Le jeu du Prince – 19 – La Maison de Salazar

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

La Maison de Salazar

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—Il a agi impulsivement, je suis persuadé qu’il n’aurait jamais fait volontairement une chose pareille.

Snape leva les yeux au ciel avec un soupir excédé. Sans grande surprise, Dumbledore prenait la défense de son Gryffondor préféré, tentant autant que possible de minimiser la portée de ses actes. C’était à la fois navrant et presque amusant de voir que rien n’avait changé. Un Serpentard avait failli mourir, deux s’il se comptait, mais Potter, comme son parrain et ses complices quelque vingt-deux ans plus tôt, une certaine nuit de pleine lune, s’en sortirait sans une ‘égratignure’.

—Et c’est bien ce que je lui reproche ! Il est dangereux ! Il a agi avec une inconscience criminelle. Ça me fait mal de le reconnaître, mais même son père n’aurait pas été assez stupide pour utiliser un sort qu’il ne connaissait pas sur quelqu’un, sans l’avoir testé auparavant ! Il a failli tuer Draco… et moi par la même occasion. Même si je suis certain que ce dernier point ne l’aurait pas traumatisé outre-mesure. Je m’étais arrangé pour lui transmettre le livre afin de lui donner des armes pour se défendre efficacement contre les Mangemorts, par pour assassiner les autres élèves !

—Je comprends tout à fait que vous soyez en colère, mon garçon, mais ce qui est fait est fait et le jeune Malfoy s’en est bien sorti. Quant à Harry, je suis certain que la peur qu’il a éprouvée et la punition que vous lui avez donnée lui auront servi de leçon.

—Pas au point de lui faire perdre le sens pratique en tout cas ! Moins d’une demi-heure après avoir failli tuer un de ses condisciples, et malgré son soi-disant traumatisme, il a essayé de me flouer en cachant le livre afin de pouvoir le garder, et en me donnant à la place celui de Weasley. Ah ils sont reluisants, vos Gryffondors ! Dites-moi, par simple curiosité… auriez-vous été aussi indulgent avec Malfoy si les rôles avaient été inversés ?

—M’accuseriez-vous de partialité, Severus ?

—Oh s’il vous plait, Albus, nous savons fort bien tous les deux à quoi nous en tenir sur ce point-là. N’essayez pas de jouer à ce jeu avec moi !

—Vous m’en voulez encore pour cette malheureuse histoire, plus de vingt ans après ?

—Il ne s’agit pas de moi, pas seulement, et vous le savez très bien. Les Serpentards sont ostracisés dans cette école. Dès le départ. Qui a jamais applaudi un Serpentard, lors de sa répartition, mis à part ceux de sa maison ? Tout juste s'ils ne sont pas hués ! Pourquoi sont-ils toujours présumés coupables et les autres innocents en cas de problèmes ? Pour tous, ici, ils sont la Maison des traitres, des lâches, des Mangemorts en devenir. Les personnes à ne surtout pas fréquenter sous peine d’être soi-même mis à l’écart. Les parias, relégués dans les cachots… Qui a jamais tenté de remédier à cet état de fait parmi les professeurs et les directeurs de Maisons ? Combien de fois a-t-on opposé la sacro-sainte tradition à mes demandes pour des locaux plus sains et accueillants pour des enfants, que ces souterrains sombres et glacés qui transpirent l’humidité, et où l’on ne distingue pas le jour de la nuit ? Ce n'est pourtant pas ce qui manque dans ce château où des ailes entières sont inoccupées. Qui à par moi, s’est élevé contre l’injustice qui leur a été faite à la fin de la première année de Potter, lorsque vous leur avez volé la coupe qu’ils avaient gagnée, et alors que la Grande Salle était déjà décorée à leurs couleurs ? Pouvez-vous seulement imaginer leur humiliation, alors que tous, élèves comme professeurs, applaudissaient à leur déconfiture ? Si au moins vous aviez eu la décence, quitte à favoriser Gryffondor, au moins de les mettre à égalité, afin de préserver leur honneur… Mais les Serpentards n’ont aucun honneur, c’est bien connu, n’est-ce pas Albus ?

Devant l’indulgence dont faisait preuve, une fois de plus, le vieux mage envers Potter, et à travers lui les Gryffondors, il n’avait pas pu s’empêcher de lui asséner, en vrac, tout ce qu’il gardait sur le cœur depuis des années. Certains des portraits des anciens directeurs avaient renoncé à faire semblant de dormir, et écoutaient maintenant avec intérêt, sans chercher à s'en cacher. Dumbledore eut la décence de paraître embarrassé.

—Vous savez bien que je n’ai jamais pensé une chose pareille, Severus. Et d’ailleurs, vous-même ne faites pas grand-chose pour apaiser les tensions… Tenta-t-il d’argumenter avec une mauvaise foi évidente.

—Parce que je devrais leur conseiller de faire profil bas, peut-être, comme s’ils étaient coupables ? Et de quoi au juste ? D’être ce qu’ils sont… simplement d’exister peut-être ? Parce que je devrais ne pas les défendre lorsqu’ils sont accusés à tort ou lorsqu’une injustice leur est faite ? Je sais qu'il y a des brebis galeuses dans mon troupeau, mais pas plus que dans ceux des autres, je peux vous l'assurer. Regardez-moi, Albus : je ne m’appelle pas Horace Slughorn ! Je suis leur directeur de Maison, et je suis leur seul soutien ici ! Qu’adviendra-t-il d’eux lorsque je ne serai plus là ?

—Que voulez-vous dire ?

—Pour l’amour de Dieu, de Merlin ou de qui vous voudrez, Albus, ne faites pas semblant de ne pas savoir comment tout cela va se terminer ! Même si nous gagnons cette guerre, combien croyez-vous que j’ai de chances d’en sortir vivant ? Et même alors, je serai considéré comme un traître et un assassin et selon toute probabilité condamné au Baiser des Détraqueurs.

Il se retourna brusquement face à une fenêtre.

« Vous savez quels étaient mes rêves, mes ambitions. En devenant Mangemort, je les ai condamnés moi-même, j'en suis conscient et je n'ai jamais eu l'outrecuidance de m'en plaindre, et lorsque je suis devenu professeur, c’est mon pire cauchemar qui m’a rattrapé. Mais vous m'avez aussi donné la responsabilité de la Maison de Serpentard. Je suis peut-être la chauve-souris ou la terreur des cachots, le bâtard ou le salaud graisseux, choisissez votre qualificatif préféré, mais je n’ai jamais, jamais, négligé les devoirs que j’avais envers les enfants qui m’étaient confiés. Minerva deviendra vraisemblablement  directrice après la guerre. Elle hait les Serpentards autant qu’elle les méprise et ce n’est pas ce que vous m’aurez obligé à faire qui aidera à redorer le blason de ma Maison…

Savoir que le Maître des Potions avait raison était une chose, mais l’entendre l’énoncer ainsi, d’une voix presqu’éteinte, presque désespérée, en était une autre. Il ne chercha pas à nier le sort qui serait plus que sûrement le sien.

—Je vous ai promis que je laisserai assez de documents irréfutables, sans compter mes souvenirs, pour prouver à tous votre loyauté et réhabiliter votre nom Severus, et je m’engage à ce que cela englobe aussi votre Maison. En outre, je laisserai des instructions précises pour le futur directeur… ou la future directrice. Je vous en fais la promesse. Le monde sorcier saura ce qu’il doit à la Maison de Salazar Serpentard au travers de votre personne.

Des regards bienveillants se posèrent sur l’homme en noir, et des sourires approbateurs étirèrent les lèvres peintes des quelques rares anciens directeurs issus de Serpentard.

—Laissez vos louanges et vos lauriers là où ils sont, je ne les mérite pas, essayez  juste de faire en sorte que cessent les injustices envers les Serpentards. Par des actes cette fois, et pas uniquement par de belles paroles que personne n’écoute. En ce qui me concerne, je me fiche que mon nom soit lavé ou pas, autant que je ne me fais aucune illusion sur le sort de mon âme.

Dumbledore s’approcha de lui et posa une main sur son bras, l’obligeant à le regarder.

—Ne dites pas cela, mon garçon, plus jamais, vous m’entendez. Vous avez fait une erreur, nous en faisons tous. Mais depuis que vous nous êtes revenu vers la lumière, je n’ai jamais rencontré personne qui donne autant aux autres, sans jamais rien demander pour lui-même. Même pas la reconnaissance, tant vous mettez de hargne à cacher votre vraie nature, quitte à vous faire détester de tous. Mais moi, je sais ce que vous cachez sous votre masque. Le Mal ne peut plus vous atteindre, mon enfant. Vous êtes protégé par votre capacité à aimer !

affirma le vieux mage avec force.

« La seule protection qui soit efficace contre la séduction d’un pouvoir tel que celui de Voldemort ! Malgré toutes les tentations auxquelles vous êtes confronté, malgré toutes vos souffrances, malgré même vos ressentiments, tout au fond de vous, vous avez conservé cette capacité, et votre cœur est aussi pur qu’avant de prendre la Marque… Savez-vous combien sont rares les sorciers capables de faire ce que vous avez fait malgré ce tatouage, ce bout de magie noire incrusté dans votre chair ? Vous le savez, n’est-ce pas Severus, vous savez que ce n’est pas seulement une marque d’appartenance. Vous savez qu’Il a le pouvoir de contrôler les esprits à travers elle. Combien, même repentants, ont réussi, non seulement à la combattre, mais à lui résister… et à rester en vie ?

Severus se raidit, et ferma les yeux un instant. L'ombre de Regulus Black sembla traverser l'espace. Il tenta de se dégager, mais Dumbledore raffermit sa prise sur la manche de la redingote, l’empêchant de se détourner de nouveau.             

« Votre âme est restée intacte, Severus, vous n’avez jamais tué par plaisir, ni même par haine sinon votre père aurait été votre première victime, juste avant Sirius et James. Même Pettigrew, dont la trahison a été la cause directe de la mort de Lily, vous l’avez épargné. Ne me dites pas qu’il n’aurait pas été facile pour un Maître des potions tel que vous, de se débarrasser de lui sans que même Tom n’y voie que du feu… Vous n’avez jamais volontairement pris une vie sans autre motif que la miséricorde, lorsqu’il n’y avait plus rien à faire pour la sauver.

Le discret sursaut de surprise de son protégé ne lui échappa pas.

« Oui, Severus, je sais à quelle condition vous avez accepté de vous lier à Lord Voldemort et je sais aussi que vous préfèreriez mourir dans la plus abominable souffrance plutôt que de renoncer à cette parcelle de liberté que vous avez réussi à garder. »

—Et que faites-vous de toutes les vies fauchées par les renseignements, ou les poisons, que je fournis au Seigneur des Ténèbres ? Rétorqua le jeune sorcier d’une voix rauque, chargée d’amertume. « Non Albus, mon âme est maudite à tout jamais, et que je ne les ai pas tués en personne n’y change absolument rien. 

—Ce que vous faites, vous le faites pour épargner le plus grand nombre. En acceptant d’en sacrifier quelques-unes, vous avez sauvé un nombre incalculables de vies, c’est cela qu’il vous faut regarder, mon garçon. Nous sommes en guerre, et même les meilleurs d’entre nous auront du sang sur les mains avant la fin de cette année. Croyez-vous que leur âme sera maudite pour autant ? Ce que vous avez fourni à Tom, l’avez-vous fait en vous réjouissant de ce qui allait en découler ? Pensez-vous que votre âme serait moins maudite si vous laissiez les Ténèbres l’emporter alors que vous êtes particulièrement bien placé pour savoir ce qui arriverait alors ?

En sortant du bureau de Dumbledore, ce soir-là, Severus se sentait oppressé, une anxiété sourde lui vrillait l’estomac. Il avait besoin d’air, besoin d’espace, il avait besoin de voir les étoiles, de sentir le vent, et la morsure du froid. Il avait l’impression de s’enfoncer irrémédiablement dans un cauchemar dont la seule issue serait la mort, mais pas une mort propre et rapide, non, cela, Albus se l’était réservé. La sienne serait une mort dans la souffrance, l’opprobre et le déshonneur, considéré par tous comme un traître, un lâche et le pire des salauds.

Il avait besoin de sentir qu’il était encore vivant.

L’état du vieil homme empirait de jour en jour, il avait maintenant du mal à tenir debout, et il ne devait qu’aux potions de force qu’il lui fournissait de pouvoir faire relativement bonne figure lors de ses de plus en plus rares apparitions publiques. La fin approchait à grands pas, et si personne ne se doutait de la gravité réelle de son état, tout le monde avait bien remarqué son affaiblissement progressif. Il avait même parfois été tenté d’abréger son agonie en remplaçant son remède par la potion létale qu’il avait prévu d’utiliser lorsque le moment serait venu. Il espérait toujours, en effet, que Draco allait échouer à réparer son armoire et qu’il n’aurait pas à accomplir sa promesse.

Une mort naturelle, due à la vieillesse couplée à une malédiction dont personne n’avait pu ignorer les effets sur sa main, puis son bras, sauverait Draco, qui serait de facto délivré de sa mission. Sans faire de lui le bras droit de Voldemort, peut-être, mais sans non plus porter atteinte à sa position actuelle, qui était loin d’être négligeable. Et cependant, il ne pouvait se résoudre à se soustraire à sa parole. Severus Snape était peut-être un Mangemort, un espion, un traître, Severus Snape était beaucoup de choses, mais il n’était pas un lâche ! Et même si personne ne devait jamais rien en savoir, jusqu’au bout, il ferait honneur à la Maison de Salazar.

TBC

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