Le jeu du Prince – 20 – Raison et sentiments

Harry Potter Add comments

Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Raison et sentiments

1 Heart2 Hearts3 Hearts4 Hearts5 Hearts (1 votes, average: 5, 00 out of 5)
Loading ... Loading ...

La salle commune des Gryffondors était anormalement calme. Les conversations, dépourvues des habituels éclats de rire et autres disputes de toute réunion d'adolescents qui se respecte, avaient lieu à mi-voix, et de fréquents regards se portaient sur le petit groupe réuni autour de la cheminée. Surtout ceux des membres de l'équipe de Quidditch, rassemblés dans un angle de la pièce.

—Dix heures ? Ce salaud t'a donné dix heures de retenues ?

- Pas si fort, Ron, ce n’est pas la peine d'ameuter tout le monde. L'équipe m'en veut assez pour ne pas en rajouter une couche ! Et puis, je ne suis pas particulièrement fier de ce que j'ai fait pour les mériter !

—Encore heureux !

Rétorqua la jeune fille assise près de lui d'un ton dédaigneux, sans même lever le nez de son manuel d'Arithmancie.

Installés près de la cheminée de la salle commune, Harry, Ron et Ginny discutaient à mi-voix des évènements de la soirée. Après avoir passé un copieux savon, ponctué de « je te l'avais bien dit », à son meilleur ami, Hermione quant à elle, s'était furieusement plongée dans ses devoirs. Ce qui ne l'empêchait pas de laisser traîner une oreille et d'ajouter, à intervalles réguliers, son grain de sel à la conversation.

—Mais quand-même… dix heures ! C'est beaucoup ! Et… Et le match contre Serdaigle ! Comment on va… Et tu oses encore prétendre que ce n'est pas le pire des salopards ? Fit Ron en se tournant brusquement vers Hermione.

Refermant son livre d'un coup sec avec un soupir exaspéré, la Lionne leva les yeux vers lui, une expression excédée sur le visage.

—Honnêtement ? Je trouve même que ce n'est pas bien cher payé en regard de ce qui a failli arriver. Et si tu veux vraiment mon avis, Harry peut s'estimer heureux de n'avoir pas été renvoyé !  Snape devait être dans un de ses bons jours… Grandis un peu Ron ! Tu imagines, s'il n'avait pas été là, ce qui aurait pu se passer ? Si Malfoy était mort, ce ne sont pas dix heures de retenues qui auraient attendu Harry, mais des années à Azkaban ! Alors excuse-moi si je trouve puéril de se lamenter pour un match de Quidditch, à côté de ça !

—Et qui te dis que la fouine serait mort ? Et puis…

—Il serait mort ! Intervint Harry, l'air abattu. « C'était… il frissonna, croisant ses bras sur sa poitrine, « si Snape n'avait pas appliqué le contre sort immédiatement, il serait mort. Il était en train de se vider de son sang. C'était affreux. Ce sort, c'est… Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'aurais dû me douter… savoir qu'il était dangereux, rien que la mention 'pour les ennemis' aurait dû me mettre la puce à l'oreille. »

—Enfin une parole sensée ! Tu n'aurais surtout pas dû l'employer sans le tester… Et puis d'ailleurs, tu n'aurais pas dû l'employer du tout, il sent la Magie noire à plein nez. J'ai toujours dit que ce livre serait une source d'ennuis…

—Tu vas me lâcher, un peu, avec ce bouquin ? L'interrompit Sèchement Harry que ces sermons commençaient à énerver. Le 'Prince' n'a jamais écrit 'essayez donc ça, c'est très efficace !' Il prenait des notes personnelles, je ne sais pas comment ce livre s'est retrouvé dans l'armoire de la salle de potions, mais je ne crois pas qu'il pensait que quelqu'un d'autre le lirait un jour. Grâce à lui j'ai pu gagner le Felix Felicis, il m'a permis…

—…D'acquérir une réputation imméritée d'élève brillant en potions, acheva Hermione, féroce. « Réveille-toi, Harry ! Grâce à lui tu as aussi failli tuer quelqu'un ! Zut ! Est-ce que tu te rends bien compte de l'énormité de la chose ? Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans ‘tuer quelqu'un’ ? Et regardant Harry et Ron tour à tour : « Et ne venez pas me servir des arguments comme  votre fumeux ‘c'est Malfoy’, parce que Malfoy ou Tartempion, c'est un être humain, point ! »

—Je n'ai jamais voulu ça, Hermione, je te le jure. Je n'ai jamais voulu tuer personne, même pas Voldemort, je…

—Je sais Harry. N'empêche que même sans le vouloir, tu as failli le faire, et que tu le veuilles ou non, c'est encore une fois Snape qui t'a sauvé la mise… Je me demande… Elle s'interrompit un instant, l'air songeur, avant de se reprendre. « Et ou est-ce que tu l'as mis ce livre, d'ailleurs ? »

—Je l'ai caché dans la Salle sur demande, en attendant que ça se tasse.

—Attends… ne me dis pas que tu comptes revenir le chercher ? Parce non content d'avoir agi comme un idiot, ça pour le coup, ce serait la pire des stupidités à faire.

Harry lui jeta un regard noir.

—Si, exactement ! Je ne peux pas faire autrement. Sans lui, je vais plomber mes résultats en potions.

—Eh bien tant pis pour les potions… et tant pis pour toi. Ça t'apprendra à tricher, mais il est absolument exclu que tu retournes chercher ce manuel ! Tu es complètement inconscient, ce n'est pas possible !

Il ouvrait la bouche pour répondre lorsque Ginny intervint, prenant tout le monde par surprise.

—Fiche-lui un peu la paix, Hermione ! Apparemment Malfoy a essayé de lui lancer un impardonnable, alors c'est heureux qu'Harry ait eu quelque chose pour se défendre ! Et puis tu commences à sérieusement nous pomper l'air avec tes sermons de miss-je-sais-tout… sur ce point, Snape n'a pas vraiment tort !

La voix de Ginny était acide et ses yeux lançaient des éclairs. Elle et Hermione s'étaient toujours très bien entendues, et maintenant elles se foudroyaient du regard. Les garçons en restaient bouche-bée et Harry sentit bizarrement son cœur s'alléger.

—Évidemment que je suis contente qu'il ait échappé au maléfice, n'empêche que ce Sectumsempra n'est pas acceptable. On est presque à la sortie et on n'a pas d'examens cette année. Tant pis si tes résultats du dernier mois ne sont pas à la hauteur, mais à mon avis, ce ne serait pas prudent de continuer à te servir de ce livre. Imagine que Snape s'en aperçoive… je ne suis pas certaine que cette fois ci, même en étant le protégé de Dumbledore, son appui suffirait à t'éviter une sanction beaucoup plus grave. Je pense que tu t'en sors bien et que tu ne devrais pas provoquer le sort ! Après, je vois que personne ici n'a l'intention d'écouter la voix de la raison, alors faites ce que vous voulez, mais ne venez pas vous plaindre si ça tourne mal.

Lança Hermione en s'adressant tantôt aux uns tantôt aux autres. Puis avec un dernier regard venimeux à Ginny, elle fourra ses affaires en vrac dans son sac et se dirigea vers les dortoirs d'un pas furieux.

Ron qui s'était retranché derrière un livre qu'il faisait semblant de lire sans s'apercevoir qu'il le tenait à l'envers leva les yeux au plafond d'un air de martyr « les filles ! ». Ce qui l'empêcha de remarquer le sourire extatique avec lequel Harry considérait sa sœur.

La nuit était complètement tombée, maintenant, mais ni l’obscurité, ni le froid mordant, ne semblaient gêner l’homme dont la silhouette se distinguait à peine sous la pâle lueur d’un mince croissant de lune, qui semblait jouer à cache-cache avec les nuages. Un raclement de sabots interrompit ses réflexions moroses. Ses pas l’avaient machinalement conduit vers la forêt interdite, près de l’enclos des Sombrals, dont il pouvait deviner, au loin, les sombres silhouettes à la vague clarté des étoiles. Il franchit la barrière sans l’ombre d’une hésitation. A la lisière de la forêt, une créature s’ébroua, étira ses ailes, puis se mit lentement en mouvement, bientôt suivie par une, puis plusieurs autres.

Appuyé contre le tronc d’un arbre séculaire, qui se dressait, solitaire, au milieu de la prairie, les yeux fermés, tous ses boucliers mentaux abaissés, Severus se laissait envahir par ses sensations. Les aspérités de l’écorce rugueuse contre son dos, le bruit du vent dans les branches, le clapotis qui montait du lac tout proche, le froid mordant de la nuit… La force qui pulsait de la terre imprégnée de magie ancienne sur laquelle Poudlard avait été érigé, et qui, depuis que le château l'avait reconnu et accepté comme son seul directeur, se répandait maintenant dans son corps, renforçant désormais sa propre magie… La vie. Au bout d'un moment, d’autres émotions apparurent, d’abord diffuses, aux frontières de sa conscience, puis de plus en plus présentes, comme un baume apaisant se déversant sur son âme, l’empathie des Sombrals et le réconfort muet qu’ils avaient toujours été les seuls à lui apporter.

Les créatures s’étaient rapprochées, jusqu'à dessiner un cercle parfait autour de l’arbre, serrées épaule contre épaule, comme si elles avaient senti que ce soir, l’homme en noir avait particulièrement besoin d'elles. L'une d'elles, celle qui lui faisait face, se détacha du groupe et s'avança vers lui, porteuse de l'énergie collective générée par le contact étroit des membres du troupeau. Il passa ses bras autour de son cou, et posa son front contre le sien, laissant la vague de réconfort émanant de l’animal l’envahir peu à peu, réchauffer son cœur et apaiser son esprit. Ils restèrent longtemps dans cette position, sans se douter que dissimulé dans l’ombre, quelqu’un les observait.

Hagrid avait été alerté par le bruit d’une agitation inhabituelle en provenance de l’enclos des Sombrals. Sur le moment, il n’avait pas compris ce qui se passait, ni pourquoi les animaux avaient soudain décidé de se regrouper autour du grand chêne solitaire qui se dressait au centre de la vaste prairie qui s’étendait jusqu’à la lisière de la forêt interdite. Puis en regardant mieux, il avait remarqué que le tronc en était comme déformé, et il avait soudain compris que quelqu’un y était adossé. Il s’apprêtait à intervenir : l’inconscient qui s’amusait à pénétrer de nuit dans le domaine des Sombrals ne savait pas à quoi il s’exposait ! Si des étudiants avaient fait quelque stupide pari, ils allaient le payer d’un bon sermon et peut-être même d'une retenue, Hagrid n’était pas homme à donner facilement des punitions, mais en l’occurrence, celui ou ceux qui étaient là ne risquaient pas moins que leur vie ! S'aventurer au milieu des Sombrals en pleine journée était déjà dangereux, de nuit, c'était carrément suicidaire !

Il avait été brusquement stoppé dans son élan lorsque l’homme avait passé ses bras autour de l’encolure de la créature, apparemment sans aucune crainte, et posé son front contre le sien, dans un mouvement d'un naturel qui dénotait une habitude certaine. Il en avait été sidéré. Même lui, qui les connaissait bien et prenait soin d'eux au quotidien, n’aurait peut-être pas osé faire ça ! Il était resté là, fasciné, à contempler la scène pendant de longues minutes, jusqu’à ce que l’homme ne se détache de l’animal, laissant un instant sa main s’attarder sur son front puis glisser jusqu'à ses naseaux, avant d’incliner la tête avec une sorte de respect, comme pour le saluer… ou le remercier. Sa stupéfaction était montée d’un cran lorsque la créature s’était inclinée à son tour en soufflant doucement. Il aurait pu jurer assister à un dialogue muet entre l’homme et l’animal. C’est alors qu’il avait reconnu le profil inimitable du Maître des potions.

Hagrid était un homme simple. Les Sombrals, sous leur aspect repoussant étaient des créatures de la Lumière, au même titre que les gracieuses Licornes. Très intelligents, dotés d'une extrême sensibilité, et de la précieuse capacité de discerner la véritable nature des êtres et des choses. Ils venaient de lui faire découvrir un aspect du professeur dont il pressentait que celui-ci n'aurait pas apprécié qu'il l'ait surpris, mais qui lui faisait considérer l'homme sous un tout nouveau jour.

Doté d'un naturel affable et presque naïf, le demi-géant entretenait de bons rapports avec ses collègues, et il ne partageait pas l'opinion d'Harry et de ses amis sur le professeur Snape, qu'il respectait, à défaut de le trouver aussi sympathique qu'un Filius Fliwick ou une Minerva McGonagall par exemple, sans parler de l'affection à la limite de la dévotion, qu'il avait pour Albus Dumbledore. Mais il n'aurait jamais pu imaginer un seul instant une telle… vulnérabilité sous les dehors rébarbatifs de Severus Snape. L'homme se croyait seul, il avait laissé tomber son masque et Hagrid fut touché au cœur par la détresse qu'il lut sur son visage soudain exposé aux rayons crus de la lune qui venait d'émerger des nuages.

TBC

Print This Post




Comments are closed.

Designed by NattyWP Wordpress Themes.
Images by desEXign.