Vulnera – 2 – Le poids du passé

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Disclaimer : L’univers et les personnages d’Harry Potter ne m’appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Personnages : S.Snape, Hermione Granger, et les autres…

Le poids du passé

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Assise à la table des professeurs, la jeune femme laissait son regard errer sur les tables des élèves qui bruissaient de leur habituel bourdonnement de bavardages, de rires et de querelles d’adolescents. L’insouciance de la jeunesse avait repris ses droits, le poids qui avait pesé sur les épaules de leur génération, les faisant vieillir trop vite, s’était évanoui. C’était une sensation étrange de se dire que dix ans plus tôt, elle avait été une de ces étudiantes en uniforme, assise là-bas, à la table des Gryffondors, que dix ans plus tôt, aussi, cette même salle avait servi d’hôpital de campagne et même de morgue, lors du dernier grand affrontement. Elle en rêvait encore parfois, même si ses cauchemars s’étaient un peu espacés avec le temps. Elle faisait partie de ces étudiants qui avaient participé à la bataille finale, et avaient vécu au plus près les horreurs de la guerre, elle faisait même partie du trio qui avait permis l’éradication de Voldemort en recherchant et en détruisant les Horcruxes créés par le mage noir dans le but d’assurer son immortalité.

Elle prit soudain conscience, avec un certain étonnement, que certaines choses avaient bien changé. Les quatre immenses tables étaient toujours là, sous les blasons de leurs Maisons respectives, magiquement suspendus dans les airs, mais hors circonstances spéciales, les élèves y prenaient maintenant place au gré de leurs envies ou de leurs amitiés, sans distinction d’appartenance. Et même si le rouge dominait toujours à la table des Gryffondors, on pouvait y distinguer çà et là, des cravates aux rayures bleues, jaunes et même deux ou trois de vertes.

Hermione soupira, et jeta un regard autour d’elle à la table du personnel. Une grande partie des enseignants qu’elle avait connus étaient encore là, et elle sourit gentiment à Hagrid qui lui adressait un petit signe de la main. Le garde-chasse avait renoncé à son poste de professeur de soins aux créatures magiques au profit de Charlie Weasley, qui avait choisi de rester en Angleterre après la guerre. La perte d’Arthur et de George, suivie quelques semaines plus tard par celle de Ron, qui avait été atteint par un sort auquel personne n’avait réussi à trouver de parade, avait été un choc atroce pour Molly et ses enfants, et la famille s’était encore plus soudée autour de la matriarche.

Aurora Sinistra, qui avait pris la tête de la Maison Serpentard, discutait avec le petit Filius Flitwick, et Minerva s’efforçait de répondre poliment aux élucubrations habituelles de Sybille Trewlawney. Après la guerre, Firenze était retourné vivre parmi les siens et les candidats au poste de Divination étaient rares, Sybille avait donc conservé le sien… Les professeurs de botanique et de potions étaient d’anciens condisciples, et un homme dans la cinquantaine, un Auror de la génération de Kingsley Shacklebolt, se souvenait-elle sans réussir à mettre un nom sur son visage occupait le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal. Elle avait entendu dire qu’il serait remplacé à la rentrée : le travail sur le terrain lui manquait. Le poste n’était plus maudit depuis la chute de Voldemort, et pourtant personne ne l’avait jamais occupé plus de deux ans d’affilée. En terminant son tour de table, elle se rendit soudain compte qu’elle s’était presque attendue, contre toute logique, à y rencontrer une longue silhouette sombre et renfrognée. Son absence était presque aussi choquante que celle de Dumbledore.

Une aura de mystère entourait le sort du Maître des potions. Le corps de Severus Snape n’avait en effet jamais été retrouvé. Elle avait été la première, après la révélation publique par Harry Potter de son véritable rôle, immédiatement après la mort du Seigneur des Ténèbres, à se soucier d’aller chercher le corps de  son ancien professeur, que dans l’urgence ils avaient abandonné dans la Cabane Hurlante, afin qu’il repose parmi les autres combattants de la Lumière, et puisse recevoir  l’hommage qu’il méritait. Mais hors une large flaque de sang déjà figé, ainsi qu’une sinistre traînée de même nature conduisant à la porte, la Cabane était vide. A l’extérieur, la trace se perdait sur la terre piétinée du chemin qui traversait le petit enclos qui entourait la maison pour rejoindre l’embranchement de la route de Pré-au-Lard et du domaine de Poudlard.

On avait supposé qu’il n’était pas mort immédiatement, comme l’avaient cru les élèves qui avaient été présents lorsque Voldemort avait jeté Nagini contre lui, mais qu’il avait repris conscience, et réussi à se trainer au-dehors. Sûrement pas très loin, compte tenu de la quantité de sang qu’il avait perdue, mais peut-être tout de même jusqu’à la Forêt Interdite, et que sa dépouille avait fini par être dévorée par les animaux. Affaibli comme il devait être, il était exclu qu’il ait pu Transplaner sans se Désartibuler. Le fait que malgré les recherches, absolument aucune trace n’ait été trouvée était tout de même intrigant, de même que son tableau ne soit jamais apparu dans le bureau directorial. Mais après dix ans maintenant, sa mort était tenue pour acquise par tous, et il fallait bien avouer qu’elle arrangeait bien tout le monde… Mort, il pouvait être un héros, qui avait sacrifié sa vie à la cause de la Lumière. Vivant, il n’aurait été, pour beaucoup, qu’un ancien Mangemort encombrant, sujet à suspicion malgré la révélation de son véritable rôle.

Elle porta une main à sa tempe qu’un début de migraine commençait à vriller. Il lui tardait maintenant de regagner ses appartements. Pendant ses études, et les trois ans où elle avait travaillé à Ste Mangouste, l’offre de Harry et de Ginny d’habiter au Square Grimmaurd avait rendu un inestimable service à ses faibles moyens financiers, mais elle ne s’était jamais vraiment sentie à son aise dans l’antique demeure, même si elle était maintenant débarrassée des têtes d’elfes empaillées et du portrait vociférant de Walpurga Black. Elle avait donc sauté sur l’occasion, lorsque Minerva McGonagall lui avait proposé d’habiter à Poudlard, où elle prendrait, à la prochaine rentrée, la place de Poppy Pomfresh qui avait exprimé le souhait de prendre une retraite bien méritée. Elle se retrouvait en effet seule, ses rares et brèves liaisons épisodiques s’étant toutes soldées par des échecs, et se refusait, maintenant qu’elle avait une situation stable, à profiter plus longtemps de l’hospitalité de ses amis, même dans une maison aussi grande que celle des Black.

La mort de Ron, fauché peu de temps après la fin de la bataille par le sort noir d’un Mangemort qui avait tenté un dernier ‘coup d’éclat’ avant d’être abattu à son tour par Shacklebolt, avait été un choc énorme, mais elle avait alors réalisé avec stupeur que ce qu’elle avait pris pour de l’amour n’était rien d’autre qu’une passade d’adolescente, et que son cœur était rempli d’une autre attente, et d’une douleur qu’elle ne savait définir mais qui n’avaient rien à voir avec lui. Son ami lui manquait, mais elle ne s’était jamais considérée comme une ‘veuve’ éplorée. Ses parents, auxquels elle n’avait pas réussi à rendre la mémoire, vivaient toujours en Australie. Elle y passait régulièrement toutes ses vacances, et avait tout de même réussi à se rapprocher d’eux et à leur devenir une amie très proche. A leur grande stupéfaction, elle avait pleuré toutes les larmes de son corps, lorsque le couple lui avait un jour déclaré qu’ils la considéraient comme la fille qu’ils n’avaient jamais eue…

Le repas du soir se terminait, et la jeune Médicomage avait hâte de pouvoir enfin aller se coucher, après une journée bien remplie à mémoriser les instructions et recommandations de Poppy concernant le fonctionnement de l’infirmerie, à vérifier les stocks de potions et autres onguents, à lister les ingrédients à commander, et à installer, enfin, sous le regard intrigué de son aînée, le nouveau matériel moldu qu’elle avait décidé d’y ajouter. Avec l’aide de Fred Weasley, qui avait déjà adapté plusieurs technologies moldues pour ses farces et attrapes, elle avait en effet trouvé le moyen de faire fonctionner magiquement certaines machines sans électricité. Ce n’était peut-être pas le top de la technologie, mais  c’était un plus indiscutable.

Dix ans plus tôt, la guerre avait fait prendre conscience aux sorciers de certaines lacunes auxquelles une technologie ou des pratiques moldues, ne serait-ce que pour la réanimation, par exemple, où la transfusion sanguine, permettraient de remédier lorsqu’on se trouvait dépourvu de baguette magique ou de la potion adéquate. De plus en plus de guérisseurs s’y intéressaient sérieusement. Hermione Granger qui était issue de cette culture, avait, parallèlement à ses études de Médicomagie, suivi un cursus dans une université Moldue, et elle était à la fois Médicomage et médecin. La jeune femme, comme beaucoup d’adolescents de sa génération avait été traumatisée par les horreurs auxquelles elle avait assisté. Ayant en outre été élevée dans un milieu médical, ses parents étant dentistes, elle avait tout naturellement embrassé cette voie. Apprendre l’art de guérir avait aussi constitué une thérapie qui l’avait en partie aidée à surmonter ce qu’elle avait vécu, même si d’atroces cauchemars venaient encore régulièrement hanter ses nuits.

Elle se réveilla en sursaut, assise toute droite dans son lit et le corps couvert d’une sueur glacée. L’écho de son hurlement résonnait encore dans ses oreilles. Elle resta quelques instants immobile, cherchant à calmer sa respiration en bénissant l’épaisseur des murs de l’antique château, qui avait permis que son cri ne soit entendu de personne. Elle commençait à se demander si c’était vraiment une bonne idée de revenir vivre ici, confrontée chaque jour au souvenir d’un passé encore bien trop présent dans sa mémoire.

D’autres y étaient pourtant parvenus. Neville Londubat, y enseignait la botanique depuis trois ans maintenant. Pomona Chourave avait été un des professeurs tués pendant la bataille finale, et son remplaçant s’étant avéré d’une incompétence rare, la candidature du jeune homme avait été une bénédiction pour Minerva. Draco Malfoy quant à lui, occupait le poste de professeur de potions titulaire depuis deux ans, après avoir été l’assistant de Slughorn pendant les deux ans de sa formation. Après un séjour de quelques mois à Azkaban, le temps  d’établir que malgré sa Marque, il ne s’était pas battu aux côtés des Mangemorts mais avait au contraire épaulé les défenseurs de Poudlard, il avait refusé de suivre les traces de son père au Ministère. Désormais chef de famille après la mort de Lucius, qui avait été tué de la main même de son Maître, peu avant la fin du dernier affrontement, il avait, après avoir recommencé une septième année un an après ses anciens condisciples et brillamment obtenu ses ASPICs, passé quelques années incertaines où il s’était contenté de vivre sur la fortune familiale. Ayant enfin fait la paix avec son passé, il avait finalement entrepris, à Poudlard-même, auprès d’Horace Slughorn qui était finalement resté à son poste à la demande d’une Minerva désemparée, une formation de potioniste, sous condition qu’il le remplacerait aussitôt son diplôme acquis.

Pourquoi elle, Hermione Granger, ne pouvait-elle pas se débarrasser de ses fantômes ? Pourquoi continuait-elle  à être hantée par les visages de ceux qui n’avaient pas eu la chance, ou la malchance se disait-elle parfois, de survivre. Par des serpents géants, par des flots de sang dans lesquels elle finissait invariablement par se noyer, ou par des murs de flammes magiques qui menaçaient de l’engloutir. Pourquoi continuait-elle, nuit après nuit, à entendre ce gargouillement atroce perdu dans un immonde flot de bulles écarlates. La voix déchirée d’un homme, qui jusqu’au bout avait lutté afin de pouvoir délivrer son dernier message à Harry. Pourquoi n’était-elle jamais vraiment arrivée à faire son deuil de tous ceux qu’elle avait perdus pendant la guerre ?



Elle avait eu du temps, pourtant.

Elle avait eu dix ans.                                               

Elle avait appris à mettre un nom sur sa souffrance. On appelait ça syndrome de stress post-traumatique, ou syndrome du survivant. On lui avait dit « il faut laisser faire le temps », elle avait commencé une thérapie avec un Psychomage réputé, qu’elle avait abandonnée lorsqu’elle s’était rendue compte que cela ne lui faisait aucun bien. Puis elle s’était souvenue. C’était l’Occlumencie qui avait permis au professeur Snape de traverser les épreuves qui avaient jalonné sa vie, grâce à elle, il réussissait à compartimenter son esprit, il jugulait ses émotions et ses sentiments. Elle avait fait des recherches, elle avait demandé à Harry de lui expliquer ce que l’ancien Maitre des potions avait vainement tenté de lui apprendre autrefois. Sans pour autant devenir un Occlumens exceptionnel, elle avait réussi à en maîtriser assez les rudiments pour au moins donner le change en public. Oh, elle allait mieux bien sûr, mais lorsqu’elle se retrouvait seule, elle ne pouvait empêcher ses démons de revenir la hanter et ses souvenirs remonter librement à la surface.

Il y avait ses camarades, George, et puis Ron, le petit Colin Crivey, Lavande, et tant d’autres. Il y avait ses amis, ses professeurs, Albus Dumbledore, Arthur Weasley, Remus Lupin, Pomona Chourave, Madame Bibine, Severus Snape, et puis Irma Pince, la bibliothécaire et Argus Rusard, le concierge, dont elle avait recueilli la chatte, pauvre Miss Teigne qu’on avait dû arracher de force au corps de son maître. Elle n’était pas bien méchante, tout compte fait, et l’amour inconditionnel de l’animal avait fait comprendre à Hermione toute la solitude de son propriétaire aigri. Ces deux êtres rejetés s’étaient accrochés l’un à l’autre comme des naufragés. Quelqu’un avait-il fait un jour l’effort d’essayer d’aller au-delà des apparences pour tenter de comprendre le vieux Cracmol ? Il ne faisait pas meilleur d’être différent dans le monde magique que dans le monde moldu, et malgré leurs idées soi-disant égalitaires, les partisans de la lumière ne valaient parfois guère mieux, dans leurs préjugés, que ceux du camp adverse…

Elle se leva et se dirigea vers sa petite cuisine pour se préparer une infusion calmante. La potion de Sommeil sans rêves était exclue, prise trop régulièrement, elle finissait par provoquer une addiction qui pouvait finir par s’avérer fatale. Elle ne le savait que trop, y ayant elle-même échappé de justesse quelques années plus tôt. Elle tentait de trouver un équilibre entre potions magiques et médicaments moldus lorsque les crises d’angoisse se faisaient trop présentes, et remèdes de bonne femme et méthodes de relaxation, lorsqu’elle sentait que c’était encore gérable.

Elle emporta la tasse brûlante dans sa chambre. Elle avait presque trois mois, d’ici la prochaine rentrée, pour affronter ses peurs et réapprendre à vivre à Poudlard.

 

TBC

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