne raison, qu’il n’était pas seulement un garçon pauvre et maltraité pris pour souffre-douleur par une bande de blousons dorés, atténuait la faute de ses tourmenteurs. Mais il était assez honnête pour comprendre, même inconsciemment, à quel point ce raisonnement était spécieux, et cela réveillait en lui une  culpabilité qui attisait d’autant son ressentiment à son égard. Sa haine avait atteint son paroxysme lorsque Sirius était mort. La seule manière qu’il avait trouvée de faire son deuil avait été, encore une fois, d’en faire porter la responsabilité à l’espion. Il était piégé, englué dans un cercle vicieux qui l’obligeait à en détester un, pour ne pas avoir à mépriser les autres.

Il en voulait aux filles et à Neville, d’avoir pris le parti du professeur, il se sentait frustré, trahi… D’autant plus que les arguments d’Hermione, même s’il ne l’aurait jamais admis, avaient porté. Plus qu’il ne l’aurait voulu. Ils remettaient en cause les fondements même de sa haine, et les démolissaient uns à uns. Mais il ne voulait pas l’entendre, il avait besoin de ce sentiment, il était en quelque sorte son héritage, tout ce qui lui restait de ses parents, de son parrain. Il avait l’impression que devenir ne serait-ce qu’indifférent à Snape serait comme un reniement. De son père. De Sirius.

Severus relut pour la troisième fois la même phrase, et faillit, pour la troisième fois, corriger la même ânerie. Il soupira et reposa le parchemin, en se pinçant l’arête du nez entre deux doigts. Décidément, ce soir, il n’avait pas la tête aux corrections. Comment l’aurait-il pu alors que les révélations du souvenir de Slughorn tournaient en boucle dans sa tête, comme un air obsédant dont on n’arrive pas à se débarrasser. En fait, sur ce coup-là, il reconnaissait qu’Albus avait peut-être eu de bonnes raisons de ne pas lui en dire trop. Les Horcruxes touchaient de trop près au Seigneur des Ténèbres pour que la connaissance même de leur existence ne soit pas extrêmement dangereuse, à la fois pour l’Ordre et pour lui, si Voldemort venait à ne serait-ce qu’à se douter de quelque chose. Il faisait confiance à son Occlumencie, mais cela ne valait que s’il restait conscient, et donc de sa capacité à éviter ou à résister à la torture, ce qui compte tenu de l’instabilité mentale de plus en plus précaire du mage noir était de chaque jour un peu plus aléatoire.

Il soupira et tenta de reporter son attention sur les copies. En vain. Une douleur sourde lui vrillait les tempes, résultat de trop de nuits d’insomnie. Il se leva pour aller chercher une potion anti-migraine, et renonçant pour le moment à ses corrections, vint s’installer sur le fauteuil qui jouxtait la cheminée. La tête appuyée contre le dossier, il ferma les yeux, en attendant que la potion fasse effet.

Il ne put s’empêcher de sourire au souvenir de la conversation surprise dans la bibliothèque, alors qu’il y était retourné, pour chercher un parchemin, échappé de la pile instable qu’il avait posée au-dessus des ouvrages supplémentaires qu’il venait d’emprunter dans la partie interdite aux élèves. Accaparés par leur discussion, ou plutôt par le monologue de Granger, les adolescents ne l’avaient pas remarqué. La fougue toute Gryffondor de la jeune fille l’avait amusé, tout en rallumant un pincement désagréable dans sa poitrine, au souvenir d’une autre Lionne, qui l’avait défendu avec la même hargne, autrefois…

Potter avait semblé déstabilisé par les arguments de son amie et de la jeune Lovegood. Et que la plus jeune des Weasley, pour laquelle l’adolescent avait manifestement un très net penchant les ait approuvées, l’avait apparemment d’autant plus vexé.

Que des élèves puissent l’apprécier en tant que professeur, même s’ils ne l’aimaient pas, lui mettait un peu de baume au cœur. Même s’il ne l’aurait jamais avoué, le rejet de Draco l’avait touché plus qu’il n’aurait pensé. Voir l’arrogance de Potter battue en brèche par les siens avait un ‘je ne sais quoi’ de particulièrement satisfaisant. Par les temps qui courraient, il fallait savoir saisir au vol les petits plaisirs, et entendre la coqueluche d’une grande partie de Poudlard se faire remettre à sa place par quelqu’un d’autre que lui, en était un qui n’était pas négligeable. Il nota mentalement de penser à attribuer quelques points à Serdaigle. Il ne s’abaisserait certes pas à en faire autant pour Gryffondor, il ne fallait pas exagérer non plus, tout au plus, peut-être se laisserait il aller à être un peu moins critique envers Granger.

S’il voulait être tout à fait honnête, ce n’était pas entièrement de la faute de l’adolescent. De fait, Harry n’avait jamais connu l’autorité d’un adulte responsable. Il soupçonnait les Dursley d’être au mieux indifférents, au pire… il ne voulait pas penser au pire, cela aurait attisé en lui une culpabilité déjà bien assez latente. Il n’avait jamais cherché à savoir, préférant lâchement se reposer sur la parole de Dumbledore. Sa haine pour l’image de James que lui renvoyait Harry était bien trop forte, à l’époque, pour qu’il s’arrête longtemps sur de vagues impressions.

Pourtant…

Lorsqu’Harry était arrivé à Poudlard, certains de ses comportements ne lui avaient pas échappés. Ni d’ailleurs certaines caractéristiques physiques qui suggéraient un retard de croissance certainement dû à la malnutrition. L’enfant n’avait peut-être pas été aussi bien traité qu’Albus aimait à le proclamer. Par la suite, il avait eu les Weasley, Granger, Lupin et Black, auquel il aurait pu se confier sur d’éventuelles maltraitances. A partir de cette époque, Potter n’avait guère plus passé qu’une ou deux semaines par an chez son oncle et sa tante. Trop peu pour pouvoir vraiment en pâtir. De plus, à quel titre aurait-il pu se mêler de sa vie en dehors de l’école?

En tant que directeur de Maison, il exigeait que ses Serpents subissent tous un examen médical complet en entrant à l’école, et aucun comportement suspect n’échappait à son œil de lynx. Les familles des Sangs-purs qui constituaient la majorité de son ‘troupeau’ n’était pas toujours des plus tendres avec leurs rejetons. Pendant les sept ans de leurs études, il endossait la plus grande partie de l’année le rôle de l’Adulte référent, que certains n’avaient jamais vraiment connu, et malgré son attitude revêche, les Serpentards comprenaient très vite qu’ils pouvaient compter sur lui quel que soit le problème Il n’avait jamais abandonné à lui-même un enfant placé sous sa responsabilité.

Il ne se souvenait que trop des circonstances qui l’avaient insidieusement poussé à devenir Mangemort.

A son époque, Slughorn se désintéressait de ceux qu’il ne considérait pas comme de familles assez importantes ou influentes, pour être dignes de faire partie de son ‘Club’, et il avait laissé les Sang-purs faire régner leur loi à Serpentard. Ce qui avait fini de détruire la réputation des Vert et Argent. En effet, lorsque Voldemort s’était imposé, un grand nombre d’entre eux l’avaient suivi, forçant leurs condisciples réticents à, au moins, adopter publiquement leurs comportements et leur langage, s’ils ne voulaient pas être traités en parias. Il avait hélas tellement bien mis ces codes en pratique, que cela lui avait coûté l’amitié de son unique amie. Privé de son unique garde-fou, il s’était laissé entraîner de plus en plus loin sur cette pente trop glissante, jusqu’au jour où il avait été trop tard pour faire marche arrière.

Il avait mis bon ordre à tout ça. Sous son autorité, les enfants n’étaient peut-être pas choyés, mais ils étaient écoutés, entendus, et traités avec justice et équité. Toute insulte à visée raciste était sévèrement réprimée s’il venait à la surprendre. Depuis qu’il avait endossé son rôle, il s’était juré que les enfants trouveraient sinon une famille du moins un soutien solide dans sa Maison. Et s’il ne se faisait aucune illusion sur les futures allégeances de certains, au moins faisait-il en sorte de les freiner le plus possible pendant qu’ils étaient encore à Poudlard. Jonglage dangereux s’il en était, même si jusqu’à présent, il avait pu garder le Seigneur des Ténèbres convaincu qu’il ne pouvait faire autrement, afin de préserver sa couverture vis-à-vis de Dumbledore.

Mais les autres Maisons n’étaient pas de sa responsabilité, et s’il avait parfois soulevé la question en salle des professeurs, il s’était toujours entendu répondre plus ou moins gentiment se mêler de ses affaires. Certes Filius, Minerva ou Pomona ne refusaient jamais un entretien ou leur aide à un élève, mais ils n’étaient pas aussi familiers que lui avec la maltraitance. Quelqu’un d’autre que Poppy s’était-il inquiété, quelque vingt-cinq ans plus tôt, du gamin chétif et renfermé qu’il était ? Quelqu’un avait-il seulement essayé de le comprendre ? De le faire parler ? Et s’il avait alors été assez idiot pour s’enfermer dans son orgueil et pour refuser la main tendue de l’infirmière, il ne voulait pas que cela puisse se reproduire avec un de ses élèves.

Dumbledore et McGonagall considéraient les Gryffondor, et Harry en particulier avec une indulgence qui confinait au laxisme. Sirius avait été, au propre comme au figuré, un chien fou, ivre de liberté, qui ne voyait guère plus en Harry qu’une réincarnation de son père. Avait-il seulement réalisé qu’il avait en face lui un jeune adolescent en manque de repères, et pas seulement son compagnon d’aventures retrouvé ? Seul Remus avait su percevoir ce qui avait manqué au garçon, mais il était lui aussi hanté par le souvenir de James, ce qui le rendait également beaucoup trop indulgent.

La seule personne qui ait jamais osé exercer une autorité pleine et entière sur lui, sans rien lui passer, sans tenir compte de son statut de ‘Survivant’ ou d’’Elu’, qui l’ait traité comme n’importe quel autre adolescent du même âge, c’était lui. En cela, il n’avait pas agi différemment de ce qu’il faisait avec les autres, mais après des années passées à être livré à lui-même, Harry, brusquement confronté à une résistance, s’était braqué.

Severus reconnaissait lui-même qu’il n’était pas particulièrement doué pour les relations humaines, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne se donnait aucune peine pour ‘enrober’ les choses. Il mettait ses élèves en face de la réalité de la vie. Une réalité qui n’avait rien de rassurant ou d’agréable en ces temps troublés. Il leur donnait ainsi, sans ménagements ni complaisance, les outils pour devenir plus forts, moins vulnérables.

Maladroitement, sans doute, à sa manière abrupte, comme lorsqu’il rabrouait Granger en la traitant de ‘miss-je-sais-tout’… Mais il était bien placé pour savoir que les gens n’aiment pas ceux qui la ramènent trop, et que cela finirait par lui nuire. Il en avait lui-même fait autrefois l’amère expérience : les professeurs en étaient agacés, et les autres élèves ne s’intéressaient à vous que lorsque vous pouviez leur être utile…  Il reconnaissait ses mérites, il ne voulait pas la rabaisser, juste lui faire comprendre…

Parfois trop durement, peut-être, mais le sentimentalisme n’était pas dans sa nature. Et Harry n’échappait pas à la règle générale. Il avait, plus que tout autre, besoin d’un cadre, il avait été trop longtemps négligé, il avait du mal à accepter l’autorité, à se plier aux règles. Il fallait toujours qu’il discute, qu’il conteste, et pour cela, il était souvent plus dur avec lui qu’avec  les autres. Il soupira une fois de plus et jeta un rapide tempus avant de se lever. Il n’avait pas vu le temps passer, et il ne pensait pas qu’il soit aussi tard.

Il arriva devant la gargouille, qui pivota sans qu’il ait à donner le mot de passe, à onze heures moins trois. Dumbledore l’attendait visiblement avec impatience. Le fait lui fut confirmé lorsque la porte du bureau du directeur s’ouvrit toute seule dès qu’il eut posé le pied sur le palier.

TBC

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