Le jeu du Prince – 21 – Le calme avant la tempête

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés. Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Le calme avant la tempête

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Les examens approchaient à grands pas, et avec eux la fin de l'année scolaire, les jours avaient considérablement rallongé et si le climat était toujours aussi ‘désespérément écossais’, avait-il sournoisement fait remarquer à Minerva, l'air était tout de même de plus en plus doux et le soleil plus présent en ce début de mois de juin. Plus que trois semaines, avant que Severus Snape ne soit, soit délivré de l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, soit envoyé au fin-fond de l'enfer avec comme seul espoir, que la mort arrive le plus vite possible.

Grâce à l’intervention rapide de Severus, Draco s’en était tiré sans autre séquelle que d’avoir éprouvé la peur de sa vie. Après être sorti de l'infirmerie, il s'était tenu tranquille pendant quelques jours, avant de reprendre son manège dans la Salle sur Demande, toujours sous la surveillance étroite et assidue de Missy. Lors des quelques réunions auxquelles il avait été convoqué au manoir Malfoy, le Maître des potions aurait compris, s’il n’avait pas déjà été au courant, en voyant l'air furieux de sa tante et soulagé de sa mère, que le jeune homme n'était pas encore arrivé à ses fins, mais Voldemort ne faisait jamais allusion à la mission de son élève en sa présence. Sa position auprès de lui n’était peut-être pas aussi bien assurée qu'il le pensait, après tout. Sans compter que maintenant qu'il était installé chez sa sœur, qui l'hébergeait depuis son évasion, Bellatrix était en permanence aux côtés du mage noir. Au premier rang pour saper sa réputation. Merlin, qu'il haïssait cette femme ! Depuis la mort de Druella, elle semblait avoir concentré en elle toute la folie des Black. Même Sirius aurait pu faire figure de sage à côté de sa cousine.

A force d'unions consanguines, parfois à la limite de l'inceste, les vieilles familles de Sang-purs irréductibles finissaient par être devenues les instruments de leur propre perte. Hélas pas assez rapidement déplorait l'espion en lui-même. Déjà les enfants étaient de moins en moins nombreux à y naître, et rares étaient celles qui parvenaient à produire plus d'un héritier, mais le plus grave était qu'avant leur extinction génétiquement programmée, les générations futures menaçaient d'être de plus en plus décadentes. Voldemort et son idéologie raciste obsessionnelle promettait, au nom de la pureté de la race, un futur dominé par des dégénérés comme Bellatrix Lestrange, les Carrow ou Peter Pettigrew.

Si, lorsqu'il avait rejoint la Lumière et l'Ordre du phénix, Severus ne l'avait fait que pour expier sa faute vis à vis de Lily, il était maintenant entièrement convaincu de la nécessité d'en finir avec le mage noir au plus vite, avant que sa folie destructrice n'ait pu contaminer encore plus d'esprits faibles. Il se demandait encore comment il avait pu, quelque vingt ans plus tôt, se laisser séduire par ses belles paroles et ses vaines promesses.

L’adolescent qu’il était alors, aveuglé par la haine qu’il éprouvait alors pour le père qui avait tué sa mère, et à travers lui tous les Moldus, avait volontairement fermé les yeux sur les côtés les plus sordides du parti de l’Ombre. Il n’avait pas regardé plus loin que la possibilité qui lui était alors offerte d’approfondir sans réserve sa soif de connaissance des Arts sombres. Il avait été aveuglé par son besoin de revanche sur tous ceux qui l’avaient humilié. De reconnaissance, aussi. Lui, dont ‘rejet’ avait été le maître-mot depuis qu’il avait ouvert les yeux sur ce monde injuste, le fils de Moldu issu des couches les plus misérables des cités ouvrières du nord, était enfin accepté comme leur égal par les rejetons des plus vieilles familles.

Il avait très vite déchanté.

Il avait désiré la puissance, il n’avait récolté que l’asservissement.

Il avait désiré l’intégration, il n’avait jamais été, pour eux, que le rejeton de Sang mêlé, uniquement toléré pour ses indéniables talents, qui avait souillé la pureté de la lignée de la très ancienne famille Prince.

Il avait désiré la reconnaissance, il n’avait récolté que la crainte qu’il inspirait. Il avait beau être le plus jeune, et pourtant le plus reconnu par ses pairs, des Maîtres des potions du Royaume Uni depuis des siècles, lui dont la renommée avait très vite dépassé les frontières, devait à son statut de Mangemort qu’on ne fasse appel à lui qu’en tout dernier recours. Et même alors, c’était toujours avec une certaine réticence, et une méfiance qu’on ne se donnait même pas la peine de dissimuler.

Il avait désiré l’amour d’une femme, il n’avait récolté que son mépris et sa haine…

Dumbledore passait désormais la plus grande partie de ses journées dans ses appartements, dans la seule compagnie de Fumseck et d’antiques grimoires qu’il avait retirés bien des années auparavant de la section interdite de la bibliothèque afin que personne, pas même les professeurs, n’y aient plus accès.  Il termina de rédiger le mot qu’il destinait à Harry, avant d’invoquer son Patronus à deux reprises.

Fumseck le regardait faire en inclinant la tête, avec un caquètement agacé. Il avait toujours été intrigué par ce phénix argenté qui apparaissait parfois fugitivement dans le bureau du vieux mage. La première fois, il avait bien tenté de faire connaissance avec ce nouveau compagnon, mais il n’avait réussi qu’à passer au travers. Vexé, il avait boudé pendant une bonne semaine sur son perchoir, refusant obstinément de répondre à son maître, qui lui avait préféré cet ersatz lumineux de pacotille. Depuis, il le considérait à chaque fois d’un air suspicieux qui amusait considérablement le vieil homme. Une fois dictés les messages pour Severus et Remus, il se leva pour gratouiller la tête du phénix de chair et de plumes, et verser quelques friandises dans sa mangeoire, avant de sortir. Une fois le parchemin confié au premier Gryffondor croisé dans le couloir, il se dirigea d’un pas tranquille vers la tour d’astronomie.

—Professeur, monsieur !

Missy Apparut dans son salon alors que Severus s’apprêtait à le quitter pour se rendre à la convocation de Dumbledore. Le sombre pressentiment qui lui serrait la poitrine s’accentua. Pourquoi  Albus lui demandait-il de le rejoindre en haut de la tour d’astronomie et non dans son bureau ? Le temps n’était pas assez clément, ce jour-là, pour justifier ce changement à ses habitudes.

—Que se passe-t-il Missy ? Il y a du nouveau avec Draco ?

—Missy croit bien que le jeune Monsieur Malfoy a réussi à réparer l’armoire. Elle l’a entendu pousser des cris de joie, mais tout de suite après, quelqu’un est entré dans la salle et tout est devenu noir et il y a eu un grand bruit. Missy est venu prévenir le professeur immédiatement, Monsieur.

—Tu as bien fait, Missy, tu es une bonne elfe. Tu peux arrêter de surveiller Draco maintenant. Tu as fait un très bon travail, je te remercie.

—Le professeur n’a pas besoin de remercier Missy, c’est Missy qui lui est reconnaissante, elle est tellement heureuse qu’il se soit souvenu d’elle ! Le professeur ne va pas de nouveau oublier Missy, monsieur ?

—Je te promets de faire appel à toi si j’ai une autre mission de confiance, en attendant, tu peux reprendre tes fonctions dans mes appartements. Je te les confie à toi et toi seule, aucun autre elfe ne doit y pénétrer, sauf si c’est moi qui l’appelle, même si je dois quitter le château pendant un certain temps. Et tu ne dois y faire Transplaner aucun humain, sous aucun prétexte.

—Missy fera tout ce que le professeur voudra, monsieur.

Il sentait que les évènements étaient en train de se précipiter. Il avait confiance en la petite elfe, elle ne le trahirait pas, du moins pas tant qu’il serait le directeur en exercice. Pour ce qui était de la sécurisation des issues de ses appartements, il savait ses sortilèges de protection suffisants pour tenir quiconque à l’écart pendant des siècles.

L’agitation discrète qui régnait chez les Aurors qu’il croisa dans les couloirs vint conforter son appréhension. En tournant un angle, il se retrouva nez à nez avec Remus qui arrivait d’un pas pressé en sens inverse, l’air préoccupé.

—Ah, Severus ! Est-ce que tu sais ce qu’il se passe ? Dumbledore m’a demandé de convoquer les membres de l’Ordre, il a l’air de craindre quelque chose pour ce soir.

Severus sentit le nœud qui nouait déjà sa gorge se resserrer un peu plus, mais c’est d’un ton soigneusement neutre qu’il répondit au Loup-garou.

—Non, je ne sais pas, mais il m’a demandé de le rejoindre en haut de la tour d’astronomie. J’en saurai sûrement un peu plus après.

—Dans ce cas, je ne te retarde pas. Si ça concerne la sécurité, je compte sur toi pour me tenir au courant.

Le Maître des potions hocha la tête sans répondre. Si ses craintes se matérialisaient, il serait bientôt la proie à abattre pour cet homme pour lequel il commençait à éprouver un certain respect, et quelque chose qui dans une autre vie, aurait peut-être pu se transformer en amitié. Cette notion d’amitié avec un maraudeur, et qui plus était, le Loup-garou de la bande, qu’il aurait rejetée avec horreur encore quelques mois plus tôt, ne lui apparaissait plus aussi étrange, maintenant. La loyauté et l’honnêteté de Lupin avaient fini par ébranler ses préjugés, et peut-être le sentiment croissant de son isolement avait-il fait le reste. Au final, ils partageaient beaucoup de choses, et se comprenaient souvent à demi-mots, ce qui les surprenait à chaque fois autant à l’un qu’à l’autre.

Alors qu’il s’apprêtait à reprendre son chemin il ne put s’empêcher de marquer un temps d’arrêt.

—Lupin !

—Oui ?

—Si quelque chose… Et puis non, rien… je… fais attention à toi !

Il se détourna brusquement dans un envol de cape, laissant le Loup-garou, interdit, le suivre d’un regard perplexe, en se demandant s’il parviendrait un jour à cerner le mystère vivant qu’était Severus Snape.

Une jeune femme vêtue de noir, aux cheveux négligés d’un châtain terne le rejoignit.

—Remus ! Il faudrait que…

Intriguée par son expression, elle tourna la tête dans la même direction que lui, juste à temps pour voir disparaître la longue silhouette sombre du Maître des potions, au détour du couloir.

—Qu’est-ce que tu regardes, comme ça ?

Il secoua la tête.

—Une énigme.

TBC

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