Le veilleur dans l’ombre – 27 – Annexe 2 : Rubeus Hagrid

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Albus Dumbledore, Remus Lupin, et les autres

Annexe 2 : Rubeus Hagrid

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Lorsqu’Harry était venu le chercher, lorsqu’il lui avait expliqué ce qui s’était passé et ce qu’il attendait de lui, le cœur du géant s’était serré, plus encore que pour les autres morts qu’il avait aidé à transporter jusque dans la Grande Salle. Elèves, professeurs, inconnus, il y en avait tellement qu’il avait, qu’ils avaient tous, dû cuirasser leurs sentiments. Mais lorsqu’il était entré dans la petite cour éclairée par des dizaines de bougies suspendues en l’air, lorsqu’il avait vu Remus Lupin, effondré auprès de la longue silhouette noire reconnaissable entre toutes, lorsqu’il l’avait entendu raconter, d’une voix atone entrecoupée de sanglots, le calvaire vécu cette dernière année par l’homme étendu sur le sol, il n’avait pas pu empêcher les larmes d’inonder ses joues. Il n’avait plus ressenti une telle peine depuis la mort de Dumbledore, un an plus tôt.

Il le savait, il en était sûr, les créatures magiques ne pouvaient pas mentir, et les Sombrals n’auraient jamais apporté leur réconfort aux forces du Mal. Jamais. Malgré leur aspect terrible pour ceux qui pouvaient les voir et leur mauvaise réputation, ils étaient, tout comme les Licornes, les phénix ou même les Hippogriffes, des créatures de la Lumière. Leur nervosité et leur réaction hostile lorsque les Carrow avaient osé s’approcher un peu trop près de leur enclos, peu après la rentrée en auraient été, s’il l’avait fallu, de bonnes révélatrices.

Lorsque Severus Snape était revenu à Poudlard, en août, pour prendre ses nouvelles fonctions, à peine deux mois après être censé avoir assassiné Dumbledore, il l’avait vu, à plusieurs reprises, rendre visite aux Sombrals. C’était loin d’être la première fois qu’il le surprenait à cet exercice, mais jamais il n’avait révélé sa présence au Maître des potions, comprenant son besoin de solitude, les rares fois où il s’autorisait à laisser tomber son masque.  Assis par terre dans l’enclos, le dos appuyé contre un arbre, il pouvait rester immobile pendant des heures. Parfois totalement muet, parfois murmurant des paroles qu’il ne pouvait percevoir, mais toujours accompagné d’une ou plusieurs des sombres créatures. Il venait le matin, très tôt, avant que quiconque soit levé. Mais Hagrid se levait avant l’aube pour prendre soin de ses protégés, et plus particulièrement de ceux qui étaient menacés par le Ministère et qu’il cachait dans la forêt interdite, et il s’était souvent dissimulé pour observer le sombre professeur.  

Dans ces moments-là, alors qu’il croyait que personne ne le voyait, les faux-semblants tombaient, le masque de cire inexpressif fondait et l’humanité reprenait ses droits. Il avait vu la douleur, et le chagrin sur son visage. Il avait vu l’épuisement, et le découragement.  Il avait vu l’impuissance, et le désespoir, mais jamais, jamais il n’avait vu l’arrogance, la joie malsaine ou le triomphalisme. Jamais la cruauté gratuite dont tous les autres l’accusaient. Le Severus Snape qu’il surprenait entre chien et loup était profondément humain, désespérément seul et incommensurablement triste.

Hagrid était un homme bon, une âme simple, et ce qu’il percevait alors correspondait si peu à ce que tout le monde disait qu’il en était profondément troublé. Combien de fois avait-il été tenté de révéler sa présence, d’aller s’assoir à côté du professeur et de lui offrir une présence, une oreille, qui pour une fois ne serait pas hostile ? Qui ne jugerait pas avant d’avoir écouté ce qu’il avait à dire. Mais il avait eu peur que Severus, se sachant découvert, ne revienne jamais, et ne puisse plus retrouver le réconfort que lui apportaient les Sombrals. Alors il n’avait rien dit, il était resté caché, mais peu à peu il s’était convaincu que c’était lui qui avait raison.

Bien sûr, Snape avait tué Dumbledore, Harry l’avait vu, il ne pouvait aller contre les faits, mais il était persuadé de n’avoir qu’une partie des cartes en main, avec le témoignage du jeune homme. Harry avait toujours détesté le Maître des Potions, Dumbledore l’avait Pétrifié, et de là où il était dissimulé, il n’avait peut-être pas pu voir l’ensemble de la scène. De plus, n’aurait-il pas pu être abusé par un sortilège de confusion, et croire en toute bonne foi que ce qu’il racontait était la vérité? Albus avait toujours clamé haut et fort la confiance absolue et l’amitié qu’il portait à Severus, et le vieux mage était un sorcier trop puissant pour avoir pu s’être trompé à ce point, de cela Hagrid avait toujours été convaincu, c’est pourquoi il n’avait pu se résoudre à se mêler à la meute de ceux qui criaient haro sur le nouveau directeur. Il s’était cantonné dans un silence prudent qu’il justifiait par l’obligation qu’il avait, en sa qualité de demi-géant, de faire profil bas devant les nouveaux maîtres de Poudlard.

Encore une chose qui était en contradiction flagrante avec les critiques de ses anciens collègues. Ne s’étaient-ils jamais interrogés sur la raison qui avait pu pousser Snape à tous les conserver à leurs postes, malgré leur hostilité flagrante ? À le garder lui, comme garde-chasse, même s’il avait été dans l’obligation de lui retirer sa charge de professeur ?  À garder un Cracmol comme concierge ? A ne rien dire, quand il savait pertinemment qu’il cachait dans la forêt plusieurs animaux magiques condamnés par le Ministère ? Alors qu’il aurait été beaucoup plus facile et moins dangereux pour lui de recruter un nouveau personnel entièrement dévoué au nouveau régime, supprimant dans l’œuf, par la même occasion, tout éventuel noyau de résistance au cœur même de Poudlard. Il était même souvent allé jusqu’à envoyer des élèves punis, en retenue avec lui dans la forêt interdite… comme s’il ne le connaissait pas assez pour savoir qu’après une balade en bordure des bois, juste assez loin pour ne pas être aperçus depuis le château, elles se terminaient invariablement autour d’un thé. Le plus dur pour les enfants étant alors d’avaler ses biscuits durs comme des pierres (il n’était pas aussi naïf que certains le pensaient, et il n’avait jamais été dupe des dénégations de Harry et de ses amis).

Le chagrin consécutif à la perte de celui qui lui avait permis, malgré son renvoi de l’école, de rester dans ce qu’il considérait comme son foyer, n’avait pas totalement obscurci le jugement du brave homme. Sa confiance aveugle en Dumbledore et le lien particulier qui le liait aux créatures magiques lui avaient permis d’approcher inconsciemment au plus près, la vérité concernant le nouveau directeur, aussi, n’avait-il pas été tellement surpris par les révélations d’Harry.

Lorsqu’il s’était agenouillé près de lui, pour le prendre dans ses bras, il avait été bouleversé par l’état du corps du Maître des potions.  Il avait été tué d’une manière brutale, horrible, et sa mort avait dû être particulièrement douloureuse, la terre autour de lui s’était muée en une boue rougeâtre, détrempée par tout le sang qu’il avait perdu. Pourtant, il semblait étrangement apaisé, son visage habituellement sombre et inexpressif était maintenant serein, et un souvenir était remonté d’un lointain passé. Le souvenir de deux enfants qui se promenaient, main dans la main, le long du lac. Instant fugitif où le visage du garçon brun, habituellement trop sérieux et mélancolique, avait reflété cette même sérénité alors qu’il regardait avec avidité, comme s’il avait peur qu’elle lui soit enlevée à chaque instant, la fillette rousse et pleine de vie qui babillait et riait à ses côtés.

Severus avait-il retrouvé Lily ? Son âme tourmentée avait-elle enfin trouvé la paix ?

Il avait resserré son étreinte autour du corps inerte du professeur… . Ils n’avaient pas été amis, ils n’avaient jamais réellement discuté non plus. Ils se côtoyaient, vivaient leur vie en parallèle sans beaucoup d’interactions, mais le Maître des potions ne l’avait jamais méprisé, ni traité en subalterne ou en demi-humain. Les remarques sarcastiques qui lui échappaient parfois n’étaient pas plus caustiques que celles adressées à ses autres collègues. Il se disait maintenant qu’il aurait aimé mieux le connaitre.

La Grande Salle était brillamment éclairée, et les lumières, après l’obscurité de l’extérieur, brillaient d’un éclat un peu flou à travers ses larmes, mais c’est d’un pas assuré qu’il s’avança vers l’estrade, dans le silence qui avait accueilli l’apparition de leur petit groupe. Beaucoup avaient assisté à l’ultime duel qui avait opposé Harry au Seigneur des Ténèbres, et avaient entendu les paroles du jeune homme concernant Severus Snape. On ne savait pas au juste ce qui s’était passé, et où était la vérité, mais personne n’osa s’opposer à ce que le corps de celui qui était encore le directeur de Poudlard soit déposé au milieu des défenseurs de l’école, alors que les Mangemorts  et leur Maître avait été emportés dans une ancienne salle de classe, en attendant que le Ministère décide de ce qu’il conviendrait de faire de leurs dépouilles. Filius Flitwick ayant suggéré qu’au moins en ce qui concernait Voldemort, une crémation publique par un Feudeymon annihilerait toute éventuelle rumeur de survie par ses partisans échappés. Toute rumeur sur une possibilité d’un deuxième retour.

Le discours d’Harry amena de l’humidité au bord de bien des yeux. Hagrid ne pouvait s’empêcher de sourire au milieu de ses larmes, fier que le jeune homme ait le cran de faire ainsi amende honorable en public devant le corps de l’homme qu’il avait tant détesté. Dumbledore aussi, se disait-il, aurait été fier de lui. Et lorsque le Patronus de Severus s’élança vers le plafond enchanté le cœur candide du demi-géant finit de se briser.

Deux jours plus tard, alors que soir commençait à tomber sur la simple tombe de marbre noir couchée au bord du lac, qui formait un contraste éclatant  avec le mausolée éclatant de blancheur de Dumbledore, Hagrid se tenait à la lisière de la forêt interdite. Après avoir scruté un long moment le rivage pour vérifier que tout le monde était parti, il se mit en marche. Le commun des mortels aurait, encore récemment, vu un homme seul se diriger vers les sépultures des deux derniers directeurs de Poudlard, mais hélas, beaucoup, maintenant, auraient pu voir qu’il était entouré d’un sombre troupeau de créatures aussi noires que la nuit, que d’aucuns auraient trouvé hideuses avec leur silhouette décharnée et leurs immenses ailes de cuir semblables à du parchemin racorni. Les Sombrals de Poudlard venaient faire leurs adieux à Severus Snape.

TBC

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