Le veilleur dans l’ombre – 26 – Annexe 1 : Minerva Mc Gonagall

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Annexe 1 : Minerva McGonagall

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La voix s’était tue, et un silence écrasant s’était abattu sur le château. Comme au ralenti, les corps épuisés recommencèrent à se mouvoir, mais les paroles échangées l’étaient à mi-voix, les gémissements des blessés étaient comme assourdis, et les larmes silencieuses. Le chagrin devait être muselé, l’heure du deuil viendrait plus tard, à moins que ce ne soit celle de rejoindre ceux qui étaient partis.

Une heure… Dans une heure, tout serait terminé, la destinée de leur monde serait accomplie. Voldemort ne pouvait décemment pas penser une seule seconde que son ultimatum serait accepté ! Ils ne le permettraient pas. Aucun. Pas après tout ce qui avait été fait. Pas après tout ce qui avait été perdu. Ils ne livreraient pas Harry, et ne le laisseraient pas se livrer non plus. Pas après tous ceux qui étaient tombés. Jamais ! Ils allaient rester, ils allaient continuer, ils allaient se battre jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’ils tombent à leur tour. Plutôt la mort que le déshonneur et l’esclavage.

Pour la première fois depuis le début de la bataille, Minerva McGonagall regarda autour d’elle. Visages hébétés, corps fourbus, toutes Maisons confondues, unies dans un même combat, dans une même douleur. Un sentiment de honte et de culpabilité l’envahit soudain à la vue des Serpentards, certes peut-être un peu moins nombreux que les autres, mais dont elle avait voulu se débarrasser en vrac, après le départ de Snape, et qui étaient revenus pour se battre aux côtés de leurs camarades. Elle les avait tous condamnés, tous jugés coupables sur leur seule appartenance à leur maison. Des filles et des garçons, qui avaient autant donné, qui avaient autant perdu, que les autres pendant la bataille, plus peut-être parce qu’ils avaient plus à prouver face à l’ostracisme dont ils avaient fait l’objet.

Ici Blaise Zabini, soutenant une jeune Poussouffle dont un bras avait été déchiqueté par un maléfice explosif, un peu plus loin Théodore Nott, immobile, le regard fixe, qui pouvait à chaque instant se retrouver face à un père qui ne l’épargnerait pas. Elle repensa à Draco Malfoy, qui malgré sa Marque, avait déserté le camp de l’Ombre pour rejoindre leur petit groupe à la position presque désespérée. À Narcissa qui avait trouvé le courage de se désolidariser d’un époux qu’elle aimait pourtant de tout son être. A Lucius, même, qui était resté près de Voldemort pour protéger sa famille, et qui était mort pour sauver son fils…

Et des corps, toujours plus de corps inertes, qu’on apportait, qu’on alignait sur ce qui avait été l’estrade où trônait naguère la table des professeurs. Des élèves, des professeurs, des amis, des inconnus aussi. Tant de morts, tant de vies fauchées…

Si Albus avait été encore là, tout aurait été différent, tout cela n’aurait pas existé, il aurait affronté le mage noir, lui seul était capable de le vaincre. Mais Albus était mort, et le traitre qui l’avait assassiné vivait toujours. Une bouffée de haine à l’état pur la submergea. A la hauteur de l’affection presque maternelle qu’elle avait naguère éprouvée pour l’homme qui avait détruit tous leurs espoirs. Et maintenant, ils allaient mourir.

Tous.

Par sa faute.

Elle voulut revoir une dernière fois le visage de celui qui avait été son maître, son mentor, son premier émoi d’adolescente, inavoué autant qu’impossible, et finalement le meilleur de ses amis. Elle quitta la salle dans l’indifférence générale, plus personne ne faisait attention à personne. Les couloirs déserts étaient jonchés de gravats, souillés de flaques de sang, qu’elle devait enjamber à chaque pas. Lorsqu’elle fit enfin halte devant la gargouille à demi détruite, elle eut peur de ne pas pouvoir passer, peur que l’usurpateur n’ait condamné l’accès. Mais la statue pivota devant elle avant qu’elle ait eu le temps de dire un seul mot, et l’escalier la conduisit docilement jusqu’en haut de la tour. Devant le bureau du directeur, elle hésita un court instant, puis elle poussa la porte avec appréhension.

Près d’une année s’était écoulée depuis qu’elle avait franchi ce seuil pour la dernière fois. Severus ne l’avait jamais invitée à y revenir, et l’aurait-il fait qu’elle aurait certainement refusé. Elle appréhendait de voir ce que le traître avait fait du bureau, qui pour elle demeurerait toujours celui d’Albus. Elle ne s’attendait pas à retrouver un décor quasiment identique à celui qu’il avait été avant que… Quel genre de monstre pouvait vivre entouré des souvenirs de celui qu’il avait assassiné ? Seul l’immense bureau directorial avait été débarrassé de tous ses bibelots inutiles, et le dépouillement de cette partie de la pièce contrastait étrangement avec le fatras habituel d’objets qui se devinait derrière les tentures translucides, qui avaient été tirées pour ménager un espace uniquement dédié au travail. Dumbledore aurait tout aussi bien pu être parti en vacances et son remplaçant avoir tout laissé en l’état pour son retour, hormis l’indispensable, qu’il avait rendu aussi austère qu’il pouvait l’être lui-même…

Sur le mur, derrière le bureau, les cadres étaient tous vides, les anciens directeurs avaient du se déplacer de tableau en tableau pour suivre au plus près les dernier événements.

Tous, sauf un.

Le regard myosotis d’Albus Dumbledore était aussi acéré que de son vivant, lorsqu’il se posa sur elle. Un sourire triste étira les lèvres peintes du vieil homme.

—Voilà bien longtemps que vous ne m’avez pas rendu visite, Minerva, je pensais que vous m’aviez oublié.

—Comment avez-vous pu croire une chose pareille, Albus ? Je n’ai jamais cessé de penser à vous. Chaque jour. A chaque heure. Mais comment aurais-je pu venir vous voir. Ici. Dans ce bureau ?

Le regard bleu pétilla derrière les verres en demi-lunes de ses lunettes.

—Peut-être tout simplement en le demandant à Severus ?

Elle sursauta, comme brûlée par un fer chauffé à blanc, à l’énoncé du prénom honni, les traits déformés par la haine et le dégout.

—Comment pouvez-vous encore prononcer son nom ? Le nom de l’homme en qui vous aviez mis votre confiance, et qui vous honteusement trahi. Le nom de votre assassin. Le nom du responsable de tout cela. De ce… désastre ! Le nom de celui par la faute de qui nous serons tous morts avant ce soir. Comment pouvez-vous encore le prononcer ?

—Vous n’allez pas mourir Minerva. Plus personne ne va mourir. Quant à Severus… Les traits du vieil homme reflétaient maintenant une tristesse immense. « Oh Minerva ! Vous, vous entre tous auriez pourtant du vous souvenir qu’il ne faut jamais se laisser abuser par les apparences. »

—Pourquoi le défendez-vous encore ? Ce… cet immonde…

—Taisez-vous, Minerva, vous ne savez rien ! Et son ton était plus dur que ce qu’elle avait jamais entendu dans sa bouche, même à l’époque où il était son professeur. Elle ne put s’empêcher de baisser la tête, telle une élève prise en faute. « Ne m’avez-vous pas écouté ? Reprit-il d’une voix plus douce. « Personne ne va plus mourir, et Severus n’est pas un assassin… Il est temps que vous connaissiez la vérité. »

—Mais comment…

—Tout cela faisait partie d’un plan. Mon plan. Severus était lié par un serment, il n’a fait qu’obéir à mes ordres, et croyez-moi, il ne s’y est pas résigné sans lutter. Jusqu’au dernier moment. C’est grâce à lui que Poudlard et ses habitants ont pu traverser cette année sans trop de dégâts. Il vous a protégés. Tous. Il a fait tout ce qui était humainement possible pour que vous ayez à souffrir le moins possible. Enlevez les œillères que la haine à placées devant vos yeux et regardez les choses en face, mon amie. Imaginez ce qui aurait pu advenir si personne n’avait été là pour brider le sadisme et la dépravation des Carrow, pour surveiller leurs agissements, et leur interdire toute atteinte physique sur les étudiants. Cette année a été dure, j’en conviens, mais vous n’avez subi aucune perte et l’intégrité des enfants a  été préservée… repensez aux pires punitions infligées par Severus, et citez-moi un seul élève qui n’aurait pas préféré une promenade avec Hagrid dans la forêt interdite à une retenue avec un des Carrow. Si quelqu’un est à blâmer ici, c’est moi, et moi seul. Avec ce que j’ai exigé de lui, j’ai achevé de détruire l’être le plus courageux, et le plus loyal que j’ai jamais connu. J’ai volontairement sacrifié l’homme que j’aimais comme un fils sur l’autel du plus grand bien. Et maintenant…

—Albus !

—Laissez-moi parler, Minerva, nous n’avons pas beaucoup de temps, vous allez devoir partir. Harry va bientôt arriver, et il ne doit pas nous voir. Ni vous, ni moi. Vous avez raison, tout sera bientôt terminé, mais je vous le répète, plus personne n’aura à mourir. L’ultime sacrifice sera bientôt accompli et il sauvera la Lumière. Severus…

La voix du vieil homme sembla s’éteindre, dans ce qui ressemblait à un sanglot.

« Severus a donné sa vie, et Harry détient maintenant entre ses mains la clé de la victoire. Vous devez  me garder votre confiance. Croyez-moi, personne n’a autant fait, n’a autant donné, autant sacrifié à notre cause que ne l’a fait Severus depuis dix-sept ans… Je- j’aimerais… »

—Quoi ?

—Il n’a jamais eu d’autre véritable maison que Poudlard. J’aimerais que vous preniez soin de lui, que vous lui rendiez l’affection que vous lui aviez enlevée ces derniers mois. Rendez-lui son honneur, Minerva, Harry vous y aidera et battez-vous pour lui permettre de rester chez lui. C’est bien peu de choses comparé à ce que nous lui devons.

Le bruit d’un pas se fit entendre dans l’escalier.

—C’est Harry ! Il est trop tard pour partir. Cachez-vous !

L’image de Dumbledore s’effaça alors que le jeune homme entrait dans la pièce. De l’endroit où elle s’était dissimulée, Minerva le vit hésiter, puis s’assoir sur un fauteuil avant de tirer quelque chose de sa poche. Il dut murmurer un sort, mais d’une voix si basse qu’elle ne l’entendit pas, parce que soudain, un coffret de bois sombre reposait dans sa main. Il passa lentement un doigt sur le couvercle, comme pour y redessiner un motif gravé, avant de le soulever. Il resta un moment immobile, puis il sembla se décider, et plongea ses doigts dans la boite, de laquelle il tira un parchemin. Lorsqu’il eut fini de lire, elle crut entendre un gémissement alors qu’il laissait tomber sa tête entre ses mains. Un moment plus tard, elle le vit tirer d’autres choses du coffret, des photos autant qu’elle pouvait en juger de là où elle était, une enveloppe, plutôt épaisse, qu’il laissa de côté, un bout de papier moldu, et enfin une petite fiole, pleine d’une substance chatoyante.

Il se leva et s’approcha de la Pensine de pierre qui était posée sur une petite table près du bureau. Il y versa le contenu du flacon, et elle sursauta en étouffant une exclamation de surprise, manquant signaler sa présence, à la vue de la baguette noire, reconnaissable entre toutes, du bout de laquelle il remuait la substance ondoyante.

Lorsqu’il releva la tête, elle fut bouleversée par les émotions qui se lisaient sur le visage de l’Elu. Des larmes coulaient sur ses joues sans qu’il songe même à les essuyer, il semblait tétanisé, incapable du moindre mouvement. Puis petit à petit, il sembla se reprendre, son visage se recomposa, il avait maintenant l’air de quelqu’un qui sait exactement ce qu’il a à faire. Il récupéra les souvenirs qu’il venait de visionner et remit tout soigneusement en place dans le coffret, qu’il réduisit et glissa de nouveau dans sa poche, avant de se diriger vers la porte d’un pas déterminé.

Elle resta un long moment immobile après le départ d’Harry. Plus que tout autre chose, la vue de la baguette de Severus Snape dans la main du jeune homme, la légère hésitation et la manière respectueuse avec laquelle il l’avait manipulée, lui avait déchiré le cœur. Et si… Et si elle s’était trompée, et si Severus avait réellement… Seigneur, elle s’en voudrait tellement ! Mais était-ce vraiment possible ? Ne se serait-elle vraiment aperçue de rien ? Avait-elle vraiment été à ce point aveuglée par son ressentiment ?

Elle était si entièrement perdue dans ses pensées, qu’elle sursauta de nouveau lorsque le vieux mage, qui avait réintégré son portrait, reprit la parole.

—Ne doutez plus, Minerva, et allez parler à Remus, je pense qu’il sera le mieux placé pour répondre à vos interrogations.

—Remus ? Lupin était au courant ?

—Severus  avait décidé de tout lui révéler, et il s’est avéré un allié, et un ami, précieux pour lui. Je suis heureux qu’il ait eu quelqu’un à ses côtés pour affronter l’enfer qu’ont été pour lui ces derniers mois.

—Mais pourquoi ? Pourquoi…

—Pour la même raison qu’il avait exigé le secret sur les raisons de son revirement. Pour la même raison pour laquelle il faisait semblant de haïr Harry. C’était un fabuleux comédien, et il a joué son rôle à la perfection. Si bien que tout le monde s’y est laissé prendre.

—Par Merlin, Albus, vous auriez dû m’en parler, vous…

 Elle se tut, étouffée par les sanglots. La honte, la culpabilité, le disputaient aux remords cuisants pour la haine et le mépris dont elle avait accompagné chaque regard, chaque mot, chaque geste adressés à Severus au cours de l’année écoulée. Il avait la confiance absolue de son Maître et toute autorité sur les occupants de Poudlard, il aurait eu le pouvoir de les lui faire payer au centuple, mais il n’avait rien fait, il n’avait rien dit, ni à elle ni aux autres. Elle le connaissait depuis l’enfance, avec le temps, elle avait fini par savoir décrypter ses silences et ses replis sur lui-même, elle connaissait ses failles et la façon qu’il avait de camoufler ses sentiments sous un masque de froide arrogance. Elle connaissait tout cela. Elle savait tout cela, mais elle s’était laissé aveugler par la haine qui avait tout ravagé sur son passage après la mort de Dumbledore. Elle releva la tête vers le portrait en essayant de ravaler ses larmes. Ce n’était pas le moment de pleurer, elle aurait tout le temps plus tard, après… si elle était toujours vivante.

—Où ? Demanda-t-elle simplement.

—Pas très loin. Dans la petite cour, juste sous la fenêtre. S’il faisait clair, vous pourriez le voir d’ici.

—Je dois rejoindre les autres. Je… Après…

—Allez-y Minerva, je vous fais confiance.

Elle hocha la tête avant de tourner les talons. Il la vit poser la main sur la poignée de la porte et prendre une grande respiration avant de redresser le dos et de caler ses épaules, avant de sortir sans se retourner. Le vieux mage sourit dans sa barbe d’un air malicieux, en pensant à ce qui allait se passer lorsque Minerva serait directrice et que le tableau de Severus serait enfin à sa place dans le bureau.

« Severus, mon petit, ne vous faites pas trop attendre, il serait dommage que vous manquiez sa prochaine visite… » Murmura-t-il avant de disparaitre à son tour.

TBC

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