Le jeu du Prince – 23 – Le prix de la loyauté

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Le prix de la loyauté

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Après les avoir entraînés hors du château au pas de charge, sans leur laisser le temps de faire plus de victimes, à défaut des dégâts que cette folle furieuse de Bellatrix semait sur son passage.

Après avoir de justesse empêché la sorcière déchaînée d’achever Potter.

Après avoir neutralisé ce même Potter, qui le poursuivait en le traitant de lâche et en tentant de lui lancer impardonnable sur impardonnable.

Après, comme seules représailles alors qu’il brûlait de lui faire ravaler ses paroles, lui qui venait d’accomplir la tâche la plus difficile que Dumbledore lui ait jamais imposée, lui avoir asséné que le ‘Prince’ qui l’avait tant aidé et qu’il avait tant admiré pendant toute l’année, c’était lui.

Après s’être rapidement et discrètement assuré qu’Hagrid  arriverait à se sortir sans trop de mal de sa cabane en feu.

Après que tout ait été accompli, et qu’il ait enfin atteint l’aire de Transplanage, il s’appuya un instant contre le tronc d’un arbre pour reprendre son souffle.

C’est alors qu’il se rendit compte qu’il n’était pas seul. Draco n’était pas parti avec les autres, comme il le lui avait ordonné. Il s’était dissimulé dans l’ombre, et il l’avait attendu. Un instant, il fut tenté de lui en faire le reproche, mais finalement, c’était aussi bien ainsi. Il saisit le jeune homme par une épaule, l’obligeant à lui faire face, et planta son regard dans le sien.

—Ce n’est pas la peine que nous soyons deux à être punis pour ce qui vient de se passer. Vous vous apprêtiez à lancer l’Avada, lorsque je suis intervenu trop vite. Je suis le seul fautif, m’avez-vous bien compris ? Devant l’inertie du jeune homme, il le secoua rudement. « M’avez-vous bien compris ? » Répéta-t-il d’un ton féroce.

—Mais…

—Il n’y a pas de ‘mais’ Draco ! Les ordres du Seigneur des ténèbres n’ont pas été suivis à la lettre, il lui faudra un responsable, et la punition risque d’être à la hauteur de la faute. Je suis habitué à ce genre de choses, pas vous. Pour une fois, cette année, vous devez cesser de me tenir tête. Pensez à votre mère ! Si vous êtes reconnu comme responsable, elle risque elle aussi d’en pâtir… Et si j’étais vous, je ne compterais pas trop sur le sens de la famille de votre tante pour intervenir en sa faveur – sans compter que je ne sais pas quel effet cela aurait, concernant le Serment inviolable que j’ai prêté à Narcissa… – mais cela, il se garda bien de le vocaliser. «  Ferez-vous ce que je vous demande, Draco ? »

—Je…

—Nous n’avons pas le temps de discuter. Jurez !

Honteux, le jeune homme baissa la tête, pour prononcer ce qu’il savait être la condamnation de l’homme qui lui faisait face.

—Je-je ferai ce que vous voudrez.

—Bien. Alors écoutez-moi : appuyez tout ce que je dirai, rajoutez-en au besoin, soyez convainquant. Vous êtes intelligent, improvisez, donnez-vous le beau rôle, dites que j’ai paniqué devant les renforts qui arrivaient et que je vous ai coupé l’herbe sous le pied. Montrez-vous humble et soumis devant le Seigneur des ténèbres, dites que vous êtes prêt à assumer les conséquences, mais en ayant l’air de trouver cela particulièrement injuste. Ne vous inquiétez pas, je survivrai, le Maître à besoin de mes services.

Il porta brusquement la main à son avant-bras gauche avec une grimace de douleur, remarquant le même manège chez le jeune homme.

« Nous avons été retardés par des membres de l’Ordre qui nous poursuivaient ! N’oubliez pas… »

Il attrapa le bras de Draco, et ils Transplanèrent.

Draco serrait les dents pour ne pas hurler.

C’était la première fois qu’il assistait à la colère du Seigneur des ténèbres, du moins dans ces proportions-là. Il avait déjà été témoin du Doloris, mais en général, cela ne durait que quelques secondes, à titre d’avertissement, pour rappeler à ses esclaves qui était le Maître, et qu’il valait mieux ne pas le contrarier.

Il avait obéi à Snape, et malgré la terreur qui enrouait sa voix, il avait bien joué sa partie, dosant à la perfection humilité, et frustration d’avoir été empêché d’accomplir sa mission jusqu’au bout. Bellatrix avait abondé en son sens, trop heureuse de faire retomber l’ire du Maître sur l’homme qu’elle haïssait. Comme prévu, la rage du psychopathe s’était entièrement retournée contre Severus.

Ce n’était pas la première fois qu’il subissait l’impardonnable, mais cette fois, il accueillait son châtiment presque avec gratitude. Il avait beau avoir agi sur l’ordre de Dumbledore, il ne se pardonnerait jamais le meurtre du vieil homme. La douleur du sortilège lui paraissait encore trop douce pour l’expiation de sa faute.

Il avait subi son supplice pendant de longues minutes, avant que le spectacle de la torture qu’il venait de lui infliger n’ait assez radouci l’humeur de son Maître pour qu’il relâche enfin le sortilège. Il avait d’abord essayé de serrer les dents, ne voulant pas donner à Bellatrix le plaisir de l’entendre crier, mais Voldemort avait augmenté la force du maléfice, dépassant la limite de ce qu’il pouvait endurer, et il avait cédé. Il avait hurlé, et hurlé encore, en se tordant sur le sol, en raclant le carrelage de ses ongles, hurlé jusqu’à ce que sa voix se casse et que sa bouche ne laisse plus échapper que des râles d’agonie presqu’inaudibles, mais, piètre victoire, à aucun moment il n’avait supplié.

Tout sourire, Voldemort avait alors relâché la pression du sortilège, considérant le corps pantelant de son espion avec une satisfaction malsaine, avant de tourner les talons pour rejoindre ses appartements, suivi par une Bellatrix triomphante. En atteignant le seuil, il s’était retourné :

—Tu m’as désobéi, Severus, et pour cela tu as été puni, mais tu m’as aussi prouvé quel loyal serviteur tu es, et pour cela tu seras très bientôt récompensé à la valeur du service que tu m’as rendu aujourd’hui. Et tournant son regard reptilien vers Draco et Narcissa : « Lord Voldemort sait reconnaitre, et apprécier, le courage. Vous avez un ami d’une loyauté peu commune, prenez soin de lui, il m’est précieux… Je ne voudrais pas qu’il lui arrive malheur par votre faute… »

Le cœur au bord des lèvres, Draco était comme paralysé. Ainsi, le Seigneur des ténèbres avait compris. Il n’avait pas été dupe de leur petite comédie (n’avait-il pas lui-même trouvé d’un ridicule achevé l’idée d’un Snape en train de paniquer ?). Il savait depuis le début qu’il avait failli et que Severus s’était sacrifié pour lui ! Et la punition avait été exemplaire, pour lui montrer ce qui l’attendait, à lui, au prochain manquement ! Il se dégoûtait. Il aurait dû se jeter aux pieds de son Maître, tout lui avouer, mais il n’avait rien fait. Il avait une fois de plus laissé sa peur et sa lâcheté prendre le dessus. Pendant toute cette année, il avait rejeté cet homme, qui ne lui avait jamais voulu que du bien, et malgré tout, ce soir encore, Severus… Il aurait voulu pouvoir se vomir lui-même ! La voix de sa mère le ramena à la réalité.

—Draco ! Viens m’aider à l’installer sur le sofa ! Il faut le couvrir, le réchauffer. Je vais aller chercher la potion qu’il avait préparée pour toi au cas où… Elle lança un sort de lévitation et ils dirigèrent le corps du Maître des potions vers un large canapé.

Les larmes coulaient sur les joues du jeune homme, sans qu’il puisse s’en empêcher. Il n’y avait rien de plus qu’ils puissent faire, lui ou sa mère, pour soulager les séquelles du Doloris prolongé auquel le professeur avait été soumis. Draco avait pris dans les siennes une des mains glacées et inertes, aux ongles sanguinolents, de Severus. Il aurait aimé être capable de lui insuffler un peu de sa force, de son énergie vitale, c’était de sa faute s’il était dans cet état, c’était lui qui aurait dû être allongé sur ce sofa. Par moment, ses muscles se tétanisaient dans des crampes, qui au vu du visage de l’homme à moitié inconscient, et des gémissements que ses lèvres laissaient échapper, devaient être atrocement douloureuses, à d’autres, il était secoué par de longs tremblements. Il claquait tellement des dents malgré les couvertures et les sorts de réchauffement qu’ils avaient eu du mal à lui faire avaler la potion.

A un moment, son corps s’arqua et se tordit avec une telle force qu’ils durent se mettre à deux pour le maintenir. Pendant de longues minutes, sa respiration se fit erratique, et les battements de son cœur inégaux. Narcissa qui avait autrefois, à l’instar de sa sœur, entamé des études de guérisseuse, abandonnées avec son mariage, dut faire appel à tout son savoir pour arriver à le stabiliser. Il finit enfin par sombrer dans un sommeil pesant plus inquiétant que rassurant.

—Quelle heure est-il ?

Draco sursauta et faillit tomber de la chaise où il somnolait, qu’il n’avait pas quittée, au chevet du Maître des potions, tandis que sa mère se levait d’un bond du fauteuil où elle s’était installée, un livre à la main, pour se précipiter vers le sofa, qu’elle avait métamorphosé en lit lorsqu’il s’était avéré évident que l’état du Maitre des potions allait mettre un long moment à s’améliorer.

—Merlin soit loué ! Quelle peur tu nous as faite Severus, tu as eu une crise de convulsions comme je n’en avais jamais vues ! Nous avons cru te perdre !

Il souleva son buste, discrètement aidé par Draco qui avait remarqué que ses bras avaient du mal à le soutenir.

—Il en faut plus pour me tuer, Narcissa… Je te remercie d’avoir pris soin de moi, mais il faut que je parte. J’ai de quoi me soigner plus efficacement, chez moi.

—Mais tu…

—Ça ira, je t’assure, ne t’en fais pas pour moi. Il se tourna vers Draco, ému malgré lui de voir que le jeune homme avait passé des heures assis inconfortablement pour le veiller. « Si j’ai un conseil à vous donner, faites profil bas, faites-vous oublier, montrez-vous le moins possible pendant quelques jours, sauf s’IL vous convoque, et tout devrait bien se passer. IL a passé ses nerfs, et maintenant, il ne songe plus qu’à se réjouir d’être enfin débarrassé de Dumbledore.

Il fit basculer ses longues jambes hors du canapé et prit un instant pour reprendre ses esprits avant de se lever avec difficulté.

—Tu es sûr que tu ne veux pas rester ? Je peux te faire préparer une chambre…

—Non Narcissa, je vais rentrer chez moi. Comme je te l’ai dit, je me soignerai mieux là-bas.

La femme leva sur lui un regard reconnaissant, dépourvu de son habituelle expression hautaine, froide et distante. A ce moment, elle n’était plus qu’une mère, soulagée que son petit soit sauf.

—Je te remercie, Severus. Ce que tu as fait pour mon fils… Je-je n’avais pas réalisé… Tu as accompli ta promesse, tu es même allé au-delà. Je te tiens désormais quitte de ton Serment, tu es libre.

—Merci Narcissa. Mais ce que j’ai fait ce soir, je l’aurais fait quand même. Je n’aurais pas supporté de voir un gamin, quel qu’il soit, subir une chose pareille.

—Tu es un homme bien Severus. Je veux que tu saches que quoi qu’il arrive, tu as ma reconnaissance éternelle pour ce que tu as fait. Et je sais que Lucius dirait la même chose. Nous avons une dette envers toi, nous ne l’oublierons pas.

Il inclina la tête sans répondre, et se dirigea vers la sortie, acceptant la compagnie de Draco jusqu’à l’aire de Transplanage.

—Professeur…

—Oui ?

—Je-je ne sais pas comment… Un simple merci me semble tellement dérisoire pour ce que vous avez fait ! Je me sens tellement…

—Non Draco, ne vous sentez pas coupable. J’ai tué Dumbledore, j’ai mérité mon châtiment !

Le jeune homme regarda l’homme qui s’apprêtait à Transplaner avec stupéfaction. Mérité son châtiment ? Mais alors… non, il avait dû mal comprendre. Mais lui-même n’avait-il pas éprouvé des scrupules à tuer le vieil homme ? La tête lui tournait un peu, il avait besoin de repos se dit-il en retournant vers le manoir.

En Apparaissant sur le perron du 12, square Grimmaurd, Severus se demandait s’il n’avait pas fait une bêtise. L’Ordre n’avait-il pas déjà sécurisé la maison des Black ? Il prit le parti de supposer qu’après la mort d’Albus, et l’agitation qui avait dû s’en suivre, ce n’avait pas été leur première priorité. Il n’y avait après tout que quelques heures, même si cela lui avait semblé durer une éternité. Il chancela et se rattrapa à la porte, qu’il ouvrit sans déclencher autre chose que les vociférations habituelles de Druella Black qu’il fit taire d’un coup de baguette impatient.

Quelle folie l’avait conduit ici ? Il était désormais seul, livré à lui-même, sans aucun soutien. Il avait besoin…  il ne savait pas… besoin de quelque chose, n’importe quoi, qui puisse l’aider à traverser ce qu’il allait devoir affronter. Le souvenir de deux yeux verts flottait dans sa mémoire. « Lily… » Il ne lui restait rien de Lily. Où ailleurs que dans la maison de Sirius pourrait-il espérer trouver quelque chose ? Le cabot devait bien avoir des photos de son filleul, peut-être qu’avec un peu de chance sur l’une d’elles… Il commença à gravir lentement, difficilement, les marches qui menaient aux chambres de l’étage. Lorsqu’il ouvrit la porte de celle de Sirius, le carnage lui sauta presque au visage. La pièce avait été fouillée… pillée ? « Fletcher » cracha-t-il. Qui d’autre aurait pu profiter de la mort de Black pour piller sa maison ? Mondingus ne vivait que pour son propre profit, il allait devoir très vite débarrasser l’Ordre de cette graine de traître, sinon, maintenant que Dumbledore n’était plus là pour le museler, il aurait tôt fait de retourner sa veste, pour peu qu’on lui fasse miroiter quelques Gallions! Il commença à chercher, accentuant le désordre, la chambre n’en était plus à cela près.

Bientôt, à genoux sur le plancher, les yeux encore pleins de larmes, il pliait en deux un feuillet de papier et une photo déchirée et les glissait sous sa redingote, avant de quitter définitivement le quartier général de l’Ordre.

Il réunit tout ce qui lui restait de volonté pour Transplaner une dernière fois…

TBC

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