Par-delà le temps et la mort

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Un petit OS en cadeau de Noël

Par-delà le temps et la mort

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Je ne pensais pas apprendre à mourir, jeune à tout jamais, drapé dans ma cape,
mon regard rêveur montant vers l’étoile des solitudes.

Mihai Eminescu ( 15-01-1850/15-01-1889)

9 janvier 2016

La jeune femme avançait lentement. L’air était coupant et sentait la neige, l’accalmie n’allait pas tarder à prendre fin. Ses pas laissaient de profondes empreintes dans l’épais tapis blanc qui recouvrait le chemin. Près du Lac, se dressaient deux monticules aux contours trop réguliers pour être naturels, mais aux angles adoucis par les couches successives de neige qui les avaient recouverts ces derniers jours.

Enveloppée dans une cape noire bien trop grande pour elle, qui l’enveloppait entièrement, seule tâche sombre dans l’immensité du paysage figé dans la blancheur de ce petit matin d’hiver, elle se dirigeait sans l’ombre d’une hésitation vers la plus petite des formations rectangulaires dressées au bord du lac gelé. Lorsqu’elle fut arrivée, elle resta un moment immobile, indécise de la conduite à tenir. Puis, indifférente à l’humidité, elle s’assit à même le sol, où elle resta un long moment silencieuse, ne sachant pas trop comment commencer.

« Bonjour, professeur… Je- Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Je veux dire… Je ne sais pas pourquoi je parle toute seule, comme une idiote, alors que je sais que vous ne pouvez pas m’entendre. Mais ça me fait du bien, je suppose. Et puis malgré tout… On espère toujours…
Vous me manquez… La première année, je vous l’ai dit, je vous l’ai répété la deuxième et toutes les suivantes. Vous me manquez… Tellement.

Même après dix-huit ans, vous me manquez. Vous n’avez jamais su à quel point je vous admirais, à quel point j’aurais aimé que vous me regardiez autrement que comme une élève exaspérante, à quel point je vous… aimais.

Même lorsque tous vous avaient tourné le dos, lorsqu’ils vous traitaient de tous les noms et vous vouaient aux gémonies. Lorsqu’ils souhaitaient votre mort. Lorsqu’ils vous traitaient de lâche, de traitre et d’assassin. Moi, je savais. Je savais que tout ce qu’ils disaient ne pouvait pas être possible. Je savais. Malgré l’évidence. Malgré les preuves qu’ils me montraient. Alors je me taisais, et je priais pour vous retrouver, pour vous demander…  Parce qu’à vous, je vous aurais cru, mais pas à eux, non pas à eux. Ils s’étaient trompés trop souvent, ils vous haïssaient trop, depuis trop longtemps.

Et puis leurs yeux se sont ouverts, et les vôtres se sont fermés, et cette nuit-là, les miens ont tellement coulé qu’ils en ont épuisé leurs larmes.

Ils m’ont dit ‘il faut vivre’, ‘il faut oublier’. Oublier la guerre, laisser dormir les morts.
J’ai essayé, je vous jure que j’ai essayé. Mais je n’ai pas pu. Mais je n’ai pas su. Oui, moi, la Miss-je-sais-tout, je n’ai pas su, et je ne saurai jamais.

Aujourd’hui, c’est votre anniversaire, vous avez trente-huit ans. Il y a dix-huit ans que vous avez trente-huit ans.  Et maintenant, j’ai presque rattrapé votre âge et je ne peux pas oublier. Je ne peux pas plus vous oublier que vous aviez pu oublier celle que vous aimiez.

Je n’ai pas peur, ma seule peur, c’est de ne pas vous revoir, mais j’ai confiance en vous, je sais que vous ne m’abandonnerez pas. Vous me l’avez promis, ce soir-là, après le départ d’Harry, lorsque je suis revenue vers vous. Ils vous croyaient mort, mais je ne voulais pas me résigner, pas sans avoir vérifié moi-même… Et lorsque vos yeux se sont rouverts, lorsqu’ils se sont accrochés aux miens, avec tellement de force… j’ai cru mourir de bonheur. J’aurais tellement voulu pouvoir vous sauver ! Je vous ai supplié de rester avec moi, et vous, pour la première fois, vous m’avez appelée par mon prénom, et vous m’avez juré que de là où vous iriez, vous seriez toujours près de moi. Etait-ce l’aveu que je ne vous étais pas si indifférente ? Ou n’était-ce que de la pitié pour la jeune-fille qui vous suppliait de ne pas la quitter ? Mais je veux croire à ce que j’ai lu dans vos yeux, alors. On ne ment pas dans ces moments-là. Vous m’avez demandé de vivre. J’ai essayé. J’ai essayé pendant dix-huit ans, mais je n’ai plus la volonté de continuer. Pourrez-vous me pardonner professeur ? Me pardonnerez-vous comme elle vous a sûrement pardonné ?»

Le froid refermait ses mâchoires sur elle, les mots avaient de plus en plus de mal à s’échapper des lèvres bleuies de la jeune femme, elle se blottit un peu plus contre la tombe, serrant plus fort la lourde cape de laine noire autour d’elle. Cette cape qu’elle conservait depuis dix-huit ans comme une relique et qui laissait des traces rouges dans l’humidité de la neige. Trois petites syllabes s’échappèrent encore de ses lèvres, presqu’inaudibles : « Se-ve-rus ». Ses paupières devenaient lourdes, et elle sombra dans une bienheureuse inconscience où le froid n’existait plus.

Ce n’était pas une petite tempête de neige qui allait empêcher Minerva McGonagall d’accomplir ce qui, depuis dix-neuf ans, était devenu une espèce de pèlerinage. Albus. Severus. Elle ne voulait pas commémorer leur mort, pour elle, ils étaient toujours là, quelque part, alors elle venait leur rendre une petite visite, le jour de leur anniversaire. Pas seulement ce jour-là, bien sûr, mais cette visite-là, elle ne l’aurait oubliée pour rien au monde. Leurs portraits se moquaient bien évidemment d’elle, surtout celui de Severus. Albus était né en été, mais le climat Ecossais était rarement clément en janvier, et la sorcière ne se faisait pas toute jeune. Elle avait une partie de son esprit à sa disposition, bien au chaud dans son bureau, alors pourquoi aller se geler pour se recueillir sur un morceau de marbre qui ne contenait plus que quelques ossements la raillait-il ?

Pourtant, aujourd’hui, il n’avait rien dit. Son visage habituellement froid et distant reflétait autre chose… de la tristesse, du désespoir…  Une immense douleur, et aucune réflexion sarcastique n’avait tenté de la retenir malgré le temps atroce. Cette expression, elle ne la lui avait vue qu’une autre fois, le matin du jour où il avait tué Albus Dumbledore. Sur le moment, elle n’avait rien dit, sachant qu’il l’enverrait sur les roses si elle semblait se soucier de lui, mais elle s’était inquiétée pour lui. Et puis les évènements de la journée avaient tout balayé, elle n’avait plus éprouvé que de la haine pour cet homme pour qui elle avait fini par éprouver une affection quasi maternelle. Une haine viscérale, brute, profonde, qui avait perduré toute une année et occulté le souvenir de son visage torturé… Jusqu’à la révélation finale, lorsqu’il avait été trop tard. Trop tard pour dire ses remords. Trop tard pour exprimer ses regrets. Trop tard pour implorer son pardon.

Tout ce qu’elle aurait aimé lui dire, et qu’il refusait d’entendre lorsqu’elle tentait de le faire à son portrait, elle le lui disait lorsqu’elle venait ici. Ici, il ne pouvait pas l’interrompre d’une remarque sarcastique, et elle pouvait enfin déverser tout ce qui pesait sur son cœur. Elle repartait soulagée, sachant que sans rien en laisser paraître lorsqu’elle revenait dans son bureau, il savait pertinemment ce qu’elle était allée faire, et qu’il avait tout pardonné. Seigneur, comment avait-elle pu… ?

Elle fronça les sourcils. Cette masse sombre… Etait-ce un animal qui se tenait près de la tombe de Severus ? Non, bien trop immobile ! Elle pressa le pas…

—Pourquoi ne m’avez-vous pas avertie ? Si j’étais arrivée plus tôt…

—Non, vous n’auriez rien pu faire. Lorsque vous êtes entrée dans ce bureau, il était déjà trop tard. Et avant, comment vouliez-vous que je sache ce qui allait se passer ? Je ne suis pas Trelawney ! Nous n’avons pas plus que les vivants la capacité de connaitre l’avenir, et je ne peux voir qu’au travers des portraits dans lesquels je suis autorisé à me rendre. J’ai été stupéfait lorsque j’ai senti l’Appel, lorsque je l’ai vue arriver, et je… Je n’ai pas pu la convaincre de… Hermio-Miss Granger a toujours su ce qu’elle voulait et tout fait pour l’obtenir, vous le savez aussi bien que moi !

Le portrait de Dumbledore qui avait jusque-là suivi l’échange silencieusement s’éclaircit la gorge pour signaler qu’il était réveillé.

—Et… L’a-t-elle obtenu au moins?

—Je… voulais qu’elle vive, je voulais qu’elle soit heureuse, je voulais qu’elle oublie, qu’elle… m’oublie. Je pensais que c’était une idiotie d’adolescente, je…

—Vous vous êtes tu, vous avez encore une fois essayé de vous sacrifier. Et Miss Granger étant intelligente, elle savait que votre honneur et votre morale vous empêcheraient de… succomber à une jeune fille de vingt ans plus jeune que vous. Même au-delà du tombeau !

—Dix-huit ans, Albus ! Elle avait dix fois le temps de passer à autre chose, je n’étais qu’un professeur revêche, désagréable, insensible, je ne cessais de la rabrouer alors qu’elle était la jeune fille la plus brillante que j’ai jamais connue.

—Vous êtes-vous parfois demandé pourquoi vous agissiez ainsi avec quelqu’un qui avait autant d’affinités avec vous ? Et vous êtes particulièrement bien placé pour savoir que le temps n’a aucune prise sur certaines choses. Vous ne m’avez pas répondu, l’a-t-elle obtenu ?

—Elle l’a obtenu, Albus. Evidemment qu’elle l’a obtenu… Il y avait longtemps qu’elle l’avait obtenu. Avoua-t-il  d’un ton étouffé. « Mais… vous avez raison, je ne pouvais pas… alors j’ai essayé de… d’étouffer cette… ‘chose’ dans l’œuf. »

—Et qu’en est-il de Lily ?

—Lily est et restera toujours mon premier amour, mais je n’ai jamais été plus qu’un ami pour elle. J’ai mis longtemps à le comprendre, c’était difficile, il y avait… les circonstances… Si elle n’était pas morte, j’aurais certainement fini par pouvoir tourner la page, passer à autre chose. Mais… je ne serais peut-être pas revenu vers la Lumière, et cela m’a torturé pendant toutes ces années.

—Vous auriez quand même fini par revenir vers nous, Severus, votre âme n’était pas faite pour l’Ombre. La mort de Lily vous a simplement aidé à le faire plus tôt. Mais son âme n’était pas faite pour la vôtre.

— Je le sais maintenant, j’ai accepté de la laisser partir. Je ne dis pas que ça a été rapide, ni facile, mais je suis en paix avec son souvenir. Hermione m’a rendu la paix… Hermione est mon âme sœur. A jamais…

Minerva avait suivi cet échange les larmes aux yeux, mais quelque chose descendait sur son cœur, l’entourait de chaleur. Le portrait du dernier directeur de Poudlard semblait différent, son visage paraissait rajeuni, il reflétait enfin ses trente-huit ans, une espèce de douceur s’était répandue sur ses traits ingrats, et le pli amer de ses lèvres avait disparu, le rendant moins dur, moins austère. Et il semblait émaner de lui comme une aura lumineuse. Elle pouvait ressentir l’amour qui émanait de lui, et sans la voir, elle pouvait aussi sentir une autre présence, invisible celle-là, mais indiscutable, à ses côtés. Severus avait enfin trouvé tout ce qui lui avait tellement manqué dans sa vie. Elle prit la résolution que ces deux êtres ne seraient jamais plus séparés, elle se battrait, mais Hermione Granger reposerait auprès de celui qu’elle avait enfin retrouvé.

FIN

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Première publication 09 janvier 2016

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