Le jeu du Prince – 17 – Le seigneur du château

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Le seigneur du château

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C’est un Severus Snape hagard, manifestement en état de choc, qui ressortit du bureau du directeur trois heures plus tard. Dumbledore lui avait promis des révélations, mais il était loin de s’attendre à ça ! Cela aurait peut-être eu moins de portée s’il n’avait pas, entre temps, découvert l’existence des Horcruxes. S’il n’avait pas visionné le souvenir de Slughorn.

Bien entendu, Albus n’avait pas été aussi précis, et à aucun moment il n’avait prononcé le mot ‘Horcruxe’, mais dès qu’avait commencé à parler, dès qu’il avait évoqué l’âme de Voldemort et ce qui s’était passé à Godric’s Hollow, Severus avait compris. Il avait réalisé avec horreur qu’Harry, à l’insu du Mage Noir, était devenu un Horcruxe vivant ! Et surtout, surtout…que Dumbledore le savait depuis le début. Qu’il avait toujours su que le garçon devrait mourir afin que puisse disparaître le Seigneur des Ténèbres ! Qu’il ne l’avait élevé, éduqué, que dans cet unique but, dans l’attente du jour où Voldemort retrouverait enfin une enveloppe charnelle pouvant être détruite.

Il avait aussi compris qu’il avait été floué par l’homme à qui il avait donné sa foi. Pour la première fois, il avait regardé le vieux mage avec quelque chose qui ressemblait à du dégoût. Qu’il le sacrifie lui, cela il l’avait accepté depuis longtemps, c’était naturel, c’était juste, et c’était une punition encore trop douce au regard de l’ampleur de ses fautes. Mais qu’il accepte aussi aisément de sacrifier un enfant innocent, cela, il ne pouvait se résoudre à l’admettre. Il n’avait pas réussi à cacher son mépris et son ressentiment.

—Vous vous êtes servi de moi !

—Que voulez-vous dire ?

—Que j’ai espionné pour vous, menti pour vous, que j’ai couru des dangers mortels pour vous. Tout cela devait assurer la sécurité du fils de Lily Potter. Et maintenant, vous m’annoncez que vous l’avez élevé comme un porc destiné à l’abattoir…

Devant le ton employé, Dumbledore s’était durci.

—Voilà qui est très émouvant, Severus. En êtes-vous venu à éprouver de l’affection pour ce garçon ?

De l’affection ? De l’aff… !!! Et soudain, il avait réalisé avec stupeur que c’était précisément ça, qui avait provoqué sa colère, une chose dont il n’avait jamais vraiment pris conscience avant, une chose qui le choquait et le déstabilisait. A cet instant, il avait brusquement découvert que l’adolescent lui était devenu précieux, non plus uniquement parce qu’il était tout ce qui lui restait de Lily, mais pour lui-même. Malgré la haine qu’il lui témoignait, malgré son insolence et son insupportable arrogance. Il aurait été bien incapable de dire à partir de quel moment, mais il s’était bel et bien, en quelque sorte, attaché au garçon.

Ce n’était peut-être pas de l’amour, pas vraiment de la pitié non plus, mais plutôt une espèce d’empathie, qui, oui, il devait bien le reconnaitre, s’était peu à peu et bien malgré lui, muée en une sorte d’affection. Il avait entrevu, au-delà de la façade rebelle du garçon, le vide laissé par le manque d’une structure solide, à laquelle l’enfant, puis l’adolescent, aurait dû pouvoir se raccrocher. Il avait grandi seul, dans l’indifférence des adultes qui l’entouraient. Pour les Dursley, il n’était qu’un poids dont ils se seraient bien passés, pour Dumbledore, il n’était rien d’autre qu’un pion, qu’il fallait juste avancer au bon moment et positionner au mieux, sur l’échiquier grandeur nature où se jouait la partie qui déciderait de l’avenir du monde sorcier. Il doutait maintenant que ‘Survivant’ ou pas, le vieux mage se serait jamais intéressé à lui, s’il n’avait pas été l’Horcruxe vivant que Voldemort avait fait de lui sans le savoir. Pour Black, il n’avait été qu’un pâle reflet de James. Seul Lupin aurait peut-être pu prendre la place vacante, mais il était encore trop dépendant de sa non-acceptation de sa propre condition pour cela.

Au moment où il réalisa tout cela, il comprit aussi instinctivement que s’il voulait avoir une chance de réussir à sauver Harry, personne ne devait soupçonner cette nouvelle donne, et Albus peut-être encore moins qu’un autre. Alors il décida de mettre en place un écran de fumée assez opaque pour dissimuler ses projets, et suffisamment proche de la vérité pour être crédible, afin de dissimuler ses véritables sentiments et surtout, le plan qui commençait à prendre forme dans son esprit.

—Pour lui ? S’était-il écrié en tirant sa baguette de sa manche, et en dessinant un large cercle dans l’espace. « Expecto Patronum ! »

La biche argentée avait jailli de l’extrémité de la baguette. Après avoir atterri gracieusement sur le sol, elle s’était envolée par la fenêtre.

Dumbledore s’était retourné vers lui, fixant d’un air stupéfait le regard sombre et beaucoup trop brillant de son espion.

—Lily ! Après tout ce temps ?

—A jamais.

Et c’était la pure vérité. Son amour pour Lily était toujours là, intact malgré le temps passé, mais ce qu’Albus ignorait, ce qu’il ne devrait jamais savoir, c’était que ses œillères étaient tombées, que cet amour ne l’aveuglait plus. Il l’avait depuis longtemps rangé dans un compartiment secret de son cœur, bien à l’abri dans sa bulle de regrets. L’obsession maladive qu’il avait développée autrefois pour la jeune femme s’était désormais muée en un souvenir doux-amer, remisé au plus profond de lui et qu’il s’interdisait désormais d’évoquer. La douleur avait mis des années avant de s’estomper, et c’était au moment où elle commençait à devenir enfin supportable, Ne laissant derrière elle que la culpabilité toujours à vif, qu’Harry avait fait sa première rentrée à Poudlard. Harry qu’il avait fait le serment de protéger à n’importe quel prix contre son ancien Maître.

 Il s’était préparé à cette rentrée. Il avait décidé de veiller de loin sur l’enfant, sans lui accorder plus d’importance qu’à ses autres élèves, mais rien ne l’avait préparé au choc qu’il avait reçu ce soir-là. Il ne voulait pas le haïr, il aurait tout donné pour ne pas haïr le fils de son amie, mais il ne pouvait pas supporter de voir, jour après jour, les yeux de Lily dans le visage de James.

Une nouvelle lutte avait alors commencé, qui avait amené son lot de brimades et d’injustices vis-à-vis du garçon. Il le savait, il s’en voulait pout ça, mais il ne pouvait s’en empêcher. Et il fallait bien dire qu’Harry n’y mettait pas du sien, accumulant les insolences et les infractions à tous les règlements, multipliant les imprudences sans tenir compte d’aucun avertissement ou interdiction, sautant allègrement de problèmes en catastrophes, en entraînant ses amis avec lui. On aurait dit que le pire de James et le meilleur de Lily étaient en perpétuel conflit dans ce gamin qui pouvait passer de la plus insupportable arrogance envers sa bête noire, lui en l’occurrence, à la compassion la plus complète envers les plus faibles.

Cela lui avait également pris des années, mais ce combat-là aussi, il l’avait gagné, il ne savait pas à quel moment les choses avaient changé, mais la révélation que venait de lui faire Dumbledore lui avait brutalement ouvert les yeux. Mais Albus ne devait pas savoir. Jamais. Des années auparavant, Severus avait juré au vieux mage de protéger l’enfant contre Voldemort, mais à Lily, il avait fait le serment de le protéger de toute menace, et à partir de ce soir, cela incluait aussi, et peut-être surtout, Albus Dumbledore.

Il se rendit soudain compte qu’il était devant la porte de ses appartements. Pourtant, il n’avait pas eu conscience de s’être déplacé.

Il se laissa tomber dans son fauteuil, près de la cheminée crépitante. Les coudes posés sur ses genoux, la tête dans les mains, il ferma les yeux.

Un Horcruxe ! Harry était un Horcruxe ! Et qu’avait laissé entendre Dumbledore un peu avant ? Nagini en deviendrait probablement bientôt un autre, si ce n’était déjà fait. Il se demandait comment le vieux mage pouvait savoir cela, mais tout compte fait, c’était assez logique. Le serpent ne quittait jamais le mage noir, parfois, Severus avait même eu l’impression qu’ils communiquaient par télépathie, c’était positivement terrifiant. Il n’aurait pas été autrement étonné d’apprendre que Voldemort avait partagé son corps aux époques les plus sombres de son existence, où lui-même avait été privé du sien…

Severus avait assez étudié la question pour savoir qu’un Horcruxe ne peut pas être détruit sans détruire aussi son contenant, mais il était bien décidé à tout faire pour sauver Harry.

De Voldemort.

De Dumbledore.

De lui-même enfin, parce qu’il ne doutait pas que s’il venait à savoir la vérité, le garçon n’hésiterait pas à se sacrifier. Albus avait eu amplement le temps, tout au long de ses cinq dernières années, pour manipuler son esprit et le conditionner à accepter le sacrifice suprême au nom de son maudit ‘Plus Grand Bien’!

Mais il ne permettrait pas qu’une chose pareille puisse arriver. Dût-il lui-même y laisser la vie. Dût-il jouer un  jeu encore plus dangereux que celui  auquel il se livrait déjà, et duper non pas un, mais les deux plus grands mages de leur temps pour finalement livrer sa propre partie. Il avait juré à la mémoire de Lily de protéger son fils, et pour lui, c’était le seul serment qui avait vraiment de l’importance. Harry ne devait pas mourir. Harry ne pouvait pas mourir.

Mais Albus ne s’était pas arrêté là, loin s’en fallait.

Nous devons parler de l’avenir, Severus. Le temps approche. Bientôt, je ne serai plus là… Non ! Ne m’interrompez pas !  Vous devrez me tuer, c’est un fait acquis, je ne reviendrai pas là-dessus ! C’est le seul moyen, pour que Voldemort vous accorde sa confiance totale, mais aussi pour qu’il vous octroie le poste de directeur. Vous m’avez promis de protéger les élèves, lorsque Poudlard sera tombé entre ses mains, et cela ne pourra se faire qu’à cette condition. Seulement, il y a un petit problème, auquel nous allons devoir remédier dès ce soir. En effet, à partir de maintenant, l’échéance peut arriver à son terme à tout moment, et nous devons être prêts.

—Quel problème ?

—Comme vous le savez, Poudlard n’est pas constitué que de pierres, Severus, les fondateurs y ont étroitement mêlé une magie ancienne, extrêmement puissante, et chaque directeur, au fil des siècles, y a depuis encore apporté sa contribution. Le château possède une certaine forme de conscience, et une magie qui lui sont propres .Qui, ainsi que les créatures magiques qui y sont liées, n’obéit qu’au directeur qu’il a lui-même accepté. Cela afin qu’aucun usurpateur ne puisse…

—Mais si…

—Je vois que vous commencez à comprendre mon garçon. Le château refuserait effectivement d’accorder son allégeance à un homme qui aurait tué son directeur en exercice, même sur son ordre. Fût-il nommé par le Ministère et à l’unanimité du Conseil, il serait considéré comme un usurpateur, et non seulement il n’aurait strictement aucun pouvoir, mais il serait exposé à un terrible danger. A contrario, il protégera, par tous les moyens en sa possession le directeur légitime. Et cela, nul ne le sait, pas même Tom. C’est pourquoi dès ce soir, je vais démissionner de  mon poste et vous en transmettre tous les pouvoirs, ainsi que j’en ai le privilège. Bien entendu, tout cela devra rester un secret absolu jusqu’à votre nomination officielle. Fort heureusement, le rituel de passation des pouvoirs n’exige pas la présence d’un témoin, à partir du moment où il a lieu dans ce bureau. Les portraits des anciens directeurs en sont alors les garants. Seule la présence effective de l’ancien et du nouveau directeur est requise, afin que ce dernier soit reconnu et accepté par le château. En cas de décès, le candidat désigné par le ministère et le comité des bienfaiteurs est généralement, sans surprise, le sous-directeur, il est présenté dans ce bureau, et ce sont les portraits de ses prédécesseurs qui transmettent aux autorités son acceptation ou son rejet par l’école.

—Qu’en est-il des portraits, en cas de démission ?

—Tous les directeurs conservent le privilège du portrait, même en cas de démission, mais il n’apparaît qu’à leur mort. Rassurez-vous, je n’ai pas fini de vous importuner. Il y a des choses que je ne pourrai vous révéler qu’au moment où elles devront avoir lieu, et je n’ai pas le don de double vue, à supposer qu’il existe vraiment.

L’allégeance mutuelle de Poudlard et de Severus Snape avait été scellée magiquement sur parchemin dûment paraphé par Dumbledore et lui-même, au terme d’un rituel antique et de quelques gouttes de sang, versées sur une pierre millénaire, encore rougie de celui de tous ses prédécesseurs, et imprégnée d’une magie ancestrale. La magie du Maître des Potions s’était ajoutée à celle du château, et une partie de celle des anciens s’était alors mêlée à la sienne. Au-delà de cette nouvelle puissance qui lui était offerte, il avait désormais accès à tous les secrets, et le pouvoir absolu sur les défenses de l’école. S’il l’avait voulu, il aurait pu la livrer à Voldemort dans l’instant. Ainsi qu’il le lui avait promis, Albus venait, par cet acte, de lui donner la plus grande des preuves de la confiance qu’il avait placée en lui.

Il ne s’agissait plus simplement de paroles destinées à le faire accepter des autres membres de l’Ordre. Malgré lui, et sa nouvelle prévenance contre le vieil homme, la confiance absolue que lui accordait Dumbledore, le touchait au plus profond, et le remplissait de fierté. Mais cela voulait aussi dire que le compte à rebours venait de s’enclencher, et il savait que désormais, l’angoisse qui vrillait ses boyaux ne le quitterait plus.

TBC

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