Le jeu du Prince – 22 – Pour le plus grand bien

Harry Potter Add comments

Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Pour le plus grand bien

1 Heart2 Hearts3 Hearts4 Hearts5 Hearts (1 votes, average: 5, 00 out of 5)
Loading ... Loading ...

—Il a réussi. Draco a réussi à réparer l’armoire. Vous savez ce que cela signifie, n’est-ce pas ? Et vous allez tout de même quitter le château avec Potter ?

Un fol espoir allégea un instant la poitrine de l’homme en noir. Si Dumbledore était absent lorsque les Mangemorts s’introduiraient dans Poudlard, il n’aurait pas à… Mais le vieil homme étouffa dans l’œuf l’espoir qui naissait déjà dans son cœur, comme s’il avait lu dans ses pensées.

—Ne vous réjouissez pas aussi vite, Severus, quoi qu’il arrive, ce soir je serai mort. Et si je réussis à revenir vivant avec Harry, c’est à vous que reviendra la tâche dont nous avons parlé. Si tel doit être le cas, j’ai décidé que cela se passerait ici. C’est l’endroit idéal, l’accès à la tour est facilement condamnable, c’est parfait pour mettre le moins de monde possible en danger. Je tâcherai de faire en sorte que notre retour soit assez visible pour y attirer nos amis Mangemorts… J’espère que je n’ai pas perdu toutes mes capacités  à voler sur un balai, j’ai bien peur d’avoir manqué un peu d’entraînement ces dernières années.

—Comment pouvez-vous parler aussi légèrement d’une chose pareille ! Si votre mort vous importe si peu, ne pouvez-vous au moins penser un peu aux autres, pour une fois ? A… à moi ? Vous tenez beaucoup trop de choses pour acquises, Albus, ne vous est-il pas venu à l’esprit que je pourrais avoir changé d’avis ? Que je pourrais ne plus vouloir le faire ?

Dumbledore se retourna face à la vallée. La colère se mêlait à la supplication dans la voix de l’espion, et il ne voulait pas voir la douleur qu’il devinait sur le visage de Severus. Il se sentait déjà assez coupable comme ça.

—Peu m’importe ce que vous voulez ou ne voulez pas, Severus, vous n’avez pas le choix, vous avez prêté serment !

Son ton était volontairement froid et presque méprisant, bien plus dur que ce qu’il aurait souhaité. C’était nécessaire, il savait que le Maître des potions devrait le haïr assez, pour pouvoir lancer l’impardonnable. Mais son cœur pleurait de ne pas pouvoir dire au-revoir comme il l’aurait souhaité à cet homme qu’il aimait comme un fils et dont il s’apprêtait à briser définitivement le destin. Severus lui tourna brusquement le dos et s’enfuit à grands pas, sans rien ajouter.

Dans l’escalier, il croisa Potter, qui montait rejoindre le directeur sans se douter un instant que son destin aussi, était censé se sceller ce soir-là dans l’esprit du vieil homme. Il ne put s’empêcher de s’arrêter en face de lui, lui barrant un instant le passage. Le gamin le regardait d’un air de défi, arrogant comme l’avait été son père avant lui, mais il le regardait aussi, et surtout, avec les yeux de Lily. Sans un mot, sans aucune animosité, à la grande stupéfaction de l’adolescent, il plongea intensément, avec une sorte de fièvre,  ses orbes d’obsidienne dans ce regard,  pour y puiser la force de continuer, avant de s’écarter pour le laisser passer. Pour la mémoire de Lily, il avait renoncé à sa vie, il ne s’était pas seulement lié à Dumbledore, mais à un maître beaucoup plus exigeant que lui et Voldemort réunis : sa propre conscience ! Et pour pouvoir sauver Harry, il n’avait pas d’autre choix que d’obéir à Albus, encore cette fois !

Il ne repassa pas par ses appartements. Il y avait longtemps, depuis qu’il passait la majorité de son temps libre entre son laboratoire et son bureau, qu’ils ne lui servaient plus que de dortoir occasionnel, et il avait tout ce qui lui fallait chez lui, pour poursuivre ses recherches sur les Horcruxes. Il se rendit tout droit dans sa salle de cours. Cette classe de Défense qu’il avait tellement désirée pendant des années, et où il avait dernièrement appris à apprécier l’art de transmettre. Le poste maudit, dernier cadeau empoisonné d’Albus. Il avait beau ne pas croire en ces histoires de malédiction, il devait bien se rendre à l’évidence, lui non plus, ne serait pas resté plus d’un an à ce poste ! Le dos tourné aux pupitres des élèves, debout face aux immenses baies en ogive qui  laissaient tomber sur lui les rayons obliques de la lumière du soir naissant, l’angoisse au ventre, il entama sa longue attente. Son agonie.

Il ferma les yeux. Ne plus penser. Ne plus bouger… se donner l’illusion d’avoir arrêté le temps. S’il restait assez immobile, peut-être pourrait-il simplement se fondre dans les ombres et prétendre n’avoir jamais existé…

Il était tenté d’abandonner, de tout laisser tomber  Il était temps encore. Il n’était qu’un homme, et personne n’est indispensable. S’il mourrait. Là. Maintenant. Dumbledore devrait bien se débrouiller autrement, pour mener à bien ses machinations ! Il ne pouvait pas croire que le vieil homme n’ait pas prévu au moins un plan de secours. Après tout sa vie était en permanence suspendue aux humeurs du Seigneur des Ténèbres, et plus d’une fois il n’était revenu que de justesse de ses convocations. Albus, et parfois Poppy Pomfresh, lorsqu’il ne pouvait faire autrement, étaient les seuls à ne rien ignorer de l’état dans lequel il était rentré, certains soirs. De l’état dans lequel il se forçait pourtant à assumer ses cours, le lendemain, en venant parfois de frôler la mort de justesse, ne tenant debout que par la force de sa volonté, et des potions de son invention.

Sa main caressa la minuscule fiole, au travers de la poche de sa redingote. Elle ne le quittait jamais, elle était, à supposer qu’il ait le temps de la sortir, l’assurance d’une issue rapide au cas où Voldemort découvrirait son double jeu. C’était tellement tentant ! Mais Severus Snape n’était pas un lâche !

Des éclairs de feu fusaient dans sa tête, souvenirs maudits de sa descente aux enfers.

Une colline battue par les vents… « …Et que me donnerez-vous en échange, Severus ? » Potter avait-il su que la protection de sa famille avait été monnayée comme une vulgaire marchandise ? « Tout ce que vous voudrez !» Que ce serait-il passé s’il n’avait pas accepté le marché ? Dumbledore les aurait-il laissé mourir sans rien faire, sans même tenter de les mettre à l’abri ?

Une ruelle sombre, un cottage dévasté, et son pire cauchemar devenu réalité… Où avaient été Dumbledore et sa protection ? « Vous aviez promis de la-les mettre à l’abri ! ». Trahison. Pettigrew avait trahi ses amis. Dumbledore avait trahi sa parole. Pourquoi n’avait-il pas exigé d’être leur gardien du secret, pourquoi leur avait-il permis de désigner quelqu’un d’autre ? Sa confiance aveugle en ses maudits Gryffondors avait coûté deux vies, fait de Potter un orphelin, conduit Black à Azkaban et lui en enfer, privé Lupin de ses seuls amis et laissé un coupable en liberté… Il avait peut-être livré la moitié de la prophétie à Voldemort, mais lui, au moins, avait tenté de rattraper son faux-pas ! Dumbledore s’était contenté de secouer sa responsabilité comme on ôte un grain de poussière sur une manche, et de lui imposer à lui, la tâche accablante de protéger le fils de son pire ennemi : « il a les yeux de sa mère… vous vous souvenez de la forme et de la couleur des yeux de Lily ? ». Il aurait voulu pouvoir trouver la force de le tuer à ce moment-là, il s’était contenté d’exiger un secret absolu, sachant que si, comme le pensait Albus, Voldemort revenait un jour, rien ne devrait trahir son véritable rôle.

Une main noircie, détruite par un maléfice inexorable. « Vous saviez… vous ne pouviez pas ignorer… pourquoi l’avoir quand même passée à votre doigt ? » Par quoi Dumbledore avait-il pu être tenté au point de commettre une telle imprudence…  une telle folie ? « Combien de temps ? » La sentence était tombée de sa bouche, qui scellait leur commune condamnation. « Peut-être un an… »

Et sans cesse, tel le tictac obsédant d’un métronome impitoyable : « c’est vous qui devrez me tuer, Severus, c’est le seul moyen… ». Encore, et encore…  « C’est vous… vous… me tuer… me tuer… le seul moyen… me tuer… tuer… tuer… me tuer !»

Il avait perdu la notion du temps, il n’aurait su dire depuis combien il était là, aussi immobile qu’une statue, lorsque son ouïe exercée perçut l’agitation qui se répandait à l’extérieur de son refuge. Il leva les yeux vers il ne savait quelle puissance supérieure. Il n’était pas croyant, mais la supplique muette traversa son esprit tout de même « Faites que ça n’arrive pas ! Faites que ça n’arrive pas… Je vous en supplie ! Faites que ça n’arrive…». La nuit était presque entièrement tombée, maintenant, et  les ombres mouvantes jouaient sur sa peau blafarde. Quiconque aurait aperçu ce visage dévasté, ce regard désespéré et trop brillant, la trace légère laissée par cette unique larme sur sa joue, aurait pris pitié de cet homme accablé. Mais lorsque la porte s’ouvrit à la volée sur Filius Fliwick, il avait déjà repris son masque impassible de statue de cire.

—Severus…

Le Stupefix informulé cueillit le petit professeur de sortilège, qui était l’un de ses collègues qu’il appréciait le plus, avant qu’il ait pu en dire plus. Il se précipita à l’extérieur.

Il n’en pouvait plus. Vite ! Vite ! Que tout s’achève le plus vite possible !

Il traversa la cour en courant, passa sans ralentir au travers de la barrière invisible mise en place par les Mangemorts, et se mit à gravir quatre à quatre les marches de l’escalier de la tour d’astronomie.

Sur le palier, dissimulé dans l’ombre, il prit tout de même le temps d’évaluer la situation. Potter était invisible, il se doutait bien qu’Albus avait pris ses précautions pour que l’adolescent ne soit pas découvert, mais il ne savait pas s’il était là, quelque part, dissimulé sous sa cape d’invisibilité, réduit au silence, probablement pétrifié, où s’il avait eu le temps de quitter la tour avant l’arrivée des autres.

Draco, pâle, décomposé, les doigts trop crispés sur sa baguette, dans une vaine tentative pour empêcher sa main de trembler, tenait en respect un Dumbledore désarmé. Bellatrix Lestrange, Fenryr Greyback et les deux Carrow, frère et sœur, le pressaient d’exécuter sa tâche, mais il était plus qu’évident que le jeune homme n’arriverait jamais à lancer l’impardonnable. Bellatrix leva sa baguette, menaçant de se substituer à son neveu… Le moment était venu, il devait intervenir avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’un geste inconsidéré de la sorcière folle ne  détruise le plan entier élaboré par le vieux mage ! Il ferma un instant les yeux, prit une grande inspiration et s’avança sur la terrasse.

—Non !                         

Tous les regards se tournèrent vers lui.

—Snape ! Commença Greyback, « il semble que Draco… »

Mais une autre voix se fit soudain entendre, et son ton suppliant était plus qu’il n’en pouvait supporter.

—Severus… Je vous en supplie…

Il essaya de concentrer toute la rage qu’il pouvait avoir accumulée contre les machinations de ce vieillard qui le suppliait de l’achever, ce vieillard qu’il haïssait et qu’il aimait à la fois. Mais au fond de lui, il savait déjà que ce ne serait pas suffisant, alors il rassembla toute sa détermination, toute la haine qu’il ressentait envers lui-même, envers Voldemort, envers les Mangemorts qui l’entouraient, et leva sa baguette.

 Vite, vite, le plus vite possible, avant qu’il n’en ait plus la force…

—Avada Kedavra !

Dumbledore fut projeté en arrière. Il le vit tomber, presque au ralenti, les yeux et les bras grands ouverts, ses longs cheveux, sa barbe et sa robe de sorcier flottant autour de lui. Vite ! Il fallait faire vite ! Il agrippa l’épaule de Draco et le poussa brutalement vers la sortie.

—Il faut partir ! Les membres de l’Ordre sont en bas, nous ne sommes pas assez nombreux !

TBC

Print This Post




Comments are closed.

Designed by NattyWP Wordpress Themes.
Images by desEXign.